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NON-SEULEMENT NOTRE DROIT DE TUER LES

OISEAUX SERVITEURS ET LES OISEAUX GIBIER EST LIMITÉ, MAIS IL EST MÊME DE NOTRE INTÉRÊT DE FAVORISER LEUR MULTIPLICATION PAR TOUS LES MOYENS POSSIBLES. — ON VOIT MOINS d’OISEAUX ET PLUS d’insectes QU’AUTREFOIS. — INSUFFISANCE DES ÉLIMI- NATIONS PRATIQUÉES PAR l’HOMME SUR DES ANIMAUX DE PETITE TAILLE.

Nous pouvons être certains que nous agirons utilement en favorisant de tout notre pouvoir la multiplication des oiseaux serviteurs et des oiseaux gibier. D’abord demandons de sages restrictions au droit de chasse; la loi est mauvaise ou elle est mal exécutée, quand les oiseaux ne sont pas assez nombreux pour produire tout le bien que les hommes doivent attendre d’eux.

Ensuite, recherchons les procédés que conseillent la logique et l’expérience.

Nous avons démontré que, dans la nature, les forces de l’élimination se proportionnent aux forces

de la production; ainsi, la culture intensive des champs et des jardins attire de nombreux insectes, comme aussi ceux des oiseaux qui se nourrissent de plantes, de graines, de fruits, de baies; si l’on veut se garantir contre le débordement de ces insectes, il faut attirer et protéger les insectivores des bois, tels que les fauvettes, qui peuvent résider, nicher, stationner ou simplement passer dans les champs, dans les jardins et les pépinières. Par exemple , laissons dans la plaine des arbres et ({uelques arbustes; dans les jardins et les parcs, fixons aux arbres des nids artificiels en bois creusé ; quand les arbres nous manquent dans un champ, près des meules de blé, courbons des baguettes qui puissent servir de juchoir aux chouettes.

Si M. Arbeaumont, dont nous avons parlé (page 33) , avait favorisé^ dans sa pépinière, la nidification des insectivores, il n’aurait pas éprouvé tout récemment des dommages aussi considérables; avec des nids artificiels, il aurait eu facilement des étourneaux.

Souvent, à l’époque des nichées, j’ai vu ces oiseaux faire continuellement plusieurs kilomètres pour arriver au sillon creusé par le laboureur et saisir les vers blancs que le soc de la charrue met à découvert.

En général , il est bon de protéger dans les champs, et même dans les jardins, les petits granivores, puisque, indépendamment des insectes que beaucoup d’entre eux mangent, tous, et pendant toute l’année, ils détruisent les semences de ce qu’on appelle vulgairement les mauvaises herbes. Seulement^ quand ces granivores nous causent de véritables préjudices, en se jetant sur

DANS LES IIARMOxNIES DE LA NATURE.

nos grains et nos semences, il convient de les épouvanter pour les éloigner.

Il faut également pratiquer cette innocente guerre à l’égard des insectivores qui abusent de nos fruits sucrés. Il existe des épouvantails spéciaux pour beaucoup d’espèces d’oiseaux; ainsi, de même que le pépiniériste doit attirer les étourneaux, en favorisant leur ponte au moyen de nids artificiels, de même, s’il a des cerisiers, il doit, quand les cerises mûrissent, coupler et pendre aux arbres des ardoises qui, au souffle du vent, s'agitent, font du bruit et éloignent ainsi ces oiseaux.

Les épouvantails ne nous préservent pas de toutes pertes; mais par cela même les oiseaux se trouvent encore attirés dans les lieux où ils sont utiles ou nécessaires.

Aussi, quand les fruits sont pour nous sans valeur, et que, pour cette raison, nous pouvons en faire l’abandon, ils deviennent un appât très-profitable à nos intérêts.

Je me trouve bien de réserver, dans la futaie d’un bois, des cerisiers, des merisiers, des alisiers, des sorbiers; dans les taillis, les arbustes qui se couvrent de baies, et dans les jardins le micocoulier. Les oiseaux insectivores , attirés par ces fruits sucrés, y séjournent, y nichent et y font la police des insectes. C’est grâce aux baies qui, pendant les neiges, sont une dernière ressource, que nous pouvons conserver, en hiver, les litornes et les merles.

