LE CADRE DE CET OUVRAGE
Cet ouvrage comprend l'ensemble des oiseaux que l'observateur ordinaire a chance de rencontrer entre la côte de l'Atlantique et les prairies situées au nord de la frontière internationale. Cette région forme une aire zoologique naturelle {voir Distribution p. 8) comprenant ce qu'on peut appeler les terres forestières du Canada, section assez homogène au triple point de vue physique, géographique et zoologique. Les prairies sont absolument différentes de caractères et, par conséquent, offrent un aspect totalement différent de la vie des oiseaux. Les oiseaux de plein air sont naturellement autres que ceux des terres de forêts; de là vient que le Manitoba a été adopté comme frontière occidentale du territoire zoologique dont traite le présent ouvrage.
Bien que n'étant pas à proprement parler une liste complète des oiseaux du Canada oriental, ce livre s'en rapproche cependant beaucoup. On n'a pas tenu compte d'un petit nombre d'espèces dont le status canadien est douteux, qui se présentent ou rarement ou seulement par accident. On a usé à cet égard de la plus grande liberté, et certaines espèces ont été admises parce que cela était utile; quelques-unes comme pouvant probablement se rencontrer en cherchant bien, quelques autres comme faisant ressortir un cas généralement intéressant de façbn plus piquante que ne feraient des espèces indigènes ordinaires, quelques-unes enfin parce qu'on les a confondues avec des formes plus communes.
LE PLAN DE l' OUVRAGE.
L'arrangement systématique (voir Classification p. 5 et la nomenclature p. 8) dont on s'est servi est celui du catalogue complet de l'Union des Ornithologistes américains, Sème édition, 1910, et des éditions supplémentaires de 1912 et de 1920. Bien qu'il soit reconnu que cette classification est quelque peu imparfaite et que les détails en sont donnés à titre d'essai, c'est cependant celle sur laquelle est basée la plus grande partie de la littérature américaine récemment parue au sujet des oiseaux et qui est d'un usage général dans l'Amérique du Nord.
En traitant le sujet des sous-espèces, on s'est départi de la méthode ordinaire pour en adopter une que l'auteur croit plus strictement conforme aux faits de la nature et aux vues modernes. Les espèces ont été traitées comme des assemblages de sous-espèces, chacune de rang et d'importance identiques, et non plus, ainsi que c'est la coutume, comme des espèces avec des sous-espèces subordonnées -qui dépendent des premières. L'espèce est d'abord donnée comme un tout, comprenant ses races sous-spécifiques, et sous un sous-titre il est fait mention des sous-espèces spéciales qui se présentent dans le cadre géographique de l'ouvrage. Il n'est résulté de cela aucune confusion, aucun changement, sauf dans l'emploi des noms dans la langue du pays, où le lecteur trouvera quelques innovations apportées aux noms donnés et autorisés par l'Union des Ornithologistes américains. Dans la nomenclature scientifique, la véritable importance des espèces relativement aux sous-espèces a été exprimée; mais les noms ordinaires n'ont pas, jusqu'ici, rendu cette idée de subordination, et c'est ce fait qui, dans bien des cas, a entraîné l'usage de termes sous-spécifiques définis alors que, selon la nature du cas, il était impossible d'en déterminer l'exactitude, ou malavisé de les reconnaître. C'est ainsi qu'il y a eu une tendance dans l'opinion tant popu-
laire que scientifique à attacher une importance indue à ces petites définitions. Pour corriger cet état de choses, certaines adaptations de noms vulgaires ont été nécessaires, mais on s'est écarté alors le moins possible de l'usage reçu. D'anciens termes ont été rétablis là où c'était possible, mais comme les noms courants étaient aussi donnés, aucune confusion ne pouvait se produire. Dans quelques cas il a été nécessaire d'appliquer le nom sousspécifique reconnu du type à l'espèce entière et d'en adopter un nouveau pour la forme ainsi dépouillée. En procédant de la sorte, il était bon qu'il se fît dans l'usage courant un changement aussi petit que possible et compatible avec le but en vue. C'est pour cela que, sairf quand de bonnes raisons s'y opposaient, le nouveau nom sous-spécifique se formait en faisant précéder d'un adjectif, le terme spécifique employé jusque-là. Chaque changement apporté à l'usage en cours a été adopté d'après ses mérites propres. Quoiqu'il ne soit pas douteux que le principe de cette réforme ait sa raison d'être, la manière de l'appliquer a donné lieu à beaucoup de raisonnement, à de nombreuses communications avec d'autres gens, et à quelques hésitations dans des cas particuliers.
