ACTE CINQVIESME
HARBONE, seul.
grans Dieux ! quel banquet, quelle magnificence ! que de frians mets, quelle riche despence!
le suis tout estonné de ce grand appareil , Il n'en fut iamais veu que ie pense vn pareil, Disner vrayment Royal et Royales délices; Cestp grande cuisine, et les pleines offices, Et les rancs infinis des yiures aprestés Le peuple nourrîroyent de deux grandes cités. Mais qui peut auoir fait nostre Royne prodigue Contre son naturel? Il y a quelque brigue, Quelque entreprise caute, et ce n'est pour néant Qu'Estber fait auiourd'huy ce banquet si fort grand. Aucuns pensent que c*est vne fine sagesse
TRA6EDIB tAINGTE. tl9
Pour flatter son mari et luy faire caresse.
Et que d'autant qu'elle est yssue d'vn bas lieu » D'yne race incognue, et qu'à vn autre Dieu Que le Dostre elle sert» de tant plus elle tasche D'empescher que le Roy son mari ne s'en fasche , Le s'obligeant ainsi finement de tous poincts , Afin qu'il ne l'ennuyé et la recercbe moins.
Mais ce n'est pas cela : ie sçais que ma maistresse N'a point besoing de faire à son seigneur caresse Par vn riche festin; elle l'a tout à soy £t gouuerne du tout le Royaume et le Roy.
Ce n'est pas des banquets la somptueuse cbere Qui fait aimer Esther au monarque Âssvere , Non , ce n'est pas cela ; ie sçais bien qu'autrement Les belles comme Estber chérissent vn amant ; Âssvere tout plein d'or, délices, cbeuance, N'est gaigné par l'apast d'vne grande despence. Les moyens qui la font fauorite du Roy, Et qui la font pouuoir par dessus toute loy, Qui luy ont fait auoir la dignité Royale, Et qui la font entrer tous les iours dans la salle D' Assvere hardiment, sans son commandement, Contre les vieilles loys et meurs de nostre gent ; Toutesfois sans danger enfraindre les deffences , Renuerserles Edicts, Mandemens, Ordonnances, Promesse auoir du Roy qu'il ne l'esconduira De chose dont ce iour elle le requerra , Ces moyens sont ceux-là dont la secrète couche Seule peut tesmoigner à qui l'afiaire touche. Relas! qui eust pensé voir nostre nation Obéir aux bannis du désolé Sion,
Seruir vne estrangere , vne pauure captiue
Du petit demeurant de la race luifue?
Helas! qui l'eust pensé? Aman Agagien
La cuidoit empescher ; mais son meilleur moyen
Me semble estre affoibli, sa force retrenchee
Depuis qu'il a serui le payen Mardochee.
le suis fort bien trompé si ce plaisant repas
N'est pas fascheux pour tel qui ne s'en doute pas.
Ce past delitieux, deuant que la nuit noire
Brunisse nostre ciel , aurôit bien yn déboire
Si amer, douloureux et estrange pour tel
Que le goust en seroit certainement mortel.
Lâs , ie m'en doute bien , i'ay senti quelque chose
Qui sera toutesfois fidèlement enclose
Au secret de mon cœur, iusqu'à ce que la fin
Nous face clairement cognoistre le destin.
Aa Beauté, quel pouuoir tu as sur tous les hommes I
Beauté par ton moyen à nous-mesmes ne sommes,
Mns nos vaincus esprits demeurent chez autruy ;
Foibles en leurs maisons , sur toy cerchent apuy ;
Tu nous fais désirer les choses non loisibles ^n
Tu nous rends soucieux, patilleux, mal paisibles»
Meschants, iniurieux, sans force et sans honneur,
Larrone du repos, de là paix et de l'heur,
Que nous aurions sans toy. Par toy le père incœste
Se souille de son sang , pire que toute beste ;
Et le frère , tenté d'vn regard gratieux ,
Sur le lict de sa seur se iette audacieux \
Et le fils (ô l'horreur!) prins de sa propre mère,
Puise au mesme ruisseau que son fortuné père !