L’eau est, comme la nourriture, un appât principal, dans les plaines et surtout dans les forêts où il n’y a ni fontaine ni ruisseau. Creusons des trous

pour que l’eau pluviale y séjourne; cette pratique serait surtout utile clans les plantations de pins de la Champagne.

Empêchons le dénichage.

Ne dérangeons jamais les couveuses.

Faisons la guerre aux animaux qui détruisent nos oiseaux utiles; quand nous voyons un nid sur un arbre de notre verger, entourons d’épines le pied de cet arbre afin d’éloigner les chats.

Pour attirer les oiseaux, employons les principaux moyens dont se servent les chasseurs ; nous réussirons d’autant plus que nous ne leur ferons pas de mal, et nous arriverons ainsi à les retenir et à les fixer dans nos propriétés.

On peut aussi, dans une certaine mesure, avoir recours à la domestication des oiseaux serviteurs ; des amateurs élèvent, dans les jardins entourés de murs, des échassiers qui en éliminent les insectes.

J’ai connu un œdicnème qui a vécu pendant trois ans libre et apprivoisé.

Il faut, selon l’usage, protéger les hirondelles et la construction de leurs nids, et, par suite, laisser, à partir du 25 mars, aux écuries et surtout aux étables à vaches, des ouvertures qui permettent aux hirondelles rustiques d"y pénétrer et d’y nicher.

Il importe surtout de faire naître la conviction que les oiseaux sont aussi utiles qu’aimables, et alors on saura bien trouver les moyens d’en multiplier le nombre.

Il est nécessaire que la science qui nous a fait faire des progrès dans l’art des armes et de la destruction, nous en fasse faire également dans l’étude de la protection et de la conservation, et que l’orni-

tliologie contrebalance les effets désastreux d’une chasse inconsidérée et excessive.

11 est indispensable que les hommes qui sont à la tête de la société fassent ou aident à faire de bons règlements sur la chasse et l’enseignement de l’ornithologie et qu’ils donnent l’exemple, quand il s’agit de protéger et de multiplier les oiseaux utiles. Alors ils seront complètement en droit de demanderaux dénicheurs de respecter les œufs et les jeunes oiseaux que, chaque année, ceux-ci détruisent par millions, et la France sera autorisée à réclamer aux autres nations, et à l’Italie surtout, où passent beaucoup de nos oiseaux, le respect dont elle donnera l’exemple.

Nous avons moins d’oiseaux qu’autrefois. Les vieux dénicheurs, en cela si compétents, disent qu’ils en voient beaucoup moins que dans leur enfance. Les insectivores ne sont plus en assez grand nombre, le gibier devient de plus en plus rare. Dans notre région, nous avons perdu, depuis

1830, une dizaine d’espèces sédentaires, entre autres, l’oie cendrée {anser férus), la perdrix rouge (perdix ruhra], la grande outarde (otis tarda). Les dernières perdrix rouges ont été tuées dans les environs de Vitry, en 1830, à Saint-Dizier, et à Chancenay, en

1831, à Chevillon, en 1867; les dernières jeunes outardes ont été prises à la Fère-Champenoise, en

L’espèce du dronte, qui avait la taille d’une oie, a disparu depuis 1696.

Et cependant les besoins de la consommation grandissent ; les produits de la culture augmentent et varient considérablement; on acclimate et on

désacclimate, on défriche, on plante ; pour faire face aux nécessités nouvelles, pour suivre toutes les évolutions de nos idées et de nos cultures, il nous faudrait un nouveau contingent d’oiseaux.

Ces vérités deviennent évidentes pour tous.

Beaucoup de comices agricoles reconnaissent que les ravages occasionnés par les insectes sont devenus plus graves. 11 est à remarquer aussi que le nombre de ces animaux est en raison inverse de celui des oiseaux ; or, le plus souvent cette coïncidence n’est pas le résultat du hasard, mais un rapport de cause à effet, d’un principe avec ses conséquences. Quand on s’est laissé aller à dénicher et à tuer pendant les neiges les oiseaux d’un village, au printemps suivant, les jardins sont envahis par les insectes et surtout par les chenilles. Quant un cultivateur n’attire pas les hirondelles ou qu’il les laisse détruire, ses fumiers, ses viandes, ses laitages, les fruits sucrés de son jardin, les raisins de ses treilles et de ses vignes, son bétail et même les habitants de la maison sont sans cesse assaillis par les mouches.

