GENRE DE POSITION INCERTAINE
Genre FILHOLORNIS Milne Edwards!
Il est fondé sur la connaissance de plusieurs humérus remarquables par leur brièveté et la largeur de leurs articulations. La tête humérale est massive, renflée et se prolonge beaucoup en arrière comme chez les Touracos et Calaos. La fosse soustrochantérienne, très peu profonde, est occupée en partie par un grand orifice pneumatique. La crête pectorale longue, haute et grêle se dirige en dehors. Le corps de l'os est arqué, robuste et légèrement comprimé d’avant en arrière. L'extrémité inférieure est très élargie. L’empreinte brachiale, ovalaire est nettement circonscrite. L'épitrochlée ne se prolonge que modérément en arrière ; le condyle radial est volumineux et la saillie sus-épicondylienne assez forte. Enfin, la coulisse tricipitale inférieure est superficielle.
Selon Milne Edwards, les oiseaux de ce genre se rapprochent des Hoazins dont la place parait être entre les Touracos et les Colombides?.
L'aspect général de l’humérus me semble rappeler également l'os du bras des Cracidés, des Pénélopes notamment, mais avec des caractères très SpéCIaux.
Filholornis paradoxa Milne Edwards.
[Figure 19 et pl. VII;
Nous avons reconnu cette espèce d'après deux os du bras :
1 Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles trouvés dans les dépôts éocènes de phosphate... (2° Congrès ornith. Budapest, p. 67, 1891).
2 Huxley, On the classification and distribution of the Alectoromorphæ and Heteromorphæ (Proceed. of the zool. Soc. of. London, 1868. 304).
l’un, reproduit figure 19, appartient à la Faculté de Montauban, l’autre fait partie de la collection du Muséum de Munich (n° 118), et provient d'Escamps (Lot). Le spécimen de la Faculté de Montauban est en très bon état de conservation et correspond parfaitement à la description de Milne Edwards.
FiG. 19. — Filholornis paradoza. — Humérus droit (gr. nat.). Phosphorites de Caylus. (Faculté de Montauban.)
Cet humérus est court, trapu, très élargi vers les articulations. L'extrémité supérieure présente un ensemble de caractères qu'on rencontre chez les Calaos ainsi que chez les Touracos. La tête humérale a la même forme que chez ces derniers, bien qu'elle soit un peu moins comprimée d'avant en arrière. La crête pectorale, au lieu d’être tronquée comme chez les Calaos, rappelle un peu les Colombides, mais elle est plus divergente, plus grèle, et ressemble très bien à ce qui existe chez certains Touracos, tels que Musophaga violacea de la faune actuelle de l'Afrique.
Le sillon du ligament coraco-huméral qui limite en avant la tête articulaire, se termine par une fossette près du bord interne, La surface bicipitale peu renflée n'est séparée du reste de l'os par aucun sillon. En arrière, le trochanter interne est large; la fosse sous-trochantérienne très superficielle est occupée par un grand orifice pneumatique de forme ovalaire. A la place où s’insère le faisceau supérieur du triceps brachial, on ne remarque aucune dépression. Sur le bord externe de la tête articulaire se trouve l'empreinte très peu apparente du pectoral profond.
Dans sa partie médiane, le corps de l'os a une épaisseur à peu près égale au diamètre transverse, puis 1l s'élargit progressivement à mesure qu’on se rapproche de l'extrémité inférieure, dont l'empreinte brachiale est allongée, ovale et très nettement circonserite comme chez Penelope marail Gmélin*
L'articulation inférieure est large et comprimée dans le sens antéro-postérieur. L’épitrochlée se prolonge peu en arrière. Les condyles sont très volumineux, surtout le radial, et la tubérosité sus-épicondylienne, assez saillante, offre la même disposition que chez les Touracos et les Pénélopes. Enfin, la gouttière inférieure du triceps est superficielle par suite de la faible saillie postérieure de l’épitrochlée et de l’épicondyle.
Longueur totale de cet humérus 67 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 18 mm. 5, largeur de l'extrémité inférieure 1» millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os, 6 millimètres.
