CHAPITRE III
Sous-ordre des RAPACES DIURNES Famille des FALCONIDES
Genre AQUILA Brisson!'
Chez les aigles, le tarso-métatarsien est robuste. La face antérieure, légèrement excavée, est limitée en dehors parun bord saillant; la face externe est élargie surtout vers le milieu de la longueur ; au contraire, du côté interne, l'os est réduit à un bord en forme d’arèête plus ou moins aiguë. L’extrémité supérieure de l'os du pied est comprimée dans le sens antéropostérieur. La crête interne du talon est proéminente et rejetée en arrière dans l'axe de la facette glénoïdale interne. La crête interne est pelite et tuberculiforme.
L’extrémité inférieure du métatarsien est très puissante. Les poulies digitales sont placées suivant une ligne transverse peu arquée. Elles ont à peu près la même longueur : l'interne est forte et porte en dehors une fossette où s’insère le ligament latéral du doigt correspondant, elle se prolonge par un bord saillant dirigé en dehors; la partie médiane est creusée d'une gorge articulaire profonde et la partie externe, un peu com-
1 Brisson, Ornithologie, vol. I, p. 420, 1760.
primée transversalement, se prolonge en arrière par un bord arrondi.
Aquila (?) hypogea Milne Edwards [Figure 1 et pl, I]
Aquila hypogea, Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux {2° Congrès ornith. Budapest, p. 6o, 1891).
Un fémur trouvé dans les phosphorites de Caylus a suffi pour la détermination de cet oiseau, Milne Edwards le décrit
FiG. 1. — Aquila (?) hypogea. — Tarso-métatarsien (gr. nat.) Escamps, Lot. (Muséum de Munich, n° 223.)
ainsi: «Il est à peu près de la longueur de celui de la buse, mais il est beaucoup plus renflé. Il est plus arqué en avant que chez les circaètes, les bondrées, les busards, les autours et les milans; 1l rappelle, par ses proportions générales, celui des aigles et des pygargues; aussi je crois pouvoir le rapporter sans hésitation à une espèce du genre Aquila, tel que Cuvier l'avait délimité. »
Selon Milne Edwards, la longueur du fémur d’Aquila hypogea atteint 73 millimètres, la largeur de l'extrémité supé-
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 29 rieure 17 millimètres, l'extrémité inférieure 18 millimètres, le diamètre du corps de l'os 8 millimètres. :
Aquila hypogea étant l'unique espèce d'oiseaux de proie diurnes reconnue dans la faune des phosphorites, je crois pouvoir lui attribuer, avec réserve pourtant, un fragment de métatarsien provenant d’Escamps (Lot) et conservé dans la collection du Muséum de Munich sous le n° 223. Cet os, reproduit figure 1, appartient au même groupe de rapaces que le fémur décrit par Milne Edwards, mais il semble provenir d’un individu un peu plus petit que ce dernier. Ces légères différences de dimensions sont insuffisantes pour autoriser une distinction spécifique, car 1l est probable que, chez les oiseaux des phosphorites, les rayons osseux de l'aile et de la patte n'avaient pas entre eux les mêmes rapports de longueur que ceux des rapaces actuels.
Le métatarsien que je rattache provisoirement à Aquila”? hypogea présente une section triangulaire ainsi que celui des aigles, des buses, des busards, des circaètes. La face externe et la face antérieure sont de même largeur. En arrière, l’os est creusé sur toute sa longueur d'une gouttière assez profonde. Mais le bord interne de la diaphyse n’est pas réduit à une arête aiguë comme dans les oiseaux de proie cités plus haut; on remarque le long de ce bord une surface étroite et rugueuse indiquant peut-être la persistance, chez ce rapace des phosphorites, du métatarsien qui est réduit à son extrémité inférieure chez les falconides actuels.
La disposition des trochlées digitales ne ressemble pas à ce qui existe chez ces derniers. Les poulies interne et médiane sont grandes et de même longueur, la poulie externe est courte. La trochlée du doigt interne se prolonge par un bord saillant, dirigé nettement en arrière au lieu de se diriger en dehors. Vues en dessous, les poulies des doigts sont placées comme chez Polyborus tharus Molina, de la faune du Brésil. Elles sont donc situées sur une ligne transverse assez arquée, la poulie interne étant rejetée un peu en arrière de la poulie mé-
diane. La dépression articulaire du doigt postérieur est petite mais bien marquée.
Voici les dimensions de cet os : largeur de l'extrémité inférieure, 10 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 mm. 8.
En résumé, le métatarsien de la collection du Muséum de Munich ressemble à celui des Polyborus par la disposition et le développement des trochlées digitales. Au contraire, la structure triangulaire de sa diaphyse le rapproche des aigles et des busards, mais avec un caractère d'ancienneté nettement accusé par la surface articulaire de son bord interne.
On doit attendre d'autres documents pour être renseigné d'une manière plus précise sur les affinités d’Aquila ? hypogea et savoir enfin à quel genre il convient de le rattacher. Ce qu'on en connaît déjà par le métatarsien reproduit figure 1 suffit pourtant à démontrer, croyons-nous, que cet oiseau de proie était bien différent des aigles.
Sous-ordre des RAPACES NOCTURNES
Famille des STRIGIDÉS Genre NEÉCROBYAS Milne Edwards!
Le tarso-métatarsien de ces rapaces se reconnait à la forme trapue et surtout à la courbure accentuée de la diaphyse. Les Hiboux, les Grands-Ducs, les Kétupas, les Chevèches ont tous, suivant Milne Edwards, l’os du pied beaucoup plus droit. Chez les Harfangs même, le métatarse est moins recourbé que dans le genre Necrobyas. L'articulation supérieure est large et plus épaisse, relativement à la grosseur de l'os, que chez les oiseaux de nuit de la faune actuelle. Les facettes glénoïdales
{ Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux, etc. (2° Congrès ornith. Budapest, p. 61, 1891).
sont situées au même niveau; l'externe, moins profonde que l'interne, se continue en arrière par une saillie qui limite en dehors la coulisse des tendons fléchisseurs des doigts. Sur la face antérieure, 1l n'existe pas de pont osseux au-dessus de la coulisse de l’extenseur, comme on en voit chez tous les rapaces nocturnes de notre époque, excepté les Strix. Les trochlées des doigts sont disposées suivant une ligne très arquée. Sous ce rapport, les Necrobyas se rapprochent des Harfangs et diffèrent des Hiboux et Grands-Ducs. La poulie du doigt interne est plus grosse que les deux autres, elle se continue en arrière par une crête arrondie sur laquelle s’insère le ligament du pouce. La poulie médiane, de même longueur que la précédente fait une forte sullie en avant ; la poulie externe est la plus courte, elle est rejetée en arrière, et comprimée latéralement.
L'humérus est remarquable par sa diaphyse grèle et recourbée en dedans. La surface d'insertion du deltoïde antérieur est plus large que chez les rapaces nocturnes actuels. L'extrémité inférieure est aussi élargie que dans le genre Strix, mais l'empreinte du brachial antérieur rappelle celle des Hiboux et des Scops.
Necrobyas harpax, Milne Edwards (Fig. 2 et pl. I]
Necrobyas harpax, Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate, etc. {2° Congrès ornith. Budapest, p. 61, 1891).
J'ai reconnu cette espèce d’après plusieurs fragments d'humérus et surtout d’après deux tarso-métatarsiens. L'un de ces derniers appartient au Musée de Montauban, l’autre fait par- Ue, sous le n° 115, de la collection du Muséum de Munich.
Celui-ci, reproduit figure 2, est profondément creusé en haut sur la face antérieure d’une dépression où se logeait le muscle exlenseur propre du pouce; cette dépression se prolonge Jusqu'au-dessous du tubercule intercondylien, au lieu que chez les Hiboux et les Grands-Ducs elle se termine insensiblement à
une distance plus où moins grande de l'articulation tibio-tarsienne. On ne voit pas trace, au-dessus de la coulisse de l’extenseur des doigts, du pont osseux qui existe chez tous les nocturnes actuels, à l'exception des Effraies. Milne Edwards a déjà constaté l'absence de ce pont chez Strix antiqua et Bubo Arvernensis des dépôts tertiaires de l'Allier. L’empreinte du tibial antérieur est située plus haut que chez les Harfangs et
Fi. 2. — Necrobyas harpar. — Tarso-métatarsien gauche (gr. nat.). Mouillac, Tarn-et-Garonne. (Muséum de Munich, n° 115.)
les Grands-Ducs, elle rappelle par sa position celle des Hiboux brachyotes. Au-dessous de cette empreinte, la diaphyse devient plus étroite, puis elle s’élargit peu à peu en se rapprochant de l'extrémité inférieure. La face postérieure du métatarsien est creusée d’une gouttière large et profonde qui est légèrement arquée en arrière dans le sens longitudinal, ce qui ne se remarque pas chez les autres représentants du groupe des Rapaces nocturnes. La surface articulaire du pouce, étroite et rugueuse, occupe le bord postéro-interne de l'os du pied. Le pertuis où glisse le tendon de l’adducteur du doigt externe est plus large que chez le Moyen-Duc.
Du côté de l'articulation tibio-tarsienne, le talon est formé
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 33 d'une grosse saillie qui limite en dehors la large gouttière où coulissent les fléchisseurs des doigts. Cette saillie est, d’ordinaire, plus relevée et plus mince. La crète interne est longue et forte ; au contraire, le tubercule intercondylien est massif mais peu saillant.
Nous ne reviendrons pas sur les particularités de |’ AE lion inférieure du métatarsien qui sont conformes à celles indiquées dans la description du genre Necrobyas.
L’os du pied de Necrobyas harpax a les dimensions suivantes : longueur totale 38 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 9 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure ro millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse, > millimètres.
Mine Edwards pense qu'on peut attribuer à cette espèce, ou bien à la suivante, un humérus légèrement plus petit que celui du Moyen-Duc, mais différent par sa courbure et sa gracilité. Voici, d’après cet auteur, les dimensions de l’humérus en question : longueur totale 72 millimètres, largeur de l’extrémité supérieure 16 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure 12 millimètres, largeur du corps de l'os 5 millimètres.