L'alouette ordinaire est un exemple de ce problème. La sous-espèce tjrpe Otocoris alpestris alpestris, a généralement été connue comme étant l'alouette ordinaire, en dépit du fait que l'une quelconque des quatorze autres races géograp*hiques a autant de dro'it à ce nom et que c'est le seul nom pour l'espèce entière. La manière la plus simple c'est d'appeler la sous-espèce Otocoris alpestris alpestris (bien que décrite la première, elle n'a pas de supériorité, par la classification, sur d'autres formes) l'alouette' ordinaire de l'Est, et d'appliquer le nom d'alouette ordinaire à la collection entière des sous-espèces du même ordre, en le faisant synonyme du nom scientifique à deux termes Otocoris alpestris.
La pie-grièche migratrice offrait d'autres difficultés. La manière logique de procéder consisterait à dénommer l'espèce entière la pie-grièche de Louisiane, d'après son nom scientifique de ludovicianus. Mais ce "ferait introduire un nom peu familier que peu de personnes reconnaîtraient. L'espèce a donc été appelée ici la pie-grièehe, et l'oiseau du Canada oriental, le «loggerhead» migrateur, en admettant que l'oiseau appelé jusque-là «loggerhead» puisse logiquement être dénommé le «loggerhead» méridional.
Ce serait espérer beaucoup trop que de croire que ce résultat satisfera tout le monde; le présent auteur espère cependant qu'il sera accepté jusqu'au jour où le comité de l'Union des Ornithologistes américains sera saisi de la question et prendra des décisions qui feront autorité.
Dans les pages suivantes, le numéro et le nom, dans la langue du pays aussi peu modifiée que possible, ont été empruntés pour l'édition anglaise, a la nomenclature de l'Union des Ornithologistes américains. Pour la traduction française de ces noms, qui se présentent d'abord en caractères gras comme en-têtes spécifiques, on s'est guidé principalement sur l'excellent ouvrage de Dionne: «Les oiseaux de la province de Québec.» Le terme correspondant en anglais est alors indiqué, entre parenthèses, puis vient le nom spécifique latin en lettres italiques. Plusieurs des noms français ont été fournis par le Dr C. W. Townsend qui a des connaissances très grandes dans l'ornithologie des provinces de l'Est. Là où nous n'avons pas pu trouver de noms français correspondant à l'anglais, nous avons cru devoir donner entre guillemets la traduction littérale soit du nom anglais soit du nom latin.
rang identique ou d'un rang subordonné. La classe Aves ou Oiseaux peut être représentée par un arbre, la hauteur duquel représenterait le temps en âges géologiques depuis le plus ancien, tout en bas, jusqu'à l'âge actuel, près du sommet. Le tronc sera montré comme étant double à sa base; une branche serait une souche morte, courte, et représenterait les oiseaux fossiles, à dents, race qui devint éteinte avant les temps géologiques actuels; l'autre branche, grosse et prospère, représenterait les formes modernes sans dents. Cette branche, à son tour, se partagerait en deux autres, à petite distance de la base, et représenterait les deux sous-classes, les oiseaux sans bréchet et les oiseaux à bréchet. Les premiers seraient représentés par la branche de beaucoup la plus petite ; les derniers se diviseraient et se subdiviseraient en branches représentant d'abord des ordres, ensuite des familles, puis des genres et enfin des espèces.