beauté tromperesse, ô beauté qui as peu
TRAGEDIE 8AINCTE. Ifl
Surmonter en tout temps et le fer et le feu,
Et les cœurs des humains plus durs que le fer mesmes ,
Tu es de tous aimée, et personne tu n'aimes;
Tu aueugles tous ceux que ta lumière a prins,
Tu sçais conduire à fin tout ce qu'as entreprins,
Tu chasses la raison des poitrines plus sainctes»
La plus forte aux assauts, aux combats, aux attaintes
Tousiours victorieuse et iamais sans danger,
Sans playe des vaincus; iamais sans leur changer
Leur estre accoustum'é : tu es partout nuisible ;
Et combien qu'on te suive en lieu qu'il est loisible,
Toutes fois tost après , pour t'aimer ardemment ,
Geluy qu'as rendu tien tombe soudainement
En quelque grand défaut , en maintenant le vice
Que tu veux, que tu fais ton tort, ton iniustice :
Gardant et trouuantbon tout le mal qui te plaist.
Et trouuant fort mauuais le bien qui te deplaist,
Cruel, iniuste à tous, fascheux, mal équitable,
Et quand il fait excès, lors il est dommageable,
Et cruel contre soy; car s'essayant forcer
Son faible naturel, que fait-il qu'auancer
Son malheur, son destin. Mais , holà ! l'heure est basse ;
le tarde trop icy, le temps fuyard se passe,
l'ay charge d'amener de par la Royne Esther
Assuere et Aman , ie m'en vay les haster.
C'est assés babillé ; vne peureuse doute
He saisit, que quelqu'vn embusché ne m'escoute :
Yn bon seruiteur doit plus sçauoir et celef
Du fait de ses seigneurs qu'enquérir et parler.
49t AVAIf
AMAN, ASSYERE, ESTHER, HARBONE.
AMAM.
Syre , laissés icy le soin de vostre Empire ,
Et les tristes ennuis qui vous ferment le rire;
Les messages, les bruits, les doutes, lesraportSy
La crainte, le souci , les menasses , les torts,
Les pleurs des orphelins, les plaintes, les requestes.
Qui vous ont ce matin à milliers esté faites;
Et la rébellion d'vn Roy vostre suiet,
Et la concussion qu'vn gouuemeur a fait ,
La mort des courtisans qui vous estoient fidèles;
Oubliés tout cela et toutes choses telles,
Qui ordinairement et le iour mille fois
Occupent les esprits des Monarques et Roys;
Et vous garnisses tout d'amour, de mignardise ,
De ris, de gayeté, d'aise, de gaillardise.
De grâces et d'vn port folement amoureux.
Pour rendre ce banquet pleinement sauoureux ;
Car l'Emperiere Esther ce traitement espère
Receuoir auiourd'hui de son grand Assuere;
Mettons ce sceptre bas , la graue maiesté
N'est propre pour chérir vne douce beauté.
ASSVERE.
Père Amaiv, ie suis là , et si l'on veut me plaire, Qu'on ne parle auiourd'huy aucunement d'affaire : Car ie ne veux penser ce iour qu'à contenter Et fournir de tous poincts la volonté d'Esther.
TRAGEDIB SAINCTE. m
Syre, la voilà près.
ASSYERE.
Leue-toy, ma mignonne.
le suis parti soudain qu'est arpiué Harbone ; Monsieur, i'ay grand honneur de voir si fort à moy, Qui ne suis rien du tout, le cœur d'vn si grand Roy.
ASSYERE.
Père Aman, regardés la grâce de Madame, le iure le soleil et sa céleste flamme Que iè ne la vis onq' que tout soudain mon cœur le ne sentisse espris d'vne nouuelle ardeur, Et ores au regard de sa teste dorée, le sens bien audedans mon ame estre altérée.
Non ,' non , ma fille , non , si ie te fay du bien , Tout est de ton mérite , et de ma grâce rien ; Suy seulement ce trein , et me tiens favorables D'vn regard tout pareil ces yeux esmerueillables; Ainsi m'aiment les Dieux, et mon royaume et toy, Qu'à iamais tu pourras commander à vn Roy, Et ne souhaiteras rien de grand , ni mal possible , Que ie puisse pourtant, q^ui ne te soit loisible.
