‹ Les œuvres poétiquesChapitre 7 sur 47 · A UNNE DB FOIX · texte numérisé non relu

A UNNE DB FOIX

Aux merciers , aux grossiers et aux apothicaires.

Mais certes il en est qui aux langues et arts

Nous rendent les esprits de ces diuins vieillards ;

Soit, si ie l'ose dire, en la théologie.

Ou en la médecine ou la philosophie ;

Et de ma part ie veux, tant que ie puis tascher.

Quelques fautes fuir, ou ie vois trébucher

L'Euripide ancien , dont le grand Âristote ,

Très-seuere censeur, le chastie et le cotte;

le ne veux suyure Piaule en ce qu'Horace a dict

Estre en luy vitieux , rabaissant son crédit.

Mais de ces repreneurs les plumes trop hardies

N'eussent peut-estre fait de bonnes tragédies ,

Et aussi n'entrepren-ie au langage estranger

A ce prince tragic de me comparager.

Bien que i'escrive en grœc, et bien que ie l'entende,

le ne sçaurois pourtant faire vne œuure si grande ;

Mais ie veux en ma langue oser, audacieux,

Faire entendre qu'on peut tout autant que les vieux,

Lorsqu'ils ont le mieux faict, sans ensuyuir pour guide

En ce qu'ils ont failly Plante ni Euripide.

Quoy I chascun dict ainsi, et chascun se promet,

Fauco témérité! d'ataindre le sommet;

Tous brouillent le papier, tous se meslent d'escrire,

Et des hommes cecy presque est la faute pire.

Moy-mesme qui me di escrire point ou peu ,

Auant l'aube du iour ie demande du feu ,

le demande vne plume, et de fascheuse grâce

Vint suiets entrepris ie renuerse et retrace;

le hurte le poupitre et mordille mes doits,

le tien la veuê basse , et haute quelquefois;

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le suis impatient, ie rechigne et me ride :

Or ie yeux commenter l'Electre d'Euripide , Or ie yeux eclarcir les grans thesors des Grœcs , Ores des liures saintz les plus rares secrets. Comment! yn autre ouurier ne prendra la boussole , Ni le cadran, craignant de mal jouer son rôle, Celuy n'ordonne pas le cirop incognu Au malade, qui est pour artizan tenu, Car c'est aux médecins à composer les doses De casse et d'agaric et de pareilles choses ; Chascun fait son mestier, mais les sages et fous , Les bons et les mauuais escriyent presque tous.

le ne yeux pas toucher les humeurs des poètes , Leurs cerneaux esuentés, leurs trop légères testes, Leur yie trop oisiue, ou leur condition Chetiue et affamée ou leur présomption.

le diroy seulement qu'on iuge le poète Non pas tant par les yers que le suiet qu'il traite ; Ëmpedocle se doit philosophe nommer, Thêognis ne se doit poète surnommer, Ni Phocylide encor, Lucrèce , ni Pontan , Ni Gandre , ni Lucan , ni mesmes Opian ; L'yn traite la nature et yn autre l'histoire; L'autre enseignant les meurs a auancé sa gloire. Autres sont les discours de la folle Sapphon, De Stesichore, Ibyc, du chauue Anacreon.

le yeux de ces premiers surpasser le mérite, Non pas par mon sçauoir, car ma force est petite ; Mais par le puissant nom de ce très-grand seigneur Dont ie chante les faicts, la yictoire et l'honneur.

4i A UNNE DE FOIX.

Ma Dame , ce nom-là m*aporte confiance Que soubs vostre faneur la Nauarre et la France Receuront mon labeur, et verront quelquefois Mon liure bien venu aux familles des Roys.

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