‹ Les oiseaux de l'est du CanadaChapitre 36 sur 47 · SOUS-ORDRE— ALCYONES. MARTINS-PÊCHEURS · texte numérisé non relu

SOUS-ORDRE— ALCYONES. MARTINS-PÊCHEURS

Les martins-pêcheurs représentent un groupe bien caractérisé dans presque toutes les parties du monde. Bien qu'évidemment ils s'adaptent bien à la pêche, quelques-uns ont abandonné leurs habitudes ancestrales et le bord des eaux pour aller dans les bois se nourrir d'insectes et de vers de terre. Cependant tous ces types exceptionnels vivent en dehors de leur habitat et principalement aux tropiques; le «Laughing Jackass» d'Australie est un grand martin-pêcheur anormal. Les martins-pêcheurs de l'Amérique du Nord sont tous compris sous une seule famille, celle des Alcédinidés.

FAMILLE — ALCEDINIDjB. MARTINS-PÊCHEURS.

Attendu qu'il n'y a qu'une seule espèce de cette famille au Canada la description de cette espèce servira pour la famille entière.

Genre — Ceryle. Martins-pêcheurs.

390. Le Martin-pêcheur, (belted kingfisher). Ceryle alcyon. L, 13-02. Planche XVII B.

Traits distinctifs. Avec sa grosse touffe hérissée et son dos ardoisé, le martin-pêcheur ne peut guère être confondu avec aucun autre oiseau d'Amérique. Les pieds faibles, les trois doigts en avant avec les deux extérieurs réunis (figure 36, p. 26) sur la moitié de leur longueur, et les surfaces singuhèrement grossières des doigts sont des signes distinctifs des martins-pêcheurs.

Indications sur le terrain. Sa huppe hérissée et sa grosse tête, sa coloration générale et son habitude de rester perché sans mouvement au bout d'une perche surplombant la rivière, puis de plonger avec fracas, permettent de reconnaître facilement le martin-pêcheur à l'état vivant.

Nid. Ordinairement sur le sol, à l'extrémité d'un tunnel percé dans la paroi d'un talus.

Habitai. Toute l'Amérique du Nord; couve partout où il se trouve au Canada.

Tous les habitués des eaux canadiennes connaissent le martin-pêcheur. Il s'installe immobile sur une perche qui domine la rivière, afin de guetter le poisson qui peut se trouver au-dessous. Tout-à-coup il s'enlève, reste suspendu un moment dans l'air et se précipite dans l'eau avec grand fracas pour remonter un instant après avec un malheureux poisson dans son large bec et disparaît au tournant du cours d'eau. Dans la région qu'il fréquente journellement le martin-pêcheur connaît toutes les perches ou les branches du haut desquelles il peut avoir une bonne vue sur ses lieux de pêche. Il ne fréquente pas seulement les cours d'eau, on le remarque également au bord des étangs, des lacs et même de la mer. Ces oiseaux pèchent quelquefois à des distances considérables de leurs nids et souvent on les aperçoit dans des endroits où les talus dont ils ont besoin pour faire leurs nids sont rares. Cependant ils s'adaptent aux conditions qui se présentent, si bizarres soient-elles; ils utiliseront, par exemple, la terre qui s'attache aux racines d'un arbre renversé ou les parois d'un fossé d'égouttement.

Valeur économique. Le martin-pêcheur se nourrit de menu poisson et l'on ne saurait dire sans hésitation si oui ou non cela constitue un grave danger au point de vue économique. Les tout petits poissons que capture cet oiseau, dans nos grands cours d'eau, étangs ou lacs, sont certainement sans importance mais lorsqu'il fréquente les petits ruisseaux à truite réservés, il peut parfois commettre des dégâts sérieux. Leur influence sur les grandes rivières où l'on pêche le saumon est moins évidente. Ordinairement le poisson qu'ils prennent se compose de petites perches, ablettes barbeaux et autre fretin qui fréquente les eaux chaudes de surface ou peu profondes. Le nombre de poissons-gibiers qu'ils prennent ne saurait être bien grand. Quant aux eaux réservées à la culture de la truite, c'est une autre question. Les poissons dont ils se nourrissent en ces endroits sont relativement assez gros et, même s'ils ne sont pas très nombreux, le pêcheur à la ligne ne peut pas voir cet oiseau d'un bon œil.