ESTHER
Monsieur, souffres vn peu que ie baise vos mains.
Le Roy ne le croit pas, mais ces baisers sont feints.
Itft AMAN
ASSVERE.
M'amie , acole moy, car ie veux ta beauté Compagne estre partout de nostre Royauté.
Aa que l'oublie bien de Yastbe le visage, Te voyant si trai table, et l'orgueilleux outrage Que d'elle ie receu.
ESTHER
le VOUS prie , Monsieur, Vous soir sur ce lit d'or, à fin que i'ay cet heur De vous voir priuément user de ces seruicês.
ASSVERE.
le ne me cognoy rien ici de mes délices ; * Mais i'ay plus de plaisir de contempler tes yeux. Que d'vn friand banquet les mets delitieux.
Vous plaist-il receuoir ceste coupe écumante , Qu'vn de vos echançons longtemps à vous présente?
ASSVERE.
Ton afeté regard sçait si bien m'attirer,
Qu'à grand peine ie veux ma veue en retirer :
Or, maintenant di moy franchement, ma mignonne ,
Quelle part de mes biens tu veux que ie te donne :
le iure ce grand Dieu , et l'adiourne tesmoihg ,
Qui voit comme estant près ce qui se fait fort loing;
Quelconque part sera des Perses demandée ,
Te sera de bon cœur promptement accordée.
TRAGEDIE SAINGTB. t«
ESTHER
Monsieur, i'ay tousiours prins pour singulier honneur
D'auoir receu Taneau d'vn grand Roy monseigneur,
Et mon Dieu m*est tesmoin qu'estant bien poure esclaue
le ne fu onq' si fort ou presoinptueuse ou braue ,
Que ie pensasse bien la faueur mériter.
Que peu d'heures deuant ie n'osois souhaiter.
Et que sur ma fortune et espoir auancee
Sur vos suiets pourtant ie ne me suis haussée :
Et bien que ie me veisse estre femme d'vn Roy,
Tay tousiours présumé modestement de moy.
Bien est vray qu' i'ay prins soing de vostre couronne,
Et ay bien désiré garder vostre personne,
Gercheant vostre seurté , et ay là seulement
Estendu le pouuoir de mon auancement :
Comme ie devoy bien conseruer ceste teste
Par qui pleine d'honneur et de vie ie reste;
Or, puis qu'il vous a pieu me mettre en ce degré,
Grande , riche et contente , et ce de vostre gré -,
Vos suiets ne deuoyent contre vous entreprendre ,
Pour de vie et d'honneur vef ue en vn coup me rendre
Veu que suis honorée et vi par vostre main ;
Encore n'eust esté ce tour si inhumain ,
Si on n'eust vostre mort toute ensemble arrestee,
Suiuantle vieux dessein de Thare et Bagathee;
Or, d'autant qu'vn de ceux de nostre nation
Descouurit autresfois la lasche faction
Ck)ntraire à vostre estât; leur meschante entreprise
S'est, outre ce, le sang de mon peuple promise :
It6 AMAn
Monsieur, ie ne veux point vos $uiets maistriser, Ni vostre monarchie en deux parts diuiser; le ne demande rien que vostre bonne grâce , le prie pour ma vie et pour ceux de ma race.
Si vous auez de moy receu quelque plaisir, Depuis qu'il vous a pieu sur tontes me choisir, Si ie vous play encor', et vostre grandeur daigne De serve me tenir comme vostre compaigne , Làs, Monsieur, sauuez-moy, et par vostre amitié Ayez de vous, de moy et mes frères pitié.
ÀSSVERE.
Dieux I qui est ce meschant, ce fol , ce téméraire?
ESTHER
C'est Aman qui me veut et vous-mesme deffaire.
ASSVKRE.
Aman, ô Fas-tufait?
HARBONE.
OÙ va courant le Roy?
Certes, le fait d'Aman va mal comme ie voy.
Dieu, las, que feray-ie, ô quels cris, quelles plaintes, Aman , espandras-tu iusques aux nues peintes? malheur, desespoir, riguœur, ô cruauté , envie, ôtraison, lasche desloyauté.
