‹ Les oiseaux de passage, poésiesChapitre 2 sur 23 · POEMES · texte numérisé non relu

POEMES

Qu'est-elle devenue? un objet auquel je n'ose penser ; rien, peut-être!

— Btroii. —

Ceux qui seront pardonnes luiront comme la splendeur du firmament ; et les justes seront comme des étoiles dans l'éternité.

— Daniel. —

MifMifMifpS

jir, laines !

Songeant que je sentais seule , entre tous ces corps , Un cœur dans la poitrine et du sang dans les veines.

Je me disais : « Chacun a sous ces tertres verts Quelque front qu'il baisait, et que rongent les vers, Une perle , une Qeur qui parait sa demeure.

Quels yeux n'ont à leur tour versé des pleurs d'adieu ! Nous ne savons pas tous comme on rit -, mais , grand Dieu ! Nous savons bien tous comme on pleure !

« C'est donc ici que vont les trésors des maisons :

Le père aux cheveux blancs , l'enfant aux cheveux blonds ,

La jeune femme folle et rose encor la veille !

Nous avons tous quelqu'un qui manque sous nos toits 7

Un visage qui manque à nos yeux , une voix

Qui nous vibrait au cœur, et manque à notre oreille.

« Que deviennent ces morts? m'écriaî-je ; beau ciel, S'en vont-ils voir Jésus , Marie et Gabriel ? Ont-ils l'habit de lin avec la palme verte?

Sont-ils dans des cités de vapeurs et de feu ? Montre-moi ces cités. Saint des Saints , Seigneur Dieu , Laissez-en la porte entr'ouverte ! »

Le ciel resta voilé. « Que deviennent les morts ? » Dis-je aux tombeaux : je vis dans les fosses, alors , Des chairs où mille vers font des festins profanes , De longs squelettes creux , des corps de marbre blanc ,

De la poussière d'homme ; et je crus , en tremblant , Lire le mot néant écrit sur tous les crânes.

J'entendis une voix atroce dans mon cœur , La voix qui fait pâlir, la voix qui dit malheur : C'était la voix du doute. Et , les yeux vers la terre , J'écoutais -, je sentais de longs frissons d'effroi , J'étais épouvantée , et mon corps était froid , Gomme les corps du cimetière.

Je disais : « Les morts n'ont que la tombe glacée , Nul n'est dans ce ciel vide ; et , dans leur trou profond Nul désir, nul penser, n'éclosent sous leur front :

Ces cerveaux s'en allant en poussière , ce sont Les cadavres de leur pensée.

« Dans un cercueil étroit, qui les presse un instant , Mais ou , chaque journée, ils tiennent moins de place , Sous un linceul cousu , qui recouvre leur face , Et donnant d'un sommeil où nul rêve ne passe , Ils restent là toujours couchés dans leur néant.

« La tombe est leur maison : c'est la maison muette , Où l'on n'entend ni pas , ni mouvemens , ni voix; La maison sans soleil , aux murs sombres et froids ; La maison où le lit est un cercueil de bois , Et dont le maître est un squelette.

UBS MORTS. 11

« Dans cette maison-là point d'amour enchanté ,

Point de femme aux doux yeux, qui vienne charmer l'heure ;

De mère qui vous plaigne , et , si vous souffrez , pleure ; -

C'est horrible ! et pourtant c'est la seule demeure

Que l'on doit habiter toute une éternité I

« Les morts sont là gisans , tous raides dans leur bière ; Immobiles , les bras collés au corps et droits ; Couchés comme ils l'étaient le jour de leurs convois : Nul jamais,, une fois dans tin siècle , une fois ! Ne s'est retourné sous sa pierre !

« Ils ont les os disjoints et l'orbite béant ,

Un crâne aux larges trous , des dents sans lèvre rose ,

Des membres dont la chair tombe et se décompose :

Êtres à part , sans nom , ils sont plus qu'une chose , Moins qu'un homme; ce sont les hommes du néant.

« Devant ces morts pourtant passez tous têtes nues : Un squelette eut un cœur, eut un cerveau pensant , Des rayons dans les yeux et sur son front puissant -, C'est un roi détrôné : saluons en passant -, Respect aux puissances déchues !

« Oh ! penser qu'on ira dormir parmi ces morts ! Qu'on aura ces os nus , cette forme incomplète ! Oh ! sentir, en touchant ses membres , que son corps N'est qu'un masque de chair posé sur un squelette !

« C'est à pleurer de rage , à pâlir, à trembler ! Le néant I c'est hideux ! quoi ! rester insensibles !

Si les morts un instant pouvaient penser, parler, Tous j en jetant des cris horribles ,

« Tous diraient : Oh ! du bruit , du mouvement , de l'air ! Grâce ! un homme , un démon , un Dieu qui me délivre ! Oh! par pitié ? plutôt que le néant, l'enfer, Les grincemens de dents : souffrir, au moins c'est vivre !

« Plus de sommeil de plomb , plus de sépulcre noir ; Du jour, du jour à flots , c'est du jour que j'implore ; Fût-ce les feux d'enfer que mes yeux devraient voir, Ce serait la lumière encore ! »

Mais la nuit était belle à ravir des poètes , Et ce n'était là-haut que brillans et paillettes ; Mille étoiles luisaient, et, prophètes des deux , Annonçaient l'âme et Dieu dans leur langue de feux

Et moi je regardais la nuit diamantée ,

Le doute se taisait , une voix enchantée

Chantait un hymne en moi, qui montait au Seigneur.

Je dis : « Étoiles d'or, merci , c'est du bonheur ;

« Je vous crois ; iriez-vous nous bercer de vains songes ,

« Au chaste front du ciel écrire des mensonges !