Sur les rivières à saumon les martins-pêcheurs sont très mal vus et les gardes-pêche s'emploient ordinairement à en réduire le nombre par le fusil et au piège, chaque fois que l'occasion s'en présente; ils offrent même de& primes pour leurs têtes et leurs nids. On peut se demander jusqu'à quel point ils ont raison. Dans beaucoup de ces cours d'eau les poissons ne trouvent guère d'autre nourriture que les plus petits individus de leur propre espèce. Tous les gros poissons, sauf les reproducteurs du printemps, se nourrissent des petits. Le fretin se nourrit évidemment de micro-organismes et de planctons, de saumoneaux, et ainsi de suite. Ce sont les saumoneaux que prend le martin-pêcheur. Or, si le nombre final de saumons adultes dépend des saumoneaux, si le saumoneau constitue la phase critique de la vie du saumon, au delà de laquelle ses chances de survivre sont considérablement augmentées, le martin-pêcheur est susceptible de commettre des dégâts appréciables; mais si, d'autre part, cette phase critique se produit plus tard, pendant la vie marine du poisson, par exemple, le résultat de l'enlèvement de même un nombre considérable de digitales sera sans importance. De toute façon il faudra plusieurs martins-pêcheurs pour faire autant de tort qu'un seul relativement petit poisson dans les eaux fréquentées par le saumon. Il semble donc que l'on peut facilement exagérer le mal fait par le martin-pêcheur.

Ordre — Pici. Pics.

Ce groupe répandu par tout le monde est une division plutôt hétérogène comprenant de nombreuses subdivisions et les opinions sont très partagées quant à leurs exactes relations. Il n'existe au Canada qu'une seule famille de cet ordre — Picidœ, les Pics.

FAMILLE PICIDiE. PICS.

Description générale. Les pics sont des oiseaux faciles à reconnaître. Ils ont soit trois, soit quatre doigts armés d'ongles recourbés leur permettant de bien se cramponner après l'écorce rugueuse des arbres. Ils sont comme ceux du coucou, mais deux des doigts sont situés en avant. Chez l'un des groupes celui des pics à trois doigts, l'un des doigts postérieurs fait défaut. Le bec est droit, fort et se termine en forme de ciseau (figure 41, p. 27). La queue est ben développée, pas remarquablement longue mais forte et hérissée, usée par le frottement contre les rugosités de l'écorce.

Traita distinctifs. Les particularités des pieds, du bec, et de la queue constituent de bons signes distinctifs.

Indications sur le terrain. Cet oiseau grimpe sur leg arbres; vole par une série de coups d'ailes rapides interrompus par de courtes pauses, ce qui donne à son parcours une direction onduleuse formant comme une succession de festons.

Nid. Dans des trous creusés dans les arbres ou dans les souches.

Le pic est très connu par sa faculté de se maintenir avec ses doigts sur des surfaces verticales ou surplombantes. Son fort bec en forme de coin se prête admirablement à la perforation du bois d'où il peut extraire des larves de xylophages ou autres insectes. La langue est modifiée en une longue lance extensible munie d'une pointe aiguë et armée de barbes minuscules lui permettant de retenir sa proie transpercée et l'extraire du bois. Les os hyoïdes sont tellement longs qu'à son état normal de repos, ils s'enroulent par dessus la base de la tête, le long de la couronne, et, chez certaines espèces, pénètrent les narines au-dessous de l'étui du bec et enfin appuient leurs extrémités près de la pointe du bec. Pour leur faciliter le travail la langue est enduite d'une matière visqueuse à laquelle se prennent les petits insectes. Quelques-uns de ces oiseaux, par exemple les «pics maculés», ont le bout de la langue élimé de façon à ressembler à une sorte de brosse qui doit servir évidemment à recueillir la sève.

Valeur économique. Il ne peut guère y avoir de doute quant à l'utilité des pics, si l'on excepte le pic maculé. Ils sont presque entièrement insectivores. Ils poursuivent les vers percebois en formant des trous même dans des arbres d'apparence saine mais réellement infestés, et sont ainsi plutôt utiles que nuisibles.

Genre — Dryobates. Pics chevelus et Pics minules.

393. Le Pic chevelu, (haiby woodpecker). Dryobates villosus. L, 9-40. Presque exactement semblable à l'espèce suivante mais plus gros. Planche XVIII A.

Traits distinctifs. Le pic minule est la seule espèce avec laquelle on peut confondre cet oiseau. C'est surtout par la taille qu'on le reconnaîtra, mais il y a aussi le blanc des plumes extérieures de la queue qui est intact au lieu d'être rayé de noir.

Indications sur le terrain. La coloration blanche maillée de noir caractérise le genre, et c'est par la taille qu'on le distingue du pic minule.

