SES CARACTÈRES PRINCIPAUX. — SA PUISSANCE ABSOLUE ET RELATIVE
Après avoir parlé des éliminateurs, déterminons les caractères distinctifs de l’élimination.
L’élimination complète d’un végétal ou d’un animal comprend trois opérations : la mise à mort, le déplacement et la transformation en humus. Ces trois opérations ne sont pas toujours pratiquées par le même éliminateur. La gelée fait périr une plante, mais sans la déplacer ni la transformer. Au contraire, le corbeau, en mangeant un animal en putréfaction, ne fait que le déplacer et le transformer, Le moineau, en prenant et en avalant une chenille, l’élimine complètement.
A la différence de la moisson, de la fenaison, du défrichement, de la coupe de bois, de la cueillette des fruits, qui sont autant de destructions générales nécessaires à la consommation, l’élimination ne s’attaque qu’à une faible partie des genres ou espèces des végétaux ou des animaux qui sont groupés dans le même lieu, ou même, par voie d’amputation, à un seul de leurs membres.
L’élimination est doublement extensible. Elle peut : V attaquer une partie très-limitée d’un être ou un nombre plus ou moins considérable de végé-
taux ou d’animaux de différentes espèces d’un même groupe ; 2“ ne pas rester concentrée en un même lieu et au contraire se propager de contrée en contrée, d’une région à l’autre. Une gelée frappe ordinairement plusieurs territoires. Les semences des végétaux sont emportées par le vent ou par les animaux. Les invasions lentes, mais progressives, des insectes deviennent régionales. L’action des 'oiseaux s’étend à d’immenses surfaces.
Par suite de cette force d’extension, l’élimination s’opère ainsi plus ou moins rapidement, selon les circonstances.
L’élimination détruit tantôt un végétal ou un animal plein de vie, tantôt un être débile, tantôt enfin elle décompose un corps organique qui a été frappé de mort.
Dans ces diverses circonstances, son but principal n’est pas, comme celui de la moisson, de pourvoir avant tout à la consommation de l’homme, mais de faire disparaître, dans une sage mesure, les végétaux etles animaux qui languissent ou surabondent dans un lieu quelconque et les corps organiques qui se trouvent privés de vie, afin de favoriser par un certain déplacement de force de la production le complet développement des êtres qu’elle y laisse ou qui doivent succéder à ceux qu’elle enlève.
Une autre conséquence de l’élimination, c’est que les produits qu’elle détruit sont convertis en produits nouveaux.
Et il arrive ainsi que, si rélimination, dans le moment où elle se produit, prive l’homme d’une partie, d’ailleurs très-faible et de peu de valeur, des végétaux et des animaux qui existent, elle lui
prépare pour plus tard des ressources beaucoup plus précieuses.
L’énumération des nombreuses espèces d’éliminateurs et de leurs moyens si variés d’action nous a déjà fait connaître sa puissance.
Tantôt par l’action de la chaleur, du froid, de l’humidité et du vent, elle opère de véritables razzias, mais seulement dans telle ou telle contrée, telle ou telle région, et par intermittence ; tantôt, quand les végétaux sont très-rapprochés, elle fait succomber les plus faibles sous l’action des plus vigoureux. Le plus souvent, elle se porte d’un point à un autre pour produire en détail et d’iine manière avantageuse tous ses efforts.
Les insectes, les petits animaux et les oiseaux qui sont chargés de ce dernier travail de répartir l’élimination sur tous les points, de la pratiquer en détail, mais quelquefois aussi en grand où elle devient particulièrement nécessaire, sont conformés et outillés de façon à attaquer, dans certains pays ou certaines parties de territoire, tels ou tels êtres, telles ou telles parties de ces êtres, pour les détruire et les transformer immédiatement.
C’est pour accomplir la partie la plus difficile et la plus importante de cette tâche, que les oiseaux ont le privilège de faire des déplacements trèsmultipliés, très-rapides et très-éloignés, malgré tous les obstacles.
Quoique puissante, l’élimination n’est que secondaire par rapport à la production; mais elle est à cette force principale, dont elle est inséparable, ce que le frein et l’aiguillon sont pour l’animal de trait, ce que sont le frein, le volant et le
DANS LES HAR3I0NIES DE LA NATURE. lu
régulateur par rapport au moteur d’une machine.
Or, nous savons que le régulateur d’une force est, malgré ses faibles proportions, capable de grands effets. Un enrayoir et une guide, si petits en comparaison d’une voiture, d’un cheval, suffisent pour les arrêter.
Il pouvait donc arriver que les éliminateurs vinssent bouleverser la production végétale et animale, produire le désordre, le chaos et rendre la terre inhabitable pour Thomme.
Mais Dieu a tout combiné si merveilleusement dans cette partie de la mécanique terrestre, que d’immenses bienfaits nous sont assurés quand nous n’y mettons pas obstacle.
Il convient donc de résumer ce que nous avons le plus d’intérêt à connaître de ces grandes harmonies.