CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE L’ÉLIMINATION
N° 1. — Elle a pour objet d‘ assurer la perpétuité des
espèces et le complet développement des produits quelle
n atteint pas.
Dans la nature, les forces et leurs agents ont en maximum, en minimum et en moyenne, des proportions qui sont constantes. La science le reconnaît, et l’homme sage ne se livre à aucun travail matériel sans s"en préoccuper. C’est pour cette raison (jii’il ne demande pas à un are de terrain de
produire autant qu’un hectare, qu’il plante à des distances déterminées des peupliers, des betteraves, des salades, etc.
Mais un écueil pour une plantation réduite à son minimum est que, par suite de circonstances extraordinaires qui, dans une certaine période de temps, arrivent infailliblement, l’opération peut manquer complètement
Or, si Dieu avait procédé de la sorte, combien d’espèces n’auraient pas disparu depuis la création du monde !
Mais la puissance de reproduction qu’il a donnée aux végétaux et aux animaux est si grande que les espèces sont impérissables ; il n’y a guère que les espèces du dronte et du grand manchot, qui aient succombé sous l’acharnement aussi malfaisant qu’aveugle de l’homme.
Ordinairement seuls, les individus sont sacrifiés et seulement de manière qu’il ne reste sur la terre que ce qu’elle peut développer complètement.
Grâce à ces merveilleuses combinaisons, sont assurés la perpétuelle reproduction des espèces et le complet développement de leurs produits.
De plus, les produits éliminés sont transformés en engrais, etc...
Quand donc l’homme ne vient pas rompre et bouleverser ces harmonies de la vie végétale et animale, il se produit toujours un équilibre parfait, entièrement profitable à nos plus grands intérêts.
« Nous en trouvons une preuve dans les pays encore peu habités », dit Gloger, « et qui, par cela même, sont peu ou point cultivés , de sorte que l’ordre primitif y subsiste encore, peu différent de
ce qu’il était au commencement des choses ; là rien ne vient troubler les relations bien réglées entre le règne animal et le règne végétal , ou le trouble n\ est que temporaire ; car aussitôt qu’il vient à se produire, tout se rétablit de soi-même, d’une manière prompte et facile. C"est que la nature a pris les précautions les mieux entendues pour remédier à tout désordre. Ainsi, dans les contrées où personne ne pense à éclieniller les arbres, soit parce qu’elles ne sont pas habitées par l’homme, soit parce que la population y est peu nombreuse, jamais on ne voit d’arbre dont les chenilles aient dévoré les feuilles, et encore moins de forêts entières qu’elles soient parvenues à dévaster ».
Grâce à l’élimination si bien proportionnée et qui s’accomplit naturellement, les êtres conservés atteignent le maximum de leur vie et de leur développement ; au lieu de 32,000 chênes sans valeur et même impossibles sur une surface de deux ares, nous n’en avons qu’un, mais à lui seul il peut valoir 500 francs, 1,000 francs et plus, et fournir en une année 32,000 glands. Près de Saint-Dizier, dans la forêt du Val, canton du Ghamp-Jean-Glaude, il y a un chêne cubant 130 décistères au cinquième réduit, et valant environ 3,000 francs.
N“ 2. — ü élimination, appliquée à la décomposition de certains corps organiques privés de la vie, est nécessaire à, la salubrité de V air et de Veau, et au renouvellement des végétaux et des animaux.
Chacun sait combien il importe, dans tous les temps et surtout pendant les épidémies, que Pair
et l’eau, qui sont la base de notre alimentation, ne soient pas corrompus ; les fièvres paludéennes, le charbon et beaucoup d’autres maladies, plus ou moins graves, sont souvent la conséquence de la corruption de l’air, de l’eau et des corps organiques.
• D’un autre côté, les plantes et les animaux ne peuvent apparaître en un lieu quelconque pendant qu’il est occupé par d’autres. Pour que cela devienne possible, il ne suffit même pas que ces derniers soient privés de vie, il faut qu’ils aient cessé de former des unités distinctes, qu’ils soient pulvérisés pour être agrégés à d’autres corps ; par exemple, il faut que des plantes de 1869 aient été réduites en poussière et disséminées, pour que des plantes de 1870 prennent racines dans les mêmes lieux qu’elles.
L’élimination, qui a pour objet de réduire promptement en poussière certains corps organiques dont la lente décomposition cause des dangers pour la santé publique et des obstacles aux reproductions périodiques , est donc encore un bienfait.
3. — U élimination transforme en engrais et en produits nouveaux les corps^ vivants ou morts^ auxquels elle s attaque.
Nous devons à l’élimination non-seulement le complet développement de certains produits, mais encore la transformation de ceux qui sont éliminés, en engrais et en produits nouveaux. Les végétaux, qui se décomposent sous l’action de l’iiiver, du
froid , de la chaleur, de la sécheresse et de rtiumidité , forment un engrais très -important.
Ces résidus comptent pour beaucoup dans la fertilité continue et môme croissante de nos forêts. Tous les petits animaux, soit en vivant et par leurs excréments, soit en mourant et par leur décomposition, disséminent également un engrais à la surface de la terre. C’est par sa concentration sur quelques points que se sont formés les amas de guano et que se forme chaque jour la poudrette de nos poulaillers et de nos colombiers, engrais qui, dans le commerce, se vend fort cher sous le nom de colomhine et de poulette.
Les insectes nous produisent de la soie, de la cire, du miel;, des teintures, des médicaments, des ornements.
Ils sont nécessaires à la fécondation de beaucoup de plantes ; chaque abeille féconde chaque jour des milliers de fleurs, aussi les abeilles sauvages sontelles nécessaires dans nos forêts.
