DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Les faits les plus généraux de la distribution géographique des êtres animés sur la planète sautent aux yeux de l'observateur même le moins attentif. Les divisions fondamentales de cette distribution par les tropiques, les zones tempérées et arctiques, sont des plus manifestes, mais une étude serrée de plus près montre qu'au sein de ces larges divisions il s'en trouve de plus étroites et de moins évidentes. En Amérique, au nord du golfe du Mexique, il y a trois régions de la vie animale, lesquelles se conforment grosso modo aux régions susdites et appelées tropicale, australe et boréale. Celles-ci sont subdivisées en zones de vie, caractérisées chacune, par des assemblages particuliers de plantes et d'animaux.
La zone tropicale est suflSsamment caractérisée par le nom qu'elle porte et il suffit de la mentionner.
La région australe correspond, de façon générale, à l'idée qu'on se fait en géographie de la zone tempérée. Elle est divisée en trois zones de vie:
l'australe inférieure, l'australe supérieure, et la zone de transition. L'australe inférieure pourrait être désignée comme la sous-tropicale, et s'étend au nord comprenant les états du golfe du Mexique et de l'Atlantique méridional; elle ne s'étend pas du tout jusqu'au Canada. La zone australe supérieure est la première qui nous intéresse directement dans l'est du Canada; elle ne fait que traverser la frontière sur le rivage du lac Erié et comprend la fameuse zone à fruits dite du Niagara. La présence fréquente ou régulière de nombreuses espèces méridionales à Pointe Pelée dans le comté d'Essex (Ontario) indique le développement le plus fort de cette zone dans le Dominion. Elle frise encore ime fois notre frontière méridionale dans la Saskatchewan et peut-être quelques-unes des vallées les plus chaudes qui aboutissent dans la Colombie britannique méridionale. La zone australe la plus au nord, ou zone tempérée, forme la zone de transition qui comprend la majeure partie des régions les plus cultivées du Canada. Elle occupe les rivages de la baie de Fundy, le cours supérieur du Saint-Laurent, le Québec et l'Ontario méridionaux, les sections inférieures des provinces des prairies et une bande du rivage maritime dans la Colombie britannique; elle indique la limite de la culture extensive.
La région boréale est divisée en zones: canadieime, hudsonienne, et arctique. La zone canadienne comprend le reste des terres forestières, au nord de la zone de transition; elle est surtout conifère et se continue à travers le continent jusque vers la limite nord des terres généralement cultivées. La zone hudsonienne se trouve dans la région plus au nord, celle des petits arbustes ou des arbres rabougris, contrée impropre à l'agriculture; et la zone arctique s'étend à travers les terres stériles jusqu'au pôle.
Ces zones de vie basées sur la température, et qui suivent approximativement les lignes de latitude, sont cependant détournées de leur direction vers l'est et vers l'ouest par des circonstances locales assez variables comme le voisinage des courants marins ou froids ou chauds, la présence de grandes étendues d'eau, l'altitude au-dessus de la mer, l'influence des vents froids ou chauds, des barrières de montagnes, et d'autres causes encore. En sorte qu'au lieu de zones égales, on les trouve irrégulières et elles ne suivent qu'à peu près les parallèles de latitude.
L'altitude est un facteur important dans la distribution de la vie qui dépend de la température. Sous les tropiques lorsqu'on fait l'ascension d'une haute montagne on peut rencontrer la tempérât m-e de chaque zone, depuis celle de la plaine environnante jusqu'à la zone arctique du sommet couvert de neige, et l'on rencontrera aussi les assemblages correspondants d'espèces habitant chacune de ces zones. La jonction des zones arctique et hudsonienne au détroit de Belle-Isle, sous la même latitude que Lands-End en Angleterre, est une illustration de l'énorme influence du courant arctique qui descend du détroit de Davis et contraste avec l'influence du courant 'Chaud du Gulf-Stream qui s'en va mourir sur les rivages d'Angleterre.
Nous pouvons également observer des groupements plus petits qui sont basés sur des conditions autres que la température et ce sont les variations d'humidité qui sont les facteurs décisifs en ce cas. C'est ainsi que la vie dans les forêts de l'Est diffère manifestement de celle des plaines plus arides des provinces des prairies et toutes deux diffèrent de façon frappante de la vie sur les pentes humides du Pacifique.
Si l'on prend les formes de l'Est comme typiques, dans l'acception ordinaire du mot, les oiseaux de "prairie que l'on peut comparer sont légère-
ment plus petits et beaucoup plus pâles de couleur, tandis que sur la côte humide du Pacifique ils sont plus gros et beaucoup plus foncés de couleur. Grâce à ces influences nous trouverons donc dans l'Ouest beaucoup de sous-espèces des oiseaux de l'Est. Des espèces relativement peu nombreuses habitent sans modifications tout le continent; plusieurs sont représentées à l'Est et à l'Ouest par deux sous-espèces, ou même davantage qui laissent voir plus ou moins de différenciation et, en d'autres cas, elles sont remplacées par des espèces étroitement apparentées, ou ne le sont pas du tout.
En observant ces divisions de la faune il faut cependant se rappeler que, pour ce qui regarde les oiseaux, ces associations doivent dépendre entièrement des sujets reproducteurs. Les oiseaux voyagent si loin et par tant de détours dans leurs migrations qu'ils peuvent traverser mainte région de faune spéciale au printemps et en automne bien qu'ils ne nichent que dans une seule. De là vient que, en déterminant l'habitat auquel il faut rapporter une certaine région, il n'y a pas à tenir compte de ces oiseaux passagers.
Bien que les aires de distribution indiquées sous les titres spécifiques qui suivent, soient plutôt vagues, il y en a plusieurs qui suivent des lignes générales assez semblables. C'est ainsi que quelques-unes sont appelées: «La région des grands lacs inférieurs,» ce sont probablement les formes australes supérieures. «L'Ontario et le Québec-Sud» se rapporte à une espèce d'une zone de transition, tandis que «Au delà de la colonisation populeuse ou à la limite des champs cultivés » se rapporte naturellement à des espèces de la zone canadienne.
Les espèces suivantes sont données pour indiquer quels oiseaux doivent se trouver dans chaque zone:
Zone australe supérieure Cardinal
Loriot des vergers Roitelet de la Caroline Pinson des sauterelles Gobe-mouches gris bleuâtre Diekeissel
Zone de transition^ Goglu
Grive des bois Vireo à front jaune Loriot de Baltimore Pinson aux yeux rouges Coucou
Pinson des champs Rouge-gorge bleu Grive de la Caroline
Zone canadienne
Mésange de la baie d'Hudson
Sittelle du Canada
Grive de Swainson
Pic d'Amérique
Grive soUtaire
Pinson à gorge blanche
Geai du Canada
Grive d'Alice
Pinson niverolle
Zon£ hudsonienne Buse pattue Pinson fauve Pie-grièche boréale Pinson à couronne blanche Gros-bec des pins Farlouse d'Amérique
Zone arctique Lagopède Harfang
Plectrophane des neiges Faucon Pleotrophane