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LA CONTEMPLATION DU BEAU

Dieu merci, nous ne vivons pas seulement de pain et des autres productions de la terre, de tout ce qui se cote à la Bourse et au marché. La vie matérielle n'est qu’un moyen pour notre vie intellectuelle, et nous avons une soif insatiable du beau, du vrai et du bien. Rien ne nous arrête, quand il s’agit de chercher les joies de l’esprit et du cœur ; les beauxarts ont toujours tenu une grande place chez les peuples civilisés; mais est-il rien de comparable au beau de la nature ? Les chefs-d’œuvre des artistes sont, aux sublimités de l’univers, ce que l’homme est à son Créateur.

LES OTSEAUX

Comment, en entrevoyant quelques-unes des harmonies du monde des oiseaux, ne pas se sentir profondément ému et saisi d’admiration et d’amour ?

N’est-ce pas merveilleux que, sous les apparences de la liberté ou même du caprice, les oiseaux forment les rouages d’une immense et bienfaisante machine qui englobe notre monde, que certains de ces rouages fonctionnent souvent en quelques jours sur un espace de plusieurs centaines de lieues, avec une régularité et une grâce parfaites, selon les desseins du Créateur. Malgré ses nombreuses et élégantes évolutions, l’birondelle va, en huit jours, d’Angleterre en Guinée !

Dans l’exposé qui précède, combien de fois n’avons-nous pas eu l’occasion d’admirer le rôle si remarquable de l’oiseau dans les grandes harmonies de l’élimination ? A d’autres points de vue, il n’est pas moins digne d’attention.

Il est un chef-d’œuvre de mécanique, la plus admirable des machines agricoles, le modèle des machines de locomotion aquatique et probablement aérienne (1). Aussi, les palmipèdes ont donné l’idée de la rame, les nageurs et les plongeurs ont servi de modèle pour la construction et la décoration des navires.

(1) En 1808, un horloger de Vienne, Jacob Degen, s’était construit deux ailes d’une surface totale de 10 mètres carrés, avec lesquelles il s’élevait en 30 secondes à la hauteur de 16 mètres, quand le poids de son corps était réduit à 35 kilogrammes, par une corde lestée d’un contre-poids ; ou bien il se faisait hisser parmi petit ballon jusqu’à une hauteur de 100 et 200 mètres et descendait ensuite doucement avec des temps d’arrêt et en profitant parfois du vent pour remonter un peu. [Revue des Deux-Mondes, 1er avril 1870.) 11 est probable qu’on arrivera à la navigation aérienne par l’étude approfondie du vol de l’oiseau.

BANS LES IIAL!\rONlES DE LA NATUBE.

Les formes des oiseaux sont toujours compicteinenl en rapport avec leur spécialité de travail et elles ont toutes la beauté et la grâce qui leur conviennent le mieux.

Les harmonies organiques ne sont pas moins remarquables dans les détails que dans l’ensemble. On peut en Juger par la beauté d’une plume.

Les couleurs des yeux, du bec, des pieds et surtout des plumes sont si merveilleusement combinées qu’elles caractérisent distinctement et embellissent chacune des milliers d’espèces connues, d’après son sexe, son âge et les saisons. Les plumages gris, qui ont été départis au plus grand nombre dans nos pays tempérés, ont eux-mêmes reçu des nuances et des variétés de dessins qui leur donnent un cachet particulier. 11 est d’ailleurs beaucoup d’oiseaux, surtout dans les pays chauds, qui, comme les papillons et les minéraux, ont été dotés des plus riches couleurs, et ils ont souvent fourni des parures aux femmes et aux guerriers.

Un grand nombre d’oiseaux sont de véritables musiciens; toujours et partout ils prodiguent leurs concerts ; et ils les donnent à ceux qui sont déshérités des joies du monde et des délicatesses de la musique du Conservatoire.

Les oiseaux de nos contrées possèdent dans leur voix plus de timbres divers que les plus grands orchestres.

