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ÉLIMINATIONS NATURELLES

Ce que l’homme fait en petit. Dieu a commencé par le faire en grand.

En dotant la terre d’une fécondité prodigieuse, il l’a également dotée d’agents qui doivent avancer la mort des êtres languissants et sans avenir , réduire dans de justes bornes le nombre des êtres qui sont surabondants, accélérer, mais avec une modération relative, la décomposition des corps organiques qui sont privés de la vie, rendre à la terre et sous forme d’engrais pulvérisés une partie des choses éliminées, et transformer l’autre en produits nouveaux.

Tels sont les merveilleux travaux que les éliminateurs naturels se trouvent accomplir et auxquels nous devons une très-grande partie des richesses de la terre.

Si riiomme, qui trouve ennuyeuses , onéreuses ou presque impossibles la plupart des éliminations, avait été chargé d’accomplir toutes celles qui sont nécessaires et qui sont faites constamment par des agents naturels extrêmement nombreux et d’une spécialité très-remarquable, que serait-il advenu ? La réponse à cette question sera facile quand nous aurons examiné, même sommairement, les principaux éliminateurs.

§ f. — ÉLIMINATIONS PAR LA CHALEUR, LE FROID, LA PLUIE.

D’abord la chaleur, le froid, la pluie^ sont de puissants agents dont le Créateur se sert quelquefois comme d’éliminateurs. Ainsi, la pluie peut être utile au développement des graines de raisins en faisant couler quelques fleurs au moment de la fécondation ; le froid pendant l’hiver arrête le développement très-précoce de nos céréales. La gelée sans neige soulève quelquefois le jeune pied de blé, le déracine, le détruit, ce qui est avantageux s’il a été semé trop dru.

Mais la chaleur, le froid, la pluie, senties principaux agents de la production de la terre ; ils ne pouvaient être complètement employés au service spécial de l’élimination des plantes, sans que de plus grands intérêts fussent compromis ; cela est surtout vrai dans nos contrées qui se trouvent à la limite septentrionale des zones de la culture de la vigne, du maïs et de quelques autres végétaux, et principalement sur certains coteaux qui doivent à la variété de leurs aspects des ditférences très-sensibles de végétation.

Il arrive ainsi qu’une pluie qui dans l’intérêt de la production générale dure longtemps, rend trop abondante la coulure des raisins ; qu’une gelée très-forte et sans neige, également utile à l’intérêt général, déracine parfois un trop grand nombre de pieds de blé.

Ainsi une gelée du 29 mai 4868, qui est arrivée au moment de l’éclosion des chenilles processionnaires, a porté un coup mortel à la plupart de ces insectes qui, depuis 4864, rongeaient nos chênes et en préparaient la ruine ; mais du même coup elle a gelé les raisins, et, si elle a été favorable à nos forêts, elle a été funeste à nos vignes.

L’hiver long et rigoureux de 4869 à 4870 a fait périr les mulots et les campagnols qui dévastaient nos plaines depuis plusieurs années, mais il a fait souffrir les blés et même périr beaucoup de colzas.

Les plantes qui sont privées trop longtemps de lumière sont frappées de stérilité, d’étiolement et quelquefois de mort, et ainsi l’obscurité devient quelquefois un agent d’élimination.

Les vents, quand ils sont violents, éliminent les arbres qui ne sont pas bien enracinés ou bien équilibrés.

De loin en loin, dans telle ou telle contrée, ces razzias, du genre de celles qu’opèrent les épidémies et la famine, sont utiles et même nécessaires; mais, si elles se renouvelaient souvent, elles seraient désastreuses.

11 était naturel que les forces telles que la lumière, l’obscurité, la chaleur et le froid, la sécheresse et l’humidité, qui étaient déjà nécessaires la constitution de notre planète, à l’organisme

humain et à la production végétale, fussent également utilisées dans une certaine mesure pour les éliminations.

Mais ces forces n’opèrent que sur de grandes étendues et sur la généralité des espèces et non sur un point restreint de la terre, sur une seule plante ou sur l’un de ses organes. De plus elles concourent avant tout et presque toujours à la production des plantes d’une région par une action qui est limitée dans sa moyenne et dans ses extrêmes. Ce n’est qu’en dépassant un peu et de loin en loin les limites de cette action qiCelles éliminent les végétaux les moins vigoureux.

Et remarquons encore qu’une plante qui, dans ces circonstances, est frappée de mort, n’est décomposée que plus tard et avec le concours d’autres forces. Ainsi l’arbuste gelé n’est réduit en poussière qu’en un temps très-variable et par l’action alternative de la sécheresse ou de l’humidité.

On s’explique donc que, par des agents atmosphériques, on n’arrive qu’à certaines spécialités d’élimination, les éliminations régionales et par intermittence des plantes les moins vigoureuses de toutes les espèces.

D’autres agents étaient nécessaires.

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