‹ Les oiseaux dans la natureChapitre 42 sur 60 · L’ÉTOURNEAU · texte numérisé non relu

L’ÉTOURNEAU

L’ETOURNEAU

(STURNUS VULGARIS)

Ordre des Insectivores . Famille des Sturnidés. Genre Etourneau. — Longueur : 49 centimètres. Tout le corps est noir à reflets verts, bleus, pourpres et violets. Chaque plume est terminée par un point jaunâtre sur les parties supéi’ieures, blanc de lait sur les parties inférieures. Chaque plume des ailes et de la queue est de même bordée de brun clair chez la femelle, de brun plus foncé chez le mâle. Au printemps, les plumes usées n’ont presque plus de pointes claires, ce qui rend l’oiseau très brillant. Les jeunes sont tout gris. En avril et en juin, deux couvées de quatre à sept œufs verts. On trouve l’étourneau en Europe, en Asie et en Afrique, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu’en Sibérie.

OUS voici en présence du plus sociable des oiseaux. C’en est aussi le plus répandu, le plus babillard, le plus familier, le plus plaisant, le plus hâbleur, le plus étourdi et le plus dégourdi. Maître étourneau est un type. L’avoir nommé, c’est avoir décrit son caractère.

Les étourneaux ont, chaque printemps, un moment difficile à passer, quand leurs multitudes doivent se disperser pour constituer des couples et fonder des familles. L’opération est trop compliquée pour leur impatience, et la guerre éclate au sein de ces peuplades, d’ailleurs plus bruyantes que belliqueuses. Les plus forts ravissent les plus désirées ; les autres s’accommodent de ce qui reste. Ce démêlement tumultueux a lieu vers la mi-mars. Ensuite, pendant plusieurs semaines, les étourneaux vivent retirés, occupés aux soins du ménage. Si l’on trouve un nid déjà fait, en lieu favorable, on s’y installe, sans prendre lavis du propriétaire; sinon, on en fait un de quelques matériaux épars, moins un nid qu’une simple couche, dans le premier trou venu, et l’on mène à bien la couvée. Les petits éclosent vers la fm d’avril, et les jeunes familles, bientôt abandonnées à elles-mêmes, se recherchent, et vont butinant, par groupes, dans les lieux boisés, coupés de clairières humides, de prairies et de champs. Dès le commencement de juillet, les parents les rejoignent, avec une nouvelle couvée. Les groupes continuent à se mêler, et ainsi se forment, en automne, ces vols, ordinairement ronds et compacts, qui passent avec un bruit particulier, semblable à un déchirement. Les vols s’ajoutant aux vols, on voit défiler des armées d’étourneaux, qui coulent par torrents dans les airs. Cependant ces multitudes sont petites en comparaison de celles qui se réunissent, le soir, à leurs places de rassemblement. Ils choisissent dans ce but les grèves peuplées de roseaux. Ils se posent trois ou quatre sur le même roseau, qui plie sous le poids, et devient, ainsi incliné, le plus commode des perchoirs. Ils accourent, au coucher du soleil, de tous les points de l’horizon. Leur nombre est légion, et chacun travaille de son petit gosier et de sa langue frétillarde. Le brouhaha en est étourdissant. Par moments, on remarque

des crescendo: ce sont des vols nouveaux qui arrivent, saluent ,et sont salués. Il n’y a rien de comparable à ces rassemblements parmi les oiseaux de nos contrées, sauf ceux du pinson des Ardennes, quand l’hiver le chasse loin du pôle. Le bruit décroît à mesure que s’éteignent les dernières lueurs du couchant ; la nuit tombe, et 1 on ns entend plus que l’eau qui clapote et le vent qui balance tout ce peuple endormi. A l’aurore, le charivari recommence; puis, tous ensemble, ils s’élèvent dans les airs, battent de l’aile et retombent sur leurs roseaux. Ce signal est répété deux ou trois fois de suite; à la troisième ou à la quatrième, ils partent, en se divisant en vols qui ne se retrouveront que le soir, à moins que le hasard ne les fasse rencontrer en chemin.

Ainsi vit l’étourneau en liberté. En captivité, il n’est pas moins curieux à observer. Il devient rapidement le familier de tous les oiseaux dont il partage la volière, non sans être importun quelquefois. Si on le garde en chambre, il se fait un ami du chien, du chat, des enfants et de son maître. Il n’y a pas de réserve qui tienne, il faut se rendre à ses agaceries. En moins de huit jours, il se trouve en assez bous termes avec ses compagnons, le caniche ou le gros dogue, pour leur sauter sur le dos et y faire la chasse aux parasites. Heureux si, d un bec indiscret, il ne va pas les chatouiller sous le nez ou dans les oreilles. Avant de se permettre de telles privautés avec son maître, il épiera un sourire, il attendra un encouragement. Au premier signe, le voila sur les genoux, sur la main, sur l’épaule. Et tout en sautillant, il babille, il répète des mots, des bouts de phrase. Ce talent d’imitation de la parole est, chez l’étourneau, un accompagnement et un développement de 1 instinct social. Il y surpasse le perroquet lui-même. Tschudi cite un étourneau qui disait son oraison dominicale sans faute et distinctement, d’un bout à l’autre. C’était, dans la famille, le bénédicité en usage avant les repas, et il lavait appris à force de l’entendre. On rapporte mille traits analogues. Un des plus piquants est celui que raconte Friderich. Un instituteur allemand semait ses discours d’expressions françaises estropiées. Un de ses mots favoris était per compagnie. Il mangeait sans avoir faim ou buvait sans avoir soif, per compagnie. Autant en fit un étourneau qu’il avait apprivoisé et affublé d’un collier rouge. Un beau jour, maître étourneau s échappe, et se mêle au premier vol de confrères qu’il rencontre. La bande joyeuse donne droit dans un filet. « Comment es-tu venu ici? » lui dit l’oiseleur en voyant son collier. « Per compagnie ! » répond l’oiseau. Sur quoi l’homme aux filets, — celui-là, paraît-il, était capable de pitié, — au lieu de lui tordre le cou, per compagnie, ouvre la main et lui rend la liberté.

Babil d’oiseau, grâces d’emprunt, heureux talents de société! Etourneaux ailés, vos pareils sont nombreux!... Mais quoi, allons-nous à notre tour tendre les filets de la critique? Non, la pitié nous prend aussi... Etourneau, mon ami, profite du moment, et sauve-toi vite, per compagnie.

Page 1