D'après ce qui précède, on peut dire que Necrobyas harpax avait à peu près la grosseur de notre Hibou brachyote, mais que ses pattes étaient plus courtes et plus fortes.
Bubo Poirrieri Milne Edwards! et Bubo Arvernensis Milne Edwards ?, des terrains aquitaniens de l'Allier, ont le métatarsien plus massif et plus grand que Necrobyas harpax. Celui du Sétrix antiqua Milne Edwards#, du même gisement, est un peu plus court mais beaucoup plus grèle.
1 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. Il, p. 496, pl. CLXLIT, fig. 24 à 29.
? Milne Edwards, loc. cit., vol. II, p. 493, pl. CLXLII, fig. 10 à 25.
3 Milne Edwards, loc. cit., vol. II, p. 498, pl. CLXLII, fig. 3 à 9.
Uxiv. DE LYoN. — GaiLLARp, 3
Necrobyas Rossignoli M. Edwards.
Necrobyas Rossignoli, Milne Edwards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate, etc. (2e Congrès ornith., p. 63, 1891).
Cette seconde espèce a été décrite d’après un larso-métatarsien plus court et plus robuste que celui de Necrobyas harpax, mais ayant les mêmes caractères généraux. Voici, selon Milne Edwards, les dimensions de cet os: Longueur totale 32 nullimètres, largeur de l'extrémité supérieure 9 millimètres, largeur de l'extrémité inférieur, 9 mm. 3, largeur du corps de l'os, 5 millimètres.
Ce métatarsien est représenté par un moulage dans la collection du Muséum de Lyon. Parmi les fossiles qui m'ont été envoyés en communication, je n'ai rencontré que des parties d’humérus pouvant être rapportées avec réserve à Necrobyas Rossignoli. Elles sont trop fragmentées pour aider à la connaissance de cette espèce.
Genre\BUBOWNOGuviert.
Le tarso-métatarsien est court, mais notablement plus allongé que dans le genre Nyctea. Le tibia est fort avec une légère concavité sur le bord postérieur. L’humérus est relativement long et grèle, recourbé en dedans; son extrémité inférieure est large et comprimée d’avant en arrière.
Bubo incertus M. Edwards.
Bubo incertus, Milne Edwards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux {2° Congrès ornith. Budapest, p. 63, 1891).
Parmi les fossiles reçus en communication, je n'ai trouvé aucun os pouvant être rapporté à cette espèce, aussi n'est-elle citée ici que pour mémoire.
! Cuvier, Règne animal, p. 33r, 1817.
Elle a été décrite d’après un humérus de dimensions bien supérieures à celles que devait avoir l'os du bras, soit des Necrobyas, soit d'Asio Henrici. Milne Edwards à comparé cet humérus à celui de la Ketupa J'avanensis Lesson!, dont il présente tous les caractères essentiels. Chez Bubo incertus, 1l est long et fortement courbé en dedans: son extrémité inférieure est large et aplatie dans le sens antéro-postérieur. Pourtant la tête humérale est moins renflée, la crête pectorale se prolonge sur une plus grande longueur et la surface d'insertion du biceps est plus courte mais plus élargie. Longueur totale de l’humérus, 91 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure, 16 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure, 16 millimètres, largeur de la diaphyse, 6 millimètres.
Chez les Grands-Ducs actuels, le corps de los est plus robuste et l'extrémité supérieure en est plus large; chez les Hiboux l'os est plus épais, moins arqué et l'extrémité plus étroite.
Genre ASIO, Brisson*.
Le tarso-métatarsien des Hiboux est robuste, peu allongé ; par ses articulations, 1l ressemble beaucoup à celui des Effraies. Cependant le pont osseux qui, dans le genre As1o, sert de bride à l’extenseur commun des doigts, vers l’angle antéro-interne de l'extrémité supérieure, fait complètement défaut dans le genre Sri.
L'humérus est grêle, faiblement recourbé en dedans. Son extrémité supérieure est peu élargie ; la tête articulaire est limitée inférieurement par un sillon bien marqué sur le bord interne. La crête externe, à bord régulièrement courbé, présente en dedans une ligne saillante presque droite qui limite la surface d'insertion du grand pectoral. L'extrémité inférieure
1 Bowdler Sharpe, Cal. of the Striges of the Brit. Mus , vol. IT, p. 8. 2 Brisson, Ornithol., I, p. 28, 1766.
de l’humérus est large. Toutefois, dans le genre Asto, les condyles du cubitus et du radius sont bien plus volumineux que dans le genre S{rix. En conséquence, l'extrémité distale de l’os du bras des [iboux est moins comprimée d'avant en arrière que chez les Effraies ; l'empreinte brachiale est également moins profonde que chez celles-c1.
Asio Henrici M. Edwards.
[Figure 3, 4 et pl. I]
Otus Henrici, Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux (2° Congrès ornith. Budapest, p. 63, 1891).
Ce nocturne a été signalé par Milne Edwards d’après un fragment de tibia et quelques os du pied. De mon côté, je l’a 5 | » J
F1G. 3. — Asio Henrici, — Extrémité inférieure de tibia droit (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Faculté des Sciences de Lyon.)
reconnu d'après l'extrémité inférieure d’un tibia, d'un métatarsien el d'un humérus.
Le fragment de tibia reproduit figure 3 fait partie de la collection de M.le professeur Depéret, à la Faculté des Sciences de Lyon, el correspond parfaitement à la description de Mine Edwards. La largeur de la coulisse de l’extenseur des doigts et la faible saillie que font en arrière les condyles de
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 37 l'articulation tibio-tarsienne, distinguent cet os de celui des Effraies. Le peu de profondeur de la dépression qui surmonte en avant la gorge intercondylienne ne permet pas de lattribuer aux Scops ou aux Af{hene, tandis que cette particularité le rapproche du genre Asto. Il se différencie du bia de l'Asio brachyotus par la gracilité de la diaphyse et la position du tubercule interne sur lequel s'insère la bride ligamentaire du tendon de l’extenseur des doigts. Chez les Hiboux, cette bride est courte et le tubercule d'insertion plus rapproché des condyles ; au contraire, chez les Effraies, elle est longue et la saillie interne se trouve, comme dans Asio Henrici, à une plus grande distance de l'extrémité. Dans cette espèce, l'extrémité inférieure du tibia mesure 8 millimètres de largeur et 6 mm. 8 d'épaisseur, le diamètre transverse minimum de la diaphyse est de 3 mm. 5.
Le fragment de mélartasien que je rapporte à Asio Henrict appartient, sous le numéro QH.150, à la collection du Muséum de Bâle. Les trochlées digitales vues en-dessous sont disposées suivant une ligne fortement arquée. La trochlée externe est courte, comprimée et rejetée en arrière ; les trochlées médiane et interne sont longues et se prolongent également en bas. La poulie interne est grosse et arrondie en avant. La largeur de l'extrémité inférieure est de 8 millimètres, le diamètre transverse minimum du corps de l'os, de 3 mill. 5.
L'humérus représenté figure 4 est conservé dans la collection de l'Institut paléontologique de Berlin. Son extrémité inférieure est large et très comprimée d'avant en arrière. L'empreinte du muscle brachial antérieur est longue, ovale, mais peu profonde, la tubérosité sus-épycondylienne est très rapprochée du condyle radial. Enfin, la coulisse inférieure du triceps est très peu profonde par suite de la faible saillie en arrière de l’épitrochlée. Largeur de l'extrémité distale, 10 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os, 4 millimètres.
Comme le montrent les mensurations qui précèdent, Asio
Henrict était un oiseau de proie de petite taille, assez voisin sous ce rapport de Strix Antiqua M. Edwards! et de Bubo arvernensis? du même auteur, mais notablement plus petit que Strir Sancti- A lbani signalé par Lydekker * dans le Miocène de la Grive-Saint-Alban (Isère).
Les affinités zoologiques du petit rapace des Phosphorites
FiG. 4. — Asio Henrici. — Humérus gauche (gr. nat.) Phosphorites du Quercy. (Institut paléontologique de Berlin.)
semblent assez incertaines : en dehors de la saillie postérieure des condyles du tibia qui est, en effet, moins grande que chez les Effraies et semblable à ce qui existe chez les Hiboux, les divers caractères anatomiques de cet os, aussi bien que ceux de lhumérus, me paraissent rapprocher Asio Henrici plutôt du genre Strix que du genre Asto.
1 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. IT, p. 498, pl. CLXLII, fig. 3 à 9.
2 Milne Edwards, loc. cit. vol. IT, p. 493, pl. CLXLII, fig. 10 à 23.
3 Lydekker, Proceed. 30ol. Society, p. 518, pl, XLI, fig. 1 à 4, 1893.
Genre STRIGOGYPS nov. gen.
L’extrémité inférieure du tibia, au lieu d'être aplatie d'avant en arrière, comme chez la plupart des rapaces nocturnes ou des Falconides, est presque aussi épaisse que large. Les condyles sont volumineux, surtout l’externe, ainsi que chez les Vautours des genres Gyps et Otogyps. Le condyle interne présente en dehors une saillie très développée pour l'insertion du ligament tibio-tarsien, De même que chez tous les oiseaux de proie nocturnes de notre époque, 1l n'y a pas de pont osseux au-dessus de la gouttière de l'extenseur des doigts; mais, dans le genre Strigogyps, la gorge intercondylienne diminue de profondeur de l'avant à l’arrière, tandis que chez les Nocturnes actuels, elle garde à peu près la même profondeur des deux côtés.
Strigogyps dubius nov. sp.
[Figure 5 et p.. II]
Cette espèce est représentée par une portion inférieure de tibia gauche provenant d'Escamps (Lot) et conservée, sous le numéro 2, dans la collection du Muséum de Munich.
La principale différence entre le tibia des rapaces nocturnes actuels et celui de Sfrigogyps dubius consiste, chez ce dernier, dans la forte épaisseur d’avant en arrière de son articulation distale et la faible profondeur de la gorge intercondylienne postérieure. Sur toute la surface articulaire, la plus grande profondeur de cette gorge est très rapprochée de la face interne de l'os. Cette disposition prouve que les facettes articulaires du tarso-métatarsien avaient une surface très inégale. La facette externe devait être beaucoup plus grande que l'interne.
