‹ Les œuvres poétiques d'André de RivaudeauChapitre 11 sur 35 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HARDOCHEE, IviF, susnt-parIsiK.

j^sT-iL donques ainsi que tous ceux-là qui suyuent ! La trace du Seigneur, et selon ses loix viuent ) Sont tousiours affligés? Et les injurieux Sont tousiours en repos, tousiours victorieux , Riches à nos dépens, rehaussés de nos pertes, Et des biens emportés de nos maisons désertes. Forts par nostre foibiesse , et par nos maux heureux, Et par notre vergongne hautement glorieux,

Et souuent reuestus des despouilles sanglantes

Du sainct peuple de Dieu par leurs mains violentes?

Ëst-il donques ainsi , ô peuple de Sion !

Auecque toy nasquit la persécution ,

Et sera pour iamais sur tous ceux qui , paisibles ,

Cheminent au Seigneur par les sentiers pénibles.

Le monde encore neuf, et à peine bien né ,

Veit ruisseler le sang d'vn Àbel adonné

Au seruice de Dieu , et les âmes cousines

Se partializer pour les choses diuines ,

Et des ce premier temps le plus iuste au Seigneur

Demeurer desconCt, et le meschant vainqueur.

Qui ne sçait vn Noé (que la bonté soigneuse

De son Dieu sauua seul de Tonde furieuse),

Moqué de son fils Cham, qui, au lieu de couurir

La honte de son père, osa le descouurir

Par risée à laphet et à Sem , ses deux frères ?

De là cent nations furent toutes entières

Maudites à iamais, et des peuples estaints,

Peuples venus de Cham, et issus de ses reins.

Si l'ennemi défaut. Dieu autrement esprouue

Des siens la patience, et mille moyens trouue

De reueiller leur foy, ne leur donnant loisir

De s'adonner long-temps au repos et plaisir,

Nourriciers de tous maux; l'ordonnance terrible

Faite au père Abraham sembloit bien impossible,

Et non gardable aux deux, et au fils de souffrir,

Et au père grison faire son fils mourir,

C'est là également la tentation dure.

Et à celui qui fait et à cil qui endure,

Elle fust toutes fois , sans reculer, des deux

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Portée également ; mais la faueur des cieux

Suruint et destourna le sanglant sacrifice,

Et la Grâce empeschea la diuine iustice.

« Ils souffrirent pourtant , car l'exécution

a N'est tuer ni mourir, maisTaprehension. »

A ce prophète saincf vn prince de Gerare

Auoit deuant volé sa bien-aimee Sare.

Puis lacob, héritier de ses possessions,

Tout ensemble hérita des persécutions ,

Et ouit d'Ësaû l'ennemie menace,

Fasché d'auoir perdu la paternelle grâce,

Alors qu'on luy auait finement empoigné

Le bonheur, l'auantage et droits du premier né :

le feroy, disoit-il, vn iour plorer mon père,

Et teindroy mon couteau dans le sang de mon frère.

Il n'y eust pas failli, si , de peur du danger,

lacob n'eust prins la fuite en pays estranger.

Encor' fut cela peu, car sa force hochée

Fut bien d'autre façon, quand la cuisse asséchée

Et un nerf offencé , un champion des cieux

Pour marques luy laissa d'vn combat glorieux.

Depuis, ceux d'Israël le sainct lieu honorèrent,

Et pour l'amour de luy plus de nerfs ne mangèrent.

Quoy ! loseph n'eut-il pas vn pareil traitement

Que ses père et ayeux eurent premièrement?

Quand de ses frères grans les volontés despites

Bruslerent contre luy, et aux Ismaélites

Le liurerent esclaue, et ceux-cy tout soudain

Rencontrant Putiphar, le mirent en sa main.

