espèces
Mollusques.
Gastéropodes
Acéphales
Briozoaires . .
Zoophytes.
Polypes 1 I
Spongiaires 2 i
Poissons
Amphibiens
Reptiles
Mammifères
Oiseaux
Total des animaux. .. 6.199 6.199
Total (1) des espèces déplantés et d'animaux : 7.753 espèces
Supposons, sauf au lecteur à tenir compte des différences certaines, mais probablement pas trèsimportantes, que la flore et la faune de Champagne et du Bassigny donnent les mêmes chiffres, et prenons-les pour base de nos appréciations.
(1) Extrait de la Zoologie de la Lorraine., par M. Godron, Mémoire de r Académie de Stanislas, année 1862,
Préliminairement^ disons qu’il serait bien difficile d’établir clairement tous les rapports de concordance qui existent entre les forces dont les végétaux et les animaux sont l’expression, parce que les ramifications de ces forces s’entrecroisent presque à Finfini. Nous nous proposons seulement d’en indiquer les principales, celles qui sont le plus caractéristiques des principes de l’élimination.
Sous forme de moisson, de vendange, de cueillette et de pâturage, il se fait chaque année une destruction générale de végétaux pour la nourriture et d’autres besoins de l’homme et pour la consommation des gros et très-gros animaux soit sauvages, soit surtout domestiques ; mais il est facile de remarquer, d’après l’état dressé par M. Godron, que ces animaux sont beaucoup moins nombreux que ceux de très-petite, de petite et de moyenne taille. Sur 5.980 espèces, il n’y a que 377 vertébrés ; encore parmi ceux-ci les plus petits sont-ils en grande majorité. Cette proportion se retrouve à peu près dans l’état dressé par M. de Villeneuve. De plus, remarquons que beaucoup d’espèces doivent, au point de vue de la forme et du travail, compter comme doubles : c’est ainsi que le hanneton, si distinct en apparence du ver blanc dont il n’est que Finsecte parfait, se livre à l’élimination des feuilles d’arbres, tandis que sous sa forme primitive il éliminait les racines.
Or, plus un animal est petit et plus la destruction qu’il opère parmi les végétaux a le caractère d’une élimination; d’où la conclusion que la plus grande partie des animaux ont été créés pour constituer l’armée des éliminateurs.
Afin de savoir pourquoi il y a des éliminateurs en nombre si considérable, de taille et de rang si variés, commençons par une digression.
Nous avons souvent besoin, pour utiliser une force, de l’augmenter ou de la diminuer et nous tenons surtout à nous ménager les moyens d’en agir ainsi quand les circonstances sont graves.
C’est un principe dont s’est inspiré dernièrement un propriétaire de ma connaissance. Il avait à mettre en terre, sur une surface de six hectares, des plants d’arbres à feuilles caduques et des plants d’arbres verts, les premiers à la suite d’une charrue, les seconds dans des trous faits à la bêche. De plus, des fossés d’assainissement étaient nécessaires. Dans la plus grande partie de la pièce et pour le travail de la charrue il lui fallait cinq hommes. Au lieu de les occuper d’abord à cette plantation, ensuite à celle des arbres verts et enfin au creusement des fossés, il en demanda sept et il leur fit exécuter dans le même temps tous ces travaux. Il pensa avec raison que, si dans la terre légère la charrue allait plus vite, il faudrait donner un ou deux aides aux cinq ouvriers qui plaçaient, recouvraient et redressaient les plants ; qu’au contraire si la charrue ralentissait son allure dans les fondrières un ou deux de ces derniers s’adjoindraient aux deux autres plus particulièrement chargés de planter à la bêche et de creuser les fossés. L’expérience prouva que ces dispositions étaient excellentes ; car la plantation se termina sans la moindre perte de temps.
Dans une chasse bien organisée, les tireurs sont placés de telle sorte qu’il puissent facilement, selon
LES OISEAL’X
toutes les éventualités, ou se détacher de leur groupe ou se joindre à un autre.
C’est pour des raisons du môme genre que les éliminateurs me semblent avoir été créés en si grand nombre et de taille si différente.