Milne Edwards rapporte à Filholornis paradoæa, un cubitus se rapprochant beaucoup de celui de l'Hoazin (genre Opisthocomus). « Sa brièveté, la grosseur de sa diaphyse, la grosseur de l'articulation inférieure, distinguent si nettement le cubitus de l'Hoazin, qu'il est étonnant de trouver dans les dépôts des Phosphorites un fac simile presque exact de cette pièce. » Le
{ Milne Edwards, Oiseaur fossiles de la France, pl. CXXI, fig. 17 et 18.
corps de l'os est relativement plus large encore que dans le genre Opisthocomus. Longueur totale du cubitus, 77 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure, 12 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure, 10 millimètres, largeur du corps de l'os, 7 millimètres.
Nous avons dit plus haut que le genre Fulholornis a été rapproché, par Milne Edwards, des Hoazins qui paraissent se placer entre les Touracos et les Colombides. L'illustre naturaliste a signalé, en outre, plusieurs particularités de l’humérus qu'on retrouve également chez celui des Touracos et des Calaos.
De mon côté, après avoir fait une comparaison très détaillée de l’humérus de Filholornis paradoæa, j'ai cru lui trouver une association de caractères rappelant à la fois les Touracos et certains Cracidés : la tête humérale, le trochanter interne, la fosse sous-trochantérienne, la position et la forme de la crête pectorale ressemblent beaucoup à ce qui existe chez les Touracos. Par contre, l'extrémité inférieure de l’os du bras, le développement relatif des condyles, l'empreinte brachiale, le tubercule sus-épicondylien rappellent plutôt l’'Hoazin et les Cracidés, les Pénélopes notamment. Toutefois, les rapports entre les Touracos et Filholornis paradoxa paraissent plus importants qu'entre celui-ci et l'Hoazin ou les Pénélopes.
La ressemblance des Filholornis avec les Touracos et les Cracidés n’est peut-être discordante qu'en apparence. Vraisemblablement, ces divers oiseaux ont une origine commune remontant à une époque assez lointaine. Les Filholornis des Phosphorites représenteraient en quelque sorte les Cracidés tertiaires, c’est-à-dire des Cracidés beaucoup moins modifiés que ceux de notre époque, puisque la base de l'os du bras a gardé la trace de leur parenté avec les Touracos. Chez les espèces actuelles, les modifications subies par les rayons de l'aile sont beaucoup plus profondes. Il est très difficile de retrouver des caractères squelettiques rappelant le groupe d’où elles proviennent.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 79 L'étude des Filholornis semble donc nous renseigner en
même temps sur l'origine probable des Hoccos, des Pénélopes et de l'Hoazin.
Filholornis gravis Milne Edwards.
Filholornis gravis Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes (2° Congrès ornith. Budapest, p. 69, 1891).
Cet oiseau a été reconnu d’après un cubitus tout à fait semblable, par les principaux caractères, à celui qui a été rapporté au Filholornis paradoza, mais les dimensions sont plus grandes et les facettes articulaires ne s'adaptent pas à celles de l’'humérus de l’espèce précédente. Ce cubitus représente donc une autre espèce du même genre mais de taille plus élevée. Le corps de l'os est un peu plus arqué et sa grosseur relativement moindre. Longueur de cet os, 93 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure, 12 millimètres ; largeur de l'extrémité inférieure, 11 millimètres, diamètre du corps de l'os, 7 millimètres.
Un métacarpien très rapproché de celui des Hoazins a été attribué également à Filholornis gravis. Sa longueur est de 42 millimètres, l'espace interosseux a 20 millimètres, la largeur du gros métacarpien est de 5 millimètres.
La branche principale de ce métacarpien est plus élargie que chez les Hoazin.
Filholornis debilis Milne Edwards
Filholornis debilis Milne Edvards. — Sur les oiseaux des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrès ornith. Budapest, p. 69). 1891).
Une troisième espèce du genre Filholornis, plus petite que les deux précédentes, a été trouvée dans les dépôts des Phosphorites. L'humérus diffère par quelques particularités d’importance secondaire. Le corps de l'os est un peu courbé en avant au lieu d’être presque droit comme chez Fülholornis
paradoæa. L'empreinte brachiale antérieure est moins allongée. L'extrémité distale est plus épaisse relativement, et la tubérosité sus-épicondylienne plus volumineuse.
Longueur totale de cet os 58 millimètres, largeur de l’extrémité inférieure 14 mil. 5, diamètre transverse minimum de la diaphyse 5 mil. 5.
D'après les parties du squelette qu'il a examinées, Müilne Edwards a pensé que ces oiseaux se rapprochent de l'espèce du gypse de Paris, dont il a formé autrefois le genre Cryptornis ! et indiqué les liens de parenté avec les Calaos. Nous avons fait connaître plus haut, à propos de F'ilholornis paradoæa, les rapports qu'ils présentent avec les Touracos et certains Cracidés.
