FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES
L'HYPOLAIS POLYGLOTTE
(PHYLLOPNEUSTE HYPOLAÏS)
Ordre des Insectivores. Famille des Phylloscopidés. Genre Hypolaïs. — Longueur : 13,5 centimètres. Oiseau d’un gris verdâtre dessus, d’un beau jaune pâle dessous. Les grandes rémiges qui couvrent l’aile sont bordées d’un large liséré blanc. Les pieds sont bleuâtres avec le dessous des doigts jaune et les ongles bruns. L’hypolaïs n’a qu’une nichée annuelle, à la fin de mai, de cinq œufs en général, dont la couleur fondamentale est un rose rougeâtre avec des points bruns. L’hypolaïs est répandu dans toute l’Europe et surtout dans les contrées chaudes.
R1LEUX et délicat, l’oiseau qui porte ce nom d’hypolaïs, un nom bien savant, est un enfant du Midi, qui ne fait qu’une apparition dans nos contrées. Il retarde prudemment son arrivée jusqu’à ce que le printemps soit bien établi ; on ne le voit guère avant les derniers jours d’avril ou même les premiers jours de mai ; il se loge parmi les arbustes en fleurs, dans les vergers et les jardins; il s’y fait un nid coquet, artistement tisse; il élève sa petite famille; puis, dès le mois d’août, il la réunit et repart pour des pays plus chauds.
C’est un oiseau élégant, bien vêtu et de fines manières. Il porte sur les épaules un manteau gris, nuancé de vert, lequel s’ouvre largement pour laisser voir le long justaucorps jaune-paille qui lui serre la gorge et la poitrine. La tête est intelligente, bien dégagée, plus fuie encore que celle des fauvettes, avec une chevelure grise, qui se hérisse quand il chante. Le bec est mignon, rosé, orné de barbes noires à sa naissance; l’œil est noir,
petit, flamboyant.
La campagne est en pleine fête quand nous arrive l’hypolaïs. Les cerisiers , pour la plupart , ont déjà dépouillé la neige brillante dont ils se parent au printemps ; mais les poiriers et les pommiers, gloiie de nos prairies, plient sous le poids des corolles blanches ou roses; les lilas embaument les bosquets, et les mouches commencent à bourdonner autour des ombelles des sorbiers. L’herbe est haute dans les prés, les plates-bandes des jardins sont autant de parterres fleuris, et les buissons de roses se couvrent de leurs premiers boutons. Depuis longtemps le pinson chante dans le feuillage, la fauvette suspend des nids ébauchés à tous les arbustes, et le merle , drapé de noir, psalmodie sur sa gouttière; pour que l’orchestre soit complet, il ne manque plus que f hypolaïs, qui, avec la souplesse de sa voix, viendra imiter tour à tour pinsons, merles et fauvettes, et se moquera d’eux tous en accommodant leurs mélodies à ses inépuisables pots pourris.
Car tel est le talent particulier de l’hypolaïs, talent dont veulent jouir tous les amateurs de pots pourris, et Dieu sait s’ils sont nombreux! On se donne beaucoup de peine pour élever cet habile artiste, et le plus souvent on n y
réussit guère, car il y faut (les précautions infinies. Un rien, et le voilà mort dans sa cage! Le froid le tue, l’odeur d’un poêle le tue, la fumée du cigare le tue, toute senteur infecte le tue. 11 faut le traiter connue un enfant, U environner d’une propreté exquise et ne lui faire respirer qu’un air toujours pur. Sa cage demande plus de soins qu’un berceau. 11 s’en perd plus de vingt pour un qu’on mène à bien. C’est une barbarie, et il faut avoir peu de pitié pour rechercher des plaisirs qui font tant de victimes.
