‹ Les oiseaux de proie drame en cinq actes de Adolphe Dennery par mm. Labiche et Arthur de BauplanChapitre 9 sur 103 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

• Les lÉlKS, CHARLES.

(Il «tt en costume de dmv et jette à urire, en cintrant, trois grands oiseaux de proie qu'il tient de tuer. — Un Domestique le suit.) CHAULES.

Alt ! la belle chasse !

okoncitu.

Quel singulier gibier !

CIIATKAURAVS ARD,

J’ai remarqué que monsieur ne chasse jamais que les oiseaux de proie.

cnAhLEs.

C’est Vi-al, monsieur, j’ai pour ces oiseaux une antipathie profonde... qui vient, je crois, de leur ressemblance physique et morale avec certains hoinnte».

CâATEAtràAYiURb.

Vraiment!

cMAWt-ËS.

L'humanité aussi a scs innocentes colombes, ses passereaux et «es pigeon* naïf* d'une pari, et de l’autre ses vautours, ses milans, se» épertter* et se* corbeaux toujours prêts à fondre sur eux, prêts a plumer les uns et à dévorer le* autres. (£k*a*t «u n«-

l«ir à h liauVmr du rilaRe Or CtutfonrafiaM.) Et VOVCZ, ITK’ï-SieUrS, S’il

n'y a pis des homme* qui «e rapprochent de ceci? Regardes cet œil fauve, ce front déprimé, ces pattes nerveuses, et jusqu’à ce bec effilé, crochu, qui figure, à s’y méprendra, uu nez long et recourbé, (a ciat.a..re»»rj.) Je vous assure, monsieur, qu'il y a des gens qui ressemblent à cela.

CHATBMlUmat», l»»Mol l'otorA» de jwort.

C'est possible, monsieur, mais vous n'avez pas toul détaillé. Cet œil est prompt à distinguer un ennemi, et au bout de ces longues paltRS; Il y a de teltlbles Bettes nui étreignent, qui pénètrent et qui déchirent; voyez, voyez plutôt... Je vous assure, monsieur, qu’il n’est (vas toujours’ bon de s’attaquer à cela.

(U lui tn wcrtl in «Buioflr, U mil» *|iw Charin aiïocu de r*çiiJei la mal»

de ClutM«nij»ard.)

CkAKLh.

Oui, nul, le vols, je Vûla... mais c'est aux pigeons qu'il faut montrer wlâ, monsieur, Ça ne me regarde pas, moi... je suis le chasseur.

CEORCISA.

Et un chasseur effréné.

nnniEs.

Oui, madame, oui, c'est une passion, une frénésie; je tue ceux-là pour me eottsolcr do ne pouvoir frapper les autres, ceux qui m'ont volé la moitié de ma joie, la moitié de mon cœur, la moitié de ma vie.

CEORGtKA.

Une femme, sans doute?

CttABÜft.

Mieux que cela, madame ; uhc femme vous trompe ou vous quitte, on l'oublie ou on la remplace ; mais un frère !... qui était de moitié dans vos premières joies et dans vos premières larmes, qite tous aimiez de tout l'amour de votre cœur, qui a partagé avec vous les premières caresses et les derniers baisers d'une mère!... a* d'Aro».'in>n*.Ur, qui *e l«»o et bit i|iii'lifiiei

p « .»r. le rond.) Qui a pleuré avec vous quand elle s’est éteinte sur ce pauvre corps inanimé que l'on descendait dans la terre, qui a prié, agenouillé à vos eûtes, pour cette âme divine qui venait de remonter au ciel en nous disant : Je vous bénis, mes enfants; aimez-vous toujours bleu, et, pour l’amour de moi, demeurez toujours unis. Voilà ce qu’on n oublié, pas, mademoiselle, et l'on ne pardonne jamais ces hommes dégradés, avilis, perdus, qui se sont armés de sa jeunesse à lui, de son Impatiente ambition pour le rendre perdu, dégradé, avili comme eux-mêmes! Ce sont mes oiseaux de proie à moi, que je poursuis do toute ma haine, de toute ma vengeance , et quand par hasard je rencontre un de ceux-ci, je l'abats avec une joie fébrile, et je le lue, comme on brûlait jadis en elfigie le* voleur» et le* assassin* que la justice ne pouvait atteindre.

(D’Armenonville revient s'asseoir et s'agite avec impatience.)

CAPRAÜICA.

Que ne vous êtes vous fait, monsieur, procureur impérial?

CHARLES

Je le regrette parfois, monsieur.

CAPlUtUCA.

Vraiment?

CHARLES, U loiMSl.