Afin de se porter de préférence là où l’élimination en détail est nécessaire, il fallait de l’intelligence et de la volonté à l’agent éliminateur. Or, si fort que soit l’instinct qui le pousse à accomplir sa tâche, l’animal conserve encore assez d’initiative pour dévier de la voie qui lui est tracée, et, dans la nature, les opérations de l’élimination sont trop importantes, pour rester à la merci de l’erreur, de la mauvaise volonté, de la maladie, de la mort, de l’épidémie. La création d’éliminateurs meme d’une seule espèce pour chaque spécialité d’élimination végétale, n’eiit pas offert assez de garantie. Avec des animaux d’aptitude et de constitution différentes, il y avait plus de chance pour que, les uns étant empêchés, d’autres pussent les suppléer, qu’il y eût plus de concurrence, et pour que l’élimination fût assurée. Enfin un autre moyen de donner à ce travail plus de puissance et plus de permanence, c’était d’en créer parmi ces espèces quelques-unes de plus forte taille et par suite capables,quoique en nombre restreint, d’éliminer davantage, sans multiplier les déplacements, et quelques autres avec des moyens de locomotion plus rapide, mangeant beaucoup, en raison de l’exercice qu’elles sont obligées de prendre et pouvant se transporter vite là où un surcroît d’élimination est nécessaire.
Organisés de la sorte, les végétalivores auraient même trop détruit dans beaucoup de circonstances,
DANS LES IIAUMUAIES LE LA AÂTERE.
et il fallait aussi modérer leur action, ce qui n'était avantageusement possible qu’en réduisant leur nombre par la mort et particulièrement en les faisant manger. Or, ils ne pouvaient être tués et mangés que par des animaux plus forts qu’eux et en général plus gros, en sorte que les éliminateurs des végétalivores devaient être de plus grande taille que ces derniers.
Pour des raisons du même genre, il était bon que cette première série d’animalivores eût pour la contenir à son tour une seconde série d’animalivores également plus forts qu’eux, les rapaces et les voraces.
Un autre moyen de modérer l’action des éliminateurs était d’en limiter le nombre, en limitant leur reproduction.
Or, nous constatons que les animaux de la première série sont de taille moindre que ceux de la seconde, que ceux-ci sont moins gros que ceux de la troisième et que plus les éliminateurs sont petits, plus leur reproduction annuelle est abondante. Deux pucerons du printemps sont la souche annuelle d’un quatrillion d’individus, tandis que pendant un an la fauvette grisette n’a que dix petits en deux nichées, et le milan royal trois en une.
C’est ainsi que l’élimination en détail des végétaux a nécessité la création d’agents animés trèsnombreux, tous de taille relativement petite, mais cependant de grosseur variée et d’une fécondité d’autant plus grande qu’ils sont petits. C'est ainsi que l’élimination a été activée et modérée suivant les circonstances et par suite régularisée et fixée toujours dans de sages limites.
Ainsi encore a été établie l’admirable hiérarchie des éliminateurs.
Au degré inférieur de leur échelle sociale se trouvent les végétalivores, dont une tâche principale est de déplacer la force végétale quand elle se porte trop abondamment sur une partie d’une plante, d’un arbre ou d’un groupe de végétaux, pour la forcer à se répartir et concentrer sur le reste et à donner ainsi des produits d’une plus grande valeur.
Les éliminations pratiquées par les agents de la seconde série ont pour conséquence directe de diminuer le nombre et par suite l’action de ceux de la première et de laisser ainsi à la production végétale une partie des plantes ou des parties de plantes qu’il est nécessaire de ne pas détruire.
Par un même genre d’action, les éliminateurs de la troisième modèrent la deuxième série et, par voie de conséquence, ils activent la première et prennent une nouvelle part à l’élimination des végétaux.
Cette chaîne de régulateurs se continue quelquefois, comme autant de contre-poids variés, au delà de ces trois degrés. Ainsi il arrive qu’une feuille est éliminée par une chenille, la chenille par un coléoptère, le coléoptère par une pie, la pie par un faucon crescerelle, la crescerelle par l’homme.
11 se trouve aussi qu’un éliminateur qui détruit la nichée d’un autre éliminateur a ses petits dévorés par ce dernier. Un chat sauvage épie le moment où l’oiseau de proie quitte son nid pour prendre les jeunes, et j’ai vu sur un nid de milan
royal un jeune chat sauvage qui venait d’être tué et apporté.
Donc, grâce à ce merveilleux mécanisme et surtout à ses nombreux régulateurs, les forces de l’élimination ont, dans les circonstances les plus variées, la fixité de la force de la pesanteur, et à la différence de cette dernière, elles se manifestent à notre regard, non-seulement par les effets, mais encore par les agents qu’elles mettent en mouvement. Elles nous comblent de bienfaits et elles les proclament autant que cela est possible.
N° 2. — Groupes principaux ,
Entrons maintenant dans quelques détails relatifs à la division des groupes principaux de la hiérarchie animale.