Les condyles du tibia ont environ le même développement relatif que chez Olfogyps auriculartis Daudin, le condyle ex-
10 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY terne est plus haut que l’interne (fig. 5), tandis qu'on remarque un rapport inverse chez la plupart des nocturnes. L'absence de pont osseux au-dessus de la gouttière où ceoulisse l’extenseur commun des doigts autorise, croyons-nous, à classer Sérigogyps dubius parmi les Strigidés, bien que le Hibia des Calaos et de certaines espèces de Perroquets soit également dépourvu de ce pont. Le übia des Buceros, de forme très spéciale, ne peut se confondre avec celui d'aucun autre oiseau. Quant aux Perroquets, leur tibia se distingue très bien
FiG. 5, — Slrigogyps dubius. — Extrémité inférieure de tibia gauche (gr. nat.) Escamps, Lot. (Muséum de Munich, n° 2.)
de celui de tous les rapaces. Chez ceux-ci, les condyles sont disposés parallèlement, au lieu que, chez les Perroquets, ils sont fortement écartés l’un de l’autre vers le bas et rapprochés en haut.
En résumé, le Uüibia de Strigogyps dubius offre, par son aspect général, de grands rapports avec l'os correspondant des Vautours. Toutefois, l'absence de bride osseuse est un caractère essentiellement propre aux Nocturnes qui oblige à le classer, pour le moment, parmi ces derniers.
Les dimensions du fossile représenté en grandeur naturelle ligure 5 indiquent un oiseau de la taille de Gyps fulvus Gmelin, ou de Gypaetus barbatus Linné.
Sous-ordre des CATHARTIFORMES
Famille des CATHARTIDES Genre PLESIOCATHARTES nov. gen.
Ainsi que chez tous les oiseaux de cette famille, le tarsométatarsien de Plesiocathartes est comprimé d'avant en arrière ; sa face antérieure est creusée d’une profonde dépression dans sa moitié supérieure et le corps de l'os porte deux facettes latérales à peu près d’égale surface. Les trochlées digitales, vues en dessous, sont disposées, comme dans les genres Cathartes et Sarcoramphus, sur une ligne transverse très peu arquée, mais elles ont un développement reladif différent. Les trochlées médiane et interne des Cathartides actuels sont grandes et d’égale longueur, la trochlée externe est petite. Chez Plesiocathartes la poulie médiane est seule longue, volumineuse et renflée en avant; la poulie interne, beaucoup plus courte, a environ la même longueur que la poulie du doigt externe.
Plesiocathartes Europæus nov. sp.
‘Figure 6 et pl. IL.]
Ce rapace est connu d’après un métatarsien conservé dans la collection du Muséum de Lyon. L'os du pied ainsi que le tibia étant, comme on sait, les parties les plus caractéristiques du squelette des Condors et des Cathartes, on peut facilement, d'après ce rayon osseux, indiquer la position systématique de l'espèce qu'il représente.
Le tarso-métatarsien des oiseaux de ce groupe se reconnait immédiatement à la section de la diaphyse qui, au lieu d’être triangulaire comme chez les Falconides, est de forme quadranoulaure. L'os est fortement comprimé dans le sens antéro-pos-
térieur; ses faces latérales sont étroites et d’égale largeur (fig. 6). En avant il est creusé dans sa moitié supérieure, d’une gouttière large mais peu profonde dont les deux bords sont également saillants. En arrière, 1l est aussi creusé d’une dépression longitudinale très marquée, mais seulement vers le milieu de sa longueur.
Cet os est brisé au-dessous de l'empreinte d'insertion du tibial antérieur, on ne peut donc rien dire de l'articulation tibio-tarsienne. En ce qui concerne l'extrémité inférieure, elle
FiG. 6. — Plesiocathartes Europæus. — Tarso-métatarsien gauche (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Muséum de là Ville de Lyon.)
est élargie transversalement comme chez les Sarcoramphes de notre époque. La surface articulaire du pouce est peu visible; les poulies digitales sont disposées suivant une ligne transverse faiblement arquée, mais la trochlée du doigt interne est beaucoup plus courte et moins renflée que dans le genre Cathartes. La poulie du doigt médian est creusée sur toute sa surface d’une gorge articulaire profonde.
Les dimensions de Plesiocathartes Europæus sont les suivantes : largeur de l’extrémité distale 7 mm. 8, épaisseur 5 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 3 mm. 7. En le supposant complété d'après l’os du pied de Cathartes aura L., ce métatarsien aurait une longueur totale de 33 millimètres.
Les mensurations précédentes montrent que le Plesiocathartes des Phosphorites était un rapace de très petite taille.
Les plus petits Cathartes vivants, tels que /Ænops Falklandica Sharpe!', des îles Malouines, où Ænops pernigra Sharpe, de la Guyane et du Pérou, sont beaucoup plus grands, puisque leur métatarsien atteint une longueur de 60 à 65 millimètres. Plesiocathartes Europæus est la première espèce du groupe qui soit signalée dans les gisements tertiaires de l'ancien Monde. Jourdan* annonça pourtant autrefois avoir trouvé, dans les calcaires d'Auvergne et du Velay, plusieurs crânes d’oiseaux dont un semblable à celui du Catharles urubu, mais on ne sait ce qu'est devenu ce crâne qui n’a été ni décrit, ni figuré. On a vu plus haut que l'os du pied reproduit figure 6 présente les particularités essentielles des Cathartides. Seule la trochlée du doigt interne est moins développée que chez ces derniers. Par ce caractère le Plesiocathartes du Midi de la France semble représenter une espèce vivant plutôt sur le sol que dans l'air, beaucoup moins spécialisée que les Cathartes de notre époque, et formant transition entre les Sarcoramphes proprement dits et les oiseaux tels que les Serpentaires ou les Palamédéides. J'ai pu examiner en détail le squelette d'un oiseau de cette dernière famille Chauna chavaria Linnéÿ, et j'ai constaté une parenté évidente, qui n’a cependant pas été signalée, entre celui-ci, les Serpentaires et les Cathartides. Le crâne de Chauna chavaria ressemble beaucoup à celui de l'Urubu, Catharistes Atralus Bertram', et d’Ænops aura Lan. L’aire géographique des Cathartides est limitée de nos jours,
à l'Amérique exclusivement. Le genre Sarcoramphus habite l'Amérique centrale et méridionale jusqu'au 40° degré de latitude sud. Les Cathartes vivent depuis le 20° degré de latitude sud jusqu'au Mexique. Le genre Catharistes se trouve entre le
Sharpe, Calal. of the Accipitres in the coll. of {he Bril. Mus., vol, TI, p. 27. Jourdan, Nouveau genre de Rongeurs fossiles (Journal l'Instilut, 1857, p. 344). — Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. Il, p. 453.
3 Pycraft, Contributions to the osteology of Birds, part V, Falconiformes (Proceed. zool. Soc. of London, p. 277, pl. XXXI, fig. r, 1902).
4 Salvadori, Catal. of the Chenomorphæ (Palamedeæ Phænicoptleri, Ansere) of the Bril. Mus., vol. XXVII, p. 4, London, 1895.
ES
40° degré de latitude nord et le 4o° degré de latitude sud. Enfin, le genre Ænops a une aire un peu plus étendue. Ces rapaces se rencontrent depuis le 49° degré nord jusqu'à l’extrème sud de l'Amérique méridionale, ainsi que dans les îles de Cuba, de la Jamaïque et Falkland.
Les vautours américains ont les mêmes mœurs et le même régime que les vautours de l’ancien monde. Ils se nourrissent en général de détritus et d'animaux morts.
La découverte d’un Cathartide dans les dépôts tertiaires de la France a une grande importance, car elle fait entrevoir, pendant la longue période de formation des phosphorites, la possibilité d'une migration de types américains en Europe.
Famille des SERPENTARIDES
Genre AMPHISERPENTARIUS nov. gen.
Les caractères ostéologiques des Serpentaires consistent, comme on sait, dans la grande longueur du tibia et du tarsométatarsien. De plus, l'extrémité inférieure du tibia est comprimée latéralement ainsi que chez les Sarcoramphes, au lieu d’être aplatie d'avant en arrière comme chez les Falconides. Par l’articulation tibio-tarsienne, le genre Amphiserpentarius semble intermédiaire entre les Serpentaires et les Sarcoramphes. L'extrémité est moins comprimée transversalement que chez le Secrétaire, mais elle l’est beaucoup plus que dans les genres Sarcoramphus et Cathartes. Comme chez le Serpentaire de l’époque actuelle, les condyles articulaires sont très proéminents; de même, la gorge intercondylienne postérieure est profonde, mais les condyles ne font pas en arrière une aussi forte saillie sur la face postérieure de la diaphyse.
Amphiserpentarius Schlosseri nov. sp.
[Figure 7 et pl. II|
Cette espèce est représentée, dans la collection du Muséum de Munich, par l'extrémité inférieure d’un bia gauche provenant d'Escamps, près de Lalbenque (Lot).
Le corps de l'os est presque parfaitement droit; 1l est un peu aplati en avant et arrondi en arrière. L'extrémité inférieure, moins comprimée latéralement que chez les Serpenaires de notre époque, porte des condyles articulaires très saillants: la gorge intercondylienne diminue progressivement de profondeur en allant de lPavant à l’arrière, où elle est encore très bien délimitée par des bords qui font saillie sur la face postérieure du corps de l'os (fig. 7).
La gouttière de l’extenseur des doigts est profonde; près de l'extrémité inférieure, elle se dirige obliquement du milieu de l'os vers le côté interne, où elle débouche au-dessus du condyle correspondant. Le pont osseux sus-tendineux est large et oblique. Au-dessus et au-dessous de ce pont, on remarque les deux tubérosités sur lesquelles s’attachait la bride ligamentaire du tibial antérieur. L'une est située sur le bord interne de la gouttière de l’extenseur des doigts, immédiatement au-dessus du pont osseux; l’autre, tuberculiforme, se trouve au-dessus et un peu en dedans du condyle externe. Sur la face externe de l'os, on voit une petite coulisse qui sert à loger, comme chez la plupart des rapaces diurnes, le tendon du muscle court péronier ; elle est limitée par deux arêtes très légèrement saillantes.