Sous-ordre des CICONIFORMES
Famille des CICONIDES
Genre PROPELARGUS Lydekker*
Il est basé sur la connaissance d’une extrémité distale de tarso-métatarsien qui diffère de l’os correspondant du genre Ciconia, par sa forme plus brusquement dilatée dans le sens latéral et la disposition des trochlées digitales suivant une courbe à plus grand rayon. Selon Lydekker, Propelarqus se disungue de Palæociconta Moreno“, par une coulisse plus large entre les poulies des troisième et quatrième doigts et par la position moins élevée du foramen de l’adducteur du doigt externe. En outre, la quatrième trochlée est plus courte comparativement à la seconde. Celle-ci se trouve située beaucoup plus en avant que dans le genre Palæociconia.
Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, t. I, p. 57r, pl. CLXXIX.
Se compose des Cigognes, Hérons, Ibis et Phœnicoptères.
Lydekker, Calaloque of the fossil Birds in (he Brit. Mus., p. 65, London, 18g1. # Moreno, Bol. Mus. La Plata, p. 30, 1889.
Propelargus Cayluxensis Lydekker
[Figure 20]
Propelargus Cayluxensis. — Lydekker, Catalogue of the fossil Birds in the Brit. Mus., p. 66, fig. 16, 1897.
L'extrémité de l’os du pied d’après laquelle cette espèce a été décrite, provient des phosphorites de Bach (Lot), et appartent aux collections du British Museum.
Ce document a été dessiné, figure 20, d’après un excellent moulage qui fait parie de la collection du Muséum de Lyon.
Les poulies digitales sont en bon état, sauf l'interne dont le bord postérieur est brisé.
Ce fragment de métatarsien indique un oiseau de la taille de Leptoptilus Javanicus Horsf.f, un peu moins grand que Grus Pentelict Gaudry*?, du Miocène supérieur de Pikermi.
Parmi les nombreux fossiles des phosphorites examinés à Lyon, je n’ai remarqué aucun reste pouvant être rapporté à Bronelarqus Caylurensis. Pourtant 11 lEc" 26. Propelargus
existe, dans la série du Muséum de Bâle, Caylumensiss NX x mité distale de tarso-
deux extrémités de métatarsiens, plus métatarsien droit (gr. e CRC ! au nat.). Phosphorites de petits que celui signalé par Lydekker, qui AN
appartiennent au genre Pelargopsis établi Ar ritish Mu-
par Milne Edwards pour une Cigogne
des terrains aquitaniens de l'Allier. Ils sont décrits plus lom. En ce qui concerne les Echassiers trouvés dans les gisements
de phosphates du Midi de la France, on doit noter quil
n’est pas possible de maintenir, pour le moment, dans la
{ Bowdler Sharpe, Cat. of Brit. Mus., Platalæ and Heradiones, vol, XX VI, p. 317, ? Gaudry, Animaux fossiles et géologie de l'Allique, p. 313, pl. LIX, fig. 1 à tr,
Univ. DE LyoN. — GAILLARD. G
liste des oiseaux reconnus, l'espèce Geranopsis elatus de Mine Edwards". La description de cette grue est basée sur un tibia que je n’ai pu retrouver dans la collection du Muséum de Paris. Le fossile, qui faisait peut-être partie d’une collecon privée, a probablement été retourné à son possesseur après l'étude de Milne Edwards. Quoi qu'il en soit, la diagnose générique de l'illustre paléontologiste doit être remplacée par celle de Lydekker* qui fut proposée auparavant pour désigner une espèce, (Greranopsis [aslingsiæ, connue par un coracoïdien recueilli dans l'Oligocène inférieur de Hordwell, Hampshire.
Genre PELARGOPSIS Milne Edwards*
Ce genre a été proposé d’après une extrémité inférieure de tarso-mélatarsien qui diffère de l’os correspondant du genre Ciconia, par les plus grandes proportions relatives de la troisième trochlée digitale, par l'échancrure plus étroite entre les troisième et quatrième trochlées, ainsi que par la position plus élevée du foramen de l’adducteur du doigt externe.
L’'extrémité distale du tibia attribué à ce genre par Milne Edwards est plus comprimée latéralement vers les condyles, el la bride osseuse qui recouvre la gouttière de l’extenseur des doigts est placée plus obliquement que dans le genre Ciconta. I n'y a pas de tubercule intercondylien.