Ils se jouent des commas de notre gamme^ et, dans la libre carrière qu’ils parcourent, ils trouvent des hardiesses originales qui ne produisent jamais rien de discordant pour l’harmonie ; ils abordent une bonne partie de notre échelle des

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sons, et iis ont ainsi, à leur façon, des ténors, des barytons et des basses.

La plupart font, dans les ensembles, des parties d’accompagnement ; ils composent un fonds d’iiarmoniequi s’enrichit constamment de solos, donnés par l’alouette, le pouillot, l’iiippolaïs, la fauvette, le rouge-gorge, le troglodyte et surtout le rossignol. Tous leurs accents sont empreints d’entrain et de gaieté.

11 en résulte des psalmodies pleines de vie et de chaleur, une harmonie variée, de délicates et brillantes ariettes.

Cette musique est si expressive qu’on lui a donné le nom de chant.

Or, les chants des oiseaux ne sont-ils pas des actes de reconnaissance et d’espérance, et pour les hommes, une invitation à la prière ?

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils n’éveillent aucune mauvaise idée, aucun mauvais sentiment et qu’ils sont l’expression des joies pures que nous trouvons dans toutes les harmonies de la nature.

Le chant des oiseaux est un Te Deum qui s’élève de tous les points de la campagne et des bois.

Deux courtes citations donnent une idée de ce que pensaient nos ancêtres à cet égard :

« Puisque, « dit Belon », l’on voit que les artisans et les bourgeois des villes n’ont rien qui récrée leur esprit ennuyé plus promptement que le chant des petits ossyllons qu’ils nourrissent en cage, aussi voit-on aisément que l’homme champestre, qui se plaist en leur chant, est en grand saouls, se trouvant en l’ombrage des petits arbrisseaux escoutant si plaisante mélodie ».

PANS LES HARMONIES PE LA NATURE. 1 f>U

La gentille alouette avec son tirelire Tirelire, relire, et tirelirant tire Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu Vire et semble nous dire : Adieu, adieu, adieu

(Dubartas.)

Beaucoup d’oiseaux se distinguent également comme architectes.

Leurs nids sont établis au centre des éliminations prévues pour la période de l’élevage des petits, sagement répartis sur les différents points du sol, des eaux, des herbages, des buissons et des arbres. Grâce à leur forme, leurs proportions, leur solidité, l’élasticité et le moelleux de leurs matériaux et leur décoration, les oiseaux y trouvent, pour leur jeune famille, la sécurité, le confort, la beauté et l’élégance. Aussi sont-ils, à beaucoup près, de tous les animaux, les plus habiles architectes.

Les œufs ne sont pas moins intéressants par leurs proportions, leurs formes, leurs nuances nombreuses et brillantes. Rien de charmant dans ce genre comme une collection scientiflquement formée d’espèces et de variétés caractéristiques.

On remarque en eux toutes les formes ovalaires, un coloris et des dessins aussi riches que variés, le lustre du vernis, la blancheur de l’albâtre, Tazur du ciel, le pointillé du granit, les marbrures du Saint-Anne, d’élégantes couronnes, etc.

Quoique admirables sous ces différents rapports, les oiseaux le sont bien davantage encore au point de vue de leurs instincts.

On trouve, en effet, chez eux une aimable pétulance, et cependant quelquefois une gravité qui

n’est pas sans noblesse , de la réllexion, « de la mémoire et de l’imagination (Cuvier) », delà vigilance, du courage, de la hardiesse, de la fermeté dans le travail, de la prévoyance, l’amour du pays natal et de la nature, l’esprit de famille et de société, enfin de rattachement pour l’homme. Les pigeons sont l’emblème de la fidélité ; beaucoup d’espèces offrent des modèles d’amour maternel et môme paternel. Tous les naturalistes, depuis Aristote et Pline jusqu’à M. d’Orbigny, ont raconté des traits de leurs mœurs qui feraient honneur à l’humanité.