Enfin, je signalerai au-dessus du condyle externe, entre la souttière du court péronier et la tubérosité ligamentaire du ibial antérieur, un très petit canal qui pénètre dans l'os et débouche, sous le pont osseux, dans la gouttière de l’extenseur des doigts. Ce petit canal vasculaire existe chez les Serpen-
taires, les Cathartides, les Gypaètes : il fait défaut chez les
Falconides. us Les condyles du tibia portent en dehors une crête assez
marquée pour l'insertion du ligament ibio-tarsien. En outre,
dans la gorge intercondylienne se trouve une petite dépression
Fi. 3. — Amphiserpentarius Schlosseri. — Tibia gauche (gr. nat.). Escamps, Lot. (Muséum de Munich, n° 1.)
transversale servant d'attache au ligament articulaire antérieur.
Longueur totale du fragment de tibia, 81 millimètres ; largeur de l'extrémité inférieure, 17 millimètres; diamètre antéro-postérieur de l'articulation, 17 mm. 2; diamètre transverse minimum du corps de l'os, 10 millimètres.
Je crois pouvoir rapporter au Serpentaire des Phosphorites une première phalange de doigt médian trouvée à Mouillac et conservée au Muséum de Munich sous le n° 114. Les particu-
larités anatomiques de cet os sont voisines de celles que présente le rayon correspondant chez les Serpentaires et Sarcoramphes de notre époque. Pourtant la carène médiane de la surface articulaire proximale est moins saillante dans lespèce fossile. Les dimensions de cette phalange sont les suivantes : longueur totale, 33 millimètres; épaisseur et largeur de l'extrémité proximale, 10 millimètres ; largeur de l'extrémité distale, 8 millimètres; épaisseur, 7 millimètres.
A en juger par les dimensions du tibia, Amphiserpentarius Schlosseri était plus grand que les cigognes tertiaires telles que Pelargopsis Trouessarti, Pelargopsis Stehlini des phosphorites et même Pelargopsis magna Milne Edwards! de l’Aquitanien de l'Allier. Sa taille était un peu inférieure à celle de Propelarqus Cayluxensis Lydekker* ou de Serpentarius robustus Milne Edwardsÿ, l’unique espèce de ce groupe découverte dans les dépôts tertiaires avant celle des phosphorites.
Le tibia recueilli dans le gisement d’Escamps provient d’un Echassier à jambes relativement courtes. Il représente une forme plus rapprochée des Cathartides que ne le sont les Serpentaires de l’Aquitanien ou ceux de notre époque.
Actuellement, les Serpentaires habitent l'Afrique, depuis le Cap jusqu’au 15° degré de latitude nord. Ils vivent surtout dans les plaines, où ils se nourrissent d'insectes, d'oiseaux, de serpents, ainsi que de petits mammifères.
Genre TAPINOPUS Milne Edwards”
L'os du pied est court et robuste. Les facettes glénoïdales de oO l'extrémité supérieure sont disposées obliquement d'arrière en
1 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. 1, p. 460, pl. LXXIT, fig. 11 à 19.
? Lydekker, Catal. of Birds of Brit. Mus., p. 65, fig. 16.
3 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. IT, p. 469, pl. CLXXX VI.
4 Milne Edwards, Sur les oiseaux des dépôts éocènes de phosphate de chaux (2° Congrès ornith. de Budapest, p. 79, 189r).
avant. Le talon est large, peu saillant ; il n’est perforé par aucune coulisse tubulaire et sa surface postérieure, au lieu d’être creusée de gouttières plus ou moins profondes, est aplatie; un léger bourrelet médian la divise en deux dépressions très superficielles.
La face antérieure de la diaphyse est creusée en haut d’une gouttière peu profonde. L’extrémité distale est très élargie. Les poulies des doigts sont fortes et placées sur une ligne transversale presque droite. La poulie médiane est longue et renflée; l’interne, plus petite, arrondie en avant, se prolonge un peu moins bas que la précédente; la poulie externe est la plus courte, elle est comprimée latéralement et creusée d’une sorge peu profonde. Le pertuis inférieur, qui s'ouvre immédiatement au-dessus de l’échancrure externe, se continue en haut par une petite coulisse.
Tapinopus Ellioti Milne Edwards [Figure 8 et pl. I]I] Tapinopus Ellioti, Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux (2e Congrès ornith. Budapest, p. 79, 1891).
Cet oiseau est représenté, dans la collection du Muséum de Berlin, par un larso-métatarsien gauche dont le talon et les poulies digitales sont un peu détériorés. Au lieu de donner la photographie de ce fossile, j'ai cru préférable de reproduire figure 8 le dessin original que Milne Edwards avait fait exécuter pour le mettre à l'appui de sa description et que M. le professeur Trouessart m'a très obligeamment communiqué.
Le fossile du Muséum de Berlin correspond parfaitement à la description de Milne Edwards. Le talon de l'articulation supérieure est en partie brisé; on peut voir néanmoins qu'il n'est traversé par aucune coulisse tubulaire. Cette disposition assez rare existe seulement chez les Cigognes, les Ibis, les
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 19 Tantales, les Marabouts, les Jabirus et surtout chez les Palamédéides, les Cathartides et les Serpentaires. De chaque côté du talon, on remarque une dépression bordée à l'extérieur d'une ligne saillante sur laquelle s’insèrent le fléchisseur propre du pouce et, du côté opposé, l’abducteur du doigt externe. Dans sa partie médiane, le corps de l’os à une épaisseur à peu près égale à la largeur. En avant, 1l est creusé sur
Tarso-métatarsien gauche (gr. nat.)
FiG. 8. — Tapinopus Ellioti — (s
Phosphorites du Quercy. (Dessin communiqué par M. Trouessart.)
son tiers supérieur d’une dépression qui devient de plus en plus profonde à mesure qu'on se rapproche de l'articulation proximale. L’empreinte d'insertion du üibial antérieur est peu saillante : au-dessus s’ouvrent les pertuis supérieurs. Le pertuis inférieur est situé à une très faible distance de l'échancrure interdigitale externe.
Comme nous l'avons indiqué plus haut, les poulies des doigts sont disposées suivant une ligne transversale très peu arquée. La poulie médiane est la plus longue: elle dépasse
Univ. DE LYoN. — GAILLARD
notablement la poulie externe. Celle-ci, petite, comprimée dans le sens latéral, n’est qu’en très faible reculement sur la précédente. La poulie interne se prolonge presque aussi bas que la médiane, mais son diamètre antéro-postérieur est beaucoup plus réduit ; sa surface articulaire, au lieu d'être creusée d'une gorge, est arrondie en avant. L'empreinte du métatarsien postérieur est petite, à peine marquée.
Le fossile du Muséum de Berlin a les dimensions suivantes : longueur totale 58 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 10 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 mm. 2, épaisseur de l’os dans sa partie médiane 4 mm. 2, largeur de l'extrémité inférieure 11 millimètres.
L'os du pied Tapinopus Ellioti rappelle un peu celui des huîtriers, mais il en diffère par sa diaphyse plus robuste et avant tout, par les caractères importants de larticulation proximale. Cet oiseau, qui se distingue de tous les genres aujourd'hui connus, doit être classé parmi les oiseaux coureurs à courtes pattes.
La disposition des trochlées digitales prouve, en effet, que Tapinopus Ellioti était adapté à une existence terrestre. Toutetois, en tenant compte comme il convient de la structure de l'articulation supérieure de l’os du pied, qui ressemble beaucoup à ce qui existe chez les cathartides et les serpentaires, nous croyons que l'oiseau des phosphorites doit être rapproché de ces derniers. |
Le peu que nous connaissons de son squelette autorise à rattacher Tapinopus Ellioti à la famille des serpentaires dans laquelle 1l représente un rameau de formes à pieds courts, inconnu jusque-là.
Le spécimen dessiné figure 8 est un peu plus grand que celui décrit par Milne Edwards. Entre les deux, il y a une différence de longueur de 5 à 6 millimètres, attribuable sans doute à des variations individuelles ou sexuelles, comme 1l en existe, par exemple dans les diverses espèces d’outardes chez lesquelles la femelle est toujours plus petite que le mâle.
Dans la collection du Muséum de Paris, les deux types sont
représentés : cinq mélatarsiens se rapportent à celui qui est
conservé au Muséum de Berlin, un seul correspond absolument à la description de Milne Edwards.
Sous-Ordre des PICO-PASSERIFORMES !:
Famille des CORACIDÉS
Genre GERANOPTERUS Milne Edwards?
Selon Milne Edwards, l'humérus d’après lequel ce genre a été établi, indique un oiseau voisin des Coracias, des Eurystomes et des Momots. La tête humérale médiocrement renflée ne s’abaisse que peu en arrière, la surface d'insertion du deltoïde et la surface bicipitale sont plus élargies que chez les Rolliers ou les Eurystomes et ressemblent davantage à ce qui existe chez les Momots. Sur la crête pectorale haute, longue, à bord arrondi, se voit un large espace pour l'insertion du grand pectoral. Le trochanter interne surmonte une fosse profonde, percée d’un foramen pneumatique. Le corps de l'os, presque cylindrique en son milieu, s’élargit et s'aplatit vers l'extrémité inférieure où l'empreinte brachiale, peu marquée, s'étend obliquement du bord interne jusqu'au-dessus du condyle radial. La tubérosité sus-épicondylienne fait une forte saillie ainsi que chez les Eurystomes et l'épitrochlée se prolonge beaucoup en arrière.
{ Ernst Hartert, Catalogue of the Picariæ in the coll. Brit. Mus., vol. XVI, p. 2, London, 1892.
? Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux du sud de la France (2e Congrès ornilh. internal., Budapest, p+ 66, 18gr).
