‹ Les œuvres poétiquesChapitre 36 sur 47 · SECOND LIVRE · texte numérisé non relu

SECOND LIVRE

De ceux qui ont les cœurs allumés du brandon Du dard atize-feu de Tenfant Gupidon. Ou tu chantes à Dieu yne prière ou hymne D'vne voix qui de toing passe celle du cygne , Car au cygne la voix on donne faucement ; Mais qui t'a veu chanter vn amoureux tourment , Vn psaume ou vn cantique, ha la langue impudente Ou sote , si ta voix sur toutes il ne vante, Car ni les grans cités , ni les cours des grans Rois Qui maitrisent TEspagne et le peuple François Ont en vn seul suiet et sur plus belle face, Plus de gentil sçauoir, ni plus de bonne grâce , D'honneur, de courtoysie et de perfection , Voire à vn iugement vuide d'affection.

Tu tiens cela de Dieu, de ta race et nature, Du soin de tes parens, et de leur nourriture; Comme communément on voit que les enfans Représentent le corps et l'esprit des parens ; Rranche des Tiraqueaux, dont l'immortelle race Florist par le vieillard qui premier s'est fait place , Par sa rare vertu , sous la voûte des Cieux, Plus haut que les Dœmons , entre les Demi-Dieux ; Et par son propre ûls qui tient héréditaire Son esprit, et qui sied dans la royale chaire Depuis vint et cinq ans de Fontenay, qui or A par luy, son Saturne , vn autre siècle d'or. Petite ville heureuse et de Dieu honorée, Qui a senti du Ciel la recheute d'Âsthrœe Par ce iuge très-saint, qui bouille 'd'vne ardeur Des arts comme son père, et retient sa candeur. Sa iustice, son poix, son égale balance,

IVÀNDRB DE RIVAVDEAY 113

Dont le droit à chascun très-fidele il dispense,

N'ayant par si long temps fait homme mal content

Ni à aucun porter le noir accoustrement:

Qui estant libéral iusqu'aux mains souffreteuses

Des doctes artizans, des mains religieuses,

Ne laissant vn tbesor, comme Ëuclion , rouiller

En vn coffre moisi, ou il n'ose fouiller.

Ains départant ses biens à cent yefues chagrines,

Aux malades piteux, aux maisons orphelines,

Et faisant vn recueil de force liures bons

Tirés de mille endroits de la France et du fons'

Des briz Ausoniens, des presses de Venise,

Et du pals soufflé par Taleine de bise ,

Et d'vn sainct cabinet, à qui le grand soleil

Qui voit tout et sçait tout, ne sçait rien de pareil

En la France auiourd'huy ; mille médailles belles

Qui nous rendent au vif les faces immortelles

De tous ces pères vieux; et cent vases polis ,

Estoffes d'alabastre et d'ouurage embellis ;

Et des meilleurs pinceaux les plus dignes peintures

En nombre bien fort grand, et force pourtraitures

De bosse et de relief, et par l'art de Yulcain

Des statues de fonte en bronze et en airain.

Icy le burin dur, icy Fart qui emaille,

Icy la damasquine, vn graueur, vn qui taille,

Et cent autres ont part; d'vne assiette d'yeux

On voit de cent ouuriers les traits laborieux.

D'autre part , les poissons de la mer Lybienne

Se voyent naturels, Ligustique et Thyrrene :

L'hippocampe menu, le palombe globeux,

Qui de la mer d'iEgypte a les riuages beux.

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Les lizards du Brésil et maint barbare monstre.

Qu'aux doctes comme luy plus docte il nomme et monstre.

Que dirai-ie les fruits des arbres estrangers,

Raportés de si loing parmi mille dangers?

Le poiure avec sa grape , et la palme Idumee,

Et du baume naïf la liqueur renommée.

Des baumes d'artifice ou des hommes la main

Pour imiter le vray a travaillé en vain.

le tais du girofiOier la plante peu cognue

Dont les doux sont cognus, de Tudee venue,

Et le sucre en sa canne , et (miracle non creu)

L'herbe qui rafraichist le saunage recreu.

le ne discourray point maint arbre, mainte plante

Dont le More, le luif, dont TOrient se vente;

le diray Tœuf d'autrusche, et les habits sauuages

Composés dextrement de petits cartilages

De racines d'escorce , et leurs velus chapeaux ,

Leurs brayes, leurs tapis, et leurs panaches beaux

Que tu as arrangés en ceste chambre ornée ,

Où tu tiens, Tiraqueau, le Pérou et Guinée.

le chanterai l'honneur du bol Arménien ,

Et les rares thesors du terroir indien.

