‹ Les œuvres poétiquesChapitre 42 sur 47 · POETE CHRESTIEN · texte numérisé non relu

POETE CHRESTIEN

]k plus part, Babinot, des hommes de présent Premier qu'auoir reueu leurs vers entièrement Par yn soing plus exquis, et premier que la lime Ait yn peu repoli leur raboteuse rime, Âueugles eu leur fait, ne se peuuent tenir De faire incontinent entre nos mains venir Leurs liures auortés qui, premier qui les presse^ Meritoient d'endurer Tesponge effaceresse.

Ces hâtifs y Babinot, pour néant désireux D'afranchir leur renom du temps iniurieux.

Reculent s'auanceans, si que la Parque noire Glost en la mesme tombe et eux et leur mémoire. Ceux-là ne font pas mieux qui traînent si longtemps Leurs stiles paresseux et leurs longs iugemens Sur yn papier moisi iusques à tant qu'yn rbeume, Yne fieure, yne mort leur facent sur l'enclume Laisser l'œuure imperfait, qui du proiet premier, Raclé par tant de fois, n'a pas yn trait entier. Qu'est-ce à dire cela? Le fol fait le contraire Du yice qu'il fuit plus; l'vn yeut du tout se taire ,

no SECOND UTRB

Fuyant le trop parler , et Tautre moins honteux

De peur d'estre muet, se rend plus ennuyeux,

lasant incessamment : Quelqu'yn sent la cyvette,

Et l'autre le fouin ; quelquVn veut Antoinette

Du meilleu d'Albiac; et tel n'en voudroit pas

Qui outre son renom , n'aporte des.ducats.

Yn vieillard veut là ieune, et un ieune, plus chiche.

Veut espouser la dot de quelque vieille riche.

Tel à trauers les trous d'vn pertuisé manteau

Monstre le faste enflé de son gauche cerueau;

Yn autre, ambitieux, fait mieux paroistre encor

Son orgueil aux habits, et le fait luire en For.

L'vsjirjer serre tout d'vne dextre taquine.

En peu d'ans vn Brinon s'est aquis sa ruine, .

Quand de cent mille escus son esprit despensier

Aux femmes, masques, ieux ne sauue vn seul denier.

Tout extrême est donc vice, et la vertu diuise

Les deux bords vitieux, dans le meilleu assise.

C'est assez, fiabinot, que ton coffre enuieux

Nous ait tant e^tuié tes escrits ia trop vieux.

Qui t'empescbe monstrer auec vne asseurance

Ce qui aportera de Tesbale France,

Et à l'Europe encor' nouueau estonnement?

Pourquoy tiens-tu caché si fort auarement

Ce thesor d'Euclion , qui, le faisant paroistre

Te pouuoit aisément reternité promettre !

Ce n'est point à toy , non , de celer tes escris.

Ce n'est point à celui qui mérite le prix

Du laurier couronneur , mais à ces poetastres

Qui mentent que leurs vers sont inspirés des astres.

Ces braues , ces enflés , leurs vers et leur orgueil

D'ANDRB DE RIYAVBEAV. 331

Seront enseuelis dan» un mesme cercueil.

Ces escorcheurs de mots, lesquels ne voulant rendre

Leur langue en son entier, nous veulent faire entendre

Vue parolle aisée , vn- populaire mot ,

Yn vocable commun e^tre fascheux et sot.

Et appeUent rimeurs ceux qui font vn ouvrage

Qui approche fort près du plus commun usage :

Marot leur est rimeur, car sa simplicité

D'vn poète le nom n'a pas bien mérité.

Rien, rien, car si Marot eust eQ de la doctrine

Il seroit sans second , ceux-cy n'ont que la mine ,

L'enflure , le caquet ; ie suis poète moy ,

Car ie sçay force grœc , car ie sçay bien la loy

Des pindariques vers ; ie sçay ma langue accroistre

De cent mille bons mots que ie feroy paroistre

Soubs vne imprimerie; et qu'est-ce de sçauoir,

S' vn autre ne le sçait? le leur veux faire voir

Gomment il faut escrire , et le tour que i'estime

Qu'il vaut le mieux donner -à la nombreuse rime.

Voylà pas bien promis; il viendra de ce feu

Vne fumée après, et celuy qui a leu

Ce prometteur exorde, après ceste asseurance,

Se trouue bien fort loing de sa faulse espérance.