Geranopterus alatus Milne Edwards [Figure 9 et pl. HT]
Geranopterus alatus Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des
dépôts éocènes de phosphate de chaux, p. 66, 1897.
Parmi les documents conservés au Muséum de Munich, cette espèce est représentée par un humérus (n° 25) provenant d'Escamps, près de Lalbenque. Cet os du bras est tout à fait
Fic. g. — Geranoplerus alatus. — Humérus droit (gr. nat.). Escamps. (Muséum de Munich, n° 223.
conforme au spécimen original de Milne Edwards que j'ai pu examiner dans la collection du Muséum de Paris.
La structure et les proportions générales de ce fossile montrent qu'il provient d'un membre de la famille des Coracides. Seules la surface bicipitale et l'insertion du deltoïde antérieur rappellent ce qu'on voit chez quelques OISEAUX voisins du groupe des Halcyonides, tels que les Momots.
Outre les caractères génériques indiqués plus haut, nous devons signaler quelques particularités d'ordre secondaires qui aideront à distinguer l'espèce des Phosphorites et à
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 09 fixer sa position systématique. Chez Geranoplerus alatus, l'extrémité supérieure de l'os du bras est plus élargie relativement que dans le genre Coractas; elle a, environ, les mêmes proportions que chez les Eurystomes et se rapproche surtout d'Eurystomus qglaucurus Müller! qui habite la côte orientale de l'Afrique et Madagascar. Mais l'humérus du coracidé tertiaire est, dans son ensemble, plus robuste, plus recourbé d'avant en arrière que celui des diverses espèces vivantes de cette famille. La tête humérale très comprimée indique un oiseau bien doué sous le rapport du vol. Les dimensions de cet os sont les suivantes : longueur totale 45 millimètres, largeur de l'extrémité proximale 12 millimètres, largeur de l'extrémité distale 10 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 millimètres.
D'après ces indications, Geranoplerus alalus avait environ la taille d'Eurystomus orientalis Lin., le Rollier des Indes, ou d'Eurystomus qlaucurus.
Dans la faune actuelle, les genres Coracias et Eurystomus, voisins du géranoptère des phosphorites, sont représentés chacun par une dizaine d'espèces qui habitent les régions tropicales de l’ancien continent. Coracias qarrulus Linné, et Eurystomus calonyx Hodgson, font seuls exception: en été, le premier se montre dans Île nord de l'Europe, le second se rencontre dans le nord de la Chine et jusqu'en Mandchourie.
Le genre Momotus compte onze espèces qui vivent toutes dans les régions chaudes de l'Amérique, depuis le Mexique jusqu'à la Bolivie.
Les Coracidés recherchent en général les lieux secs des plaines, les bois clairsemés. Ils sont rares dans les montagnes et ne se montrent pas dans les forêts vierges. Les Momots sont au contraire des oiseaux sylvicoles.
{ Grandidier, Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar : Milne Edwards et Alf. Grandidier, Histoire naturelle des oiseaux, p. 214, pl. LXXXII, fig. 4,
ot =
Si Geranoplerus alatus avait, comme il est très probable, les mêmes mœurs que ses parents actuels les Eurystomes, on peul penser que le sud-ouest de la France était, durant la période des Phosphorites, sec, chaud et parsemé, au moins dans certaines parties, de petits bois ou de bouquets d'arbres.
Famille des ÆGIALORNITHIDES!
Genre ÆGITALORNIS Lydekker ?
Tachyornis Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux du sud de la France 2° Congrès ornith., Budapest, p. 66, 1891),
Le tarso-mélatarsien présente un ensemble de caractères rappelant les Eurystomes, les Cypsélides et les Engoulevents. L’extrémité supérieure est comprimée d'avant en arrière, mais la facette glénoïdale interne est située à un niveau un peu plus bas que l’externe, alors que chez un grand nombre d'oiseaux les facettes articulaires ont une disposition inverse. Le talon, formé de deux crêtes dont l’interne est la plus longue, se dirige obliquement en arrière et en dehors; 1l est percé d'un seul canal tubulaire, comme dans les genres Eurystomes et Caprimulqus. Le corps de l'os est comprimé dans le sens antéro-poslérieur. Les trochlées digitales sont disposées sur une ligne transverse très arquée ; la trochlée interne, de même longueur que l'externe, est rejetée en arrière beaucoup plus que chez les Eurystomes.
L'humérus est court et fort avec une longue, proéminente et anguleuse crête delto-pectorale, une profonde gouttière coracohumérale, une apophyse sus-épicondylienne grande et aplatie comme chez les Cypsélides. L’humérus n’a pas de fosse tricipitale supérieure, n1 de foramen pneumatique. À l'extrémité
Lydekker, Catalogue of the fossil Birds of the Bril. Mus., p. 182, London, 1891. Lydekker, ibidem, p. 183, London, 1897.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 55 inférieure, l'impression brachiale est peu délimitée. Le cubitus est plus long que l'humérus et la surface d'insertion du brachial est bien marquée. La phalange proximale du doigt médian de la main, attribuée à ce genre par Lydekker, ressemble par sa double perforation à celles des Larides et des Engoulevents, mais ses proportions générales se rapprochent davantage de ce qui existe dans le genre Caprimulqus.
Ædgialornis Gallicus Lydekker (Figure 10 et pl. 11] Ægialornis Gallicus Lydekker.— Catalogue of the fossil Birds in the Brit. Mus., p. 183, fig. 41, 1891.
Tachyornis hirundo Milne Edvards. — Sur les” oiseaux fossiles des
dépôts éocènes de phosphate de chaux (2° Congrès ornith. Budapest, p. 66, 1891).
Les nombreux humérus de cette forme, qui font partie des collections de Munich, de Bâle et de Montauban, prouvent
FiG, 10, — Ægialornis Gallicus. — Humérus droit et phalange proximale du doigt
médian de la main gauche (gr. nat.). Caylus. (Muséum de Lyon.)
qu’elle était excessivement commune pendant la période des phosphorites.
Dans la petite série d’ossements du Muséum de Lyon, Ægialornis Gallicus est représenté par deux humérus et une première phalange du doigt principal de l'aile téostdtibeds: reproduit figure 10, correspond exactement à la description donnée simultanément par Lydekker et par Milne Edwards. Ses
56 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY particularités indiquent des affinités avec les Martinets, sans présenter toutefois une puissance musculaire aussi forte que chez ces derniers. La tête humérale, aplatie d'avant en arrière, prouve que les ailes n'exécutaient que des battements peu précipités. Le sillon du ligament coraco-huméral, qui s'étend sur toute la largeur de l'os, est profond, surtout du côté interne. La surface bicipitale, en saillie, est séparée de l'espace où s'insère le deltoïde antérieur, par un léger bourrelet longitu dinal. La crête pectoraie se continue jusqu’au milieu de los. Enfin, le trochanter volumineux et très saillant, surmonte une fosse étroite mais assez profonde, au fond de laquelle on ne voit aucun orifice pneumatique.
Le corps de l'os est large, un peu aplati dans le sens antéropostérieur. L'apophyse sus-épicondylienne a la même forme et le même développement que chez les Martnets; elle est placée à une distance de l'extrémité inférieure de l'os, égale à la largeur de l'articulation. L’empreinte d'insertion du fléchisseur de l'avant-bras est pelite, assez rapprochée du tubercule susépitrochléen. Les condyles sont petits, notamment le condyle cubital très allongé transversalement. La coulisse inférieure du triceps est profonde.
Longueur totale de l'humérus 26 millimètres, largeur de l'extrémité proximale 8 mm. 5, largeur de l'extrémité distale 6 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 mm. ).
La phalange proximale du doigt médian de l'aile a les mêmes proportions relatives et la même conformation générale que chez Caprimulqus macrurus Horsf, de la faune actuelle de Cochinchine. Dans les deux cas, l’espace vide qui sépare les lames externe et interne de la phalange, est divisé en deux parties égales par une mince cloison oblique. Chez Ægialornis Gallicus, la lame postérieure ou interne se continue en arrière par une apophyse phalangienne, en forte saillie sur la surface aruiculaire inférieure. De ce côté, l'épaisseur de l'os est,
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 57 comme chez les Larides, beaucoup plus faible que vers l’extrémilé supérieure, tandis que chez Caprimulqus macrurus, l'épaisseur est sensiblement la même des deux côtés.
Longueur totale de cette phalange, d’une articulation à l'autre, 12 millimètres, épaisseur de l’extrémité supérieure 3 mm. 5, épaisseur de l’extrémité inférieure > millimètres.
RAPPORTS ET DIFFÉRENCES. — Les deux grands paléontologisles qui se sont occupés des oiseaux des phosphorites, n’ont pas été du même avis en ce qui concerne la position systématique d'Ægialornis Gallicus. Cet oiseau a été décrit par Lydekker comme un Laridé incertain, alors que Milne Edwards, lui trouvant des rapports avec les passereaux, le nommait Tachyornis hirundo, pour indiquer ses affinités avec les Martinets.
Voici, à ce sujet, ce que dit Lydekker ‘ dans le Cataloque des oiseaux fossiles du Muséum de Londres : « La phalange proximale du second doigt de la main est impossible à distinguer de celle des Laridés... Outre ce caractère, l’'humérus ressemble à celui des Mouettes par la structure du condyle cubital et la présence de deux petites dépressions ligamentaires sur le bord interne de l'extrémité distale. La forme de la crête delto-pec torale, la position et l'aspect de la surface d'insertion du moyen pectoral, l’aplatissement de la tête et la proéminence du condyle cubital sont des particularités essentiellement propres aux Laridés. »
De son côté, Milne Edwards? décrit ainsi les rapports de Tachyornis hirundo : « L'étude de l'os du bras de cet oiseau permet de fixer approximativement ses affinités zoologiques : cette pièce se fait remarquer par des caractères anatomiques nettement accentués, qui rappellent quelques-uns de ceux propres au groupe des Cypsélides.. Le corps de l’os est court,
1 Lydekker, Catal. of the fossil Birds, p. 183 et 184, London, 18gr. ? Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes (2e Congrès ornith. Budapest, p. 66, 18gr).
large et un peu comprimé d'avant en arrière. La petite apophyse sus-épicondylienne est très relevée et située à une distance de l'extrémité égale à la largeur de l’articulation. Elle est peu élargie, mais extrêmement saillante; ce n'est, comme je l'ai dit plus haut, que chez les Cypsélides et les Trochihides qu’elle affecte cette forme, mais elle prend naissance au niveau et en arrière de la crête pectorale, ce qui n’a pas lieu dans notre fossile. »
De telles divergences de vues chez des naturalistes aussi éminents montrent bien les grandes difficultés qu'on éprouve à identifier les restes isolés d’une faune ornithologique si différente de la faune actuelle.