Nid. Dans des trous approfondis dans des arbres sains ou des souches.

Habitat. Le pic chevelu avec ses diverses sous-espèces se trouve dans toutes les régions boisées du Canada et couve partout sauf peut-être dans les parties méridionales de l'Ontario.

SOUS-ESPÈCES. Cette espèce, dans l'est du Canada, comprend deux races géopaphiques: le pic chevelu de TEst qui est l'oiseau type, et le pic chevelu du Nord, D. v. leucomelas. Ce dernier est ordinairement mais improprement représenté comme l'oiseau du Canada méridional. Il est légèrement plus gros et habite plutôt le nord; il s'avance seulement par occasion dans les régions habitées, en hiver, mais ne se montre peut-être jamais dans la région des grands lacs inférieurs.

Le pic chevelu est nommé d'après ses plumes blanches sur le dos, lesquelles retombent sur les bordures noires d'une manière éparse et lâche de façon à représenter vaguement une touffe de cheveux. C'est l'un des pics communs et il représente bien le type de la famille par ses habitudes. On ne le rencontre pas aussi familièrement autour des habitations et des vergers que le pic minule, car il préfère les bois aux vergers et aux arbres feuillus.

Valeur économiqiie. Le 77 pour cent de la nourriture de cette espèce se compose d'insectes; ce sont en partie des escarbots mais il y a aussi des fourmis, des silphes et des mouches à scie; le 22 pour cent se compose de matière végétale, presque entièrement de fruits sauvages.

394. Le Pic minule. (downt woodpeckbs). Drychaies pubescens. L, 6-83. Planche XVIII A.

Traits distinctifs. Le pic minule se distingue du précédent par sa taille plus petite, et les rayures noires sur les plumes extérieures de la queue.

Indications sur le terrain. La taille est la meilleure indication.

Nid. Dans des trous creusés dans des arbres morts et dans des souches.

Habitat. Le pic minule avec ses diverses sous-espèces occupe toute la zone tempérée de l'Amérique et couve au Canada partout où il se trouve.

SOUS-ESPÈCES. Cette espèce comprend plusieurs races géographiques; celle de l'est du Canada — le pic minule du Nord, D. p. medianus — ne se distingue de l'oiseau type que par ime légère différence de taille.

Le pic minule est notre pic le plus commun. Il vient tout près des maisons et se sent tout à fait à l'aise dans les vergers et au milieu des arbres ombreux des villes et des parcs. Comme il habite le Canada toute l'année, c'est un oiseau particulièrement utile au cultivateur.

Valeur économique. Ce pic étant le moins sauvage de toutes nos espèces et se rapprochant des fermes et des habitations où il rend les plus grands services, est un oiseau extrêmement précieux. En fouillant dans toutes les fentes et crevasses des arbres feuillus et des arbres fruitiers, et en les perforant pour extraire les insectes qui sont plus au fond, cet oiseau complète très bien le travail des mésanges et des sittelles. De fait, ces trois espèces voyagent souvent en compagnies pendant l'hiver et très peu d'insectes sont oubliés quand toutes les trois travaillent ensemble. L'alimentation du pic minule est la même que celle du pic chevelu, mais, comme l'on pourrait s'y attendre en raison de sa plus petite taille et de sa présence plus commune en été, elle comprend un plus grand nombre des plus petits insectes. Ce sont les divers coléoptères qui composent la majeure partie de sa nourriture et il capture plus de larves de teignes, y compris la teigne des tentes et la pyrale des pommes.

Genre — Picoides. Pics.

400. Le Pic arctique, (arctic thkee-toed woodpeckek). Picoides arcticus. L, 9-50. Planche XVIII B.

Traits distinctifs. Ce pic n'a que trois au heu de quatre doigts et le dos est d'un noir uniforme.

Indications sur le terrain. Si l'on excepte le pic à tête rouge, c'est le seul pic à dos noir de l'est du Canada. On reconnaît l'espèce à son dos noir et le genre à la tache jaune sur la couronne du mâle. (Planche XVIII B).

Habitat. Les forêts de conifères du Nord, et vers l'ouest jusqu'aux provinces des prairies.

C'est un oiseau des forêts de conifères du Nord, qui se présente rarement à la vue d'un observateur ordinaire sauf sur les confins des régions habitées où il apparaît régulièrement.

Valeur économique. Ce pic devient plus important pour la protection des forêts de conifères contre les fléaux d'insectes importés ou autres qui ont considérablement augmenté en ces dernières années.