La valeur de ces divisions, c'est-à-dire, la somme de différenciation nécessaire pour élever un groupe de genres au rang d'une famille, ou une collection de familles au rang d'un ordre, est quelque chose qui dépend de l'expérience et de la décision du savant, vu qu'il n'y a sur ce point aucune règle faisant autorité. Néanmoins il s'est créé peu à peu une entente approximative sur ce sujet, bien que la tendance constante parmi les spécialités a été de faire des distinctions de plus en plus subtiles et de multiplier le nombre des différents groupes.
La plus petite division, généralement adoptée, est celle de l'espèce. Bien que chacun de nous se fasse une idée plus ou moins exacte de ce qu'est une espèce, qu'on l'appelle de ce nom ou de tout autre, aucune définition satisfaisante n'a jamais été établie pour l'expliquer. C'est ce qu'on appelle communément une «sorte d'animal». Ainsi le cheval est une différente «sorte » ou espèce qu'un âne, le rouge-gorge bleu qu'un rouge-gorge. Ils ont des caractères différents bien tranchés, nichent régulièrement avec des oiseaux de même espèce seulement, et produisent des petits de même espèce. Des espèces différentes ne nichent pas commimément ensemble, mais quand cela arrive il se forme des croisements ou des produits hybrides qui sont, en général, stériles. Jusqu'à un temps relativement récent on ne reconnaissait aucune division plus petite, mais grâce à une étude serrée du sujet il est devenu évident aux yeux des ornithologistes que, au sein de l'espèce, il y a des variations considérables, soit quant aux individus soit quant aux localités.
La variation quant aux individus est la différence naturelle qui peut se présenter à un moment quelconque entre ceux que relie une parenté commune, comme par exemple, entre frères et sœurs du même sang. De même que tout individu provient de son semblable, on peut dire qu'un individu ne reproduit pas toujours son semblable, car, dans certaines limites, de deux créatures, l'une n'est jamais le pur double de l'autre. Il s'agit ici de la variation individuelle, ordinairement faible et irrégulière par l'apparence et la direction, mais qui quelquefois persiste progressivement de génération en génération dans une seule direction pour former la base par laquelle nos évolutionnistes expliquent l'origine des espèces. La variation des individus, toutefois, est négligée dans la classification, à moins qu'elle n'ait fait assez de progrès pour produire une différenciation évidente et constante d'avec le groupe naturel et définissable d'une espèce.
La variation au point de vue géographique peut être considérée comme le résultat d'une tendance ordinaire de la variation individuelle agissant dans une société entière d'individus dirigée vers un but commun; elle passe pour être motivée et guidée par des conditions climatologiques locales et
d'autres encore. C'est ainsi que nous trouvons souvent que parmi une espèce très disséminée, tous les individus qui habitent certaines localités ont certains caractères qui les séparent des individus des régions environnantes. Les individus d'une contrée déserte et aride sont volontiers plus petits et de couleur plus claire, tandis que ceux d'ime contrée chaude et humide sont d'habitude plus gros et plus foncés. Ces différences sont quelquefois manifestes et très visibles; d'autres fois elles sont si légères qu'on ne les remarque qu'en comparant un très grand nombre de spécimens, et qu'on ne les découvre qu'en recourant à des moyennes. C'est ainsi qu'il y a tous les degrés d'une différenciation due à l'habitat géographique, depuis des différences prononcées qui ont presque une importance spécifique, jusqu'aux plus fines nuances d'une différenciation que seuls des spécialistes exercés peuvent distinguer et que l'oeil ordinaire est incapable d'apprécier. Toutefois, le fait saillant qui empêche la variation géographique la plus patente d'être reconnue comme complètement spécifique, c'est que ces formes de moindre importance passent l'une dans l'autre et que dans des localités intermédiaires, il peut se rencontrer l'une quelconque des nuances de différenciation qui existent entre l'un des extrêmes et l'autre. De ce mélange graduel des signes caractéristiques entre eux la science n'est pas supposée tenir compte, et quelque subtiles que puissent être les distinctions, les divisions doivent être tranchées et précisées. Quant à nous, nous reconnaissons ces variations qui s'entremêlent et sont dues à une distribution géographique, en tant que race, variétés ou sous-espèces géographiques, ce dernier terme étant aujourd'hui d'un usage courant, et nous les considérons comme des espèces en voie de formation avant que les phases qui les rattachent à la souche originelle aient disparu, à cause de la stérilité croissante entre les variantes extrêmes. Sauf dans les cas rares d'isolement physique, tel que celui d'um habitat insulaire océanique qui s'oppose à un habitat continu, nous considérons, dans la pratique, l'existence des entremêlements comme la preuve d'un status sous-spécifique. En sus de ces divisions d'importance pour la classification il y a quelques autres variantes, qui par suite de leur survenance irrégulière, ne peuvent pas être reconnues dans notre classification. Ce sont les «Albinos», les «Melanos», et les «Formes dichromatiques».