Sans prétendre trancher le différend, je crois pouvoir néanmoins apporter plusieurs indications nouvelles à l'appui de l'opinion de Milne Edwards. J'ai remarqué, en effet, dans la collection du Muséum de Paris, plus de vingt spécimens de petits métatarsiens qui me paraissent appartenir à Ægialornis Gallicus. D'autre part, il exis‘e dans les séries des Musées de Bâle et de Lyon, deux os du pied du genre Æqialornis également, mais d'une espèce un peu plus grande que la précédente. Les particularités anatomiques et les proportions de ces os se rapportent à des grimpeurs rappelant à la fois les Eurystomes, les Engoulevents et les Martinets.
L'attribution au genre /Ægialornis, de ces rayons osseux, dont on trouvera la description à l'espèce suivante, me semble justifiée, d’abord par la concordance que je crois voir entre les caractères du métatarsien et ceux de l'humérus, et aussi par la raison suivante qui ne manque pas de valeur : en supposant fondé l'avis d’après lequel l’espèce précitée appartiendrait à la famille des Larides, comment expliquerait-on l'absence complète d'os du pied ayant des rapports avec celui des Mouettes, dans les gisements où les humérus d’Ægialornis Gallicus sont excessivement communs ?
Enfin, une des principales raisons invoquées par Lydekker pour rattacher aux Larides l'espèce en question lui a été four-
nie par l'examen de la phalange proximale du doigt médian de l'aile. Cette phalange, de forme très spéciale, présente chez -Ægialornis Gallicus une double perforation comme chez les Mouettes. Mais cette perforation ne se rencontre pas seulement chez les Mouettes, ainsi qu'on le croirait à la lecture de la note ci-après ! : « In pl. CLXV, fig. 2, of Milne Edwards’s ‘‘ Oiseaux fossiles de la France ”, the proximal phalangeal of the Manus of Merops is represented to be fenestrated in the manner of that of the Laridæ and the present family (Ægialornithidæ) ; such fenestration does not, however, occur in a Skeleton of Merops in the Museum of the Royal College of Surgeons. »
Cette dernière observation est exacte. Dans le genre Merops, la phalange principale du doigt médian de l'aile n'est pas perforée. Mais cette disposition est fréquente dans un autre genre du groupe des Passeriformes. Pour ma part, je l'ai trouvée chez plusieurs Engoulevents, notamment chez Caprimulqus macrurus Horsf. de Cochinchine, Sfenopsis Cayenensis Gmelin et Caprimulg. Madagascariensis Sganzin.
Au reste, Lydekker se trompe en parlant d'un Guêpier à propos de la figure 2, de la planche 165. Cette figure représente le squelette de l'engoulevent de Cayenne, comme lindique l'explication en regard; le guêpier, Merops amictus Temm. est reproduit à la figure r de la même planche.
On le voit, la double perforation de la grande phalange de l'aile ne saurait autoriser à classer Æqialornis Gallicus parmi les Mouettes, puisqu'elle n’est pas particulière à ce groupe d'oiseaux. Elle existe chez les Engoulevents et probablement aussi dans d'autres genres de Grimpeurs vivants et fossiles. Les découvertes futures montreront peut-être qu'elle se rencontre encore chez les Archæotrogons, très communs dans les dépôts de phosphorites.
Etant donné que les Ægtalornis se rapprochent surtout des Eurystomes et des Cypsélides, que, d'autre part, les Archæo-
1 Lydekker, Catalogue of the fossil Birds in the British Muséum (Natural History), p. 182, London, 18gr.
60 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY trogonrappellent plutôt les Engoulevents, au moins par l’extrémité inférieure de l'humérus, je ne serais pas éloigné d'admettre que la phalange proximale attribuée à Æqialornis Gallicus pût provenir d’une petite forme du genre À rchæo- {rogon, qui appartient également au groupe des Grimpeurs. Pour être absolument fixé à cet égard, 1l faut attendre d’avoir trouvé, dans les dépôts stratifiés de l’époque des phosphorites, divers débris squelettiques en connexion, soit d’Æqialornis, soit d’'Archæotrogon.
Ægialornis Leehnardti nov. sp.
[Figure 11, 12 et pl. LI]
Cette espèce est basée sur un humérus, de la Faculté de Théologie de Montauban, et sur un tarso-métatarsien du Muséum de Lyon, qui proviennent d’une espèce un peu plus grande que la précédente et douée d’une puissance musculaire plus forte.
L’os du bras représenté, figure 11, offre les principaux caractères d’Ægialornis Gallicus, mais les diverses surfaces d'insertions musculaires n'ont pas le même développement relatif dans les deux espèces. La tête huméraled’Ægialornis Leehnardti est plus comprimée d'avant en arrière. Le sillon du higament coraco-huméral ne s'étend pas sur toute la largeur de l'os. La surface bicipitale qui forme une légère saillie, est limitée du côté externe par un petit bourrelet longitudinal. La crète pectorale se continue plus bas proportionnellement que chez Æqialornis Gallicus, mais le trochanter interne est moins saillant et plus volumineux que chez celui-ci. Enfin, l'empreinte du moyen pectoral n’a pas la même étendue ni la même disposition.
Le corps de l'os est large, aplati et presque droit. L'ensemble de l'extrémité inférieure rappelle beaucoup ce qu’on voit chez les Martinets. L'apophyse sus-épicondylienne a la même longueur et la même forme que dans /Ægialornis Gallicus, mais elle est placée à une distance moins grande relativement de
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 61 l'extrémité de l'os, il en est de même de la tubérosité sus-épitrochléenne.
Longueur totale de l'humérus d'Ægialornis Leehnardii, 30 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure, millimètres, largeur de l'extrémité inférieure, 7 mullimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse, 3 mm. 8.
En ce qui concerne le tarso-métatarsien, 1l présente, comme nous l'avons dit plus haut, des particularités rappelant les Eury-
Fic. 11, — Ægialornis Leehnärdti. — Humérus droit (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Musée de Montauban.)
stomes, les Engoulevents et les Martinets. L’extrémitésupérieure est aplatie dans le sens antéro-postérieur de même que chez ces derniers, mais les facettes glénoïdales ont une disposition différente : la facette interne est située à un niveau plus bas que la facette externe, tandis que chez un grand nombre d'oiseaux la disposition est inverse. Le talon, formé de deux crêtes dirigées obliquement en arrière, est percé d'un seul eanal tubulaire, ainsi que chez les Engoulevents et les Eurystomes, alors que l'insertion du tibial antérieur, fait une forte saillie comme dans le genre Cypselus.
A l'extrémité inférieure, les poulies digitales ont une disposition fortement arquée. La trochlée médiane est large et creusée d'une profonde gorge articulaire qui se termine en haut par
62 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY une pelite fossette. Les poulies latérales sont courtes et de même longueur, mais l’interne est rejetée assez fortement en arrière. La surface articulaire du pouce est longue et très marquée. | Longueur de l'os du pied, 14 millimètres, largeur de l’extrémité supérieure, 3 mm. 5, largeur de l'extrémité inférieure, 3 mm, », diamètre transverse minimum
de la diaphyse, 1 mm. 7.
En résumé, le tarso-métartasien d’Æ- | gialornis Leehnardli présente une asso-
cialion de caractères assez différents. L’articulation tibio-tarsienne rappelle surtout les genres Eurystomus et Caprimulqus, c’est-à-dire des Pico-Passeriformes dont trois ou quatre doigts sont dirigés en avant!. Au contraire, l'articulation métalarso-phalangienne se rapproche, par la
Fic, 1. — Ægialornis Situation de la poulie digitale interne, de
Leeknardli. — Tarso- | disposition particulière aux Trogonides, métatarsien gauche. A.
gr. nat. ; B.2/r. Caylus. les Grimpeurs chez lesquels les premier et
(NAS m een) deuxième doigts dirigés en arrière, sont
opposables aux troisième el quatrième
doigts dirigés en avant. Les affinités avec les Trogonides sont
ici beaucoup moins accusées que dans le métatarsien des Archæotrogon qui sont décrits plus loin.
L'os du pied d’Æqialornis Leehnardii est peu commun. Outre celui qui vient d'être signalé, 1l en existe un second exemplaire (Q H. 162) dans la collection du Muséum de Bâle. Toutefois, j ai remarqué dans la belle collection du Muséum de Paris, 20 à 30 métatarsiens de même aspect, mais de dimensions un peu plus faibles (10 à 12 millimètres de longueur), qui apparliennent probablement à /Ægialornis Gallicus, ainsi qu à une petite espèce d’Archæotrogon.
{ Osbert Salvin et Ernst Hartert, Catalogue of (he Picariæ in the collection of the Brit. Mus., vol. XVI, p. 2, London, 1892.
Genre CYPSELAVUS nov. gen.
L'humérus de ce genre présente un ensemble de caractères voisin de ceux que l’on observe dans le genre Cypselus. L’os du bras des Martinets actuels est comme on sait, très court, presque aussi large que long. Toutes les apophyses musculaires sont volumineuses; la crête pectorale est pointue et relevée; le trochanter interne, qui se prolonge beaucoup en arrière, surmonte une fosse au fond de laquelle est un petit foramen pneumatique. L'extrémité inférieure est remarquable par l'allongement transverse du condyle cubital, la forte saillie, en arrière, de l'épitrochlée et la grande profondeur de la coulisse du triceps brachial. En outre, l’apophyse sus-épicondylienne pour l'inserlion du grand extenseur de la main est longue et relevée ; elle est située sur la face postérieure de l'os, au niveau de la crête pectorale.