Les oiseaux nous donnent de la chair, des plumes pour la literie et les parures.
Les insectes et les oiseaux, par la supériorité des instincts, de la beauté, du chant;, procurent des joies qui sont appréciées de tous les hommes de goût et de cœur. Quant aux autres insectes qui ne contribuent pas directement à nous faire jouir de ces bienfaits, ils y contribuent partiellement et indirectement en servant de nourriture aux premiers.
Grâce à ces nombreuses combinaisons, l’élimination, qui contient un principe de mort, nous apparaît encore et surtout comme un principe de
vie, comme un rouage principal du mécanisme de la terre, de l’extension de nos richesses. Employons donc avec beaucoup de réserve les expressions inutile et nuisible, quand il s^agit d’un éliminateur animal.
A ce sujet, certaines explications sont encore nécessaires.
Quelques plantes, l’ivraie entre autres, sont considérées par tout le monde comme de mauvaises herbes. L’épine, l’églantier et le chardon sont garnis de pointes. De cela nous pouvons au moins tirer deux leçons : la première c’est que le Tout- Puissant, au lieu de nous faire de si utiles et de si beaux cadeaux en végétaux et en animaux, aurait pu être beaucoup moins libéral ; de même que l’enfant s’attache à son père, lorsque celui-ci s’affirme par des actes de bonté, ainsi les hommes sont portés à l’amour de Dieu devant les manifestations de son infinie libéralité ; la seconde leçon, c’est que la vie terrestre n’est qu’une épreuve, une étape et non un but, qu’elle ne comporte pas de bonheur sans mélange, et que cette loi fondamentale se trouve partout proclamée, dans l’ordre de la nature comme dans l’ordre de la grâce, sur la tige de la rose comme sur la croix du Calvaire.
Est-ce à dire que beaucoup de plantes sont au moins nuisibles à nos intérêts matériels ? Un certain nombre ont été créées non comme substances alimentaires, mais comme remède pour guérir ou prévenir une maladie. A la suite des progrès et des découvertes de la science, beaucoup ont été à la vérité abandonnées par les pharmaciens et remplacées par des préparations chimiques ; mais, si
dans nos deux départements de la Marne et de la Haute-Marne il y a environ 060,228 habitants, on y a constaté environ 6.000 espèces d’animaux, représentées par des milliards d’individus , lesquels devaient avoir et ont leurs plantes médicinales. Les granivores savent trouver le laxatif qui leur est nécessaire, et des animalivores un astringent. Un jeune chien élevé au chenil a l’instinct de découvrir à sa première sortie le chiendent dont il a besoin pour se purger.
Et puis, ces herbes dites mauvaises ne sont-elles pas pour les animaux sauvages et pour la vaine pâture une variété complémentaire et nécessaire des aliments ordinaires ? Sont-elles sans influence sur le sol ?
Il est probable qu’en étudiant tout ce qui se rattache à ces questions, on aurait de bonnes raisons de croire que les plantes dites nuisibles ne le sont que relativement, et qu’en détruire complètement les espèces serait appauvrir les hommes et rendre leur vie plus difficile.
Parmi les animaux éliminateurs de notre région, y en aurait-il de nuisibles au point que la destruction de leurs espèces soit pour nous un avantage ? Je n’ai aucune raison de le penser.
Mais il est certain que tous les végétaux et tous les animaux, même les meilleurs, peuvent être nuisibles, en devenant surabondants et qu’ils seraient bientôt surabondants, s’ils n’étaient contenus par des éliminateurs aussi variés que nombreux.
L’expression de nuisibilité appliquée aux végétaux et surtout aux éliminateurs de notre région ne nous semble donc vraie que relativement, avec
des distinctions, et jamais dans un sens absolu.
Appuyons noire pensée d’un exemple.
Voici une foret et un cours d’eau. Les arbres et les plantes aquatiques y sont d’une beauté remarquable et l’homme n’est jamais intervenu que pour couper, prendre et emporter une partie des végétaux. Or, le zoologiste, l’entomologiste et l’ornithologiste y trouveront toujours, avec des proportions quelconques d’individus, celles des espèces animales de la région qui ont été chargées de modérer la végétation des bois, des plantes et des eaux, aussitôt qu’elle devient surabondante; car l’intervention de ces éliminateurs y est et surtout y a été d’autant plus nécessaire que les végétaux les plus vigoureux sont ceux qui se reproduisent le plus.
Il est donc évident que l’élimination était ici indispensable, qu’en la pratiquant par leurs moyens combinés et dans une certaine mesure, les petits animaux, les insectes et les oiseaux d’un nombre d’espèces déterminé par le Créateur, ont, à leur insu, directement ou indirectement, le plus souvent sans être entendus, ni vus, aidé les plantes à atteindre leur plus grande valeur, et il en est résulté que tous ces animaux se sont rendus utiles. En cette circonstance, l’excellence des résultats prouve l’excellence des moyens.
Et les insectes, comme le ver blanc du hanneton et la chenille, ont rendu des services considérables ; puisqu’ils ont pris une plus grande part à ces travaux d’élimination.
Seulement, et par cela même que leur puissance est grande, ils peuvent commettre de véritables
dommages quand ils ne sont pas suffisamment contenus. Alors on peut dire qu’ils sont nuisibles ; mais cette nuisibilité n^est pas absolue, elle n’est que relative au tenips^ au lieu, à diverses circonstances, et quand l’action des régulateurs naturels n’est pas entravée par l’iiomme.
Il se trouve même ainsi quelquefois que l’insecte dit nuisible est plus utile que tout autre à l’équilibre de la production.
Nous allons voir ce qu’en particulier on doit penser de l’oiseau.