SOUS-ORDRE— CAPRIMULGI. ENGOULEVENTS
Ce sous-ordre est très répandu et divisé en plusieurs familles. Une description de l'unique famille représentée dans l'Amérique du Nord servira à faire reconnaître l'espèce indigène.
FAMILLE — CAPRIMULGID^. ENGOULEVENTS.
Description générale. Les engoulevents ont la tête aplatie, le bec très petit avec une large ouverture qui se prolonge jusqu'au-dessus des yeux (figure 38, p. 26). Les pieds sont petits et très faibles et l'ongle médian est pectine ou pourvu de dentelures en forme de peigne comme chez les hérons (figure 19, p. 22). Le plumage est d'une texture très moUe et coloré de brun cendré de chamois et de gris.
Traits disiinctifs. Les traits précités devraient suffire à distinguer cette famille puisqu'ils ne se rapportent à aucun autre oiseau canadien.
Le nom de «Goatsuckers» ou «Tète-chèvre» leur a été attribué parce que l'on croyait autrefois, évidemment à tort, qu'ils suçaient le lait des chèvres dans les prairies au-dessus desquelles on les voyait tournoyer, et leurs immenses bouches de même que leurs gorges roses semblaient appuyer cette croyance populaire. De fait, les oiseaux que l'on voyait ainsi survoler les pâturages étaient en train de chasser au vol les insectes attirés par ces animaux. Les oiseaux de cette famille sont nocturnes ou crépusculaires. Ils se nourrissent exclusivement d'insectes attrapés au vol et n'atterrissent que rarement sauf pour nicher ou se reposer. Leurs pieds sont trop petits et trop faibles pour se fixer fermement à une branche et quand ils perchent ils s'assoient normalement sur de grosses branches, mais en longueur et non pas en largeur comme font la plupart des oiseaux.
Genre — Antrostomus. Engoulevents criards.
416. L'Engoulevent de la Caroline, (chuck-will'swidow). Antrostomus carolinensis. L, 12. Un gros engoulevent criard. Voir l'espèce suivante.
Traits distinctifs. Taille; il est de beaucoup plus forte taille que l'engoulevent criard; il a de longs poils autour de la bouche recouverts de petits cheveux à leur base au lieu d'être dénudés sur toute leur longueur.
Habitat. Etats-Unis du Sud. Ne se présente qu'accidentellement à l'intérieur de nos frontières.
Nous faisons figurer cet oiseau dans notre ouvrage parce qu'il en a été trouvé un spécimen à la pointe Pelée sur le lac Erié, et un autre à Pictou (Nouvelle-Ecosse). Il est plutôt rare et ressemble à l'engoulevent criard quant à son apparence, à ses habitudes et à son chant.
417. L'Engoulevent criard, le bois poubhi. (whip-poob-will). Antrostormia vociféras. L, 9-75. Marbré de brun cendré et de gris avec légères teintes de roux et d'ocre jaune. Il n'y a pas de tache dominante dans la coloration, mais beaucoup de petits détails. Les parties inférieures ne laissent voir qu'une faible indication de rayures et la coloration de l'ensemble est semblable à celle d'une grosse teigne brune.
Traits distinctifs. Ne saurait être confondu qu'avec l'engoulevent d'Amérique et l'engoulevent de la CaroUne. On le distingue du premier de ces oiseaux par les trois signes suivants: la gorge est foncée aulieu de blanche; il y a une étroite bande blanche au bas de la gorge; la moitié extérieure des pennes de la queue, sauf les deux du centre, est blanche chez le mâle et se termine en blanc nuancé de chamois chez la femelle. L'aile déployée ne laisse voir aucune tache blanche.
Nid. Dépose ses œufs à terre ou sur les feuilles mortes.
Habitat. Très répandu sur toute la majeure partie des régions habitées de l'est du Canada; plus rare dans l'extrême Est, et plus commun dans les sections moins fréquentées que dans là où il se fait beaucoup de culture.
SOUS-ESPÈCES. On reconnaît deux espèces d'engoulevent criard dans l'Amérique du Nord dont l'oiseau type — l'engoulevent criard de l'Est — est la seule qui se présente au Canada.
Il n'y a pas dans nos bois canadiens de cri à la fois plus poétique et lugubre que celui si fréquemment entendu de l'engoulevent criard. Il faut ordinairement assez d'imagination pour exprimer par des paroles le chant des
oiseaux mais celui-ci semble dire bien dictinctement: «Whip-poor-will, whippoor-wUlu ou encore «.Bois pourri. y> Pour faire entendre ce cri il s'installe sur une perche se détachant d'un tronc d'arbre mort, sur une branche défeuillée, sur un toit de bâtiment ou même un mât de tente. Il fréquente régulièrement ses diverses stations chaque soir et semble y revenir à tour de rôle. Entre ses périodes d'appel, l'oiseau voltige et tournoie au sommet des arbres en formant de grands cercles entrelacés et vient s'abattre parfois vers la terre en un long mouvement de balancier. Dans le jour il cherche un coin de terre tranquille sous la brousse où il passe sa journée au repos. S'il est dérangé par un intrus, il s'enlève d'un vol lâche et maladroit qui ne donne aucune idée de sa merveilleuse maîtrise de l'air; en d'autres temps, il voltige à peu de distance au-dessus des broussailles et retombe de nouveau à terre.
