A LA POSTÉRITÉ
JR, reçoy mon labeur, sainte Postérité, £ Et me rens quelques los si ie l'ay mérité ; l Mais plustost rens l'a Dieu, qui fait l'ame sçaiiante,
Qui benist mon esprit, fait ma bouctie éloquente :
Par luy i'ai façonné vn ouurage immortel ,
Perdurable et sacré, que ni 1,'ire du Ciel,
ni l'esté chalureux, ni la dent importune
Du temps , ni la fureur de l'horrible Neptune
Pourront oncq' abolir, encores que la mort
Me contraigne surgir sur le redouté bord
Dans l'esquif de Caron; toutesfois, ie m'asseure
Sur mon liure, qu'alors ma partie meilleure,
Par la faueur de Dieu , sur les astres sera ,
Et par tout l'vnivers mon renom volera ;
Alors les passions des personnes attainles
Rediront tristement celles de mes complaintes;
Alors deuant les Rois maint superbe escbafaut
Entonnera mon nom maintefois et bien haut
Sur le courroux d'Aman. Haugré la Gcre enuie,
l'ay mon liure animé d'vne durable vie.
PIH SES POESIES.
ALBERT BABINOT, AVX MVSES