Oui, oui, je voudrais être un de ces chasseur* juridiques qui. le code dans une main et l’épée de la justice dans l’autre, ont le droit de poursuivre et de frapper ces bandits de toutes wrtes!

CAPRAMCA.

En vérité?

CHARLES

Oui , monsieur, oui , j’aurais châtié avec joie ces prétendus réfugiés politiques, Français en Angleterre, Espagnols en Italie et Italiens en France, commensaux habituels de tous les hommes riches et prodigues, auxquels ils aplanissent la route du vice et delaruine... partageant tous les plaisirs, puisant avec impudence dans toutes les bourses. Ces gens-là sont généralement grands, maigres, secs; leur tenue tient du civil et du militaire: ils portent plusieurs ordres étrangers, dont ils sont brevetai... sans garantie du gouvernement

CAPRAMCA.

Je... n’en ai jamais rencontré.

MAUGIR05.

Bon Dieu! quelle société avez- vous donc fréquentée, monsieur?

Toutes, monsieur, depuis le joueur de Bourse, le coulissier, jusqu'au joueur de cartes, jusqu’au grec éhonté.

CHATF.ACRF.5ARD.

Le voilà sur un terrain glissant... Qu’il y prenne garde, le vicomte a pâli.

MAl'GIROH.

Prétendriez-vous, monsieur, qu’il ne va pas d’honnêtes gens à la Bourse?

CHARLES

S’il ne s’v trouvait pas d’honnêtes gens, monsieur, qu’iraient y faire les fripons ?

GEO RG 15 A.

C’est assez vrai.

CHARLES

Il y en a là de toutes sortes : j’en ai connus que l’on y voyait chaque jour, et qui, non contents de Spéculer sur les dangers de l’État, d’escompter les privations ou les soutirâmes publiques, s'informaient adroitement de la perte des autres joueurs et mettaient leur mine à profit. Ils rachetaient leurs titres ou leurs biens, prêtaient en grands seigneurs et se faisaient rembourser en arabes. C-est l'usure d’aujourd’hui, monsieur, l'usure non plus basse, rampante et crasseuse, comptant par livres, sous et deniers, comme jadis; mais l’usure insolente et fière, l’usure en gants iaunes et en petit coupé. Ces messieurs jettent l'or comme ils le gagnent, sans compter. Ils achètent les plus beaux chevaux et marchandent les filles les plus sages. Chacun de ces hommes porte la ruine dans vingt familles et la honte dans vingt autres. Oiseaux de proie à deux têtes, comme l'aigle de Russie, ils guettent d’un coté, le patrimoine des jeunes gens ; de f autre l’honneur des jeunes filles.

CHATEAU R AY5ARD, A Htaglron, ijai frôla* Ht* gant* atee rn|*r*.

Prenez donc garde, mon ami, vous abîmez vos gants jaunes... Il m'amuse^ moi, ce monsieur... A propos, vous nous parliez des antres joueurs... (tes grecs.

CHARLES

Il y en a aui courbent le front et qui s’enfuient couvert* de boute, quand leur ruse infâme se découvre. 11 y en a d’autres, plus criminels cent fois, qui relèvent insolemment la tête lorsqu'on les flétrit.

(D’Armenonville se lève.)

CHATEAUIAY5ARD, Im regardant loua les Am.

Bien ! allez donc, monsieur, allez donc !

CHARLES

Ceux-là se parent d'ordinaire d'un nom ou d'uu titre d 'emprunt... espèce de manteau dont ils croient recouvrir leur opprobre.

(D’Armenonville fait deux ou trois pus vors lui en le regardant.)

CHATEAURAYNARD, I nbMrraol.

Allez toujours, monsieur, allez toujours.

CHARLES, rtfarrtaal a mal it'Amtanaville.

Ceux-là ne se contentent pas d’une proie qu’ils dépouillent. U arrive encore qu’ils la tuent... Us ne se contentent pas d’être voleurs, il faut aussi qu’ils deviennent meurtriers. (D'Armenonville a croisé les bras. Il se trouve auprès de Charles et le

regarde avec fureur. Charles, dans 1* meme posture, le regarde en

Caca.)

CHARLES

Et s'il leur restait un parent, un père ou un frère, il leur dirait : laissez, laissez éclater librement cette rage, nue trahissent vos regards. Allons, frappez ! tuez-moi comme les autres ! pour vous, ce ne sera qu’une victime de plus, et vous m’aurez délivré, moi, d’un fardeau que votre infamie a rendu bien pesant, monsieur !

D’ ARHE505MLLK , f.ial.1 «a 4*r»l«r (*» loi.

Malheureux !...

(Il lève lo bras, puis le laisse retomber on voyant Charles qui reste immobile. Il ae pa»ao la main sur le front et semble accablé.)

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