Une première classe d’animaux s’offre d’abord à notre attention, c’est celle des zoophytes. Ils se rapprochent des plantes, ainsi que l’indique l’étymologie de leur nom ^wov, animal, cpurov, plante. Ils ne se déplacent pas et ils ne sont éliminateurs qu’à la façon du gui et des champignons. Ils ne sont représentés que par trois espèces. C’est donc dans les autres animaux qu’il faut chercher les divisions dont nous avons à parler.
Ce qui constitue avant tout chacun d’eux, c’est un appareil du genre d’un alambic de distillateur, comprenant une cornue ou bourse avec cellule et canaux, un préhenseur, un déjecteur et des acides capables, à une certaine température, de transformer la matière à éliminer. En général les proportions de cet appareil varient d’après la nature
et la puissance d’élimination qui a été attribuée à l’animal, en sorte que la grosseur de ce dernier est particulièrement caractéristique de cette force et donne lieu à la division fondamentale que nous avons déjà établie.
De sa nature, l’élimination est une destruction partielle, limitée, et doit se faire plutôt sur un point plus ou moins éloigné que sur un autre; elle implique donc un déplacement ou de la chose à éliminer ou de l’éliminateur.
L’éponge se nourrit des œufs que la mer lui apporte ; mais les végétaux sont des espèces d’excroissances du sol et comme lui immobiles. Pour les découvrir et les manger, l’animal est obligé de se déplacer. Souvent aussi, il doit ou se lancer pour prendre sa proie, ou se sauver pour éviter son ennemi. L’existence d’un animal éliminateur n’était donc pas possible sans de nombreux déplacements.
Pour cette raison, il devait avoir dans son ensemble la forme arrondie ou pointue des corps qui en pénètrent d’autres. Le plus souvent cette forme est ovalaire. Quelquefois elle s’allonge dans le genre de la flèche. Les araignées sont rondes , l’oiseau est ovalaire , le ver est trèsallongé.
De plus il fallait à l’animal des appareils de locomotion appropriés à tous les genres possibles de déplacements.
Il est des animaux, comme la limace, qui n’ont pas besoin de faire des déplacements éloignés ou rapides ; aussi leur corps mou est, dans le sens de la longueur, garni de muscles au moyen desquels
UANS LES IlARMOxXlES DE LA NATURE.
ils peuvent se raccourcir, s’allonger et ainsi avancer alternativement l’avant et l’arrière. L’aplatissement de la face ventrale sur laquelle le corps se porte et des suintements glaireux leur permettent d’adhérer fortement à la matière sur laquelle ils se traînent et ainsi de grimper sur les arbres et d’en descendre, de se coller sur un fruit et dé se glisser au milieu des feuilles d’un chou. On les a appelés avec raison gastéropodes.
Quelquefois le corps mou est de forme cylindrique et garni, comme un tonneau, de cercles qui sont en peau renforcée et quelquefois en substance cornée. Ces cercles, que la science appelle anneaux, servent à contenir le corps et plus encore à le préserver d’un écrasement. Serrés les uns contre les autres, ils offrent aux muscles du corps mou des points d’appui assez forts pour qu’il se pousse et pénètre dans les corps solides. Les vers appartiennent à cette classe.
D’autres animaux également à corps mou trèsllexible, comme la chenille, ont des pattes trèspetites et à crochets qui leur permettent de se promener dans tous les sens d’une feuille. Quelquesuns d’entre eux ont de plus le pouvoir de se filer des cordages au moyen desquels ils descendent facilement d’une branche à l’autre et des branches à terre.
Beaucoup de ces animaux, constitués surtout pour vaincre certains obstacles qui s’opposent à leur locomotion, peuvent opérer des déplacements d’une certaine étendue ; mais alors c’est sous une autre forme. Ainsi le ver qui attaque les viandes de cuisine provient d’une mouche, le calliphora vomi-
toria^ qui a pu venir d’une extrémité de la ville. Le ver qui ronge telle racine provient d’un œuf de hanneton peut-être venu de plusieurs kilomètres.
Par ces derniers exemples on voit que, pour des déplacements longs et rapides, il est nécessaire que le corps de l’animal ait à sa disposition des appareils de locomotion moins simples que ceux qui servent aux corps mous.
Pour ces appareils il faut d’abord des points solides d’appui et d’attache. Aussi, dans la plupart des moyens et gros animaux, il a été incorporé des parties dures qui sont au mécanisme général, et surtout à celui de la locomotion, ce que sont les fondations à une maison, la poutre aux crochets qu’on y attache , l’essieu aux roues. Les points d’appui consistent en général, chez les petits animaux, en anneaux formés d’une substance cornée comme chez les insectes et toute la division des articulés, et, chez ceux de plus grande taille, en un squelette intérieur, formé de parties solides, la plupart mobiles les unes sur les autres comme chez les vertébrés.
