LES DEUX CHODRUC-DUCLOS
Tu n'as plus ton habit râpé , laide guenille Que la foule suivait comme un manteau de roi.
Il revient parmi nous , ce Duclos qui nous raille ; Allons, pour saluer, courbe ta belle taille 5 Souris en grimaçant, sois poli, sois flatteur. Des hommes vont serrer ta main aux promenades, T'insulter d'un bonjour sous tes longues arcades , Et salir ton grand nom du titre de Monsieur.
Ton costume est celui de l'homme qui t'aborde -,
Tu portais seul du moins ta ceinture de corde î
Tu n'avais point , comme eux , des croix et des bijoux ;
Mais de tes vieux habits on parlait en Europe ,
Car ils ne s'étaient pas usés , fier misanthrope ,
A ployer chez les grands ton dos et tes genoux.
Mais as-tu remué tous ces flots de la foule?
As-tu cherché la vase au fond de l'eau qui coule? Bien des hommes du monde , au luxe étincelant , Ont plus de fange au cœur que toi sous ta sandale ; Eh ! que leur fait d'avoir une âme noire et sale , Si leur habit est propre , et si leur linge est blanc !
Ta longue barbe grise , épaissie , onduleuse , Qui jadis s'étalait si Gère , l'orgueilleuse , Caressait tes haillons , tombait à larges flots , S'humilie à toucher ta cravate de soie , Et dit seule au passant distrait qui te coudoie : » Tourne la tête et vois ; ceci , ce fut Duclos. »
C'est qu'il a bien perdu dans sa métamorphose : Qu'est-ce donc maintenant que Duclos? peu de chose ;
CHODRUC-DUCLOS. 195
Un homme en chapeau noir lisse et neuf, en drap fin , En costume reçu , banal ; qui se promène Mis connue ce troupeau qui passe ; est-ce la peine Que , pour le regarder, on s'arrête en chemin ?
Et le cœur luy pari, et l'âme s'en va.
— Lcce , sieur db Gàst ( Tristan ). —
A la mère veuve d«*on enfant il manque toujours un sourire, et ce sourire , c'est celui de sou enfant.
— Michel M assoit. —
Morte! sa joue est pâle et sa bouche livide l ! Je ne sens plus son cœur ni son haleine humide ; Son pauvre petit corps est glacé dans mes bras ! Toi , mon enfant , mon âme , insensible , ombre vaine ,
Une petite fille qui venait de mourir do choléra a fourni le sujet de ces vers.
Froid cadavre ! grand Dieu ! mais je comprends à peine ! Morte ! oh ! dites , cela n'est pas !
Quoi ! cette douce enfant si fraîche et si rieuse , Et qui m'appelait mère , avec sa voix joyeuse ; Qui , tout à l'heure encor, me flattait de sa main ; Qui charmait ici-bas mon passage éphémère , Que Dieu mit comme un ange , en cette vie amère , Pour me suivre dans mon chemin ,
Elle est morte ! ... ils l'ont dit ! entends-tu , pauvre mère ! Ta gracieuse enfant sous un drap mortuaire !
Ainsi , sa tête blonde et ses traits ingénus , Ses bras , ses petits pieds , sa blancheur de colombe , Tout cela, c'était donc pour laisser à la tombe Un peu de poussière de plus !
Ce choléra d'enfer, qu'un démon nous envoie , Comme un serpent maudit , vint enlacer sa proie , Prendre dans ses replis son corps , faible roseau , Le tordre , et le jeter dans un tombeau de pierres ! Les hommes manquent donc pour lui remplir ses bières , Puisqu'il cherche dans un berceau !
Mais a-t-il bien osé sur cette enfant si frêle ,
S'élancer tout hideux , infecter l'air près d'elle , Glacer son corps, ternir son regard qui brillait , Creuser ses grands yeux bruns et sa joue enfantine , Poser un masque bleu sur sa peau lisse et fine Encor toute blanche de lait !
Mais quoi ! voici des croix , des cierges , une bière , Des tentures ! déjà ! . . . Pitié pour une mère !
Laissez-moi mon enfant , c'est mon bien , mon trésor ; Laissez-la ! ferez-vous de son lange un suaire? Voulez-vous donc si tôt la cacher sous la terre ; Ses pieds n'y touchaient pas encor?
Et la mère pleurait. . . Un ange aux longues ailes Portait la douce enfant dans des sphères nouvelles ; Traversait des chemins d'azur et de vapeur, Des degrés étoiles , des colonnes de flamme ; Puis , l'ange radieux ouvrait à la jeune âme Les portes de saphir des palais du Seigneur.
Là , de blonds chérubins, des vierges aux longs voiles, La regardaient , groupés sur des rayons d'étoiles.
Mais elle soupirait près du trône divin , Et se disait tout bas , en courant chancelante Sur l'arc-en-ciel , ou bien sur la comète ardente : Si ma mère était là pour me tenir la main !
Avec un doux regard , une sainte parole , Jésus lui mit au front la céleste auréole ; Les brillans séraphins volèrent l'embrasser : Triste , elle les suivit dans l'éther, dans les sphères , Et dit , en s'endormant sur les vapeurs légères : Si ma mère était là pour venir me bercer !
Ah ! Seigneur, je vols déjà la croix... combien , combien de temps encore mon peuple doit-il la porter?
Adam Miciiewici, traduit du polonais par M. Burgaud.
La main protectrice de Marie raut bien vos remparts et ▼os soldats,