Mortelle tromperie, ô fourbe inespérée, Comme vn soudain esclair de la flamme aetheree
TRA6EDIB 8AINGTE. ilT
Gomme vn astre tombant, ô ciel qu'ay-ie entendu? Combien ces derniers mots estonné m'ont rendu ! lupin qui vois tout , de qui la haute face l'ay cent fois contredit d'vne reuesche audace, lupin , s'il est vray que tu brandis des Gieux D'yne fumante main le foudre impétueux , Tonne effroyablement et fay voler ma teste En mille .ardens tisons d'vne rouge tempeste; Desserre ces grands dars, dont tu feis trébucher Les enfans de Titan , qui vouloyent t'arracher De ton grand siège d'or et planter leur demeure En la plage du Ciel qu'on iuge la meilleure.
le ne veux point du feu doucement violent De celle qui mourut par l'amoureux présent , Mais du plus vigoureux dont tu ruas par terre Salmonee imitant le bruit de ton tonnerre.
Veus-ie bien cestuy-là? Si quelque autre tu as Qui consomme plustost , ce sera bien mon cas. Ami, despouillés-moy cette riche ecarlate, Ce manteau brodé d'or, et tout ce qui éclate La suberbe couleur du tyrrbene poisson , Remportés tout cela au fond de ma maison; Haillonnés-moy de toile , et me plaignes pour estre Esclaue deuenu d'hier que i'estoy maistre.
véritables nuits, nourrices des frayeurs.
Vous m'auertissiés bien de ces tristes malheurs! cris, ô bruits, ô voix, ô hurlemens terribles , crossemens hideux', ô grincemens horribles , murmures nuiteux, ô noirs espouuantaux , Vous me predisiés bien l'orreur de tous ces maux , Si mon cœur égaré du désir de vengeance
iU AMAIf
N'eust à gauche tourné des monstres la science. Neptun' , qui vas d'vn char rasant les bleus sillons De la blanche Thetys , près les dorés sablons , Pour qui mille tritons de trompes argentées Âcoisent tout le Qel des ondes enchantées; Tu feis iadis noier aux rochers Capharès Par vn nauple vengeur mille Grœcs adirés; Et ce garçon hardi de qui Taile cireuse Esprouua de Phœbus Fardeur iniurieuse.
Tu engloutis encor' ce Ceyx amoureux Qu'Halcyone suiuit par les bords dangereux.
N'as-tu pas bien de quoy soubs le creux de ton onde Estaindre Tame et corps du plus meschant du monde? Aussi bien suis-ie mort , et voudroy bien mourir Si ie voioy la mort à Mardochee souffrir.
Que Mardochee yiue et le fils d'Adamate Meure honteusement! ô Fortune , ô ingrate, Aueugle, passagère, euentee, ô honneur!
D'vn bien poure valet tu tailles vn seigneur. Et d'vn bien grand seîgneur retailles vn esclaue. Toublie mon maintien, i'oublie mon poi*t graue. Car il me faut mourir; mourir, helas! comment? le n'y pensay iamais qu'auiourd'huy seulement. Dieu 9 comment meurt-l'on? est-ce donques la mort Si laide qu'on la fait, si horrible et cruelle? Aman , il faut mourir ; au moins si tu sçauois Quelle chose est la mort , aisément tu mourrois. Aman , rassure-toy, la mort est bien plus douce Que le peuple ne dict, plus foible sa secousse. Quoy ! perdrai-ie ma fenune et mes tendres enfans Esleués en la Ck)ur plus haut que les plus grans?
TRAGEDIE 8A1NGTE. 199
le traineroy d*eux tous quant et moy la deffaite! Quelle playe » ô pourets , mon orgueil vous a faite! Vous estes tous perdus; n'y a-ii plus d'espoir, Zarasse et mes enfans, encor' de vous reuoir? De vous dire vn A Dieu d'vne plainte étemelle , Et vous donner encor' ceste main paternelle?
Madame, sauuez-moy, ie baise vos genoux, Apaisés-moy le Roy, faites-le-moy plus doux.
