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L’EFFRAIE

(STRIX FLAMMEA)

Ordre des Rapaces nocturnes. Famille des Strigidés. Genre Effraie. — Longueur : 34 à 38 centimètres ; envergure : 93 centimètres à 4m08. Les yeux sont petits et presque noirs, entourés de roux de rouille dans un cercle Liane. Le dessus du corps est gris cendré avec un mélange de roux et une quantité de petites taclies blanches et noires. Le dessous du corps, suivant les individus, passe du fauve le plus ardent au blanc de neige. Les pieds sont couverts d’un duvet blanc. Le bec est blanc. L’effraie pond trois à cinq oeufs blancs. Elle habite tous les pays chauds et tempérés du globe. Dans nos contrées, on ne la trouve pas dans les bois, mais bien dans les édifices, les granges et les vieux pigeonniers.

FFRAIE ou orfraie; ces deux noms sont employés à tort l’un pour l’autre dans quelques provinces de France et par quelques écrivains. L’orfraie est un aigle, le grand aigle de mer; l’effraie est une chouette : on peut en voir l’image sur la planche qui précède cette notice.

Que dirons-nous de sa figure? Est-elle belle, est-elle laide? Question de goût, problème d’esthétique.

La question peut se généraliser pour s’appliquer à toute la famille. Si on la posait à un enfant ou à un homme du peuple, la réponse ne serait point favorable. Selon quelques naturalistes, le peuple et les enfants se trompent. « La beauté de ces oiseaux, dit Tschudi, égale leur utilité. »

Ce qui est hors de doute, c’est que les petits des oiseaux de proie, même de l’aigle et du vautour, sont parfois des êtres charmants. Il n’y a pas d’enfant au berceau, pas de poupon rose, pas de fleur en bouton dans les prés qui ait plus de grâce que n’en a l’aiglon éclos de quelques jours. Il n’a point de plumes, mais une sorte de duvet gris ou blanc, soyeux, tendre, délicat, gracieusement ébouriffé, sur lequel la main passe et repasse sans jamais se lasser. C’est si doux, si chaud, si moelleux! Et ce corps léger, rond comme l’œuf d’où il est sorti, et cette aile naissante, et ce bec innocent et propret, fait pour baiser et mordiller des lèvres roses, plutôt que pour déchirer des chairs pantelantes, et cet œil sémillant, qui a des éclairs de diamant noir : le monstre est un bijou. Les petits de certains carnassiers nocturnes ont la même grâce mignonne, sauf qu’il s’écoule parfois quelques jours avant que leurs yeux soient ouverts. D’autres — et c’est justement le cas de ceux de l’effraie — sortent de l’œuf avec une tête démesurée. Mais ils ont tous ce duvet clair et soyeux qui les enveloppe comme un vêtement d’édredon. Après trois semaines apparaissent les plumes proprement dites. Elles prennent, de mue en mue, les couleurs propres à l’espèce; la tête continue à grossir, la face s’arrondit et s’écrase; le type définitif s’accuse, et l'oisillon, coquet ou déjà bizarre, devient chat-huant, effraie, hibou.

Arrivés à leur plein développement, les oiseaux de proie nocturnes ont certainement quelques titres à la réputation de beauté qu’on essaye de leur faire. Leur plumage est fin, touffu, richement tacheté, orné parfois de

dessins dans lesquels il y a de l’art et du style. Le corps a de l’ampleur, le dos est large, les jambes dissimulent ce qu’elles ont de trop court dans l’épaisseur d’une fourrure qui ressemble à une toison. L’effraie, presque blanche, passe pour un des types les plus remarquables de la famille, surtout l’effraie femelle, qui est plus grande et a les couleurs plus vives. — Les rôles sont intervertis chez la plupart des oiseaux de proie.. — Mais quand on aura tenu compte de tous les avantages dont peut se vanter la race des chouettes, encore restera-t-il cette tête énorme, rentrée dans un cou massif, cette face plate et ronde, ce bec écrasé, ces yeux hagards, entourés d’une large bordure en cercle, comme d’un binocle monstrueux. Tout cela est étrange. La chouette, décidément, n’est pas un oiseau comme les autres. Elle n’en est que plus remarquable, plus intéressante à étudier; mais le peuple a raison, elle n’est pas belle.

A-t-elle au moins de la physionomie? Si l’on entend par là une expression qui soit l’image d’un caractère, je crains qu’il ne faille lui refuser encore cette seconde espèce de beauté. Les Grecs en ont faif le symbole de la sagesse ; ils l’ont donnée à Minerve. Elle a certainement quelques vertus. Elle aime ses petits, elle les défend avec courage; elle les soigne longuement et tendrement, ce qui est rare chez les grands carnassiers, prompts à voir des rivaux dans leurs enfants. Elle ne manque pas de prudence. Elle se fait des magasins, où elle serre soigneusement les restes de ses repas et le surplus de ses provisions. Peu d’oiseaux sont plus prévoyants. Mais, cela à part, il est difficile d’y voir un type de haute sagesse. Elle a l’attitude de la méditation plus que la méditation elle-même ; elle rêve plus qu’elle ne pense. Ce qu’on peut dire, c’est que tous ces nocturnes sont des oiseaux mystérieux entre les plus mystérieux. Ils sont gras et bien portants, et cependant ils ont toujours quelque chose de maladif, de douloureux et de farouche. De là vient qu’ils inspirent tour à tour de l’effroi et de l’intérêt. On dirait un être inachevé. Il n’y a point de fond à ces yeux limpides, qui s’allument dans l’obscurité. Cet air ahuri trahit une âme qui n’a pas encore conscience d’elle-même, qui ne s’est dégagée qu’à demi des limbes du néant. L’idée n’a pas pris le dessus sur la matière ; la forme est demeurée informe. Vainement l’éducation tente d’achever l’œuvre incomplète de la nature; la chouette apprivoisée reste la chouette. Elle a toujours l’air étonnée d’exister. Son regard n’a que deux expressions : l’une d’effroi, quand elle se sent menacée; l’autre de supplication, quand elle se sent protégée. « Aidez-moi, » semble-t-elle nous dire. Son cri est un effort d’une voix sans organe, un immense soupir d’une poitrine oppressée. Au temps des amours, la joie le rend sauvage. C’est une voix aussi, comme celle du coucou, mais une voix faite pour les ténèbres, rauque et lugubre, et qui sème au loin l’épouvante. C’est le cri de l’inexprimable. « Aidez-moi, » semble-t-elle dire encore... Hélas ! à qui demandes-tu de t’aider? Trop nombreux sont tes pareils. L’inexprimable est au fond de toute vie. Il n’est pas nécessaire, pour avoir pitié de toi, que nous lisions dans tes yeux tristes et doux; il suffit que nous regardions en nous-mêmes. Notre prière est la même que la tienne : « Aidez, aidez. »

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