Chaque oiseau de l'Amérique du Nord porte un nom vulgaire ou de la langue du pays, autorisé par l'usage et recoimu par les ornithologistes de renom; il est rarement nécessaire, dans ce cas, d'employer la nomenclature scientifique. Toutefois, il est bon que ceux qui s'intéressent aux oiseaux se familiarisent avec le plus grand nombre possible de noms scientifiques, car ils sont non seulement nécessaires dans les travaux plus avancés, mais ils sont d'un usage pratique pour bien comprendre les rapports généraux qui existent entre les différentes espèces.
Le présent système de nomenclature avec deux termes fut introduit par Linné, le grand botaniste suédois, et employé dans son «Système de la Nature», dixième édition, 1758, qui est l'autorité acceptée par les ornithologistes américains. Dans ce système chaque espèce a deux noms, le premier est celui du genre auquel elle appartient, le second est celui de l'espèce. Les noms génériques ne sont pas donnés en double dans la sphère de la zoologie, ni ceux de l'espèce à propos du genre. C'est ainsi que le rouge-gorge américain s'appelle Planesticus migratorius, c'est-à-dire que l'espèce du genre Planesticus est nommée migratorius. D'autres espèces du Planesticus ont d'autres noms spécifiques
rang identique ou d'un rang subordonné. La classe Aves ou Oiseaux peut être représentée par un arbre, la hauteur duquel représenterait le temps en âges géologiques depuis le plus ancien, tout en bas, jusqu'à l'âge actuel, près du sommet. Le tronc sera montré comme étant double à sa base; une branche serait une souche morte, courte, et représenterait les oiseaux fossiles, à dents, race qui devint éteinte avant les temps géologiques actuels; l'autre branche, grosse et prospère, représenterait les formes modernes sans dents. Cette branche, à son tour, se partagerait en deux autres, à petite distance de la base, et représenterait les deux sous-classes, les oiseaux sans bréchet et les oiseaux à bréchet. Les premiers seraient représentés par la branche de beaucoup la plus petite; les derniers se diviseraient et se subdiviseraient en branches représentant d'abord des ordres, ensuite des familles, puis des genres et enfin des espèces.
La valeur de ces divisions, c'est-à-dire, la somme de différenciation nécessaire pour élever un groupe de genres au rang d'ime famille, ou une collection de familles au rang d'un ordre, est quelque chose qui dépend de l'expérience et de la décision du savant, vu qu'il n'y a sur ce point aucune règle faisant autorité. Néanmoins il s'est créé peu à peu une entente approximative sur ce sujet, bien que la tendance constante parmi les spécialités a été de faire des distinctions de plus en plus subtiles et de multiplier le nombre des différents groupes.