« Oh ! pour croire , faut-il voir la cité de Dieu ,

« Voir les blonds séraphins à notre horizon bleu ,

« Voir les mille échelons de l'échelle de flamme ,

« Compter les saints , toucher de ses deux mains son âme ,

« Et voir un Dieu de chair dans un cfel transparent ?

« J'en crois mon cœur ; j'en crois la pensée , ô Dieu grand ,

« Que tu plaças dans l'homme , et fis à ta mesure ,

« Afin qu'à ton ouvrage on vît ta signature.

« J'en crois cette pensée aux rayons lumineux ,

« Qui devant le soleil ne baisse pas ses yeux \

JG

Dont le regard divin traverse la planète , L'étoile scintillante et la longue comète , Et s'allonge toujotus* jusques à l'infini ; Qui s'en va voir tes sainte dans leur monde béni ; Comme un pays natal , sait le ciel et l'espace ; < Entre dans toti palais, et te regarde en face. »

Et la voix de la foi me parlait dajis le cœur,

La voix qui dit espoir, la voix qui dit bonheur.

« Mais où sont donc les morts? » dis-je sans épouvante.

Jérusalem céleste , ô ville éblouissante ,

Ma pensée aussitôt te vit aux cieux vermeils ,

Et j'allai voyageant au pays des soleils.

La voici la cité radteus*, amfrtip» ' * . • Où revivent lestf*ofcts ! la. mmill* * st nacrée^ - % * Les toits sonblumiaeux * la porte- de saphir • Pour cintre a l'arc-ea-fiél. Dansée- monde d'argile,

Nous n'habitons pas, nous, une si belle ville : Il faut un Dieu potir la bâtir.

Nos cités ont des murs épais , des toits d'ardoises ; Dans des terrain» bornés , qu'on mesure par toises , De pierre et de moitiar chaGtm s'y fait un aid : Mais Dieu ne se sert pas de vil mortier, de pierre ; Ses matériaux ftmt la flamme et la lumière , Et son temîo , c'est l'infini !

QueUe vaste cité J le Seigneur, quand il passe ^ Marche danj sa grandeur, et trouve assez de place ! Pour éclairer tes murs, Jérusalem de l'air, C'est trop peu d'un soleil , H er> allume naHle. Des mondes sont à l'aise an milieu de sa tille , Gomme des 'perles dans ta mer.

Oh ! comme vos aïeux, vos blonds en fans, vos femmes , Ont de riches maisons ! les escaliers de flammes Vont au troisième ciel , aux espaces rêvés !

Le sol de chaque rue , où , sans laisser d'empreintes , Glissent les pieds rosés des anges et des saintes , À des étoiles pour pavés .

Les grands ponts de sapbir jetés sur les espaces ! Ils vont d'un ciel à l'autre . Oh ! les immenses places ! Une comète d'or , monument colossal, Flamboie au centre : ailleurs , c'est l'image du père Dont la statue est faite avec de la lumière ; Un monde en est le piédestal.

Oh ! le palais de Dieu ! l'immense colonnade ! Quatre rangs de soleils éclairent la façade ;

Des vierges sont plus loin : leurs corps subtils rayonnent -, Les diamans des deux , leurs vertus, les couronnent; En suivant Jésus-Christ, elles chantent en chœur : « Ma vie, 6 mon Seigneur, calme s'en est allée; « J'ai fait comme le lis brisé dans la vallée , « Je suis morte dans ma blancheur.

« Le monde m'a dit : Viens , ce collier rend charmante; « Cette robe de pourpre et (For est si brillante !

« Ce jeune homme a l'œil tendre et de bien noirs cheveux « Et j'ai fui le jeune homme , et j'ai dit : Je préfère « A la robe de pourpre et d*or de votre terre « Ma robe blanche dans les cfeux. »

Malheur ! voici l'enfer, c'est la tournai» immense !

Comme Dieu creusa bas la ville de souffrance!

C'est qu'il craint qu'un sanglot , parti du grand puits noir,

N'arrive à ses élus pour parier de supplice;

C'est qu'il craint qu'un rayon de soleil ne se glisse Dans l'enfer des damnés , pour y parler d'espoir.

Oh ! yoici les démons avec leurs ailes chauves ! Je vois les jets de feu que dardent leurs yeux fauves. Quel air infect ! quel sol fangeux ! j'entends des pleurs , Des cris sans fia partir d'ua brasier qui dévore ; Je vois des désespoirs que ne sait pas encore

Le monde des vivans, le grand maître en douleurs !

Tous les damnés hurlant de rage , et noirs de crime , Veulent fuir, et rouvrir les portes de 1'attme ; Ils s'y brisent les doigts et* l&fro&t ; c'est en vain. Nul démon cependant ne garde la barrière , Et ces portes ne sont m de fer, ni de pierre -, „ Mais Dieu les ferme avec un signe de sa main>

Mais pour nos morts aimés, pécheurs et faibles âmes, Ne tremblons point ; l'enfer n'est que pour les infâmes , Le faible est pardonné. Notre chemin est dur -, Dieu voit qu'à chaque pas le pied s'y prend au piège , Et qu'ici-bas il n'est que les lis , que la neige Et les cygnej, qui soient sans tache et d'un blanc pur.

Et mtf pensée allait loin , bien loin de la terre ; La foi me parlait haut , me parlait seule. Alors , Calme je regardai le vaste cimetière , Les mille sépulcres des morts ,

Les bières qu'on descend , la terre qui retombe ; Par-delà les cercueils je vis l'éternité :

Mon àrae, ouvrant ses yeux , tut : Immortalité, Sur le marbre de clyKfue tombe.

Février 1836. .

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