Que vay-ie discourant les tristes infortunes

De ces particuliers? Les misères communes

Furent pires encor', et les tourmens cruels , Les aigres chastimens, et les ennuis mortels Et les fléaux douloureux, et le piteux seruage, Et l'estrange rigueur que deuant le passage Les enfans d'Israël souffrirent , mal-heureux Soubs vn iniuste Roy qui ordonna sur eux Maint fâcheux commissaire en vn grand ediflce, Et des maistres de l'œuure, et de ceux l'iniustice, Les torts et les fouets, et les pesans fardeaux : Sentit le peuple alors, sentit les derniers maux Et les derniers malheurs, et cruautés dernières. Mille cuisans souspirs, mille larmes ameres Tesmoignerent Tennuy, le dueil, le creuecœur Qu'ils eurent en ce temps de vuider, ô l'horreur ! La gadoue d'Egypte, et les tayes puantes, Et porter sur le dos force briques pesantes : Tout cela n'auait pu rassassier pourtant L'ire de Pharaon, duquel le mandement Feit noyer tous les fils du peuple israelite Dans le Nile voisin , fors Moy se , lévite , Qui estoit près sentir de ce roy le courroux , Si rinfante d'Egypte à point ne Teust rescous. le ne di point qu'après leurs peines renforcèrent Et des maux trop plus grans encores endurèrent lusques à leur passage, après lequel encor' Pour auoir adoré Tidole du veau d'or.

Trois mille d'eux tuez furent par les leuites Deuenant peu à peu leurs troupes plus petites. Car de six cens milliers d'Aegypte rançonnes, Deux seuls sentirent Theur des païs destines , losué et Caleb, qui par mainte victoire

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Eurent en Israël yne immortelle gloire.

Peuple qui regretois d'Aegypte les pourreaux ,

Les cailles, la chaudière, et la chair et les aulx ,

Qui t'ennuiois du man, la chair te fut donnée

A ta perte et ruyne; vne mesme journée

Ensemble te donna les cailles et la mort ,

Et te feit ressentir ta reuolte et ton tort.

Tu courus vn désert durant quarante années ,

loignant et esloignant les terres ordonnées

Du riche Ghanaam, et d'vn tour incertain

T'essayant de toucher les promesses en vain :

Là leurs cœurs endurcis , et leurs dures ceruelles

Nourrirent iustement maintes ourses cruelles ,

Et furent les déserts héritiers de leurs os ,

Indignes de remplir la terre du repos ,

Que Moyse et Aaron de tout loing saluèrent;

Mais pour auoir grondé, en chemin demeurèrent.

Maintenant quel repos, quelle paix eurent ceux

Qui ioignirent en fin ce climat si heureux?

Trouuans mille ennemis à peine les vainquirent ,

Et rien moins les vainqueurs que les vaincus souffrirent

Ils trouuerent en front plus de trente tyrans

Et veirent contre soy cent peuples fort vaillans

Qu'ils deffeirent en fin; la coûteuse victoire

Feit suyuir toutes fois vne imparfaicte gloire.

le me tay qu'Âmalec et les Chananeens Furent après seigneurs de leurs corps et leurs biens? Durant sept ans entiers, quand leur Dieu pitoyable Poussa de Gedeon la vaillance indomptable.

Somme, ceux d'Israël n'estoyent en aucun temps D'ennuy, de desplaisir, ni de malheur exempts,

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Et leur meilleur repos fut quand par mainte guerre

Et au prix de leur sang ils conquirent leur terre;

Et Teurent-ils conquise alors par fer et feu ,

La pluspart d'eux périt. Surtout fut triste vn vœu

De celui qui ayant à la vintiesme ville

Prins les maisons d'Âmmon sacrifia sa fille ,

Apres qu'elle eut deux mois par les monts lamenté

Le destin ennemy de sa virginité.

Alors" estoyent encor' les forces Philisthines

Neufues à Israël , quand ces verges diuines

Leur vindrent de surcroist, et leurs tranchans cousteaux

Les firent tresbucher à tas et à monceaux.

Depuis ces honmies las des luges et Prophètes

Soumirent à des Rois leurs endurcies. testes,

Randant leur estât pire et leurs conditions,

Et s'abondonnans plus aux persécutions.