La plus petite division, généralement adoptée, est celle de l'espèce. Bien que chacun de nous se fasse une idée plus ou moins exacte de ce qu'est une espèce, qu'on l'appelle de ce nom ou de tout autre, aucune définition satisfaisante n'a jamais été établie pour l'expliquer. C'est ce qu'on appelle commimément une «sorte d'animal». Ainsi le cheval est une différente «sorte )) ou espèce qu'un âne, le rouge-gorge bleu qu'un rouge-gorge. Ils ont des caractères différents bien tranchés, nichent régulièrement avec des oiseaux de même espèce seulement, et produisent des petits de même espèce. Des espèces différentes ne nichent pas commimément ensemble, mais quand cela arrive il se forme des croisements ou des produits hybrides qui sont, en général, stériles. Jusqu'à un temps relativement récent on ne reconnaissait aucune division plus petite, mais grâce à une étude serrée du sujet il est devenu évident aux yeux des ornithologistes que, au sein de l'espèce, il y a des variations considérables, soit quant aux individus soit quant aux localités.
La variation quant aux individus est la différence naturelle qui peut se présenter à un moment quelconque entre ceux que relie une parenté commune, comme par exemple, entre frères et sœurs du même sang. De même que tout individu provient de son semblable, on peut dire qu'un individu ne reproduit pas toujours son semblable, car, dans certaines limites, de deux créatures, l'une n'est jamais le pur double de l'autre. Il s'agit ici de la variation individuelle, ordinairement faible et irrégulière par l'apparence et la direction, mais qui quelquefois persiste progressivement de génération en génération dans une seule direction pour former la base par laquelle nos évolutionnistes expliquent l'origine des espèces. La variation des individus, toutefois, est négligée dans la classification, à moins qu'elle n'ait fait assez de progrès pour produire une différenciation évidente et constante d'avec le groupe naturel et définissable d'une espèce.
La variation au point de vue géographique peut être considérée comme le résultat d'une tendance ordinaire de la variation individuelle agissant dans une société entière d'individus dirigée vers un but commun; elle passe pour être motivée et guidée par des conditions climatologiques locales et
d'autres encore. C'est ainsi que nous trouvons souvent que parmi une espèce très disséminée, tous les individus qui habitent certaines localités ont certains caractères qui les séparent des individus des régions environnantes. Les individus d'une contrée déserte et aride sont volontiers plus petits et de couleur plus claire, tandis que ceux d'une contrée chaude et humide sont d'habitude plus gros et plus foncés. Ces différences sont quelquefois manifestes et très visibles; d'autres fois elles sont si légères qu'on ne les remarque qu'en comparant un très grand nombre de spécimens, et qu'on ne les découvre qu'en recourant à des moyennes. C'est ainsi qu'il y a tous les degrés d'une différenciation due à l'habitat géographique, depuis des différences prononcées qui ont presque une importance spécifique, jusqu'aux plus fines nuances d'une différenciation que seuls des spécialistes exercés peuvent distinguer et que l'oeil ordinaire est incapable d'apprécier. Toutefois, le fait saillant qui empêche la variation géographique la plus patente d'être reconnue comme complètement spécifique, c'est que ces formes de moindre importance passent l'une dans l'autre et que dans des localités intermédiaires, il peut se rencontrer l'une quelconque des nuances de différenciation qui existent entre l'un des extrêmes et l'autre. De ce mélange graduel des signes caractéristiques entre eux la science n'est pas supposée tenir compte, et quelque subtiles que puissent être les distinctions, les divisions doivent être tranchées et précisées. Quant à nous, nous reconnaissons ces variations qui s'entremêlent et sont dues à une distribution géographique, en tant que race, variétés ou sous-espèces géographiques, ce dernier terme étant aujourd'hui d'un usage courant, et nous les considérons comme des espèces en voie de formation avant que les phases qui les rattachent à la souche originelle aient disparu, à cause de la stérilité croissante entre les variantes extrêmes. Sauf dans les cas rares d'isolement physique, tel que celui d'un habitat insulaire océanique qui s'oppose à un habitat continu, nous considérons, dans la pratique, l'existence des entremêlements comme la preuve d'un status sous-spécifique. En sus de ces divisions d'importance pour la classification il y a quelques autres variantes, qui par suite de leur survenance irrégulière, ne peuvent pas être reconnues dans notre classification. Ce sont les «Albinos», les «Melanos», et les «Formes dichromatiques».
