‹ Les œuvres poétiquesChapitre 32 sur 47 · S04 SECOND UVRE · texte numérisé non relu

S04 SECOND UVRE

Tout ce que Ton voudroit soudain et largement, On seroit plustost saoul de cette iouissance Que non pas ennuyé d'vne douce espérance.

Que l'abondance saoule, en Antoine on le voit, Qui à la plus grand' part du monde commandoit : Il s'ennuya plustost de sa femme Octauie Que de celle par qui fut son ame rauie, Bien que d'vne il iouist beaucoup plus librement , Et de l'autre il n'eut rien que fort echarcement. Ce qui fasche en yn bien et en la iouissance. C'est la satiété et la pleine abondance; Car ces denrées mieux l'vne rencherissoit, Et souuent l'amoureux de l'espoir nourrissoit, Sçachant que le plaisir qu'on prend en la viande N'est en la deuorant qu'vne faim trop gourmande. Mais c'est quand on demeure, au moins comme l'on dit, Sans iamais estre saoul touiours en appétit.

Penelopoatendit par vingt longues années Ylys^e à retourner des terres ruinées Du désert Ilion; et plus elle attendit, Plus chaud et plus bouillant son désir se rendit Nous lisons de lacob de qui l'amour constante Soupira par sept ans la beauté excellente De la blonde Rachel, quand Laban le deceut, Et pour vne beauté, d'vne laideur le peut; Son désir s'enflamma, et d'vn ardent office Jusqu'à sept autres ans redoubla son seruice. L'on pourroit confermer par mille argumens bons Le grand bien de l'espoir ; mais les œuures trop longs L'on ne présente à ceux de qui l'intelligence Suplee la longueur : vous avez la substance

D'ANDRE DE RIVAVDEAY. 305

De ce qu'vn iuste liure à peine discourroit, De façon qu'adiouster rien plus on n'y pourroit. Ma Dame, le sçay bien qu'ayant eu la lecture De ce peu, vous dires l'effait et la nature De l'espoir beaucoup mieux; et vostre bon esprit, (Si vous auez compagnee en lisant mon escrit) L'enrichira soudain de raisons pertinantes , D'exemples à propos, de prennes suffisantes : £t ceux qui entendront ce discours tout nouveau Gentilment prononcé d'vn visage tant beau Et de si bonne grâce , o ie crain qu'ils reprouuent Aussitost mon labeur et imperfet le trouuent. Et puis vous demourez en ceste saincte cour, Ou la belle vertu fait auiourd'huy seiour.

Parente et bien priuee à vne grand' Princesse Qui de sa mère tient le sçauoir et sagesse ^ le rougis en pensant que mes poèmes vains Doyuent tomber un iour en de si hautes mains; Fespere, neantmoins, que si vostre clémence Daigne fauoriser ma modeste asseurance, Me surmonter moy-mesme , escriuant quelquefois Des vers pour contenter les Princes et les Rois.

1 Rivaudeau semble faire allusion à un séjour que Françoise de Rofaan aurait fait à la cour de Jeanne d'Âlbret, dont la mère était Marguerite d'Orléans, sœur de François l", et auteur des fameux Contes de la Reine de Navarre. Françoise était cousine germaine de Jeanne d'Âlbret.

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