401. Le Pic d'Amérique, (ameeican thrbe-toed woodpeckbr). Picoides americanus. L, 8-75. Presque absolument semblable au pic arctique, sauf que le milieu du dos est rayé de blanc.

Traits distinctifs. La couronne jaune chez le mâle est un signe distinctif du pic d'Amérique. On peut distinguer cette espèce de la précédente par son dos rayé de blanc au Ueu d être tout noir. Si l'on excepte le pic à ventre rouge, c'est le seul de l'espèce dans l'est du Canada qui ait le dos rayé.

Indications sur le terrain. La couronne jaune du mâle et les raies blanches au milieu du dos.

SOUS-ESPÈCES. C'est le pic d'Amérique de l'Est— la race type de l'espèce— que l'on rencontre dans l'est du Canada. Dans l'Ouest, il présente d'autres formes.

C'est un oiseau beaucoup plus rare que le précédent mais il lui est identique au point de vue des habitudes et de l'habitat; il y en a cependant des sous-espèces répandues dans les montagnes de l'Ouest.

Genre — Sphyrapicus. Pics maculés.

402. Le Pic maculé, (yellow-billed sapstjcker). Sphyrapicm varixis. L, 8-56. Planche XIX A.

Traits distinctifs. La calotte rouge bien caractérisée sur le sommet de la tête permet de distinguer cette espèce. Certaines femelles ont une couronne noire, mais la coloration générale est toujours reconnaissable même chez les jeunes, bien que chez ceux-ci, elle soit voilée et plutôt indiquée que affirmée.

Indications sur le terrain. La calotte rouge chez les deux sexes et la gorge rouge chez le mâle sont les signes les plus apparents. Dans d'autres plumages la large bande blanche qui s'aperçoit au bord de l'aile et la tache noire au-dessous de la gorge sont des signes distinctifs.

Nid. Dans des trous d'arbres morts.

Habitat. L'est de l'Amérique du Nord depuis les régions cultivées du Nord en allant au sud. Couve partout dans l'est du Canada sauf dans les parties les plus méridionales.

SOUS-ESPÈCES. Le type de l'Est du pic maculé, représente la race type — le pic maculé de l'Est. Une autre sous-espèce se rencontre dans l'extrême Ouest.

Cette espèce semble avoir abandonné ses anciennes habitudes de piquer le bois. Bien qu'elle soit très répandue durant la migration à travers le sud du Canada, elle couve rarement dans la région des grands lacs inférieurs tout en étant commune dans les autres endroits.

Valeur économique. C'est le seul oiseau de cette famille qui semble être nuisible. Il cause des dommages aux arbres fruitiers et autres arbres à écorce lisse en en extrayant le suc dont il se nourrit; pour cela il pratique autour des troncs et des branches des trous carrés régulièrement espacés, en lignes horizontales, pénétrant à la fois l'écorce externe et l'écorce interne jusqu'à l'aubier. Il entreprend ainsi quelquefois plusieurs arbres à la fois et les visite à tour de rôle à mesure que le suc se dégage. Lors même que

c'est principalement le suc qu'il recherche il mange également les insectes qu'il rencontre, car bien que la sève des arbres soit son principal aliment, il lui faut aussi des insectes comme nourriture.

Le dommage causé aux arbres qui sont ainsi perforés est loin d'être aussi considérable qu'on pourrait le croire, mais ceux-ci sont parfois endommagés pour toujours et peuvent même mourrir. Tous sont affaiblis et deviennent un repaire de végétation fongoïde et d'insectes. Si, cependant, ils ne sont pas sérieusement et à plusieurs reprises attaqués, la plupart des arbres survivent. Même la végétation forestière est sujette à des dégâts considérables de la part de cet oiseau ; de bons arbres à bois de service sont attaqués et les nœuds et les taches qui en résultent dans la fabrication qui sont des marques des anciennes blessures maintenant refermées, faites par le pic maculé, réduisent la valeur marchande des bois de construction. Toute cette question des dégâts occasionnés par le pic maculé a été traitée à fond dans un Bulletin du Service biologique des Etats-Unis, le nmnéro 39, intitulé: «Woodpeckers in relation to trees and wood products» par W.-L. McAtee. Sous le titre de mesures défensives contre les pies maculés, l'auteur conseille un usage modéré du fusil là où l'espèce cause des dommages appréciables, ou bien l'usage du poisson. Si l'on emploie le fusil, il faut prendre bien garde de ne tuer que les pics maculés et, quant au poison, il ne faut pas oublier que les oiseaux-mouches et autres petites espèces, particulièrement les fauvettes, peuvent être également atteints.