Pelargopsis Stehlini nov. sp.
[Figure 21 et pl. IV]
Cet échassier est connu par l'extrémité distale d’un métatarsien droit conservé au Muséum de Bâle sous l'étiquette QH. 146.
1 Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles trouvés dans les dépôts de phosphate de chaux (2° congrès ornith., p. 72, 1891).
? Lydekker, Catal. of the fossil Birds in the Brit. Mus., p. 166, fig. 37, London,
3 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. I, p. 140.
L’os du pied est notablement plus petit que celui de Pelargopsis magnus Milne Edwardst, mais les principaux caractères morphologiques sont les mêmes que dans l'espèce de l'Allier. Les trochlées digitales sont disposées suivant une courbe très légèrement arquée ; l’externe et l’interne sont situées sur le même niveau, alors que dans l’os canon de
FiG. 21. — Pelargopsis Slehlini. — Extrémité distale de (arso-métatarsien droit (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QH. 146.)
Pelargopsis magnus, la trochlée du doigt externe ne se prolonge pas aussi bas que l’interne, celle-ci n’est que faiblement rejetée en arrière. La poulie médiane est moins développée aussi bien dans le sens de la longueur que d'avant en arrière ; de plus, elle n’est pas renflée en avant comme chez Pelargopsis magnus. On sait que le métatarsien de ce genre diffère de celui des Ciconides actuels par plusieurs particularités. Ainsi, chez les Tantales, les Jabirus, les Ibis, les Spatules, la trochlée interne est creusée d'une dépression assez profonde où s'insère le ligament articulaire du doigt correspondant, alors que chez Pelargopsis Stehlini cette dépression est à peine visible. La poulie interne n'est pas comprimée latéralement et ne se con-
!{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. I, p. 72, fig. 4 à 7.
tinue pas en arrière par un bord en forte saillie comme celui de la poulie externe, elle forme une surface articulaire renflée terminée par une crête postérieure de faible longueur. L'échancrure qui sépare les deuxième el troisième trochlées digitales est étroite dans l'espèce des phosphorites, tandis qu'elle est large chez les Cigognes de notre époque. Le pertuis de l’adducleur du doigt externe est placé plus haut que chez les Echassiers des genres Propelarqus, Palæociconia et Pseudotantalus, mais il est au contraire plus bas et plus grand relativement que chez Pelargopsis magnus. Enfin, on remarque en arrière, sur le bord interne, l'empreinte rugueuse, longue et très bien délimitée du doigt postérieur.
L'os du pied de Pelargopsis Stehlini mesure 16 millimètres de large à son extrémité inférieure; son épaisseur, sur les trochlées digitales, atteint 10 nullimètres, le diamètre transverse minimum de la diaphyse est de 6 millimètres.
En ce qui concerne la position systématique des Pelargopsis, elle parait assez incertaine. Milne Edwards a trouvé ce genre rapproché du Caurale actuel, ÆEurypiqa helias Pallas, par diverses particularités du métatarsien. Mais le Caurale est luimême d'un classement difficile ; 1l a été regardé comme voisin des Ciconides et reliant ce groupe aux Rallides. Les Pelargopsis ayant quelques affinités avec Eurypiqa helias, 11 se pourrait que ces échassiers tertiaires fussent comme ce dernier peu éloignés des Cigognes. Pour être renseigné sur ce point, nous devons attendre de connaître l'extrémité proximale du métatarsien des Pelargopsis. La disposition des coulisses du talon fournira sans doute des indications précises sur la parenté zoologique et paléontologique de ces oiseaux.
Pelargopsis Trouessarti nov. sp.
Figure 22 et/pl-"1V Comme la précédente, cette espèce est également représentée dans la collection du Muséum de Bâle, par l'extrémité inférieure d’un métatarsien gauche marquée QH. 147.