La beauté qui, sous tant de formes, leur a été prodiguée, sera toujours pour les poètes une inépuisable mine.

Quels attraits n^ont pas la tendre sollicitude de la couveuse, de la mère pour ses petits, les touchantes unions de presque toutes nos espèces, les affectueuses démonstrations de l’oiseau apprivoisé, la majesté de l’aigle, la noble gravité du duc, la magnificence du paon , l’aimable pétulance des passereaux, la grâce de la fauvette, l’élégance de la bergeronnette, le vol ondulé de l’hirondelle^ la course légère et rapide du chevalier, l’imposante navigation du cygne, les nuances variées des plumages, les riches livrées du printemps, le blanc lustré du grèbe, les éclatantes couleurs du chardonneret, le plastron pourpré du bouvreuil, le manteau vert du martin-pêcheur, la robe dorée du loriot , la couronne du roitelet , Lhymne de l’alouette, le chant éclatant du serin, du chardonneret et de la linotte, l’air brillant de la grive, les sons de voix filés et les douces mélodies de la fau-

vette, le chant si varié, si harmonieux et si étendu du rossignol, l’intéressante construction des nids, la légèreté et la grâce de ces berceaux, le riche coloris de l’œuf !

A combien d’agréables rêveries n’ont pas donné lieu tous ces joyaux des parures de la nature ! Partout et toujours elles ont surexcité l’imagination des poètes et des peuples. Il en est résulté pour l’histoire naturelle une surcharge de contes les plus fantastiques. De là, Tinvention du Phénix, qui renaissait de ses cendres, de la Harpie, qui avait une belle tête de femme et un corps d’oiseau de proie, etc.

La science héraldique a aussi trouvé que les oiseaux, malgré leurs variétés, ne suffisaient pas aux nécessités de son langage et de ses insignes symboliques; elle les a modifiés et même défigurés de telle sorte, qu’il faut les étudier souvent plus dans l’histoire du blason, que dans l’histoire naturelle.

Assurément donc, l’oiseau est bien admirable, et cependant il n’a que l’ombre de la liberté; il est comme un simple, mais magnifique instrument entre les mains de Dieu.

Le rossignol chante toujours le même air; toujours les chardonnerets ont fait le même nid; les migrations doubles et périodiques de chaque année n’ont pas varié d’une manière sensible.

L’étude de l’oiseau nous mène donc directement à Dieu, et son vol rapide dans les hautes régions de Pair attire notre regard et nos pensées vers le ciel. Cet être si admirable est tout à la fois un artiste et un professeur; si Dieu n’avait pas voulu

qu"il en fût ainsi, il aurait pu lui donner le mutisme de l’insecte et la laideur de la chauYe-souris.

L’oiseau a donc été créé pour nous convier aux joies de l’esprit et du cœur, pour exciter notre foi et nos espérances, en développant le sentiment du beau, du vrai et du bien.

On comprend que l’homme ait quelquefois choisi l’oiseau pour symboliser de grandes idées.

C’est ainsi que l’alouette et le coq ont servi d’emblème à la Gaule, et que l’aigle est devenu celui de plusieurs nations de l’Europe ancienne et moderne.

On trouve, dans les armoiries de la noblesse, l’aigle, le grand-duc, la cigogne, le héron, la grue, le pélican, la tourterelle, la perdrix, le merle, etc.

Quelques familles nobles ont même tenu à porter le nom d’un puissant oiseau. C’est ainsi que nous avons, en France, M. le marquis de EAigle, M. Epervier de Béron, MM. Faucon de Mayac et de Vülaret.

Enfin, n’était-il pas bien naturel que l’oiseau eût une part de nos affections ? Si cela était possible, nous en ferions volontiers l’iiôte habituel de nos maisons.

