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LE GOBE-MOUCHES OBIS

(BUTA US GRISOLA)

Oi che des Insectivores. Famille des Muscicapidés. Genre Butalis. — Longueur : 13,7 centimètres. Tout le haut du corps est gris soui is, le front plus clair et tacheté de noir, les plumes de l’aile bordées d’un liséré clair. Le dessous du corps d’un blanc sale, la gorge tachetée de gris. Le bec et les pieds noirs. La femelle ne diffère presque pas du mâle. Les jeunes sont très tachetés. En général une seule ponte, en juin, de quatre ou cinq œufs. Le nid, très artistement fait, se trouve dans des lierres, sur des palissades de jardin, sur des corniches, »ous les toits, sur de vieilles branches moussues.

corsaire, corsaire et demi !

Ceci est une loi de justice à laquelle vous n’échapperez point, vous qui vivez de sang, taons et moustiques. Pendant que vous volez lourdement ou que vous pirouettez dans l’air, cherchant une proie, le châtiment est suspendu sur vos têtes. Moustiques et taons, le gobe-mouches vous regarde. — J jjmm- . «jm Transportons-nous dans les bois, non dans les grandes sapinières, mais

rïans ces bois à feuilles légères, où le hêtre rivalise avec le chêne, où XTBÏV fïmV*. -™ l’érable aux larges dômes se marie avec le frêne élancé, et où tremble,

dans les clairières, la grêle verdure des bouleaux. Nous nous arrêtons au bord d’une mare, comme il s’en trouve souvent dans l’épaisseur des fourrés. L’eau a ces tons bruns, presque noirs, qu’elle prend en filtrant au travers d’un sol tourbeux ou en croupissant sur le terreau des bruyères. Elle n’est pas fraîche; elle n’invite pas au bain : elle a la température du sol et de lair. Mais peut-être donnera-t-elle de grandes tentations aux peintres qui s’égareront sur ses bords. Elle est brune, et n’est pas trouble; pour y être colorés, les reflets n’y sont pas moins limpides. Ils le sont d autant plus , au contraire, qu’elle est plus tranquille, dormant à l’ombre, garantie contre tous les vents, (t même contre ces zéphyrs instantanés, contre ces frémissements qui, dans les plus chaudes journées, surprennent encore les vagues immobiles de l’air. Les moindres brins d’herbe y retracent distinctement leur image ; les épis retombants d’une laîclie des bois, aux touffes à demi submergées, ne se penchent sur elle

que pour s’y regarder à loisir. Les troncs blancs et noirs qui peuplent la rive y reproduisent, pour le plaisir des

dryades emprisonnées sous leur robe d’écorce, tous les accidents de leur surface rugueuse ou polie. Il n’y manque pas une ride, pas une mousse. Il ne manque pas une branche, non plus, à ces arcades de verdure, dont la perspective fuit dans la profondeur, et qui laissent voir, entre les feuilles étagées, l’éther diaphane et sans fond.

Dans le mystère de ce réduit obscur brillent çà et là, sur les laîelies, sur les troncs, sur le sol, des rayons

egaies, car il n est pas de feuillage que ne traverse de ses flèches le divin archer, le dieu aux ja\clots d oi.

Ce paysage vous étonne-t-il par l’excès de son immobilité ? Regardez, écoutez : le mouvement va naître. N'entendez-vous pas une dent furtive déchirer le tissu des herbes coriaces? Une chenille est collée sous une feuille inclinée, qui montre déjà le squelette de ses nervures. C’était sa provision pour un jour; elle en achève le reste. Voici un bruit plus distinct. Les épis de la laîche ont tremblé : une sauterelle a pris son élan. Cette fois, c’est l’eau qui frissonne : une libellule l’a touchée. Un autre bourdonnement agite les airs ; vous le connaissez, car il a souvent importuné vos oreilles : c’est l’inchassable ennemi ; c’est le moustique qui dormait tout à l’heure et qui danse maintenant sous un rayon de soleil, en faisant vibrer ses élytres musicales. R vous a senti venir; il a flairé l’odeur du sang. Quel est encore cet étourdi qui se jette au travers de l’espace ? c’est le taon vorace, que harcèle la faim; il vous a vu, lui aussi, et vous a jugé de bonne prise... Soudain, au milieu de sa course, avant qu’il ait pu faire un mouvement pour éviter sa destinée, il est pris, il est enlevé. Une aile a passé, une aile d’oiseau, plus sûre et plus prompte que la sienne. Et déjà l’on entend sur une branche les petits coups saccadés d’un bec qui dépèce une proie. Ainsi a disparu le taon ; ainsi disparaîtront, chacun à l’heure marquée, le moustique, la libellule, la sauterelle et la chenille elle-même.

Qui est donc ce dernier larron, ce justicier dont l’apparition a été si foudroyante? C’est le gobe-mouches: ainsi dit le peuple dans son langage naïf. Vous ne vous étiez pas douté de sa présence, et cependant il était là, tapi sur une branche. Il laissait pendre ses ailes, qui s’agitaient quelquefois de tressaillements involontaires. Vous l’avez entendu; mais vous ne l’avez pas vu, parce qu’il était trop bien caché. Vous avez cru que ce n’était qu’une feuille qui frissonnait. C’était lui. Il voyait tout, il épiait tout, il attendait l’occasion : l’occasion s’est offerte et il l’a saisie. Telle est la manière de chasser de ce rapace tranquille. Il fait ce que font les fauves du désert, ce que fait le lion lorsqu’il se dérobe parmi le feuillage, au-dessus de la source où vient boire la gazelle, et qu’il la saisit au passage, d’un bond.

Est-ce le lion qui a été à l’école du petit oiseau, ou le petit oiseau qui s’est fait instruire par le lion ? Us n’ont pris leçon ni l’un ni l’autre. Ou plutôt ils n’ont eu l’un et l’autre qu’un maître, la nature, qui a mis le même instinct chez le plus puissant et chez le plus humble des chasseurs. Dans l’infinie variété de ses créations, elle a de ces répétitions ingénieuses, familières aux grands compositeurs, de ces motifs qui reviennent, dans un ton et avec des instruments différents. Où se montre plus irrésistible la puissance du bond, du bond soudain, rapide comme le regard, instantané comme la pensée? Est-ce chez le roi du désert ou chez l’oiseau de nos bois? Qu’importe? L’intérêt du spectacle ne dépend pas de la taille des acteurs. Gazelle, le bond du lion nous paraîtrait seul terrible; taon ou moustique, nous n’aurions peur que de celui du gobe-mouches. Simple spectateur, juge des coups, la gloire, ce nous semble, s’en partage également entre le grand et le petit carnassier.

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