Ces diverses particularités se remarquent également dans le genre Cypselavus, mais elles y sont toutes notablement atténuées. L’os du bras n’est pas aussi trapu et raccourci; il n'y a pas d’orifice pneumatique dans la fosse sous- trochantérienne ; la surface bicipitale est moins étendue transversalement ; enfin et surtout, un intervalle diaphysaire assez grand sépare, dans le sens longitudinal, l'apophyse sus-épicondylhienne de la crète pectorale.
Cypselavus Gallicus nov. sp.
[Figure 13 et pl. III]
Ce petit martinet tertiaire est connu par trois os du bras. Deux trouvés à Mouillac font partie, sous le numéro 29, des collections du Muséum de Munich; le troisième appartient au Muséum de Bâle (Q D. 98).
L'humérus représenté figure 13 est court et robuste. La tête articulaire, comprimée d’avant en arrière, est limitée sur la
face antérieure par le sillon coraco-huméral, large mais peu profond. La surface bicipitale, courte mais élargie, est légèrement en relief sur le corps de l'os. La crête externe paraît se terminer par une apophyse en crochet, mais elle est en parlie brisée sur le spécimen figuré, de même que le trochanter interne. Dans l'humerus marqué Q D. 98, la fosse sous-trochantérienne n’est percée d'aucun foramen pneumatique.
Le corps de l'os, presque droit, est aplati dans le sens antéro-postérieur. L’extrémilé distale, élargie également, présente la trace d'un tubercule sus-épicondylien placé latéralement, sur la face externe de l’hu-
mérus, comme chez les martinets actuels. La couhsse inférieure du triceps est très profonde par suite FiG. 13. — Cypselavus Gallicus. — Humérus de la forte saillie en ardroit (A et A’ gr. nat. ; Bret B! grossi 2/1}. rière de l'épicondyle et Mouillac, Tarn-et-Garonne. {Muséum de AS ; Munich, n° 29.) surtout de l’épitrochlée.
Les condyles ont à peu près la même forme que dans le genre Cypselus ; le condyle cubital très long transversalement dans ce dernier genre, paraît plus allongé encore mais moins oblique chez Cypselavus Gallicus. L'empreinte du muscle fléchisseur de l’avant-bras est peu marquée ; elle est limitée sur le bord interne, par un petit tubercule où s'insère le muscle pronateur de la main. A en juger par l'os du bras, Cypselavus Gallicus était une
espèce plus petite que Cypselus apus, le martinet commun de la faune actuelle. La longueur est à peu près la même que chez ce dernier, mais la largeur est beaucoup plus réduite. Voici ces dimensions: longueur totale de l’humérus 13 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure 4 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 2 mm. 5.
Famille des TROGONIDES :
Genre ARCHÆOTROGON Mine Edivards?
L'humérus ressemble à ceiui des Trogons ou Couroucous. La tête humérale, faiblement renflée, se prolonge peu en arrière ; elle surmonte une dépression large mais superficielle où se logeait l'extrémité supérieure du triceps brachial. Chez les Couroucous de notre époque, ainsi que chez Trogon Gallicus de l’Aquitanien de Saint-Gérand-le-Puy, la dépression du triceps est plus étroite. Dans le genre Arch:zæotrogon, l’empreinte d'insertion du moyen pectoral est profonde et allongée; le trochanter interne est plus volumineux, la fosse sous-trochantérienne n'est percée d'aucun orifice pneumatique.
L’extrémité distale de l'humérus rappelle un peu ce qu'on voit chez les engoulevents, dans le genre Caprimulqus notamment, de même que chez quelques Psittacides.
L’empreinte brachiale d’Archæotrogon est moins délimitée que dans le genre Trogon. L'épitrochlée présente la même saillie dans les deux genres; l’épicondyle est beaucoup plus développée chez les Archæotrogons.
Le tarso-métatarsien diffère notablement de celui des Couroucous modernes. Les facettes de l'articulation tibio-tarsienne sont situées comme chez ces derniers, c'est-à-dire l'interne un peu plus haut que l’externe, mais, dans le genre Archæotrogon, les deux crêtes du talon ont environ le même développement el circonscrivent un seul canal tubulaire pour le passage des tendons fléchisseurs des doigts. La diaphyse est comprimée d'avant en arrière dans sa moitié inférieure. Les trochlées digitales ont la même longueur relative que dans le genre Trogon, toutefois la trochlée du doigt interne est rejetée beau-
1 Ogilvie Grant, Cal. of the Picariæ in the coll. of the Brit. Mus. Bucerotes and Trogones, p. 429, vol. XVII, 1892.
? Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux, p. 64, 1891.
Univ. DE LYoN — GaAILLARp. 5
66 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY coup moins en arrière. Le deuxième doigt n’était donc pas com-
plèlement opposable au troisième, comme cela se produit chez les Trogonides vivants.
Archæotrogon venustus Milne Edwards [Figure 14 et pl. III]
Genus b. Lydekker. — Cataloque of the fossil Birds in the British Mus., p. 7, fig. 3, London (1891).
Archæotrogon venustus Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles
des dépôts éocènes de phosphate de chaux du sud de la France (2° Congrès ornith. intern. Budapest, p. 64, 1891).
Cette espèce est représentée, dans la collection du Muséum de Munich, par deux humérus {n% 5o et 57) en parfait
F1G. 14. — Archæotrogon venustus, — Humérus droit (gr. nat.). Mouillac, Tarn-et-Garonne. (Muséum de Munich, n° 50.)
état de conservation. Ces os montrent que l'Archæotrogon venustlus était un oiseau bon voilier. La tête humérale est en effet beaucoup plus comprimée que chez les oiseaux à vol court tel que les gallinacés ou les canards. Le trochanter est très saillant, nettement détaché de l'os, il surmonte une large fosse où ne se voit aucun orifice pneumatique.
La diaphyse de l'humérus est plus robuste que chez les Trogonides actuels; l'extrémité distale de l'os du bras est égale-
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 67 ment plus épaisse, notamment le condyle radial qui est très volumineux, de même que l’épitrochlée. En arrière la coulisse tricipitale inférieure est large et profonde.
L'exemplaire reproduit figure 14 provient de Momillac. Il correspond exactement à la description de Milne Edwards. Ses dimensions, qui se rapportent environ à celles du Trogon aurantius, de la faune actuelle du Brésil, sont les suivantes: longueur totale 30 millimètres, largeur de l'extrémité proximale 10 millimètres, largeur de l’extrémité distale 7 millimetres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 mm. 5.
Le second humérus {n° 57) est tout à fait conforme au précédent mais un peu plus petit. Sa longueur totale atteint 28 millimètres seulement.
Je crois pouvoir attribuer à l'Archæotrogon venustus deux os du bras de la collection du Muséum de Bâle (Q U. 95 et QU. 144), dont les dimensions sont à peu près les mêmes que celles du n° 57 de la collection de Munich. L'os du bras marqué QU.144 a, comme ce dernier, 28 millimètres de longueur totale ; celui qui porte l'étiquette QU. 95 mesure 27 millimèetres. Ces divers humérus indiquentprobablement la imite des variations individuelles et sexuelles chez Archæotrogon venustus.
Archæotrogon Cayluxensis nov.sp.
{Figures 15, 16 et pl. III et IV
Dans la série de fossiles des phosphorites qui est conservée au Muséum de Lyon, se trouve un humérus qu’on ne peut rattacher à l'espèce précédente. Bien qu'il provienne d'un Trogonide, il se distingue des ossements décrits sous le nom d'Archæotrogon venustus, non seulement par des dimensions beaucoup plus élevées, mais surtout par des caractères anatomiques très différents (fig. 15). La tète humérale, relativement plus épaisse d'avant en arrière, montre que nous sommes en présence d’une espèce moins bien douée que cette dernière, sous le rapport du vol.
La fosse lricipitale supérieure est peu profonde mais large, de même que la fosse sous-trochantérienne. La tubérosité d'insertion du moyen pecloral est assez saillante, ainsi que la crête du grand pectoral qui est longue et à bord arrondi. Par contre, la surface bicipitale très bien délimitée, se trouve beaucoup plus réduite dans le sens vertical, que chez Archæo-
F1G. 15, — Archæotrogon Caylurensis. — Humérus droit (gr. nat.). Phosphorites de Caylus. (Muséum de Lyon.)
trogon venustus. Le corps de l'humérus est un peu plus grêle chez Archicotrogon Cayluxensis, il s’élargit progressivement depuis le milieu de sa longueur jusqu'à son extrémité distale, dont l'épitrochlée et l’épicondyle font une saillie notablement plus forte. La goutlière inférieure du triceps est en conséquence plus profonde.
Comme le montrent les dimensions qui suivent, l’humérus d'Archæotrogon Caylurensis est un peu plus grand que celui de Trogon vtridis, de la faune actuelle de l'Amérique centrale. Longueur totale de l'os du bras 36 millimètres; largeur de l'extrémité supérieure 12 millimètres; largeur de l'extrémité inférieure 7 mm. à; largeur de la diaphyse dans sa partie la plus étroite 5 mm. 5.
Je rapporte à la même espèce deux tarso-métatarsiens dont l’un, en parfait état de conservation, est reproduit figure 16.
S1inous comparons ce dernier à celui des Couroucous actuels, nous relevons des différences bien plus importantes que celles signalées entre les humérus des représentants des genres Trogon et À rchæotrogon. Chez Archæotrogon Cayluxensis le talon, perforé à sa base par un seul canal tubulaire, est formé de deux crêtes ayant environ la même longueur, au lieu que dans les diverses espèces de Trogon, nous voyons le talon de l'os du pied percé de deux canaux et la crète interne beaucoup plus al-
B A longée que l’externe. Les deux pertuis supé- 7 [ rieurs sont de dimensions très inégales, l'in-
terne est plus grand et se prolonge plus bas
que l’externe. La surface d'insertion du tibial 4
antérieur est peu saillante, elle est située sur 1
le bord interne de l'os, à un tiers environ de
sa longueur. La diaphyse est aplatie d'avant
en arrière dans son tiers inférieur ; elle est
percée en ce point, près du bord externe, de
. - FiG. 16. — Archeodeux canaux vasculaire et tendineux super- 4;5,40n Cayluren. posés. Le canal supérieur traverse l’os di- sis. — Tarsométa-
x Ave RER : tarsien gauche. A.
rectement ; l’inférieur, qui s'ouvre à deux gr. nat. :; B. 2/r.
