LE TARIN
(SPIJNTJS YIRIDIS )
Ordre des Granivores. Famille des Fringillidds. Genre Tarin. — Longueur: 11,5 centimètres. Le mâle a la tète jaune citron, recouverte d’une calotte noire, la poitrine également jaune, le ventre blanc avec des raies longitudinales noires, le dos est vert, rayé de noir. La femelle n’a que du gris verdâtre sur la tète, le blanc du ventre monte jusqu’à la gorge. Les deux nichées annuelles ont lieu en avril et en juin. Les jeunes ressemblent à leur mère, avec plus de taches encore.
AMILIER et sauvage, le tarin réunit des caractères opposés. Il ne fait pas de grandes migrations ; il ne passe guère les mers ; mais il est très errant et vagabond. Au printemps, il recherche les forêts les plus sombres, les sapinières sur le flanc des montagnes. 11 s’y construit un nid très soigné, presque aussi bien fait que celui du chardonneret. Jamais il ne le confie à un arbre qui ne soit pas touffu par le bas, et il l’établit à quinze ou vingt mètres du sol, au plus épais du feuillage, ce qui Je rend très difficile à découvrir. Une gracieuse légende veut que le tarin y mette une petite pierre, qui a la vertu de le rendre invisible. Quand ses enfants ont pris leur volée, il jette la pierre, et chacun peut voir le nid abandonné. Celui qui a la bonne fortune de trouver la pierre du tarin peut se rendre invisible lui-même.
Au printemps et jusqu’assez avant dans l’été, le tarin ne vit guère que d’insectes. Il en nourrit exclusivement ses petits. Mais ses mœurs changent avec la saison où mûri sseflt les graines. Souvent on le voit, occupé à dépouiller les cônes des sapins, amande après amande. Il s’y prend d’une manière adroite et originale, se suspendant des pattes au cône lui-même ou à la branche qui le porte, et travaillant la tête en bas, afin que le bec se glisse plus facilement entre les écailles inclinées. Mais il y a d’autres graines, hors des bois, dont il est encore plus avide ; il se fait un régal de celle de l’aune, il adore celle du pavot. Quand il les sait à point et qu’il ne voit plus dans la nature, aussi loin que portent ses regards, qu’une riche table servie par le bon Dieu en l’honneur des petits oiseaux gourmands, il quitte ses retraites et va butiner dans le vaste monde. Il ne voyage pas seul, mais par troupes nombreuses et serrées , dont chacune correspond à une colonie de nids. Ces troupes vagabondent par monts et par vaux, sans souci des frontières, passant d’un pays à l’autre au gré de leur fantaisie, faisant des haltes au sommet des arbres, s’abattant pour aller festoyer en lieu propice, puis tout à coup, selon les menaces du ciel, remontant à tire-d’aile vers les refuges de la forêt. Le paysan les connaît bien ; il va parfois frapper du pied le tronc de l’arbre où reposent les tarins, pour s’amuser de leur fuite effarée.
L’oiseleur aussi les connaît, et la troupe diminue en chemin. Mais ceux à qui il arrive malheur ne se laissent point gagner par la mélancolie, et l’enfant des grands bois devient le plus aimable des oiseaux prisonniers.
On en élève beaucoup. Leur chant, qui est gracieux, sans être très varié, ni très sonore, compte parmi leurs titres à la popularité. La gaîté de leur toilette leur vaut aussi quelques suffrages. Néanmoins le titre principal du tarin est l’agrément de son humeur, sa facilité à se laisser instruire et l’heureuse influence qu’il exerce sur ses compagnons de captivité.
On n’a jamais réussi à enseigner au tarin l’imitation du chant d’autrui ; ce point réservé, il a tous les talents et l’on peut lui apprendre toutes les industries. Aucun représentant de la race ailée n’est plus souvent promené de foire en foire. C’est l’oiseau savant par excellence. 11 accourt à l’appel d’une sonnette, parfois il tire la sonnette lui-même. 11 vient tout familièrement se poser sur la main de sou maître; il passe du pouce à l’index, de l'index au doigt majeur et continue jusqu'au petit doigt ; puis il revient, en sautant un doigt, deux doigts, trois doigts, à volonté. Comme récompense, il va picorer un morceau de sucre, qu’on lui présente dans la bouche, entre les dents. Puis, voici la voltige étourdissante du grand soleil, le nec plus ultra du chardonneret; ensuite, le travail aux engins, exactement comme pour les gymnastes : il fait tourner des roues, il grimpe aux échelles, il tire les seaux d’un puits. On apporte enfin un jeu de cartes, et il passe aux exercices de l’intelligence, il connaît la dame de pique; il ne se trompe point sur le valet de carreau ; il annonce correctement un binocle. Surtout il est fort sur les questions de mariage : aussi dit-il la bonne aventure avec un à-propos et un aplomb merveilleux.
Le talent de ses talents est d’être heureux et de répandre la joie. Le tarin est toujours le bienvenu dans une cage. Chardonnerets, serins, canaris, l'accueillent avec empressement, et les mariages entre eux et lui ne sont point chose rare ; ils sont même féconds quelquefois. Cependant le tarin captif paraît attacher moins de prix à l’amour, qui est une passion exclusive et jalouse, qu’aux doux plaisirs de l’amitié. 11 devient familier, dès le premier jour, avec tous les habitants de la cage ; on le voit passer de l’un à l’autre, badinant, jasant, coquetant, et leur faisant de petites niches, qui ne tournent point à mal. Un tarin dans une volière y est un rayon de soleil. Mais il ne lui suffit pas d’être bien avec chacun. Il veut connaître les joies de l'amitié à tous les degrés, et c’est pourquoi, entre tant d’amis, il a coutume d’en choisir un qui devient le préféré, le seul intime. Il perche à côté de lui et ne cesse de le caresser ; il va lui chercher à manger et lui donne la becquée, comme une mère à son enfant. Si la provision n’est pas suffisante, il se prive de nourriture plutôt que d’en laisser manquer son ami, ce qui est. de sa part une grande marque d’affection, car les tarins ont de l’appétit pour deux. Que vous dirai-je? La nature a des contrastes pareils : cet oiseau des bois, qui n’en sort que par gourmandise, ce gros mangeur, au besoin bateleur de foire, toujours gai, toujours épanoui, est encore un artiste un artiste en amitié.
LITH. PAR THURWANGER. D. LEBET, ÉDITEUR IMP. LEIYIERCIER & C0IY1P.
LA PIE GRIECHE