CHAPITRE PREMIER
Les oiseaux sont des régulateurs de Télimination et par suite des agents essentiels de la production ; arguments tirés de leur organisme.
Quand l’ornitliologiste et le chasseur s’adressent à un pêcheur, à un moissonneur ou à un bûcheron, pour avoir des renseignements sur les oiseaux qui nichent ou qui passent dans tel ou tel lieu, si ces ouvriers n’en connaissent pas les noms scientifiques ou même vulgaires , ils cherchent à les dépeindre.
Pour cela ils parlent presque toujours, et dans l’ordre suivant, de leur grosseur et de leur forme, de leur couleur dominante ou de quelques colorations particulières, de leur manière de marcher, de nager ou de voler, de leur nourriture, de leurs instincts, de leur chant et de leurs nids, et ils croient ainsi indiquer ce qu’on a le plus d’intérêt à connaître, l’existence d’une espèce et ce à quoi elle sert.
Ce sentiment est trop instinctif et trop général pour que, dans les circonstances les plus ordinaires de la vie, ce genre d’enseignement ne convienne pas
à la plupart de ceux qui le donnent et qui le reçoivent.
A vrai dire, c’est une traduction du langage de la nature, des manifestations variées par lesquelles elle fait comprendre sommairement et rapidement à tous les hommes ce qu’ils peuvent espérer ou craindre des êtres de la création.
Nous suivrons en cela l’exemple de ces praticiens, et leur mode d’indications nous suffira pour les démonstrations que nous avons à faire sur l’utilité de l’oiseau et sur la protection qui lui est due.
Le lecteur trouvera d’ailleurs dans nos grands auteurs, Buffon, Cuvier, Lacépède, et dans nos spécialistes contemporains un enseignement complet sur tout ce qui se rattache à ces matières et surtout à l’étude de l’anatomie et de la physiologie que nous n’avons pas l’intention de traiter.
En un mot, pour atteindre notre but nous nous proposons seulement de tirer des inductions de ce qu’il y a de principal au point de vue de notre théorie et de facilement déterminable dans les caractères physiques et organiques de l’oiseau et dans sa vie.
Une partie de son organisme, qui constitue un outillage complet et se trouve parfaitement en rapport avec les travaux à exécuter, nous servira d’autant plus pour nos recherches et nos exposés qu’elle est appréciable à la simple vue.
La comparaison suivante complétera notre pensée : Quand un étranger traverse une foule endimanchée, il lui est bien difficile, sinon impossible, de deviner la profession des hommes qu’il coudoie. Si, au contraire, en un jour ouvrable, il les retrouve,
les uns en costume de piqueur, les autres à la tête de moissonneurs, dans un laboratoire de chimie, dans un chantier, sur l’estrade d’une salle de concert, etc., il découYre alors à quel genre de trayail ils se livrent liahituellement.
On peut, le dimanche aussi bien que dans les autres jours de la semaine, deviner la spécialité des genres et des espèces d’oiseaux, parce qu’ils poHent avec eux des outils, qui par leur destination ne sont pas sans ressemblance avec nos alambics, pinces , pics, instruments de musique, nacelles, voitures, ballons ; et même, considérés au point de vue de la force principale qui leur a donné l’impulsion, l’ouvrier et son outillage ressemblent à un instrument dont le manche invisible serait entre les mains du Créateur.
Depuis le commencement du monde cet instrument principal des éliminations est sans cesse en action, de manière à les régler, à les modifier et à développer la production. 11 a bien des airs de liberté; mais, en définitive, il ne peut se mouvoir que dans le cercle restreint qui lui a été assigné.
Tout, dans l’oiseau, est si admirablement combiné pour assurer les bons effets de son travail, que, si les éliminations pratiquées par lui expliquent son organisme, son organisme à son tour révèle la nature et l’importance de ses éliminations.
§ 1. — GROSSEUR DE l’OISEAU.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, nous sommes instinctivement portés, quand il s’agit d’oiseaux, à parler de leur grosseur.
D’abord, si on les considère comme substance alimentaire , il importe de savoir quel est leur poids.
Le poids et le volume sont également, et surtout entre individus de même espèce ou de môme genre, l’indice de telle ou telle force, des services ou des méfaits que l’on doit espérer ou craindre de ses éliminations.
Or, en général, l’oiseau est petit.
Dans notre région le plus gros de nos rapaces sédentaires d’été est l’aigle Jean-le-blanc qui pèse 1.700 grammes environ. Les poids des autres oiseaux de proie s’échelonnent entre 130 grammes (épervier ordinaire mâle) et 1.120 grammes (épervier autour).
Les plus petits et les plus gros sont :
Genres minimum maximum
Colombien : la tourterelle 140 gr. ; le grand ramier 580 gr.
Gallinacé : la caille 95 gr, ; la perdrix 400 gr.
Anassieii : la petite sarcelle 300 gr. ; le canard sauvage 1.370 gr.
