UNE SOURCE DE BIENFAITS
Comme les plantes et les insectes, les dilférentes espèces d’oiseaux sont réparties à la surface du globe d’après les variétés principales du sol et du climat.
L’acclimatation consiste à fixer une espèce d’oiseaux dans un pays autre que celui de leur primitive origine et à obtenir d’eux, que, dans le second habitat, ils se comportent comme dans le premier.
La naturalisation a pour objet de les retenir dans la plaine, dans les bois ou sur les eaux d’une contrée.
On les domestique quand on les fixe à une liabi'
latiori. La domestication est de deux sortes : forcée (jLiand elle a lieu au moyen de la cage, et volontaire (juand elle se produit en liberté dans une bassecour.
On apprivoise l’oiseau quand on l’attache à la [)ersonne.
Ces ditférents actes d’acclimatation sont complets quand une espèce se développe entièrement et se reproduit dans sa nouvelle position.
Si ces faits ne se répètent pas depuis longtemps et de telle sorte qu’on puisse les considérer comme définitifs, on dit que racclimatation, la naturalisation et la domestication est partielle, qu’elle n’est pas définitive.
La domestication est partielle soit lorsque une espèce ne se comporte pas encore dans la maison comme la poule et le canard , soit quand, fixée complètement à l’habitation, elle conserve comme le pigeon une partie de ses habitudes de sauvagerie.
Nous nous abstenons de reproduire ici les principes que nous avons exposés dans un opuscule, intitulé : De l’oiseau au point de vue de l’acclimatation, et nous allons seulement dire quelques mots de la domestication.
Les oiseaux sont amis de l’homme. Dans les pays primitifs , ils se laissent facilement approcher et même tuer avec le bâton. Dans nos contrées , le chasseur sait qu’à l’ouverture de la chasse le gibier, et notamment les perdreaux, tiennent bien; ils ne deviennent sauvages et inabordables que lorsqu’ils sont souvent chassés et tirés.
Deaucoup d’oiseaux peuvent même s'apprivoiser
DANS LES IfARMONIES DE LA NATURE. 177
et se domestiquer; de cette façon, ils se rendent encore plus utiles. Quand ils deviennent familiers, ils témoignent de l’affection par leurs attitudes, leurs mouvements et leurs chants, et ils méritent vraiment qu"on ne reste pas insensible à ces touchantes démonstrations.
On obtient de ces jolis êtres des actes d’obéissance tels, que de patients et habiles éleveurs, comme Gilbert, des Champs-Elysées, font passer certains chardonnerets et autres granivores pour des oiseaux savants, et il n’est pas un pays dans lequel on ne se soit amusé à apprivoiser des oiseaux, à leur faire faire des tours d’adresse, articuler quelques mots, prononcer une phrase, répéter un air.
On est même arrivé à trouver , dans quelques espèces, des serviteurs domestiques.
Le grand-cormoran est devenu un aide de pêche pour les Chinois. Avant l’invention et surtout le perfectionnement des fusils , les faucons étaient également utilisés comme auxiliaires de chasse.
« Le jaccana », dit Guérin (1), « devient pour l’homme un serviteur fidèle ; il apprend à garder les troupeaux; il fait la ronde; il appelle de sa grande voix les brebis qui s’éloignent, et devient, à cet égard, le rival de l’animal le plus intelligent et le plus utile à l’homme, le chien ».
La domestication du pigeon bizet a donné lieu à un service fort remarquable de la poste aérienne. Comme nous l’avons dit, tous les oiseaux sont fixés au sol, en ce sens qu’ils reviennent au lieu de leur naissance, quand ils en ont été éloignés. C’est ainsi
(1) Dictionnaire d'Iiistoive naturelle, ‘àw. niol Oiseau, \u 287.
que chaque année riiirondelle retourne au nid que l’automne lui a fait quitter. Or, le hizet domestique s’attache tellement à son colombier, que notre Code civil, art. 524, l’a classé au nombre des immeubles par destination. Si on l’emporte, il regagne sa volière , aussitôt qu’on lui rend la liberté.