Aux parties dures, cornées ou osseuses des articulés et des vertébrés, sont attachées des pattes, des nageoires et des ailes composées principalement d’os et de muscles vigoureux, et chaque animal a reçu celui ou ceux de ces appareils qui conviennent le mieux au genre d’élimination dont il est chargé.
Le reptile, qui a plutôt à vaincre certains obstacles de locomotion qu’à aller vite, se crée d’arrière en avant, au moyen de sinuosités qu’il fait décrire à ses vertèbres, des points d’appui du genre de
DANS LES HARMONIES DE LA NATURE. ol
ceux que lui donneraient des pattes, et ainsi, sans l’embarras de ces appendices, il rampe même assez lestement quand il a un danger à éviter.
De ce qui précède il semble résulter ce qui suit :
La force de l’animal a été nécessitée en grande partie par les appareils de la locomotion.
Grâce à leur variété, l’animal se rend lentement ou vite partout où l’élimination est nécessaire, là où l’homme n’arrive qu’avec beaucoup de temps, de machines, et où il ne peut même pas pénétrer.
Les vers, comme des mineurs et des foreurs, creusent la terre, le bois, et rampent ainsi dans les solides.
D’autres animaux^ comme les poissons, nagent dans les eaux.
' La plupart rampent, marchent et sautent ou courent sur la terre.
Quelques-uns se posent, marchent et sautillent sur les arbres.
D’autres enfin ont le vol pour parcourir les airs.
Ainsi se trouvent indiqués leurs facilités particulières de déplacement et le lieu où chacun travaille habituellement et les régions assignées aux espèces.
Ces faits, d’autant plus importants que l’on peut les constater à la simple vue, permettent de faire des observations suivies, de surprendre les animaux à manger, d’en tuer de manière à savoir ce qu’ils ont dans l’estomac, et de déterminer ainsi quelle est la nature et l’importance des éliminations.
On découvre dans la première série des éliminateurs beaucoup de petits animaux à locomotion peu rapide, des annelés qui entrent dans la terre.
pour atteindre les racines, et qui pénètrent dans le bois, les graines et les fruits ; des rampants, comme la limace et la clienille qui atteignent les feuilles à tous les étages ; des criquets qui sautent d’une branche à l’autre ; mais aussi des poissons, des quadrupèdes et des oiseaux.
Dans la deuxième série sont des animaux capables de faire des déplacements plus éloignés, plus répétés et plus rapides, afin de multiplier leurs .explorations, et de saisir les végétalivores pour s’en nourrir. On y remarque beaucoup d’espèces d’oiseaux.
Une troisième série se compose d’animalivores destructeurs des plus gros insectes et d’autres animaux de moyenne taille. Enfin la quatrième comprend les meilleurs coureurs, les plus forts nageurs, les plus grands voiliers et particulièrement les aigles.
Comme on le voit, les oiseaux forment des groupes importants de la première série et surtout de la deuxième, de la troisième et de la quatrième.
§ 9. — DE l’homme comme régulateur DE l’élimination.
Quand la nature est restée livrée à elle-même et que l’homme n’est pas encore intervenu pour la modifier, les forces de la production et de l’élimination se combinent de telle sorte qu’elles donnent leurs plus remarquables produits.
Doit-on en conclure que l’homme n’aurait pas dû toucher à la nature primitive? Assurément non. C’est pour lui un droit et même un devoir de la
modifier dans le sens le plus profitable à ses intérets.
Mais, s’il veut réussir dans ses exploitations du sol, il doit étudier en particulier les forces et les agents de l’élimination, de manière à pouvoir les augmenter ou les diminuer selon les circonstances nouvelles qui résultent des changements opérés par lui dans la production.
Comme dans toutes les spécialités de la science et de la pratique agricole, il doit apporter sa part d’initiative et de travail s’il veut arriver au succès.
La supériorité de son intelligence et de ses moyens d’action fait même de lui le principal régulateur de l’élimination, et à ce titre et dans cet ordre de choses il est capable de faire ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal.
En pensant aux désastres que nous a valus l’introduction si récente du phylloxéra, il est facile de s’en convaincre.
De l’importance de ces intérêts il résulte que la société doit elle-même intervenir pour les sauvegarder.
LES OISEA.UX