Par sa structure de mème que par ses proportions, cet os du pied ressemble à celui de Pelargopsis magnus Milne Edwards', de l’Aquitanien de l'Allier, mais 1l présente cerlaines particularités qui le rapprochent un peu de Propelarqus Cayluxensis Lydekker*. Ainsi que chez ce dernier, en effet, les trochlées des doigts latéraux sont brusquement rejetées en
FiG. 22. — Pelargopsis Trouessarli. — Extrémité distale de tarso-métatarsien gauche (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QIT. 147.)
dehors, l’interne surtout. Cependant, les autres caractères de los sont très voisins de ceux de Pelargopsis magnus. Les trochlées digitales sont disposées suivant une ligne transverse peu recourbée ; la poulie du doigt externe est courte et le foramen de l’adducteur du quatrième doigt se trouve à un niveau élevé. De plus, au lieu de se continuer jusqu'au milieu de l’'échancrure interdigitale externe, le canal de l’adducteur débouche sur la face postérieure de l'os, à la base même de la poulie médiane. La puissance du tendon est ainsi plus grande,
{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, p. 469, pl. LXXIT, fig. 4 à 7. 2 Lydekker, Catal. of the fossil Birds, p. 65, fig. 16.
puisque sa traction s'exerce suivant une direction moins oblique.
Pelargopsis Trouessarti se distingue de Pelargopsis magnus, par la trochlée du doigt médian relativement moins allongée et plus étroite en arrière. La facette du doigt postérieur est longue, rugueuse el bien marquée, elle se termine au niveau du pertuis inférieur. Le métatarsien de cet échassier des phosphorites a les dimensions suivantes : largeur de l’extrémité distale 18 mm. 5, épaisseur de larticulation prise sur les trochlées digitales 12 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 8 nullimètres.
En résumé, outre ses dimensions plus élevées, cette espèce diffère de Pelargopsis Stehlini, surtout par le plus grand développement et la forme plus renflée en avant, de la poulie du doigt médian.
Nous remarquerons encore que le métatarsien des Pelargopsis rappelle un peu celui des échassiers rapaces, tels que les Serpentaires de la faune actuelle, Serpentarius reptilivorus Daudin!', ou des terrains oligocènes de l’Allier, Serpenlarius robustus Milne Edwards*. Mais chez ces derniers, la trochlée du quatrième doigt est bien plus grande relativement et se trouve rejetée moins en arrière par rapport aux deux autres. Ces particularités suffisent pour le moment à différencier les représentants des deux groupes.
Famille des ARDÉIDES Genre ARDEA Brisson?
Le tarso-métalarsien des Hérons est long et grêle: sa face antérieure est plus large que les faces latérales, alors qu'on
{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. II, p. 413, pl. CLXXIX, fig. r9 à 22.
2 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. II, p. 465, pl. CLXXXVI, fig. 11410:
3 Brisson, Ornithologie, vol. V, p. 391, 1761.
remarque une disposition inverse dans les groupes voisins. La face externe est beaucoup plus grande que l'interne. L’extrémité supérieure, comprimée transversalement, est surmontée d’une tubérosité intercondylienne grosse et arrondie ; les surfaces articulaires sont allongées d’avant en arrière ; le talon assez proéminent se compose d’une longue crête interne, d’une crête médiane qui se réunit à la précédente et circonserit une gouttière tubulaire, enfin d’une crète externe très courte. Sur la face postérieure de la crête médiane est creusée une goutère ouverte en arrière. Cette disposition des coulisses tendineuses est particulière aux Hérons; sous ce rapport cependant les genres Pelecanus et Graculus ne sont pas très éloignés des Ardéides.
Par son extrémité inférieure l'os du pied des Hérons se différencie facilement de celui de tous les autres échassiers. Les trochlées digitales sont placés sur une ligne transverse presque droite, au lieu que chez la plupart de ces derniers, elles se trouvent sur une ligne fortement arquée. Dans le genre Ardea, la poulie interne n’est que faiblement rejetée en arrière, et se prolonge presque aussi bas que la poulie du doigt médian.
Ardea amissa Milne Edwards
Ardea amissa Milne Edvards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate {2e Congrès ornith. Budapest, p. 73, 1891).
Le tarso-métatarsien des Ardéides a des caractères s1 spéciaux que l'extrémité inférieure d’un de ces os a suffi pour reconnaître, dans la faune des phosphorites, l'existence d’un héron de petite taille. J’ai examiné ce fossile au Muséum de Paris. Il présente beaucoup de ressemblance avec l'os correspondant des Aigrettes ; ses dimensions sont un peu inférieures à celles du Bihoreau commun.