Quand donc, au moyen d’un ballon parti d’une ville assiégée, on transporte un pigeon et qu’on le lâche après lui avoir attaché des dépêches au pied, ou sous l’aile, ou à l’une des grandes plumes de la queue , cet oiseau retourne immédiatement à sa ville natale et y transmet ces dépêches. 11 fait au moins deux kilomètres en une minute ; lorsqu’il parcourt de grandes distances, il peut faire 80 kilomètres en une heure, et on est arrivé, par la réduction photographique des lettres, à lui faire transporter en un seul voyage 70,000 mots. Depuis longtemps les banquiers ont eu recours à ce mode de correspondance. Actuellement encore, il en est qui s’en servent, parce que ces messagers incorruptibles, rapides et presque invisibles, n’ont guère à craindre que les oiseaux de proie.
Les Arabes et les Sarrasins ont largement fait usage de cette poste aérienne.
La science n’est pas tellement avancée et surtout répandue, que les cultivateurs, les chasseurs et les voyageurs n’aient plus à se soucier des inductions que l’on peut tirer de certains détails de la vie des oiseaux, au sujet des variations du temps et des saisons (1). Les oiseaux domestiques, par cela même
(1) D’après Tiedemann, Zoo/o^/e, t. II, p. 154, les plumes auraient cela de remarquable, qu’elles sont enclines à admettre la tension élec-
qu’ils sont toujours sous leurs yeux, ne sont pas sans importance à cet égard.
Le chant du coq est, pour une ferme, un excellent réveille-matin et mérite assurément une place dans l’horloge ornithologique de Linné (1). Aussi un des noms de cet oiseau, chez les Grecs, était Alector (qui fait sortir du lit). Sa vigilance lui a même valu l’honneur d’être placé sur la flèche des églises, et de rappeler, à toutes les heures du jour, que la vigilance est la mère de la sûreté, pour la vie présente et potir la vie future. L’oie, qui a eu l’honneur de sauver le Capitole, peut encore, au besoin, faire l’office du tocsin et sauver une ferme en poussant son cri d’alarme.
Mais c’est surtout au point de vue de la chair, des œufs et des plumes, que les oiseaux’ domestiques sont recherchés. Un simple détail pourra donner une idée de la valeur des produits qu’ils fournissent. Paris, avant ses agrandissements, a consommé, en une année, plus de 100 millions d’œufs,, et on en exportait alors en Angleterre 76,091,120. On mange annuellement en France plus de 7 milliards d’œufs de poule.
Non-seulement c’est aux oiseaux sauvages que nous sommes redevables de tous ces bienfaits delà domestication, mais il faut encore nous adresser à eux, quand nous voulons, soit nous procurer des races nouvelles, soit renforcer et renouveler celles qui sont abâtardies.
trique ; et Carus pense que la faculté dont les oiseaux jouissent de pressentir les variations du temps dépend de ce que . l’état électrique de leur plumage change en même temps que celui de l’atmosphère.
(1) Dans mon ouvrage sur le chant des oiseaux, j’ai indiqué à quelle heure commencent à chanter les oiseaux de notre contrée.
Ainsi, quand nos variétés domestiques du pigeon, de la poule, du canard et de l’oie, se sont affaiblies, au point de ne plus guère produire, elles retrouvent leur fécondité par le croisement avec des sujets des espèces sauvages dont elles descendent, celles du pigeon bizet [colomba livia)^ de la poule bankiva {gallus bankiva), du canard sauvage {a7ias boschas) et de l’oie cendrée {anser férus).
Et, grâce à l’initiative des Sociétés d’acclimatation, on a commencé et très-avancé la domestication ou même la naturalisation de quatorze espèces de gallinacés et de onze de palmipèdes et accompli la domestication de l’oie de Guinée (t).
(1) Colin de Californie ; faisans de Mongolie, versicolore, vénéré, de Wallicli, doré, de Lady Amherst, de Swinhoë, argenté, à dos noir, à huppe blanche ; paon à ailes noires, dit du Japon; éperonnier chinquis; talégalle; cygne noir; ceréopse cendré ; bernaches de Magellan, des îles Sandwich, à poitrine grise ; oie du Canada ; canards casarka ordinaire et de Paradis, de la Caroline, mandarin, de Bahama.