Roitelet moustache, régulas ignicapillus
Le total du poids de la chair de ces deux douzaines et demie d’oiseaux est de 198.80
Il y a, il est vrai, des amateurs des os, des intestins et de leur contenu ; pour eux, il
y a un complément de 156.61
et un total général de 355.41
En présence de pareils chiffres, quelles excuses peuvent donner les mangeurs habituels des petits oiseaux ?
Etre obligé de détruire 250 roitelets pour avoir 500 grammes de viande! quand ces 250 charmants volatiles peuvent donner en une année 01, 260' journées de travail et éliminer ainsi plusieurs milliards d’insectes dans l’intérêt des forêts et surtout des arbres verts.
Comment aussi, au souvenir des chants si atten-
drissants et si délicieux du troglodyte, de la fauvette à tête noire, du rouge-gorge, du rossignol, ne pas se demander combien il faut de ces chers artistes pour produire 500 grammes de viande ?
Quand nous possédons un instrument de travail, comme un éclienilloir, un instrument de musique, comme la flûte, un livre pour notre enseignement, ridée ne nous vient pas de les détruire, ni de nous en défaire à vil prix; pourquoi ne pas agir ainsi quand un livre, un éclienilloir, un instrument de musique se trouvent personnifiés dans un oiseau gracieux comme la fauvette à tête noire, et surtout quand cet oiseau est le bien commun de tous? Sa chair pèse 7 grammes fO centigrammes.
De tout temps, dans notre région, on a respecté les infatigables émoucheurs qu’on nomme hirondelles; nous ne mangeons pas l’oiseau de notre cage, le rossignol de notre jardin, et nous nous sentons pris de tristesse quand ils meurent ou quand ils nous quittent. Ces sentiments sont bien naturels, il faut leur laisser une place dans notre cœur. Ne nous lassons donc pas de recommander le respect des petits animalivores; à notre époque de chasse excessive et de braconnage effréné, nous n’avons pas à craindre leur trop grande multiplication.
Pour seconder ou contenir à ce sujet l’action des mœurs, la loi doit prohiber les procédés de chasse qui rendent la destruction trop grande, et même défendre de tuer, vendre et colporter ceux des oiseaux qui sont les plus utiles.
Gardons-nous enfin de croire que les oiseaux, dignes de notre respect, ne sont utiles que dans
leur résidence d’été. A l’état de passage, ils ont, ainsi que nous l’avons dit, pour mission de contrôler, de rectifier et de compléter les travaux laissés inachevés par les oiseaux sédentaires. Comme les eaux d’un fleuve, ils traversent de nombreuses propriétés et contribuent à leur fécondité; il est donc de toute équité que les propriétaires inférieurs aient, par rapport aux propriétaires supérieurs, des droits analogues à ceux que consacrent les art. 641, 643, 644 et 645 du Gode civil, pour l’usage des eaux ‘courantes.