Chaque oiseau de l'Amérique du Nord porte un nom vulgaire ou de la langue du pays, autorisé par l'usage et reconnu par les ornithologistes de renom; il est rarement nécessaire, dans ce cas, d'employer la nomenclatxire scientifique. Toutefois, il est bon que ceux qui s'intéressent aux oiseaux se familiarisent avec le plus grand nombre possible de noms scientifiques, car ils sont non seulement nécessaires dans les travaux plus avancés, mais ils sont d'un usage pratique pour bien comprendre les rapports généraux qui existent entre les différentes espèces.
Le présent système de nomenclature avec deux termes fut introduit par Linné, le grand botaniste suédois, et employé dans son «Système de la Nature», dixième édition, 1758, qui est l'autorité acceptée par les ornithologistes américains. Dans ce système chaque espèce a deux noms, le premier est celui du genre auquel elle appartient, le second est celui de l'espèce. Les noms génériques ne sont pas donnés en double dans la sphère de la zoologie, ni ceux de l'espèce à propos du genre. C'est ainsi que le rouge-gorge américain s'appelle Planesticus migratorius, c'est-à-dire que l'espèce du genre Planesticus est nommée migratorius. D'autres espèces du Planesticus ont d'autres noms spécifiques.
Les trois buts de toute nomenclature scientifique sont l'exactitude, l'universalité et la permanence. A cette fin la terminologie des sujets du monde zoologique est sujette à des lois rigoureuses dont les principes sont universellement acceptés et employés, selon des règles très strictes. En vertu de ces lois le nom scientifique d'une espèce n'est pas une affaire de préférence personnelle, mais est invariable, de telle sorte que personne ne peut le mettre en question et qu'aucun changement ne peut s'introduire dans la nomenclature scientifique sauf ceux qui sont nécessaires pour corriger des erreurs courantes dans l'application des lois de ce code. A mesure que les connaissances avançaient il est devenu nécessaire de s'éloigner un peu de la lettre sinon de l'esprit du système à deux termes de Linné, et en ajoutant un troisième terme pour désigner la sous-espèce, d'en faire un nom à trois termes. Partout où un nom à trois termes est en usage, c'est le nom d'une sousespèce de la forme primitive à deux noms. Le premier spécimen décrit, ou le premier spécimen auquel un nom a été attaché, est considéré comme la forme appelée «type». C'est pourquoi en divisant une espèce en sousespèces on donne tout naturellement la première place à la forme qui la première reçut le nom de l'espèce, et son nom sous-spécifique est formé par la répétition de son nom spécifique. C'est ainsi que le rouge-gorge américain qui fut pour la première fois décrit et spécifiquement dénommé par Linné, en 1776, comme migratorius, quand il est mentionné sous-spécifiquement pour le distinguer du rouge-gorge méridional ou de l'occidental, devient Planesticus migratorius migratorius. Le rouge-gorge de l'Ouest qui fut distingué de celui-ci pour la première fois par Ridgway, en 1887, fut nommé par lui Planesticus migratorius propinquus, et le rouge-gorge du Sud, par Batchelder, en 1900, s'appelle Planesticus migratorius achrusterus. Dans la pratique là où les noms génériques ou spécifiques sont donnés par le contexte, il est d'usage de les indiquer par l'initiale comme P. migratorius, ou P. m. migratorius.
Les variétés sous-spécifiques sont des divisions de l'espèce de moindre importance, sauf dans certains ordres de travaux où une exactitude particulière est nécessaire. Comme ces sous-espèces sont aussi souvent basées sur des circonstances que seuls des observateurs très expérimentés peuvent apprécier, elles restent en dehors des choses qui sollicitent l'intérêt de l'observateur ordinaire.