Mais vn autre dira le merueilleux ouurage

Lequel tu as receu d'Apollon en partage ,

Ce grand liure ou tu fais à ton diuin Ogard

Les faits de la nature imiter par son art;

Ou au plus près du vif il te peint cinq cens plantes,

Que dans ton Bel-esbat nées tu luy présentes.

Bel-esbat ! qui voudroit te louer dignement,

II faudrait vn poème à part entièrement,

Pour ta fertilité chanter presque diuine ,

D'ANORB DE RlTAVDEAT. JH»

Que les simples meilleurs tu as de médecine.

Et mille autres grans biens dont de commune voix On te dict égaler les délices des Rois.

Marie, ceux-là sont ton ayeul et ton père;

Et si n'as moins d'honneur du costé de ta mère,

De qui la grand' bonté et la vertu perfaite

Encores auiourd'huy tout son pays regrette.

Par elle tu descens d'vn tige qui florist.

Que la Grâce, Apollon et la Muse cherist.

Qui fait par son sçauoir aux grans Princes seruice

Qui aime la vertu et qui haist le vice ,

Qui est riche de biens, de moyens, de faueurs.

D'amis et d'alliés, de crédit et d'honneurs.

D'autre part tu as prins la superbe alliance

Des très^nobles Rouaux , dont la braue vaillance

Se renomme du bras de leur premier ancestre.

De ce preux loachin qui mérita bien d'estre

Mareschal de la France , et qui porta le faix

Au proflt de ses Rois du siège de Beauuais.

Or, les Rois ses seigneurs furent Charles Septiesme

Et depuis, suyuamment son fils Louis Onziesme.

Car ie ueux rallumer le renom ià mourant

De ce bon cheualier des cendres d'Enguerrant,

Et ne peux plus souffrir son heureuse mémoire

Gouuer enseuelie en ceste basse histoire.

ladis, a deux cens ans qu'en sa verte vigueur

Bellonne luy souffla sa martiale ardeur ;

Il conquit Saint-Guillaume au surnom de Mortagne

Auecques Loheac ; puis du duc de Bretagne

Apointé se trouua premier sur les ren(ipars

St6 SECOND LIVRE

De CoustanceSi et mouilla les Normans boulevards Du sang des ennemis, sur Fresnay, sur Hauille, Sur la Haye du Puis, Cbantelou, Beuste-ville Sur la Motte l'Euesque, et Hambre et sur Hommet, Sur Laune et Thorigny où TAnglois fut deffait. Diray-ie de la Croix de Vauioux la victoire , Où Geoffroy Couuran eut grand'part à sa gloire? Diray-ie Bergerac, lansac etMonferrant Que concurrent il prit de Gbarles de Gulant?

Bayonne, Aques> Rioux, les forces Bordeloises Que le comte de Foix auec luy feit françoises? Lors, pour le premier trait de tes honneurs très-hauts Gonnestable tu fus, loacbin, de Bourdeaux> Et gouuernas Fronsac , alors qu'en la Guyenne Les Anglois repoussés veirent la force tienne ; Le comte de Dunois honorant ta vertu , Pour à Blaye et à Bourg auoir bien combattu.

Depuis, grand escuyer, tu portas ceste espee En escharpe (autres fois au sang vermeil trempée Des ennemis de France), alors que ton Louis Se feit voir nouueau Roy au peuple de Paris; Et à Tenterrement du vieux Gharles, son père, Au temple Saint-Denys (vénérable bière Des Roys ses deuanciers) ou tu méritais mieux Que les moines chagrins le poile pretieux Dont sortit vostre estrif ; qu'vn chancellier de France Apaisa prononçeant sa deuote sentence.

Depuis y fait mareschal , de Mouy compagnon Tu meis par ton bon sens la ville de Noyon Sous le sceptre du Lis; et quand tant de grans Princes Ensemble coniurés de beaucoup de provinces »

D'ANDRE DE RIVATDEÂY. 117

Et tenant le parti du comte Charolois

Soubs honneste couleur pour violer les loix

De la France, essayoyent d'vne audace félonne

De Louis leur seigneur butiner la couronne.

Quand les ducs de Nemours, de Calabre et Berry,

Et celuy de Bourbon , de sa perte marry,

Le conte de Saint-Pol et le duc de Bretaigne

Poussèrent hazardeux leurs forces en Champaigne,

Suiuis de Rochefort, Loheac, Rauastin , *•

Des contes de Beauieu , d'Armignac , Dammartin ,

De Charni , Montagu ; et, briguans leur domaine ,

Le Dunois et Albret feire boire la Seine

A leurs roussins vainqueurs, et sans venger ce tort

Les François attendoyent qui seroit le plus fort;

Et que bien lasçbement la noblesse et commune,

Oubliant leur deuoir, couroyent à la fortune.