Cependant, je l’avoue, c’est une chose charmante qu’un pot pourri improvisé par l’hypolaïs. On peut n’être pas très amateur de ceux que composent nos musiciens, à tête reposée, pour les orchestres des cafés chantants : c’est un genre commun, le dernier des genres, si même c’est un genre. Mais qui donc oserait faire un crime à ce petit oiseau de s égayer aux dépens de ses confrères et de leur dérober sournoisement leurs chansons? Regardez-le : il est sur sa branche de sorbier, caché parmi les feuilles; il se tient droit, sa gorge s’enfle, les plumes grises qui ornent le dessus de sa tête se dressent et s'agitent, et, sans interruption, pendant des heures, il chante de verve, mêlant les réminiscences aux inspirations originales et l’ironie à l’enthousiasme. Il commence par une sorte de
jargon musical, sur lequel se détachent bientôt des strophes au rythme plus accentué. S’il rencontre un motif qui lui plaise, il le répète, il s’en fait un refrain, qui passe et repasse de couplet en couplet; puis, tout à coup, sa voix prend un timbre nouveau; il chantait, maintenant il se moque : voici la roulade du pinson, voici la flûte de la fauvette ; ceci est l’alto du merle, ceci la fugue de la grive... O rossignol, vous n’y êtes point épargné ; entre deux refrains de fauvette se glissent vos longues notes soutenues, vos points d’orgue retentissants. Mais le malin oiseau n’est pas encore au bout des surprises de son talent : il a des registres de voix humaine et il chante comme nous rions ; ce n’est pas Mozart, ce n’est pas Beethowen; mais c’est quelquefois Paganini, et dans le savant tissu de ses mélodies on entend passer des masques, comme dans le Carnaval de Venise.
Mouches légères, insectes dorés qui vivez du suc des fleurs, profitez de ces longues heures où s’oublie le maestro, et n’attendez pas qu’il ait fini pour fuir l’ombelle odorante près de laquelle il s’est posé, car aux oiseaux l’ appétit vient en chantant. Dès qu’il aura cessé, il se couchera sur sa branche, et, le cou tendu, il ne songera plus qu’à guetter l’imprudente qui aura le malheur de s’égarer dans son voisinage. Qu’elle ne compte point sur la vivacité de son aile : l’ennemi ne la poursuivra pas; il l’attendra, ü la fascinera. Il y a une force magnétique dans ces deux yeux brillants qui la fixent, immobiles.- Une mouche qui tombe sous leur regard est une mouche perdue. Elle peut, d’un air distrait, voltiger un moment à l’entour. Mais le charme opère; elle s’approche, et, sans autre mouvement qu’un coup instantané du joli bec rose, elle disparaît, engloutie. Une seconde, une troisième disparaissent de la même manière, après quoi le prestidigitateur, bien restauré, fait de. nouveau place au maestro, qui reprend sa pose première et recommence son pot pourri.
LE POUILLOT FITIS
LE POUILLOT FITIS
(PHYLLOPNEUSTB FITIS)
Ordre des Insectivores. Famille des Phylloscopidës. Genre Pouillot. — Longueur : 11,2 centimètres. Dessus du corps d’un brun verdâtre clair, un trait clair sur les côtés de la tète, les joues soyeuses et grisâtres, la gorge et la poitrine d’un jaune délicat, le ventre et le dessous de la queue d’un blanc transparent. Le petit pouillot est plus brun en dessus, il a les joues plus brunes et la face inférieure du corps moins jaune. Le pouillot fitis et le petit pouillot ont chacun deux nichées de 6 œufs par an. Ce sont des oiseaux communs dans toute l’Europe.
EUX espèces de pouillots vivent sous nos latitudes : l’une porte le nom de pouillot fuis et l’autre celui de petit pouillot, ou de bec-fn vêloce. La première est celle qui figure sur la planche coloriée qui accompagne cette notice ; le nid de la seconde a fourni le motif de la gravure hors texte.
Elles sont toutes deux très petites, surtout la seconde, d’ailleurs si parfaitement semblables qu’on peut fort bien les prendre l’une pour l’autre. C’est le même corps menu, plutôt allongé que ramassé, fait pour glisser et pirouetter dans le feuillage; ce sont les mêmes teintes d’un gris vert sur les ailes et sur le dos, et d’un jaune pâle, mêlé de blanc, à la gorge et sur la poitrine; c’est le meme bec mignon et le même œil brillant. Le moyen le plus sûr de les reconnaître est de regarder aux pattes, qui sont couleur de chair chez le fitis et d un gris plus ou moins foncé chez son frère ou cousin. Il y a aussi quelque différence dans la taille, dans la longueur des premières plumes de l’aile, dans la construction
du nid, dans les œufs et surtout dans le chant. Quant au genre de vie, il est le même, à très peu près.