Leurs vers, au premier coup, semblent de fort grand prix.

Le nouueau plaist; l'enflé, mais ce tourne en mespris,

A la coupelle, au fer, a pas belle apparence,

Un ducat de. faux or; la fertile'abondance

D'vn Theopompe Grœc, son style sourcilleux

Auoyent à l'aborder force traits merueilleux ;

Mais après, rien de bon; le fouet d'Aristote,

Le sophiste venteur ayant sa langue sote, •

s» SECOND UYU

Enflée de fiel roux, a longtemps fait penser

Qu'il estoit habile homme en voulant s'auancer;

Mais c'est Tasne comain, et la grand' corpulence

Fait plus de peur que mal ; la venteuse bombance

De ceux-cy n'est en l'art mais en miracle vieux ,

En fables sans profit, et ils n'ont rien de mieux;

Ostés-les leur du poing, leur rime sera froide :

Vn arc se lasche plus d'autant qu'il estoit roide

Deuant que de bander : or, le grand Yendomois

Auoit fait pour les siens les plus gardables lois

De nostre Poésie, et sur nostre frontière

Auoit comme serui de l'ongle fonteniere;

Mais cent pourceaux bourbeux ont de leurs grouins fouillé

Geste source sacrée, et le saint lieu souillé;

Singes imitateurs de ses obscurs oracles,

Ont vomi, furieux, des vers dœmoniacles,

Horribles, inouis, et tels qu'il les faudroit

Quand reueiller des morts les âmes on voudroit ,

Ou bien tuer les vifs. La modeste asseurance

D'vn poète hardi a ouuert leur licence-,

Mais son dernier labeur luy-mesme a surmonté.

Quand il a la nature et Dieu mesme chanté;

Qu'il a rendu le Ciel, les élémens, les signes,

Les astres , les dœmons en ses merueilleux hymnes

Si cognus à chascun , que les secrets plus grans

Il a bien fait entendre aux plus lourds ignorans;

Il a donc surpassé les vieux tons de sa lire,

Puis resserrant l'archet a commencé de rire,

Voyant ces chauds rimeurs, ces cuidereaux chercher

Ce Parnasse nouueau sans leur soif estancher.

Il est donc deuant eux , de la première cueiUe,

D'ANDRE DE RIVAYDEAT.

Et donne son aisé bien fort mauuaise fueille A Tobscur de ceux-cy : Poète bien-heureux, L'honneur de nostre temps; si mes vers vitieux Ne peuuent mériter d'eux-mesmes à consuyure Les vieux siècles, ie pense éternellement viure En faneur de ton nom, car, s'ils portent au front Geste marque tant riche, aisément ils viuront» De façon que le temps et sa grise seigneuse De tant de noms occis, et Lethe iniurieuse Qui , par tant de longs ans , a son los ennobli Pour des rides siller d'yn sommeilleux oubli ' Tant d'hommes, seruiront de suiet à ma gloire , Me faisant triompher d'vne braue victoire.

A. DE RIVAVDEAV

A FRANÇOIS BARDONIN, IVRISCONSVLTE

^u^s de Ciceron, Bardonin, Teloquence, Le sçauoir de Scœuole et la sévérité Des deux Gâtons Romains; tu as la pieté De quelque Père saint, la taille et l'apparence

D'yn capitaine grand; la diuine puissance Ne t'ouurit à demy sa libéralité; Au corps et en l'esprit tu eus en quantité Les plus rares presens de sa beneQcence.

Heureux perfeitement si ta condition Seulement respondoit à ta perfection , Et si Ton t'auançoit aux affaires publiques

Et aux estroits conseils des Princes et des Roys, Sans charger les barreaux de canons et de loys, Pour traiter des priués les rioteuses piques.

DU GROEC DE LUGIAN

PLVS AV LONG

)/eotoy le champ de lean, et puis deuant hier, Par le décès de lean , ie deuins à Gautier.

Et si tousiours Gautier ne sera pas mon maistre Il a procez à Pierre auquel Tespere d'estre.

Les hommes sont bien fols de se nommer seigneurs, Estans aux changemens suiets et aux malheurs. le ne suis ni à lean , n' à Gautier, ni à Pierre, A fortune ie suis comme est toute la terre.

Page 1