LE CHANT DE LA TROVPE
durs regrets , ô prières , ô pleurs !
Larmes en vain tant de fois espandues ^ chauds souspirs, ô cuisantes douleurs, Forces d'en haut pour néant atendues, Les pires donc sont maistres des meilleurs!
Vn temps estoit que la puissante main De Dieu rengeoit toute force payenne; Que contre nous on se dressoit en vain; Gomme iadis la race Isaîenne Brisa l'orgueil du Philistin hautain.
Les vierges, lors de la saincte Cité, Chantoient tout haut aux cantons de la ville : Deux hommes seuls beaucoup en ont dompté ; Mille Saûl et David bien dix mille ^ Que David soit sur tous autres vanté !
Lors assuré dormoit le peuple sainct Des Ghaldœns et des Amalecites; Alors ni Tyr, ni Sidon estoit craint. Ni les assauts des larrons Moabites; Mais ce pouuoir nous est du tout estaint.
tl8 AMAN
Que si ce Dieu , ce grand Dieu daignoit or Tourner sur nous ses deux yeux pitoyables , S'il redonnoit aux siens ce siècle d'or Qui nous faisoit iadis insurmontables, Cent mille vœux luy rendrions encor'.
Âa ne réponse, ô Seigneur Dieu, nos vœux, Car nous savons que les iustes prières Forcent Tacier, et le fer et les feux , Et des tyrans les armées entières, Et les prisonSy et les mers , si tu veux.