L'engoulevent criard est souvent regardé comme identique à l'engoulevent d'Amérique, ce qui est une erreur très naturelle quand on les voit côte à côte, car ils sont assez semblables pour être confondus.
Valeur économique. Cet oiseau se nourrit principalement de coléoptères nocturnes particulièrement de hannetons et de scarabées.
Genre — Chordeiles. Engoulevents d'Amérique.
420i L'Engoulevent d'Amérique, le mangeur de mamngouins. (nightrawk) Chordeiles virgirtianus. L, 10. Planche XXI A.
Traits distinctifs. L'engoulevent d'Amérique et l'engoulevent criard sont souvent pris l'un pour l'autre. Cette espèce peut être distinguée d'avec l'autre cependant par les traits suivants: la gorge est blanche au lieu de foncée; il n'y a pas de bande blanche audessous de la gorge, et les longs poils de la bouche font défaut. La queue est légèrement fourchue au heu d'être arrondie et laisse voir peu ou point de blanc sauf une étroite bande semi-terminale. Les parties inférieures sont distinctement rayées et les ailes ont ime tache blanche à la base des primaires au lieu d'être tout à fait noires.
Indications sur le terrain. L'engoulevent d'Amérique voltige en plein jour et à la tombée de la nuit, tandis que l'engoulevent criard ne vole jamais en plein air avant le soir. On aperçoit très distinctement, au vol, une tache blanche à l'aile, qui, vue d'une certaine distance, ressemble à un trou de balle bien tranché. Sa façon de se précipiter comme une flèche vers la terre avec accompagnement de bruit sourd est aussi caractéristique de l'espèce.
Nid. Niche sur le sol en un endroit découvert, ordinairement sur les sommets dénudés de rochers aplatis, en plein air. Il dépose ses œufs par terre avec peu ou point de préparation; il les dépose aussi souvent sur les toits plats de constructions recouverts de graviers.
Habitat. L'Amérique du Nord et du Sud en allant au nord jusqu'aux Umites des régions boisées; couve au Canada partout oil U se trouve.
SOUS-ESPÈCES. On reconnaît au Canada plusieurs sous-espèces de cet oiseau, mais la seule qui apparaisse dans l'est du Canada est l'oiseau type — l'engoulevent du Canada de l'Est.
Bien qu'on l'appelle «Nighthawk» cette espèce n'a aucun rapport avec les rapaces quant à la tenue, à sa structure ou à son apparence extérieure. Les grands yeux dirigés légèrement de face le font quelquefois prendre pour un hibou par un observateur d'occasion. Niche assez souvent sur les toits plats des constructions, recouverts de graviers. On peut voir ces gracieux aéronautes évoluer à la tombée de la nuit, au-dessus des villes et exécuter avec leurs ailes très longues et résistantes des mouvements bizarres, longs, puissants, mais légèrement irréguhers. A un moment donné, on en voit un monter de plus en plus haut dans l'espace en rapides spirales, puis alors se retourner vers la terre et se précipiter verticalement comme une pierre qui tombe. Au moment où il tombe en entend un bourdonnement
sourd en trémolo. Juste à l'instant où l'observateur s'attend à le voir atteindre la terre, l'oiseau se ressaisit et remonte en l'air pour recommencer les mêmes évolutions. Son chant n'est pas mélodieux et, cependant, du haut des régions supérieures son cri aigre et perçant nous arrive adouci et harmonisé par la distance.
Valeur économique. Il est peu d'oiseaux dont on peut dire autant de bien et si peu de mal. Il se nourrit exclusivement d'insectes et les prend presque tous au vol dans les hautes régions où ils s'accouplent et à une époque où leur destruction rend le plus de services. On est étonné de voir comme l'oiseau est petit une fois dépouillé de son épais manteau de plumes molles, mais il exige une forte quantité de nourriture. La Uste des espèces qu'il capture comprend un grand nombre de fourmis, de scarabées, de punaises de courges, de punaises des bois, de jasses, et autres espèces nuisibles. L'habitude assez commune, par endroits, de se servir de cet oiseau comme point de mire pour s'exercer au tir est inexcusable, et ceux qui s'en rendent coupables devraient être sévèrement punis par la loi. L'on devrait se rendre compte que chaque infraction aux lois qui protègent les insectivores est plus grave qu'une contravention en principe contre l'Etat; c'est une attaque directe contre le bien-être de la communauté.