Bécasse : la bécassine sourde 54 gr. ; la bécasse 420 gr.
Nous avons, parmi nos passereaux sédentaires d’été, 86 espèces; tandis que les autres genres ne nous en fournissent pour les nichées que 53.
De ces 86 espèces fi sont de bataille du geai, 165 gr., à celle du corbeau corneille, 520 gr.;
15 de la taille du gros-bec, 55 gr., à celle du geai, 165 gr.;
9 de la taille de l’alouette des champs, 30 gr., à celle du gros-bec, 55 gr.;
58 de la taille du pouillot véloce, 6 gr. 20, à celle de l’alouette des champs, 30 gr.
De cet état il résulte que les plus petits oiseaux sont, à beaucoup près, les plus nombreux et que les
DAx^S LES HARMONIES DE LA NATURE.
très-petits forment plus d’un tiers de nos espèces sédentaires d’été.
Si l’on remarque encore que la chair de quelques-uns est mauvaise, on trouvera d’abord qu’en général les oiseaux ont été essentiellement créés, ainsi que de gros insectes , pour les travaux de l’élimination et secondairement , comme le mouton, le bœuf, le lièvre , le chevreuil et le sanglier^ pour la nourriture des hommes.
Beaucoup d’oiseaux étant des éliminateurs d’insectes, il leur suffisait d^être un peu plus forts et plus gros que ces derniers. Aus&i, entre les plus gros de nos insectes et les plus petits de nos oiseaux, il n’y a pas grande différence pour la taille.
Le plus petit de nos oiseaux, le roitelet moustache [l'egiiliis ignicapülus)^ est supérieur en taille, en envergure et en poids, aux plus remarquables de nos coléoptères et de nos papillons, ainsi qu’il résulte de la comparaison des chitfres suivants :
Taille
Envergure
Poids
Roitelet moustache. 0® 098 Lucane cerf-volant.
5 gr. 10
(Lucanus cervus) 0® 05
sans les cornes
5 gr.
id. 0® 07
Saturnie du poirier
avec les cornes
5 gr. 50
( attaens paronia major), conuu sous le nom de grand paon Oin 054
14 2 gr. 25
^2. — DE QUELQUES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE l’oiseau.
N® 1. — Muscles.
Les muscles se composent de fibres élémentaires rouges, parallèles, d’une ténuité extrême, qui se groupent en faisceaux musculaires ; ces faisceaux, unis entre eux par du tissu cellulaire, forment la partie contractile des muscles. Mais^ à leurs extrémités,, et dans une étendue plus ou moins grande ou plus ou moins restreinte, ces éléments contractiles se transforment en fibres blanches non contractiles, très-résistantes, qui forment des aponévroses ou des cordelettes, connues sous le nom de tendons ; ceux-ci s’insèrent solidement aux os et leur transmettent le mouvement déterminé par la contraction des muscles.
En dehors de la science les muscles sont plus connus sous le nom de chair.
Si, d’après quelques savants, les muscles principaux du corps de l’homme sont d’environ 400, on peut croire que ceux de l’oiseau sont également très-nombreux.
Cette partie de la mécanique de l’oiseau serait admirable à voir, si on pouvait, en le disséquant, ne laisser que les fibres musculaires, leur conserver leur place et leur équilibre et en faire des collections, comme on fait des collections de squelettes.
Les reproductions en plastique coloriée en donnent une idée.
Plus les mouvements d’une partie du corps
(ioivent être accentués, et plus les muscles et les (endons y abondent.
Ainsi l’estomac est formé de membranes dont l’ime, très-épaisse dans le gésier des oiseaux granivores, se contracte avec une grande énergie; et nous verrons plus loin(l) que le cou et les organes de la locomotion sont garnis de faisceaux de muscles très-puissants.
Le tableau de la page 8i nous en donnera déjà une idée.
Indépendamment de la propriété que la chair de l’oiseau a d’être musculaire au suprême degré et ainsi de se prêter à toutes les exigences du mouvement et de la locomotion, elle a encore d'autres caractères qui la distinguent de la matière inorganique, végétale, et de la chair des animaux d’un ordre inférieur.
Elle est impénétrable en ce sens que, sous forme de vessie, de bourse et de canal, elle contient et comprime facilement des gaz et des liquides. Elle n’en laisse échapper qu’une très-faible partie et quand cela est nécessaire par des interstices qui séparent les molécules et que l’on nomme pores. Elle contient des réservoirs et des canaux excréteurs.
Chez les êtres les mieux organisés, la température est élevée et par suite la chair devait supporter, conduire et surtout conserver la chaleur. Chez le canard, elle supporte à l’état normal de 37 à 43 degrés 9 dixièmes centigrades au-dessus de zéro, tandis que chez l’homme une fièvre élevant la tem-
(1) Pages 9U et siiiv., 99 et siiiv.
Poids de
l’oiseau
POIDS