Les maires insistent -plus que jamais pour que l’échenillage se fasse rigoureusement et conformément à la loi.

Des primes sont olîertes par certains départements, par quelques communes et par des particuliers pour la destruction des vipères et des hannetons.

Dans quelques pays, et surtout dans les environs de Paris, on décortique ou on blanchit à la chaux les troncs des arbres infestés d’insectes.

La plupart des horticulteurs emploient le soufre,

la poudre, le tabac, la chaux, différents produits cliimiijues, tels que la sauce de tabac et la naphtaline, [)our empêcher l’invasion de ces petits, mais innombrables ennemis.

Les laboureurs en détruisent beaucoup en déchaumant leurs champs aussitôt l’enlèvement des récoltes. Ils se font quelquefois escorter par des enfants armés de balais et par des chiens qui se précipitent sur les mulots et les campagnols. Des propriétaires de la Marne creusent dans leurs champs de petits trous pour y placer des pots remplis à moitié d’eau. Sur ces pots quelques baguettes sont posées de manière à supporter une planchette recouverte d’avoine. Les souris s’aventurent sur ce léger échafaudage , tombent dans l’eau et s’y noient.

On emploie encore d’autres moyens de ce genrelà. En blanchissant à la chaux l’extérieur des maisons, et même autant que possible l’intérieur et les écuries, on s’épargne des dépôts considérables d’œufs d’insectes qui doivent commencer, activer ou achever la décomposition des matières engrangées, des provisions de ménage et même des char- [lentes.

Il est bon de dire aussi qu’en épuisant le sol par une production excessive, on en affaiblit les plantes ; on les expose alors à une décomposition prématurée, qui attire des myriades d’éliminateurs. Réagir contre la cause première de cette invasion est, dans ces circonstances, ce qu’il y a de plus efficace.

Même recommandation à faire dans des cas analogues, surtout à l’occasion des plantes et arbustes

que l’on importe de pays ou plus chauds ou plus froids que les nôtres. Souvent, en effet, on amène avec eux leurs parasites, et, comme on ne peut fixer les oiseaux qui éliminent ces derniers, il en résulte un mal incurable.

Telles sont les opérations principales auxquelles l’homme peut se livrer et se livre pour se préserver des animaux de petite taille. Elles sont assurément recommandables et dans beaucoup de cas nécessaires. Mais comment pratiquer l’échenillage et le hannetonnage dans une forêt, déchaumer les bords des fossés, des ruisseaux, des rivières, des chemins, etc., faire en grand ce que l’on exécute sur l’arbre fruitier ou d’agrément, dans un coin de jardin, sur un champ? Comment, par une loi, imposer à l’égard de toutes les propriétés des pratiques si coûteuses et quelquefois impossibles? Dans le seul département de la Haute-Marne, il y a 49,823 hectares de bois et 7,597 hectares de friches.

Or, si ces mesures ne sont pas générales, elles ne sont pas suffisantes.

A l’état parfait, beaucoup d’insectes ont surtout pour mission de se reproduire et de déplacer leur famille d’après les nécessités de l’élimination. Ainsi, le hanneton, qui vit de dix à douze jours, se transporte d’une forêt dans un jardin, à cinq, dix kilomètres et plus, pour y déposer ses œufs.

De ces œufs éclosent des vers blancs qui, pendant trois ans, pratiquent leurs opérations souterraines sur une surface de quelques mètres. En supposant qu’avec de la naphtaline, de la peine et du temps, le jardinier arrive à détruire ceux de ces vers qui ne se logent pas dans les racines des

arbres, que ne lui restera-il pas encore à faire ! Une femelle de hanneton pond jusqu’à cent œufs^ et sur la lisière des bois, les branches des jeunes arbres plient sous le poids de ces insectes.

En présence de ces difficultés, n’oublions jamais que les oiseaux sont chargés par le Créateur d’immenses travaux, quelquefois impossibles pour nous, et qu’ils les exécutent à des conditions de prix que nous n’obtiendrions de personne.

J’ai élevé un corbeau qui mangeait, par jour, une . centaine de hannetons; il allait jusqu’à 112. Au mois de mai dernier, j’ai ouvert dix estomacs de jeunes corbeaux qui tous regorgeaient de ces insectes.

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