CONTE FANTASTIQUE
Il i* paraissait pa# plus gêné dam ses habits de mailles et de pièces de fer que dans im justaucorps de satin. «
— PAOL-L. JACOB, bibliophile. I* Bon Vieux Temps. —
En ccUuy temps, estoit le noble due Gucria qui tarit feut en son temps preux et vailtant chevalier.
Histoire du trêsyreux et très vaillant Gueiin de Montglave.
Il peut tout; il possède un puissant talisman.
Qu'il est lugubre aux yeux ! sa lourde armure est noire ;
Sa lance, ses brassards, son casque, son cimier,
Ses gantelets de fer,, sa' cotte d'anqes sombre ,
La housse de velours de son grand destrier,
te
Tout est d'un noir de jais, noir de corbeau, noir d'ombre.
Un orage le suit avec ses mille éclairs;
Et , comme un char qui roule au ciel , la foudre gronde ;
Les nuages épais qui pendent dans les airs
Ouvrent leurs réservoirs; libre, la pluie inonde,
Et forme un long rideau dans la pleine étendu ; '
La grêle de cristal rebondit sur les branches ;
C'est l'océan du ciel , l'océan suspendu ,
Qui tombe sur la terre avec ses perles blanches.
Le cavalier s'en rit , pique son bon coureur , Passe, et semble un orage au milieu des orages : Sa course impétueuse est l'ouragan ; son cœur, Sombre comme le ciel, est tout plein de nuages; Il porte à son flanc gauche une lame d'acier, Qui luit comme l'éclair, qui jette dans la poudre Les plus fiers bannerets : quand on la voit briller, Elle annonce la mort, comme l'éclair la foudre.
Mais il a reculé , le hardi paladin !
Quand il a dit, Allons! qui peut lui dire, Arrête? Un torrent qui se couche en travers du chemin. Quel bras l'a repoussé? celui de la tempête.
Oh ! s'ils étaient de chair et d'os ses ennemis , S'il n'avait devant lui qu'une barrière d'homme ,
Certes il passerait! Quand on le tient soumis,
C'est qu'alors c'est tempête et torrent qu'on se nomme.
Tout à coup il s'écrie : « A moi , mon talisman ! » Et son cheval s'élance , et fait un bond de faon.
11 a franchi le torrent. Place ,
C'est le cavalier noir qui passe !
Mais quel magiciçn maudit , devant le preux , Vient d'élever ce mont, qui l'arrête au passage », Un mont tout hérissé de rocs nus, anguleux, Faits pour les pieds du daim sauvage ?
Qu'il est grand! on' ne peut atteindre au pic neigeux , A moins d'être l'oiseau , la nue ou la lumière;
Et les rochers sans fin , hauts étages de pierre , Semblent les escaliers par où Ton monte aux deux.
« Mont , ne m'arrête pas, » dit le cavalier pâle De rage ; « il est là-bas un trône éblouissant -, « Dessus, un fastueux tyran, qui boit du sang « Dans des coupes d'or et d'opale.
« Sur les plus bas degrés s'assied maint banneret , « A l'armure d'argent , à Técharpe de moire ; « Mont , il a, comme toi, ce beau trône d'ivoire, « Dés chênes à la base , un vautour au sommet.
« C'est un splendide mont ! j'y veux laisser ma trace ; « Sur le faîte m'asseoir, le front dans le grand jour.
« Oh ! laisse-moi passer, pour tuer le vautour, « Et pour mettre un aigle à sa place !
« Montagne , cède-moi -, j'ai vaincu l'ouragan , « Je puis aussi te vaincre. A moi , mon talisman ! »
La montagne s'aplanit. Place , C'est le cavalier noir qui passe !
Il traverse un vallon de fleurs aux cent couleurs.
UNE SYLPHIDE, l'arrêtant.
Regarde , je suis belle entre toutes mes sœurs, Et pour toi j'ai quitté mes fleurs.
La jacinthe m'a dit : « Déjà la nuit est close ; « Dans son nid , l'oiseau dort; le papillon se pose -, « Viens reposer dans mon lit rose. »
Et le jasmin : « Choisis ma maison de senteur. » La tulipe : « Choisis mon palais de splendeur. » Et puis toutes m'ont dit en chœur :
« Oh! viens! pour recevoir la maîtresse divine; « Chaque maison de fleurs s'embaume , et se satine , « Et de vers luisans s'illumine. »
Et moi j'ai résisté : car tu passais. Oh ! dis , Veux-tu rester, m'aimer ! J'ai la beauté des lis , J'ai les ailes des colibris.
Ma voix a des sons doux comme un chant de fauvettes. Des fleurs j'ai les parfums; roses et violettes Sont mes sachets , mes cassolettes.
Mais quel corps lumineux est sorti d'un éclair ?