Le loyal lOÂCmM, seul de tous non couard

Costoya ce fort camp par le terroir Picard,

Et d'vn nombre petit de vertueux gens-d'armes,

De ruses -et d'effrois et de fauces alarmes ,

De surprises le sceut bien long temps retarder,

Et de force coureurs finement se garder

Qui espioyent sa vie ; et depuis la ioumee

Qui veit au Mont-Hery la France ruinée,

Quand le Roy, desconfit ayant la larme à Fœil,

Vn glaçon sur le cœur, print la fuite à Corbeil;

Nul homme de Paris luy sortit secourable ,

Par le cri des beraux piteux et larmoyable

Que Rouaut, qui soudain print de Sainct Clou le pont,

Car ceux qui le gardoient n'atendirent son front.

Pour auoir esprouué de sa guerrière face

tu «BCOHD UYU ITAHVtS BB BITAYDEAT.

Aux portes de Paris sa dommageable audace.

Depuis, la ville d*Eu, par luy les Bourguignons Yeit chasses sur Gourtaux porter des b'ancs basions. bon Dieu, qu'il me deut que ie ne suis poète Ou graue historien pour acbeuer le reste :

le vanteroy ses faits d'vn trein Yirgilien, Dignes d'estre vantés, ou bien d'vn Livien.

Toy, Ronsard! qui te dis yssu de ceste race, Qui as de bien chanter sur tous hommes la grâce , Toy poète sacré, que ta diserte main Ne nous escriue plus tant de fables en vain!

Ronsard, chante ceci, non Zetbe et Calais, Et de leur vol nouueaù les peuples esbals; Cependant que des Grœcs les merueilles ie traite Et vay briguant des arts la science perfaite.

le te salue donc, ô Marie à bon droit »

En tout ce monde bas si saluer on doit Quelconque chose après les cœlestes puissances; le salue à bon droit tes rares excellences.

Ta beauté, tes vertus, ta saincteté, ton mieux Qui te font ressembler la nature des Dieux.

Pufsse-tu reuerdir de lignée étemelle , Gentile comme toy, comme toy saincte et belle, Qui hœrite les arts de tes premiers ayeux.

Et le sauoir guerrier des Rouaux valureux!

A CAESAREE DINGRANDE

DX prennent part en toy : l'vn possède le cœur, ; L'autre iouist du corps, tous deux sans déshonneur; ^Celuy qui a le cœur seroit bien du corps digne , Le possesseur du corps est des deux très-indigne, Et en despit de toy, ô fureur! le retient :

Le maistre de ton cœur de ton bon gré le tient ; Et content de ce bien , du corps ioulr a bonté : Geluy qui tient le corps, du cœur fait peu de compte. Baille à tous deux le corps tout ensemble et le cœur : Ils ne penseront pas estre en vn plus grand heur. Fay mieux! à vn tout seul Tvn et l'autre transporte! Et ce que tienent deux , vn l'ait tout en la sorte. Non, ne fay pas ainsi. Car priuer le Seigneur Du corps seroit larcin , et priuer de ton cœur Le mieux idmant du monde et qui mieux le mérite, Seroit vne tralson de ta foy non petite.

Non, non, ne le fay pas! Aa bien si tu pouuois A quelqu'vn de ces deux transporter les deux droits, Geluy qui a le cœur seroit de tous deux maistre , Pour auoir leplusnoblC) et des deux biens digne estre.

S90 SECOND UYRE]

Car cil qui a le corps n'en est que possesseur

Comme vn meschant, choisi du peuple pour seigneur

Par les armes contraint, qui souffre tyrannie,

Craignant porter la peine escripte à felonnie.

Aussi que cestuy-là te preste seulement

Ce que les animaux font naturellement;

Mais Tautre sainctement te preste chose telle

Qui est comme ton ame à iamais immortelle ,

Fondée sur l'esprit , sur vertu , sur Thonneur ,

Qui le* fait mériter d'estre sur tous seigneur.

beaux esprits ! vnis d'vne amitié très-chaste ,

Laissez les corps mortels d'vne auancée haste;

Et yiuez à iamais en ceste liaison

Que vous a moyenne la cœleste raison :

Sinon que vous puissiez vous lier en ce monde,

A fin que Tamitié en toutes parts se fonde;

Si vous faites ainsi vous viurés glorieux,

Plus heureux que les Roys, et semblables aux Dieux.

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