Caylus. (Muséum de
millimètres au-dessous du précédent, à une RE
direction oblique ; il donne passage au tendon adducteur du doigt externe et débouche entre les troisième et quatrième trochlées digitales.
L’extrémité inférieure du tarso-métatarsien fournit d’excellentes indications sur la position systématique et le degré d'évolution, du genre Archæotrogon. La dépression articulaire du pouce est large et allongée. Les poulies digitales sont disposées sur une ligne transverse fortement arquée. La trochlée médiane est large et pourvue d’une gorge articulaire profonde. Les trochlées externe et interne ont la même largeur relative que dans le genre Eurystomus, mais la poulie du doigt interne est rejetée beaucoup plus en arrière dans le genre Archæotrogon, sans l’être autant toutefois que chez les Trogon.
Le tarso-métatarsien d'Archæolrogon cayluxensis a les dimensions suivantes : longueur totale 16 mm. 5; largeur de l'extrémité proximale 4 millimètres; largeur de l'extrémité distale 4 millimètres; diamètre transverse minimum de la diaphyse » millimètres. Comme on le voit, les proportions de l'os du pied, comparativement à celles de l’humérus, sont environ les mêmes que chez les couroucous actuels.
De même que les Trogon, les Archæotrogon font donc partie des grimpeurs chez lesquels le premier et le deuxième doigts sont dirigés en arrière et opposés aux troisième et quatrième. Pourtant, la patte des Archæotrogons indique un état de spécialisation beaucoup moins avancée, la trochlée digitale interne n’est pas aussi complètement rejetée et recourbée en arrière que chez les Couroucous vivants.
Archæotrogon Zitteli nov. sp.
[Figure r7 et pl. III]
Une troisième espèce de Trogonide vivait dans le midi de la France à l’époque du remplissage des poches de phosphorites. Elle est représentée, dans la collection du Muséum de Munich, par un os du bras provenant de Mouillac (Tarnet-Garonne).
Par sa conformation générale, cet humérus (n° 128) se rapproche de ceux qui ont été décrits sous le nom d'Archæotrogon venustus. Il ne peut être cependant attribué à cette espèce, car il se distingue par plusieurs particularités anatomiques importantes.
La tête humérale d’'Archæotrogon Zitteli est relativement bien plus élargie dans le sens transverse que celle d’'Archæotrogon venustlus, alors que l'extrémité distale est également développée dans les deux espèces. Chez Archæotrogon Zitteli, la fosse supérieure du triceps brachial est moins profonde et, du côté antérieur, la surface bicipitale est beaucoup plus réduite. Ces caractères différencient très bien Archæotrogon Zitteli des
pre che
deux espèces précédentes; 1ls prouvent que les muscles moteurs de l’avant-bras étaient relativement plus puissants chez Archæotrogon venustus el Archæotrogon Cayluxensis. Archæotrogon Zitteli était de la taille de Trogon viridis, Linné ‘ qui vitactuellement dans l'Amérique centrale. L'humérus conservé au Muséum du Munich sous le n° 128 ales dimensions suivantes : longueur totale 33 millimètres, largeur de
FiG. 17. — Archæotrogon Zilleli. — Humérus gauche (gr. nat.). Mouillac. (Muséum de Munich, n° 128.)
l'extrémité proximale 12 millimètres, largeur de l'extrémité distale 7 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 mm. 5.
Ainsi, pendant la longue période de formation des phosphates du Quercy, les Trogonidés étaient représentés dans le midi de la France par plusieurs espèces. De nos jours la famille des Couroucous secompose de quarante-cinq espèces réparties entre huit genres différents. Les oiseaux des genres Trogon, Euptilotis et Pharomacrus habitent l'Amérique centrale et méridionale, depuis le Mexique jusqu'au Brésil et à la Bolivie; les espèces des genres Tmelotrogon et Prionotelus vivent à Saint- Dominique et à Cuba; les Harpactes et Hapalarpactes se trou-
1 Ogilvie Grant, Cat, of the Bucerotes and Trogones in the Brit. Mus , vol. XVII, p. 458, London, 1892.
vent, les premiers dans les Indes méridionales, la péninsule malaise et la Malaisie, les seconds à Java et Sumatra; enfin, trois espèces d’'Hapaloderma représentent la famille en Afrique et se rencontrent depuis l’'Abyssinie jusqu’au Zambèze, L'habitat des Trogonides est donc borné aux régions tropicales de l'Ancien et du Nouveau Monde.
Tous ces oiseaux rappellent un peu les Engoulevents par leur bec large, leurs pattes très courtes et surtout leur plumage mou. Leurs mœurs les rapprochent surtout des Bucconides, oiseaux lourds et paresseux. « Ils vivent solitaires ou par paires dans les parties touffues des forêtst », se nourrissant d’insectes ainsi que de fruits tendres.
La présence de plusieurs espèces de Couroucous dans les dépôts de phosphates du Quercy est donc la preuve d’un climat chaud dans le Sud-Ouest de la France pendant une partie de l’époque tertiaire, et aussi, comme l'a remarqué Milne Edwards, de l'existence sinon de grandes forêts, du moins de bouquets de bois, dans le voisinage des poches à phosphorites.
Famille des CUCULIDES"*
Genre DYNAMOPTERUS M. Edw.*
Le genre est basé sur la connaissance d'un humérus présentant les caractères de certains Cuculides, du genre Eudynamus notamment. L'os du brasest robuste, relativement court; la diaphyse, fortement convexe en dehors, est à peu près aussi épaisse que large dans sa partie moyenne, elle s'élargit à son extrémité inférieure. L’extrémité proximale est épaissie du côlé interne: le trochanter est massif et surmonte un orifice
{ Perrier et Salmon, La Vie des Animaux, vol. 1, p. 215, Paris.
2? Shelley, Catal. of the Picariæ of the Brit Mus. Fam. Caculidæ and Musophagidæ, p. 209, vol, XIX, 1891.
3 Milne Edwards, Sur les Oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrès ornilh. Budapest, p. 64, 1897
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 73 pneumatique assez large. La crête pectorale se prolonge comme dans les genres Eudynamis et Musophaga, mais sa direction est plus oblique : au lieu de suivre le bord externe de l'os, elle se termine sur la face antérieure. L’épitrochlée est volumineuse et forme en dedans et en arrière une saillie très grande. Le condyle cubital est grand. Enfin, la coulisse tricipitale est assez profonde, mais l'empreinte brachiale antérieure est très peu marquée.
Dynamopterus velox Milne Edwards
[Figure 18]
Dynamopterus velox Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrès ornith. Budapest, p. 64, 1891).
Cette espèce est connue d'après un humérus recueilli dans les phosphorites de Caylus et conservé au Muséum de Paris. J'ai pu examiner ce document dans les collections du Muséum et, pour la comparaison, je me suis aidé à Lyon d’un excellent moulage d’après lequel la figure 18 a été exécutée.
Dynamopterus velox est un oiseau de taille moyenne. Les particularités de son humérus rappellent surtout celles du genre Eudynamis, qui fait partie de la famille des Coucous et dont les représentants appartiennent à la faune vivante de l'Asie orientale, de l'archipel malais, de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie.
Milne Edwards a remarqué entre Eudynamis Orientalis Linné, et Dynamopterus velox une grande analogie dans la forme de l'os du bras et dans la disposition des articulations. Chez ce dernier, la tête humérale est épaisse ; sur son bord externe prend naissance la crête pectorale longue et grêle, qui se prolonge avec une direction oblique jusque sur la face antérieure de la diaphyse. En dedans de la crête pectorale se voit une ligne saillante qui limite la surface d'insertion du grand pectoral. Cette ligne est disposée de la même
manière que chez Musophaga violacea Isert, de l'Afrique occidentale. La surface d'insertion du deltoïde antérieur est grande, mais la surface bicipitale n’a qu'une faible étendue et
FiG. 18, — Dynamopterus velor.
— Humérus droit (gr. nat.) Phosphorites de
Caylus. (Mou-
lage du Muséum de Paris.
elle n’est pas séparée du corps de l'os par un sillon. Le trochanter, très volumineux. surmonte un orifice pneumatique qui s'ouvre à la surface de l'os, ainsi que chez Musophaga violacea. Il n'y a pas de fosse sous-trochantérienne ni de dépression pour l'insertion de l’extrémité supérieure du triceps brachial,
La diaphyse est relativement épaisse d'avant en arrière, elle s’amincit lorsqu'on se rapproche de l'extrémité inférieure. L’épitrochlée se prolonge fortement en dedans et en arrière. On ne voit pas de trace de tubérosité sus-épicondylienne. Les condyles sont gros; au-dessus, l’empreinte du brachial antérieur, très superficielle, est mal délimitée, mais sur la face postérieure la gouttière du triceps est bien marquée.
Longueur de l'humérus de Dynamopterus velox 81 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 19 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure 16 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l’os 6 mm. 5, épaisseur du corps de l'os dans sa partie médiane 6 mo.
L'ensemble des caractères signalés plus haut,
principalement la structure de la tête humérale, la position et la forme de la crête pectorale, le grand développement de l'épitrochlée, rapprochent l'humérus de Dynamopterus velox de celui de quelques Coccyges, des genres Eudynamis, Centropus et Musophaga.
Il paraît convenable loutefois, de se rallier à l'opinion de Milne Edwards et de n’indiquer la place zoologique du genre Dynamopterus qu'avec réserve, en attendant la découverte
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 75 d’autres pièces du squelette et surtout du larso-métatarsien,
qui nous renseigneront d’une manière plus précise sur la posi tion systématique de ce fossile.