S AVANT-PARLER D'ANDRE DE RIVAVDEAV
seurs de qui les bisarres iugemens et les troignes ont despesché et renuoyé en moins d'vn quartd'heure ce qui a esté élaboré en beaucoup d'ans. Yne autre cause a fait tomber mes liures sur Tesponge, qui est la tourbe espaisse de tant de millions d'escripts et de tant de sortes, que ie croy la masse du monde en estre toute moulue et enniuree. Outre, ie n'esperoy pas les petites œuures d'vn nouueau né, et fraîchement eclos des Entre-mondes d'Epicure peussent tenir quelque ranc parmi le faste de ces pals fortunés, ou il ne faut que penser estre sauant pour Festre incontinent; comme i'ay escript quelque part ailleurs en vne epistre qui est au iour. Et pour dire vray, il m'eust fasché que tant de liures indignes et pernitieux, comme les Amadis, Tristans et autres de mesme farine; c'est-à-dire ou inutiles, ou indoctes , ou deshonnestes, tant en vers qu'en prose, eussent eu plus de crédit et de vogue que telle chose que mes longues veilles et mon bien grand et bien long travail eussent taillé pour seruir à la chose publique. Au reste, ie me sentiroy suffisamment satisfait et recompensé de mon labeur, si vous et vos semblables l'approuvés et prisés, le iugement et la louange desquels ie receurez mieux que du demeurant de tous les hommes.
le prie Dieu, Monseigneur, qu'il augmente les grâces qu'il vous a largement reparties.
A la Groizardiere, le premier iour de may 1565.