O T US SYLVESTRIS
Ordre des Rapaces nocturnes. Famille des'Otidés. Genre Hibou. - Longueur : 34,5 centimètres ; envergure : 88 centimètres. L’iris est orangé le bec noir. Tout le corps est roux, mélangé de gris et tacheté de blanc et de noir. Les oreilles se composent de six plumes dont la plus longue a jusqu’à 3,5 centimètres. Les ailes dépassent la queue. Le hibou habite toute l’Europe, la Sibérie et le nord de l’Afrique. En mars oüavril la femelle’ pond environ quatre œufs blancs, très arrondis, et les dépose le plus souvent dans un nid abandonné.
ES hibous forment un groupe particulier. On les reconnaît aussitôt aux deux mouche ts de plumes qui se dressent, comme des oreilles, à droite et à gauche de leur tète arrondie.
On en compte trois espèces principales, connues sous les noms de grand duc, moyen duc, petit duc.
Le grand duc est un oiseau puissant et courageux. Sombre habitant des forets et des gorges , il ne s’attaque guère qu’à des proies d’élite, à moins qu’il n’aille troubler le sommeil des corneilles et des corbeaux. C’est le plus redouté, l’aigle des carnassiers nocturnes.
Le plus inoffensif en est le petit duc, dont l’oreillette se réduit à une plume;
il est à peine plus gros qu’un merle.
Entre ces deux extrêmes se place le moyen duc, qui est notre hibou commun, de la grosseur d une corneille. Il commet bien quelques peccadilles; aux dépens des petits oiseaux; mais les souris des champs sont sa proie de
prédilection.
Le hibou commun ne supporte absolument pas la lumière (lu soleil. Ri le chat-huant, ni 1 effraie, ni le grand a surtout pas le „ral„l duc, - n’en sont hébétés à ce point. Aussi se cache-t-il au plus épais des feuillages. Il" nasse pour un des plus grimaciers (le la race, ce qui tient, sans doute, à l’extrême sensibilité de ses yeux. Plus il est ébloui plus il est ébahi. La sauvage tristesse de son cri a fait naître (le nombreuses superstitions. On redoute surtout celui du petit duc. Dans les pays de langue allemande, on l’appelle l’oiseau des morts, Toitenvopl, à cause de son appel trois fois répété : Toi, toi, loi !
Il semble donc que tout se réunisse pour faire du hibou un oiseau sinistre. Et cependant il inspire des idées moins sombres que les chouettes. Il le doit, en grande partie, à ses deux oreilles mobiles, qu’il incline en avant ou en arrière, et qui lui donnent nu air goguenard. C’est un oiseau pittoresque, plus encore qu’effrayant, - un oiseau il oreilles! Ses grimaces ne sont pas pénibles, comme celles de l'effraie; elles sont amusantes, et on lui trouve, surtout au petit, une sorte de gentillesse, qui le fait rechercher comme un gai compagnon de chambre.
Et puis, l’excès même de son infirmité a pour conséquence et pour compensation des jouissances plus vives.
Chaque journée amène un moment délicieux dans la vie du liibou, celui où le soleil commence à baisser sur l’horizon. Il achève son demi-sommeil au milieu des songes les plus flatteurs, goûtant d’avance tous les plaisirs d’une chasse qui ne peut manquer d’être fructueuse. Il s’agite sur sa branche, il se secoue, il lève une patte, il tourne la tête; parfois il claque du bec, comme si quelque fumet appétissant venait lui chatouiller l’odorat. Les ombres des troncs s’allongent sur la mousse, les masses feuillées commencent à être éclairées par dessous, l’heure des rayons va faire place à celle des reflets : il s’ébranle, il entre en chasse. Les premiers instants ne répondent pas toujours aux images du rêve; il y a encore trop de lumière; l’œil a des étonnements, l’aile n’est pas dégourdie, et quelques oisillons moqueurs s’obstinent à huer au passage le chasseur maladroit. Mais voici le crépuscule; une dernière lueur, colorée par les rougeurs de l’occident, pénètre discrètement dans les clairières des bois; le silence s’établit; à peine la brise, qui fraîchit, fait-elle tressaillir les feuilles des bouleaux; la nature n’est plus qu’un vaste théâtre où le hibou seul est en scène. Il s’anime à son jeu; ses articulations se dérouillent; il vole sans bruit, mais non sans vivacité; sa prunelle grandit, il voit. Tout est clair pour lui quand tout devient indécis pour les autres. Ici une bonne piste, là une piste meilleure; il furète, il cherche, il trouve; le rêve se réalise, la chasse est un festoiement : il dépêche un orvet, morceau par morceau; il ne fait qu’une bouchée d’une petite souris rose, née de la veille et qui n’a pas encore les yeux ouverts; il happe, pour varier, un grillon dans
le pré; puis, il entend les grenouilles coasser dans le marais voisin : il dresse l’oreille, il y court, il y pêche
Cependant la lune se lève, la grande lune des belles nuits d’été; ses rayons obliques rasent la campagne et font scintiller les gouttes de rosée; un pâle arc-en-ciel se dessine sur la prairie : alors commence la fête des fêtes. Le hibou n’a fait encore que prendre son repas quotidien; il a chassé pour manger; maintenant il chasse pour emplir ses celliers. Plus de fatigue, plus de somnolence : au sein de cette lumière discrète, tendre et bleue, il sent renaître en lui toutes les énergies vitales. Le cricri des grillons continue, le concert des grenouilles redouble; des clartés furtives trahissent les cachettes des animaux endormis; aux parfums de l’herbe fleurie s’ajoutent les chaudes senteurs qui viennent des gîtes et des nids. L'heureux carnassier ne se contient plus; un cri formidable s’échappe de sa poitrine : Kuitk, kuuk! — Kimk! grince l’écho de la forêt. Un autre cri retentit dans le lointain : Tod, tod , tod! C’est le petit hibou qui s’ébat comme son grand frère. Tod! répond l’écho complaisant. Les morts sont nombreux, en effet; l’abondance règne, les charniers regorgent, et le passant qui s’est oublié jusqu’à cette heure tardive se signe sur le chemin. Repu, mais non fatigué, le funèbre chasseur poursuit son œuvre : il s’y acharne et 11e s’en rassasie pas; ses yeux ronds flamboient, et la lune, toujours souriante, inonde la terre de ses doux rayons argentés.