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SENS ET INSTINCTS

Chez l’oiseau, les sens ne sont pas moins remarquables que les organes.

Ainsi que nous Tavons dit, le toucher est beaucoup plus développé qu’on ne pourrait le croire en voyant la peau épaisse et rugueuse des pattes et la toison des plumes. L’extrémité du bec de la bécasse est spongieux et spécialement disposé pour Todorat. Chaque espèce a une prédilection pour telle plante ou tel animal. L’ouïe est d’une grande finesse et la vue est d’une incomparable pénétration ; le milan du haut des airs se plaît à dresser une statistique des petites bêtes qui sont à terre ; le rouge-gorge découvre dans les herbes des œufs d’insectes ; l’engoulevent, le martinet, chassent au crépuscule, et les ducs et les chouettes ne vaquent à leurs affaires que la nuit.

Mais les sens ne sont encore rien à côté des instincts. Pour l’organisme si compliqué de l’oiseau, les instincts ne devaient-ils pas être d’un ordre supérieur. Si pour les apprécier tous les instruments de mesurage ne servent à rien, nous pouvons au moins nous en faire une idée par les actes qu’ils provoquent.

L’oiseau a, au plus haut degré,l’instinct de trouver sa nourriture, et par cela même de pratiquer l’élimination dont il est chargé. Il semble même que, pour lui, qui est essentiellement cliasseur, la nour-

riture est aussi facile à prendre que pour nous les mets étagés sur un buffet. En se jouant des difficultés le grèbe la saisit dans l’eau, la bécasse dans la terre, le pic dans le bois.

Tous les oiseaux se mettent bien en garde contre leurs ennemis. Le troglodyte échappe à la patte de la martre, en s'enfonçant dans un infime trou d’une roche ou d’un tas de fagots ; la grive, chassée par le busard, se précipite dans un buisson ; la perdrix, à la vue de la cresserelle, se blottit dans une touffe d’herbe; de la hauteur des nuages, le jean-le-blanc veille sur son nid ; surprise sur le sien, la bécasse s’enfuit, en simulant des embarras de vol pour se faire suivre et écarter l’ennemi de ses œufs ou de ses petits ; l’aigle tue le dénicheur; le pouillot sylvicole l’implore avec des larmes dans la voix.

Quand la chasse est abondante, la pie, la piegrièche, la chouette, mettent en réserve et cachent des provisions qu’elles vont rechercher quand elles en ont besoin.

Presque toutes nos espèces sont monogames et chez beaucoup d’entre elles les unions conjugales sont très-remarquables. Quand la mésange bleue couve très-fort et qu’elle se trouve comme enchaînée à son nid dans un trou obscur, son tendre époux va lui chercher des chenilles et sans doute les plus savoureuses. Les pères et mères ont dans le cœur pour leurs petits des trésors d’amour. Des hirondelles se sont jetées dans les flammes et brûlées en essayant de sauver leurs petits. Des buses et des vautours femelles ayant été tuées près de leurs nids, les mâles se sont chargés de nourrir et d’élever leurs petits.

DANS LES HARMONIES DK LA NATURE. 1 3fi

Combien d’oiseaux se sont acclimatés, domestiqués, apprivoisés et attachés à leurs maîtres?

Les migrateurs reviennent avec bonheur dans le pays où ils sont nés. Le pigeon, lâché loin de son colombier, y retourne immédiatement.

Seuls de tous les animaux, les oiseaux chantent et animent l’univers de leurs charmantes mélodies.

En architecture, ils font des merveilles.

Pendant les migrations, dans les pays les plus divers, les plus inconnus et les plus éloignés, ils trouvent leur route et répartissent leurs éliminations pour la plus grande utilité de la production.

Des faits de ce genre, j’en ai constaté par centaines^ et, malgré cela, je vais toujours d’étonnement en étonnement, jusqu’à l’admiration qui fait entrevoir la Providence.

Peut-on craindre d’eux des excès d’élimination?

D’abord , il en est certains qui sont les modérateurs de la plupart des espèces ; ainsi les oiseaux de proie, parmi lesquels se trouvent les plus forts et les meilleurs voiliers, peuvent s’emparer des autres oiseaux et s’en nourrir ; le hobereau fait la chasse à l’hirondelle.

Ensuite, de même que les arbres peuvent être attaqués mortellement dans leurs feuilles, leur écorce, leur bois, leurs racines et leurs fruits ; que les insectes peuvent l’être dans leurs œufs^ quand ils sont à l’état de larves ou d’insectes parfaits ; de même les oiseaux peuvent être attaqués en euxmêmes et dans leurs nichées. Les pies et les geais détruisent dans les nids des œufs et des oiseaux; bien des nichées disparaissent par le fait des reptiles et des petits mammifères; la martre

emporte les petits de nos grands oiseaux de proie.

Remarquons encore que les insectes insectivores, à la conservation desquels nous devons tenir, sont très-rusés , relativement forts , et qu’ils savent beaucoup plus que les autres insectes, ceux d’espèces phytophages, se soustraire à l’élimination des oiseaux.

§ 7. — CONCLUSIONS A TIRER DE l’ORGANISME DE l’oiseau.

En résumé, si nous étudions certains phénomènes de la nature, nous voyons que la production végétale et animale est due à des forces et à des agents aussi variés que nombreux.

Au premier coup d’œil, beaucoup semblent sans rapports directs ; néanmoins, et après un examen attentif, nous voyons que ces agents, malgré leur dissemblance apparente, forment une des grandes unités de la mécanique terrestre, qu’entre eux et la production il se trouve d’admirables concordances de cause à effet. Ces rapports d’unité sont même assez saisissables pour que par les unes l’observateur devine les autres.

Ainsi que nous l’avons vu, par la force principale de ‘la production, on explique la force de l’élimination, et, de l’étude des agents éliminateurs autres que les oiseaux, on conclut à l’adjonction nécessaire d’êtres ayant toutes les aptitudes de ces animaux.

De même les éléments constitutifs de l’oiseau prouveraient à eux seuls que cet animal est un rouage principal, un régulateur d’un mécanisme

compliqué, que ses travaux sont un complément nécessaire de toutes les éliminations, qu’en cela il ne peut être suppléé et qu’ainsi il remplit un rôle très-important dans les harmonies de la nature.

Telle nous paraît être la raison principale de sa création.

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