Ah ! faut-il supplier, et d'vn branler de teste , D'vn haussenais souffrir vn rebut deshonneste? Naguère tant de Roys me courtisoyent encor' Et mettoient à mes pieds leurs diadèmes d'or. Sur tout ie crain la mort; vne.roue honteuse, Vn gibet, vn bourreau font mou ame peureuse.
Les ris des regardans , Taise des enuieux , Les iugemens diuers des ieunes et des vieux , Les voix, les sifflemens , les comptes de la ville. Le triste'souuenir de ma poure famille, Le regret de mes biens, mon crédit, mon honneur, M'aportent au dedans vn mortel creue-cœur.
Si ie mouroy premier qu'vne main estrangere Me feist porter au iour ce vilain vitupère.
Ce seroit bien mourir ; mais tout certainement l'endureroy la mort beaucoup plus doucement.
Madame, par vos Dieux et par ceste couronne. Faites tant que le Roy plus humain me pardonne ^ le ne veux que la vie, et bien qu'au demeurant le perde tout cela qu'on peut perdre en mourant.
ÀSSVERE.
paillard, ô meschant, encor' luy fais-tu force,
Yoyés qu'en cent façons m'ahonter il s'efforce. Qu'on le face mourir du plus cruel tourment Duquel on se pourra auiser promptement.
Pendard» tu le paieras ! Sus, vilains, qu'on l'empoigne; Qu'on l'entraine d'icy, hastés-vous, qu'on Fesloigne !
HARBONE.
Syre, au mesme gibet attacher il le faut, Qu'à Mardochee il a fait esleuer là haut.
• ASSYERE.
Allés , il me plaist bien , mais en tout cas qu'il meure, Car vous êtes tous morts s'il vît vne seule heure, lamais ie ne receu d'ennemy tant de tort, Et ne seroy content iusqu'à ce qu'il soit mort. Çà, ma mignonne, es-tu maintenant bien contente? Tous ses estats et biens encor' ie te présente ; La mort de ses enfans ie mets entre tes mains : Tien, voilà mon cachet, accompli tes desseins.
HÂRBONE.
Nostre Aman est deffait , en maugréant les Dieux ; Ne vous attendes plus à le voir en ces lieux. Saches qu'il n'a voulu en mourant recognoistre Ni le grand Dieu des luifs, ni le soleil pour maistre , Et aprenés que Dieu fait cheoper les meschants Aux pièges qu'ils auoient droissé pour ses enfans. Louez le Dieu des luifs, car grande est la victoire, Dictes mille chansons, mille hymnes de sa gloire.
TRA«BDIB ailNGTE. isi
LA TROYPE, Chant dernier.
que grande est la merueille De ce bel euenement; Que la force est nonpareille Du Seigneur de nostre gent!
C'est le Dieu certainement Qui peut sur toutes loix, Sur les Empereurs et Roys.
Si la mer Rouge asséchée ^ Si le roc voluptueux, Dont fut la soif estanchee De nos rechignes ayeux.
On eust mis deuant les yeux , Nous n'eussions désespéré De ce bien tant désiré.
Si douze pierres plantées En tesmoignage au Jourdain , Si les testes surmontées De trente Roys par sa main , Trente Roys vaillans en vain, On eust mis deuant nos yeux , Nous eussions espéré mieux.
Et des victoires encore De losueetGedeon, De lude , lepthe et Debore , Et de la dent de Sampson, luste vengeur d'Ascalon ,
I» AMAN, TRAGEDIE SAINGTE.
L'agréable souuenir Eust assuré Tauenir.
Mais nos ceruelles, bien dignes Des bourreaux Aegyptiens , Taisoyent mille faits insignes, Mille bons tours , mille biens Et miracles anciens Qu'a iadis faits le Seigneur Pour maintenir nostre honneur.
Or, maintenant qu'on entende De ce Dieu victorieux La puissance estre très grande , Et qu'il porte les Hel)rieux ; Que nul Prince audacieux , En voyant l'Âgagien , Attache le peuple ]sien.
Que les Roys, les tyrans sçachent»
Enseignés de ce seul fait.
Que si pour yn temps ils faschent
Le peuple du Dieusuiet,
Enfin il s'en entremet ,
Et départant le débat
La plus roide part abat.