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LA PIE-GRIÈCHE

(LANIUS COLLURIO)

Ordre des Insectivores . Famille des Lamidés. Genre Enneoctone. — Longueur : 17,9 centimètres. La tête cendrée, le dos roux, le croupion cendré, toute la partie inférieure du corps d’un jaune rosé très pâle. Le bec et une large bande à travers l’œil noirs. La queue noire et blanche. La femelle et les jeunes ont la bande sur l’œil brune ; sur la poitrine et les côtés du ventre des zébrures brunes. Une seule nichée de cinq à six œufs. On trouve cette pie-grièche en Europe, en Asie, en Afrique et dans l’Amérique du Nord.

ST-IL permis de ranger un oiseau de proie parmi les oiseaux utiles ? — Oui et non. Il n’est pas toujours facile de faire le bilan des services rendus et des dommages causés. Dans le doute, nous sommes plutôt favorables. Nous avons déjà rencontré des cas embarrassants. Nous nous sommes demandé, à propos de certaines espèces, si les insectes détruits compensaient les graines croquées. Mais pour la pie-grièche, la question est plus grave. C’est un vrai carnassier. Elle attaque et tue d’autres oiseaux; surtout elle en veut à leurs petits. Elle les guette pendant qu’ils sont au nid, pour les enlever aussitôt que, d’une aile incertaine, ils se livreront à leurs premiers ébats. C’est le moment où elle les juge à point. Elle tue aussi d’autres innocents, les lézards, les orvets. Voilà son crime : gardons-nous de l’atténuer. Si elle ne le rachetait que par la quantité, très grande, de hannetons, de carabes, de sauterelles, de souris et de mulots qu’elle détruit chaque année, son procès serait vite jugé. Mais la pie-grièche, toute sanguinaire qu’elle est, sauve plus d’oiseaux qu’elle n’en fait périr. Elle est ennemie jurée de tous les autres carnassiers, et, avec sou audace indomptable, elle les attaque, les harcèle et les oblige à chercher leur salut dans la fuite. Les pies ordinaires, les grandes pies noires et blanches, voleuses d’œufs, ne sont pas tolérées dans le voisinage d’un nid de pie-grièche. Les buses, les milans fuient devant elle. Elle monte la garde sur la plus haute branche d’un arbre, de manière à voir au loin, et dès qu’apparaît un oiseau de proie elle jette son cri d’alarme, un garde-à-vous bien connu des petits oiseaux, et elle fond sur l’ennemi. Aussi, dans quelques contrées, le peuple lui a-t-il donné un nom d’honneur, qui témoigne do ces utiles fonctions. En Allemagne, on l’appelle le Wàchler, c’est-à-dire le guet ou la sentinelle. La nature a de ces contrastes : les plus cruels font l’office des meilleurs. Faut-il s’en étonner ? Ne sont-ce pas autant de pies-grièches, tous ces princes, tous ces hobereaux, tous ces bourgeois enrichis, qui entretiennent à leur usage un parc de chasse et font multiplier le gibier réservé à leurs seuls plaisirs ? Est-ce l’homme qui a pris exemple

de la pie-grièche, ou la pie-grièche qui imite l’homme ? L’homme et la pie-grièche sont deux rapaces intelligents,

chez qui l’intérêt Lien entendu sert et corrige la brutalité des appétits.

Il y a plusieurs espèces de pies-grièches : la grise, la rousse, l’écorcheur, figuré sur la planche, et celle à poitrine rose. Malgré quelques différences de plumage, elles ont toutes la même physionomie. La plus grosse, la grise, a justement la longueur du merle (24 cm.), et elle lui cède de quelques centimètres pour l’envergure (35 contre 38 cm.) ; la plus petite, l’écorcheur, dépasse à peine la taille du rossignol. Ce sont des oiseaux chanteurs, tous plus ou moins habiles à imiter le ramage de leurs victimes. Quelques-uns y mêlent des sons aigus et criards, qui leur appartiennent en propre. Mais le plus cruel de tous, l’écorcheur, est un chanteur de premier ordre, le premier, peut-être, parmi ceux dont le talent est d’imitation, non d’inspiration. Une pie-grièche écorcheur, bien apprise, peut tenir lieu d’un rossignol, d’une grive, d’une fauvette, d’un pinson, d’une alouette et d’une caille : six oiseaux en un ! Et notez qu’il faut avoir l’oreille fine pour n’y être pas trompé. Mais ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que ces oiseaux sanguinaires sont tous des modèles de vertus domestiques. Ils n’ont rien de l'humeur farouche des grands carnassiers, qui, dans leurs petits, voient déjà des rivaux. Les pies-grièches vivent en famille, et les enfants ne se séparent des parents que lorsque l’instinct de la nature les pousse à constituer de nouveaux ménages. Enfants et parents se caressent et se défendent mutuellement, et les familles se réunissent pour former de petits vols en automne, au temps de leurs explorations ou de leurs migrations. Et cependant la pie-grièche est bien un oiseau de proie. Elle en a tout l’aspect : bec puissant et recourbé , face large, crâne aplati , et l’ongle qui est déjà une serre. Elle en a aussi la voracité. Un petit oiseau qui s’égare à sa portée est

irrémédiablement perdu. S’il est trop fort et qu elle ne puisse pas le tuer du coup, elle le mord à l’aisselle, pour l’achever à loisir. Ensuite, elle l’emporte sur un buisson, qui lui sert de charnier, et l’embroche à une épine, pour le dépecer plus commodément. Tant d’industrie ajoute à l’effroi qu’elle inspire. Mais où elle se relève, c’est quand elle fond sur le milan ou la buse. Son agilité et sa petitesse même lui assurent des avantages dans ces combats inégaux. Elle se retourne plus vite et frappe plus sûrement. Parfois la lutte est si violente que les deux adversaires tombent ensemble et s’assomment du coup. Il n’y a pas chez les oiseaux de plus brillant exemple d’audace. La pie-grièche est de la race des brigands, mais de ces brigands hardis qui n’ont rien de commun avec les lâches coquins, et dont les exploits, propices aux légendes, ont de tout temps frappé l’imagination populaire. C’est l’aigle nain, c’est le vautour mouche : plus il est petit, plus il est étonnant.

LEGAAT VAN

MEJUFFROUW C. A. VAN WICKEVOORT CROMMELIN

WILDHOEP

BLOEMEND AAL

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