Au plus vaillant d'eux tous la mort fut pourchassée,

Parllniuste Saûl, combien que rabaissée

L'audace Philistine eust été par Dauid y

La vie presque ensemble et l'honneur il perdit.

Depuis estant haussé , bien que la renommée

L'ait fait le meilleur roi de la terre Idumee,

II foula toutefois l'Israélite gent ,

Assez accoutumée à pareil traitement.

Il feit iniustement tuer le pauure Vrie

Au siège de Rabbath , dont son ame marrie

Plora depuis la mort, et se désespéra,

Quand le Seigneur son Dieu de ces maux l'asseura ,

Dauid l'as tu fait? Ma vengeance dernière

Sera tousiours sur toy, et l'espee meurtrière

Ne se verra dehors en aucune saison

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De ton sang, de ta race, et toute ta maison.

Et fut comme tousiours le Seigneur véritable,

Dauid soudain perdit cest enfant misérable

De Bethsabée et luy, et après quelque temps

II sentit les efforts de ses fils violens.

Ammon, son premier-né en son lit de main forte

Souilla sa sœur Thamar, puis luy ferma la porte.

Et depuis Absalom vengeur et sans pitié

Feit assommer Ammon soubs ombre d'amitié,

Apres auoir couué une emprise mortelle

Deux années durant de la mort fraternelle,

Cest Absalom monta sur le lit paternel ,

Et versa sur son chef vn malheur éternel ,

Quand non content d'auoir fait massacrer son frère

Il s'essaya rauir la vie de son père :

Or Dauid despesché de cest ennemi fort

Retombe tout soudain par vn sien nouueau tort

En vn tourment' nouueau , et après l'iniustice

Qu'il a souffert des siens, luy-mesme par son vice

Ruine ses suiets quand le peuple conté

Il entend par loab le nombre estre arresté,

D'Israël huit cent mille ayant porté les armes,

Et cinquante milliers de luda bons gendarmes.

Car fièrement haussé de ce nombre si grand ,

Il oublia les biens receus du Dieu viuant.

Lors vn soldat des cieux de mains vindicatiues

Noya de sang vermeil les campagnes luifues :

le laisse que tantost Adonie rauit

Peu s'en fallut le sceptre à son père Dauid.

le tay la longue faim que les Israélites,

Ayans faucé leur foy aux fiers Gabaonites,

til AMAN

AuaieDt deuant souffert , et la trop dure loy Qu'ils feirent supporter à sept enfans de Roy. Les races peu après par deux Rois diuisees Tournèrent contre soy leurs armes aiguisées , Et sans aucun repos portèrent bien long temps LMnsupportable ioug de leurs princes tyrans , Et n'eurent aucuns rois iustes ni débonnaires Qu'Ezechie et losie à tous autres contraires. Et ce peu de bon temps bien fort tost s'en vola> Quand loacim de Dieu le temple viola Et suiuit les faux Dieus des nations payennes , Puis esclaue se veit des mains assyriennes.

Sedecie depuis consomma le malheur, Ayant estrangement offencé le Seigneur, Qui voyant derrober par luy sa saincte gloire, Abolit de tous poincts dlsraêl la mémoire :

Feit occire le peuple et d'vn bras irrité Dès le bas fondement arracha la cité.

Israël ne fut plus qu'vne poignée d'hommes Bannis de leur pa!s, le demeurant nous sommes De ce nombre petit , qui tous les iours mourons, Et pires que la mort mille tourmens souffrons, Depuis que cest Aman gouuerne la contrée Et a vers nostre Roy si fauorite entrée.

11 me hait par sur tous, et despit à grand tort Par tous moyens qu'il peut me pourchasse la mort. Il m'a fait esleuer vne croix vergoigneuse Pour contenter vn peu son ame furieuse , lusqu'à ce qu'à loisir il impetre du Roy Les testes en vn iour de mes frères et moy ; Mais Dieu dispose tout, vne humble patience

TRAGEDIE 8AINGTE. US

Peut surmonter d'Aman la roide violence.

Au fort y s'il faut ployer soubs nos persécuteurs ,

le ne suis pas meilleur que mes prédécesseurs.

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