Genre — Phlœotomus. Pic à huppe écarlate.

405. Le Pic à huppe écarlate. (ph^eated woodpecker). Phlœotomus pileahtg L, 17. Planche XIX B.

Traits distinctifs. Grâce à sa taille, ce pic est facile à reconnaître. Il ne peut être confondu avec aucun autre pic canadien.

Indications sur le terrain. Forte taille, huppe rouge remarquable et taches blanches sur les ailes déployées.

Habitat. Autrefois répandu sur tout l'est du Canada, il se cantonne maintenant dans les régions les plus sauvages et incultes du Nord.

SOUS-ESPÈCES. Le pic à huppe écarlate comprend deux 80ua.e8pèces, dont le pic à hupp>e écarlate du Nord, P. p. àbieticoUa est la seule qui se rencontre au Canada.

Par suite de la destruction immodérée de ce magnifique oiseau qui était autrefois très répandu, on ne le trouve plus maintenant que dans les parties retirées des forêts du Nord. Le nom vulgaire de «Cock-of-thewood» qui lui est assigné est devenu par corruption dans le Nord, «Woodcock» et l'emploi de ce nom pour cette espèce est ime source de confusion et de malentendus. Le pic à huppe écarlate n'est pas proprement dit un oiseau gibier; il n'est pas «tenu en arrêt par le chien», ne peut pas être chassé par les méthodes habituelles des chasseurs et il est trop petit pour être servi sur la table, mais il est très précieux pour la conservation des forêts. Il faudrait donc une loi sévère pour le protéger au point de vue tant économique que sentimental.

Valeur économique. Le pic à huppe écarlate se cantonne maintenant dans les régions les plus sauvages. Il est principalement utile pour la protection des arbres forestiers et, par conséquent, c'est un oiseau précieux pour le marchand de bois. Son régime d'alimentation est à peu près le même que celui des autres pics mais il est plus robuste, ce qui lui permet de creuser plus profondément et d'extraire des larves et des insectes qui sont à l'épreuve d'un oiseau moins puissant.

28588— lié

Genre — Melanerpes. Pics.

406. Le Pic à tête rouge, (red-headed woodpeckeh). Melanerpes erythrocephalus. L, 9-75. Planche XX A.

Traits distinetifs. La tête d'un rouge vif et les contrastes de masses blanches et noires dans le plumage du corps sont faciles à reconnaître.

Indications sur le terrain. La coloration remarquable de cette espèce la rend facilement reconnaissable.

Nid. Généralement dans des trous d'arbres morts et parfois dans des poteaux télégraphiques ou autres.

Habitat. Cet oiseau habite plutôt le Sud, ne pénétrant régulièrement et fréquemment au Canada que par la frontière sud le long des grands lacs inférieurs.

Le pic à tête rouge est une des espèces communes autour des vergers et des terres à bois. Il est par conséquent bien connu partout où il se trouve. Il possède un peu moins les habitudes des pics que les espèces déjà étudiées, ou bien il s'est développé chez lui des aptitudes de gobemouches en sus de celles qu'il possédait déjà.

Valeur économique. Ce pic détruit moins de larves et de vers que les autres espèces, et des coléoptères plus utiles, les carabes. Toutefois, il est encore plutôt bienfaisant que nuisible, car alors même qu'il mange des fruits, sa nourriture se compose en grande partie de hannetons ou de scarabées de et charançons. On l'a accusé de manger des fruits et, sans doute, l'accusation n'est pas sans fondement, mais une étude approfondie a démontré que ce sont des cas spéciaux se bornant à des régions restreintes et peut-être à de certains individus.

Genre — Centurus. Pics de la Caroline.

409. Le Pic de la Caroline, (red-bellied woodpecker). Centurus carolinus. L, 9-50. Dos entièrement noir et parties supérieures nettement et régulièrement rayées de noir et de blanc. Tout le dessus du cou jusqu'à l'épaule et, chez le mâle, le sommet de la tête, d'un rouge vif. Tout le reste et les parties inférieures d'un blanc cendré avec légère teinte olivâtre. Abdomen légèrement teinté de rouge.

Traits distinetifs. Les rayures uniformes sur tout le dos et le rouge de la couronne et de la nuque sont faciles à distinguer.

Habitat. Depuis le golfe du Mexique jusqu'au nord des Etats-Unis; apparaissant à titre de vagabond jusqu'au nord de la frontière dans le sud de l'Ontario.