On ne peut traverser une ville, un village, sans voir bon nombre de jolies cages, qui sont l’objet des soins les plus minutieux et les plus assidus, et il est à remarquer que, dans le cliâteau, la maison bourgeoise et la chaumière, l’oiseau est comme la fleur, l’indice de goûts élevés et de sentiments généreux.

Chaque année, à Paris, cinq industriels fabriquent pour 100,000 francs de cages portatives, et on y vend en plus, pour 200,000 francs de grandes volières.

DANS LES llAKMUiMES LE LA jN'ATUKE.

Ajoutons enfin que l’oiseau apparaît clans toute sa beauté, surtout au printemps, c’est-à-dire quand les travaux de la construction du nid et de l’élevage des petits réclament pour lui de plus grandes distractions, quand il lui est si nécessaire d’intéresser les hommes , quand nos espérances ont besoin d’être ravivées.

Des nombreuses lettres que j’ai reçues au sujet de mes publications, il en est une que mes lecteurs liront sans doute comme moi avec beaucoup d’intérêt et que, pour cette raison, je suis heureux de pouvoir reproduire.

Un mot de préambule..

La science doit à M. le comte de Villeneuve- FlayosC;, ancien ingénieur en chef et professeur à l’Ecole des mines, ancien inspecteur général d’agriculture, des démonstrations mathématiques sur l’harmonie des formes de la terre et des corps organiques végétaux et animaux, ainsi que le constatent les comptes rendus de l’Académie des sciences, en 1866, et l’annuaire publié en 1870 par l’Institut des provinces de France. J’ai pu seconder quelques recherciies de ce célèbre géologue que la science vient de perdre , en lui fournissant un état de pesages et mesurages nombreux et relatifs à quatrevingts espèces d’oiseaux caractéristiques de genres ou de groupes. C’est à ce sujet que j’ai reçu la lettre suivante :

« Monsieur et cher Confrère,

« Je puise dans le tableau que vous m’avez envoyé de remarquables confirmations des règles

auxquelles j’ai été amené sur la loi mécanique des formes de la terre et de celles des corps organiques végétaux et animaux.

« J’ai le plus souvent trouvé, dans les subdivisions de la matière mise en vibration, le rapport de l à O.

« C’est celui que présentent les grandes étendues des continents terrestres et leurs subdivisions établies par les isthmes.

« On sait aussi, depuis longtemps, que les rapports naturels de deux cordes qui forment les deux notes fondamentales de l’accord parfait, ut, sol, sont 1 et 2/3 ou 1.0, OG, et que les proportions de longueur qui président à l’accord parfait, ut, mi, sol, se déterminent par les longueurs de corde 1 4/5 2/3.

« A l’aide des éléments que me fournit votre précieux tableau, Je retrouve chez les oiseaux les proportions que j’ai pu constater dans la subdivision de toutes les surfaces vibrantes.

« La principale de toutes les proportions à étudier dans les oiseaux est celle des parties du corps qui président aux mouvements. Ce sont les parties toujours vibrantes, dont les vibrations doivent être concordantes comme les cordes harmoniques d’un instrument. Or, le rapport moyen général de la taille de vos quatre-vingts oiseaux, à l’envergure totale, est celui de 1 pour l’envergure et de 2/3 pour la taille.

« Pour les œufs, le rapport entre le grand et le petit diamètre est exprimé par la fraction trèssimple 3/4.

« Ainsi , partout éclate Fliarmonie des propor-

lions révélées par les rapports les plus simples entre les dimensions les plus générales.

« Je crois donc pouvoir toujours répéter le grand adage :

« Le désordre et l’irrégularité dans le monde ne « sont qu’apparents ».

« C’est l’ordre et riiarmonie qui, sous les traits gracieux de la variété, sont au fond de toutes les œuvres de Dieu.

« Et, si l’ordre physique est si beau, est-ce que l’ordre moral ne doit pas être mille fois plus beau encore ?

« L’imprécation est donc une stupide ignorance.

a Sur ce, cher Confrère, recevez l’assurance réitérée de mes sentiments tout dévoués.

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