Le roitelet, le troglodyte et les deux pouillots sont nos oiseaux-mouches. Le petit pouillot ne pèse guère plus que le roitelet, quoiqu’il ait le corps un peu plus allongé. Mais, tandis que le roitelet est un oisillon robuste, qui ne redoute point les hivers de la montagne, le pouillot est un être délicat, et les gelées d’avril lui font souvent expier un trop prompt retour sous notre ciel inconstant. Le petit pouillot nous arrive à la mi-mars, et le fitis une quinzaine de jours plus tard; ils s’établissent tous deux dans les forêts d’essences diverses, pauvres en sapins, riches en hêtres, en chênes et en sous-bois. Ils cachent leur nid parmi les buissons trapus, et le construisent, le plus souvent, directement sur la terre. C’est un nid en forme d’œuf, fermé par-dessus, et dont 1 issue est une ouverture latérale, que le petit pouillot pratique aux deux tiers de la hauteur, et le fitis un peu plus bas, mais
toujours aussi étroite que possible. Toutes les précautions sont prises pour qu les herbes sèches. On marche dessus, on voit l’oiseau en sortir et s’envoler, qu monde à le trouver. La coque en est forte, d’un tissu serré; l’intérieur en matériaux choisis, toujours fins, chauds et soyeux.
il se confonde avec les feuilles et ’on a encore toutes les peines du est doublé de plumes et d’autres
Les pouillots ne se déplacent qu’au temps des migrations. D’ailleurs, ils vivent en famille, toujours au même lieu, toujours réunis : père, mère et les deux nichées printanières. On les voit peu, mais on les entend beaucoup, car ils s’agitent et chantent sans cesse. Le chant du fitis est un peu monotone, avec une nuance de mélancolie : ce sont des di, di, di, des due, due, due, des deâ, due, deida ; le d est la seule consonne qui le coupe d’articulations appréciables ; tandis que celui du petit pouillot, gaîment comique, connaît des delm, dilm, dolm, des zilp, zaip, zilp, et même des hédêdedat doux et prolongés. Leur cri de guerre, huid, Iniid, cent fois répété, n’annonce rien de bon aux importuns qui viennent les troubler dans leurs retraites. Ils ont des fougues d’oiseau-mouche, dont la violence est en proportion de leur faiblesse. Ils ne connaissent pas le danger, ils se précipitent contre l’ennemi, quel qu’il soit, et remplissent la forêt du bruit de leurs colères. Us sont très amusants dans ces petites tempêtes. Malheureusement, on ne peut guère les observer; ils déroutent le regard par la rapidité de leurs mouvements; et puis, ils ne sortent presque jamais du feuillage. Ils paraissent n’avoir aucune peur des grands rapaces. Lorsque, par rare occasion, ils traversent un espace découvert, rien ne trahit chez eux la moindre inquiétude. Us diffèrent en cela des mésanges, dont ils n’imitent pas non plus le vagabondage automnal ; mais ils leur ressemblent par le goût de la chasse autour des branches et des feuilles des arbres. Seulement, la mésange chasse en s’accrochant de l’ongle et du bec, en faisant de la voltige d’équilibriste, tandis que le pouillot chasse au vol, l’aile toujours en action. C’est au vol qu’il pique les pucerons, les phalènes, les larves, tous les petits insectes qui peuvent se cacher sous les feuilles. U pique aussi les mouches au vol, et c’est son gibier de prédilection ; mais une mouche est déjà un gros morceau pour ce diminutif d’oiseau, et quand il en a pris une, il faut qu’il aille se poser sur une branche pour la dépecer bouchée à bouchée.
Joyeux et sédentaire, le pouillot est toujours en mouvement, jamais en voyage. U n’émigre que parce qu’il le faut bien, et pour s’enfermer aussitôt dans une autre résidence. Le plus souvent il passe la saison sans sortir de son coin de bois. Heureuse sagesse du plus gai et du plus pétulant des petits oiseaux ! Qu’irait-il chercher au delà? Où pourrait-il rencontrer plus jolie chose que la mousse sur l'écorce, ou la feuille qui tremble au bout de sa tige menue? Où donc plus riches perspectives que celles des branches entrelacées, des hautes arcades du feuillage et de ses dômes aériens ? Où la brise aurait-elle plus de murmures et la lumière plus de reflets? Où trouverait-il plus beau parc de chasse, enclos mieux disposé pour voltiger et frétiller? Le nid, c’est le berceau; l’arbre c’est le monde. Qu’irait-il chercher au delà ?
. BS