Ce pic n'apparaît que rarement et par endroits, seulement, au Canada. Sa valeur économique est satisfaisante bien qu'il soit friand de fruits sauvages et que parfois il se nourrisse des variétés cultivées.

Genre — Colaptes.

412. Le Pic doré, le «pivert.» le «pivart». (plicker). Colaptes auratus. L, 12. Planche XX B.

Traits distinetifs. Un pic de forte taille avec les surfaces inférieures des ailes et la queue d'un jaune brillant.

Indications sur le terrain. Habitudes générales des pics; taille; le dessous des ailes jaunes et le croupion blanc se voient bien quand l'oiseau vole.

Nid. Dans des trous creusés dans les troncs d'arbres morts, ordinairement en plein air et rarement sinon jamais dans les épaisses forêts. Les singulières relations entre des espèces distinctes sont bien mises en évidence par cet oiseau. Les trous, qu'il a approfondis pour lui servir de nid, une fois abandonnés, sont utilisés par beaucoup d'autres espèces mcapables de creuser les leurs propres. Par exemple les faucons éperviers, les hirondelles bicolores, les moucherolles huppés et autres espèces utiles sont amsi directement tributaires du pic, particulièrement du pic doré pour l'étabhssement de leurs nids. Il existe dans la nature bien d'autres cas semblables de dépendance mutuelle; il y en a qui sont

bien en évidence et très connus, d'autres que nous supposons, et il peut s'en trouver d'autres encore que nous ne soupçonnons pas et ne pouvons même pas actuellement soupçonner. Voilà précisément une bonne raison pour agir avec circonspection avant de rien déranger à l'ordre établi de la nature.

Habitat. Les diverses sous-espèces du pic doré sont répandues sur toute la partie est de l'Amérique du Nord en allant au nord jusqu'aux limites des régions boisées. Il couve partout où il se trouve au Canada.

SOUS-ESPÈCE. Le pic doré comprend plusieurs sous-espèces; la variété propre à l'est du Canada est désignée sous le nom de pic doré du Nord, C. a. luteus.

C'est celui des pics qui est le plus connu du public en général, ainsi qu'on peut le voir par le grand nombre de désignations populaires qui lui ont été assignées; on l'appelle en anglais: «Golden-winged Woodpecker, Highhole, Yellow-hammer » ; et, en français: «Pivart» ou «Poule des bois». Le cri aigu de aFliqueu, Jliqueu, fliqueuy> que fait entendre le mâle et le strident nPi-iu-^ou » propre aux deux sexes sont des sons très connus et faciles à reconnaître. Bien que ce soit un vrai pic, le pic doré se nourrit essentiellement sur terre et est particulièrement friand de fourmis, lesquelles composent bien souvent une bonne partie de son alimentation. Il prend plaisir à se cramponner à un tronc d'arbre, creux, sonore, et à le frapper à coups de becs rapides et retentissants que l'on entend de très loin. Il semble faire ce bruit pour appeler sa compagne ou alors c'est quelquefois pour donner livre cours à sa bonne humeur. Les facultés de reproduction de cet oiseau sont phénoménales. En enlevant les œufs à mesure qu'ils sont pondus, on a pu en recueillir trente ou plus en une seule saison. Il semble pouvoir en déposer tant que la série n'est pas complète.

Valeur économique. Près de la moitié de sa nourriture se compose de fourmis. Les autres insectes dont il se nourrit sont des espèces soit utiles soit nuisibles, mais ce sont surtout ces dernières qui l'emportent. Il mange aussi des fruits, du grain et des fruits d'arbres forestiers; mais, dans l'ensemble, on peut le considérer comme utile plutôt que nuisible. Peut-être bien que la plus grave accusation qu'on puissç^ porter contre cette espèce est de disséminer les graines du chêne et du sumac vénéneux et contribuer ainsi à répandre ces plantes nuisibles.

Ordre — Macrochires. Engoulevents, Martinets et Oiseauxmouches.

Dans cet ordre sont groupés un certain nombre d'oiseaux qui, après des recherches plus complètes pourront être classés différemment. La classification actuelle de l'Union des Ornithologistes américains, est censée être provisoire et n'est adoptée que jusqu'à ce que l'on puisse s'entendre pour établir un système permanent. Les divers sous-ordres de la division sont plus faciles à reconnaître par leurs différences que par leurs concordances et nous appuierons plutôt, dans les descriptions qui vont suivre, sur les traits qui les différencient.

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