Ainsi que l'a constaté Milne Edwards, la diaphyse est comprimée dans le sens antéro-postérieur et légèrement convexe
sur sa face antérieure, La surface articulaire du métatarsien du pouce est arrondie, déprimée, plus grande relativement que chez les Aïgrettes. Le pertuis inférieur est placé à peu près comme chez Nyclicorax qriseus Linné, mais les poulies digitales sont proportionnellement moins fortes que chez ce dernier, la médiane surtout. Sous ce rapport Ardea amissa se rapproche plutôt des Aigrettes ; les trochlées sont disposées sur une ligne transverse presque droite. La poulie externe est la plus courte; la médiane, creusée d’une gorge assez profonde, est séparée de la troehlée interne par une échancrure très étroite, Cette dernière a la même longueur environ que celle du doigt médian.
Ardea amissa est représenté, dans la collection du Muséum de Paris, par un fragment de métatarsien droit qui mesure 34 millimètres de longueur. Largeur de son extrémité inférieure 8 millimètres; épaisseur de l'articulation prise sur les trochlées digitales 5 mm. 3; diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 millimètres.
La position systématique du petit héron des phosphorites ne pourra être indiquée d'une manière certaine que lorsqu'on connaitra l'articulation proximale de son tarso-métatarsien.
Sous-ordre des COLUMBIFORMES Famille des PTÉROCLIDES
Genre PTÉEROCLES Temminck!
Le tarso-métatarsien des Gangas diffère de celui des autres Colombides par son épaisseur et sa brièveté. Il porte, pour l'insertion du muscle tibial antérieur, une seule tubérosité qui est placée dans l'axe de l'os, au-dessous des pertuis supérieurs.
{ Iisloire natur. des Pigeons el Gallinacés, vol. II, p. 712, 1815.
Sur la face postérieure, la dépression dans laquelle s’insère le fléchisseur du pouce est peu profonde; le talon se compose de deux crêtes épaisses qui limitent une coulisse largement ouverte en arrière. Les trochlées digitales sont courtes, sauf la médiane ; la trochlée interne n'est que faiblement déviée en dedans. On ne voit presque pas de trace de la surface articulaire du pouce.
L'humérus des P{erocles présente la même disposition que celui des Pigeons. La crête pectorale est pourtant plus saillante et un peu recourbée en dedans; l'extrémité inférieure est moins large, l'empreinte du brachial antérieur plus superficielle, enfin le tubercule sus-épicondylien, sur lequel s’insère le muscle extenseur de la main, se trouve à une distance assez grande de l'extrémité inférieure.
Pterocles validus Milne Edwards [Figures 23, 24 et pl. V]
Pterocles validus Milne Edvards. — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes (2° Congrès ornith. Budapest, p. 70, 1891).
Ce ganga qui a été signalé d'après un seul os du pied, est représenté parmi les fossiles que j'ai reçus en communication, par deux tarso-métatarsiens et l'extrémité inférieure d’un tibia. L'un des tarso-métatarsiens (Q.H. 156) appartient au Muséum de Bâle, l’autre (n° 34) ainsi que le fragment de tibia (n° 38), font partie de la collection du Muséum de Munich. Les particularités de ces rayons osseux permettent de les identifier avec certitude. Elles différencient très nettement, en effet, les Pferocles de tous les autres oiseaux. L'extrémité supérieure de l'os de la patte offre la même conformation générale que dans les espèces vivantes de ce genre: les facettes tibio-tarsiennes sont seulement plus grandes et le tubercule intercondylien plus volumineux. Le talon est petit aussi bien dans le sens vertical que dans le sens horizontal; la crête interne, faiblement sallante, limite une coulisse entièrement ouverte en
arrière : la seconde crête formant le bord externe de la coulisse tendineuse est encore moins développée que la première. Sur la face antérieure de l'os, la tubérosité d'insertion pour le muscle fléchisseur du pied est brisée dans l’exemplaire du Muséum de Bâle (Q H. 156, fig. 23), mais se voit très bien sur l'échantillon de Munich (n° 34). Cette tubérosité est située sur la ligne médiane, immédiatement au-dessous des pertuis supérieurs qui sont très réduits. La surface articulaire du pouce est à peine marquée.
Les poulies digitales ont le même développement relatif
FiG. 23. — Plerocles validus. — Tarso-métatarsien droit (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QH. 156.)
que chez les Gangas de notre époque. La poulie médiane est beaucoup plus allongée que les poulies latérales et sa gorge articulaire se termine en haut par une petite fossette. La trochlée digitale externe est creusée d'une gorge peu profonde seulement sur la face antérieure : la poulie interne, très courte, se trouve située plus en arrière, son bord postéro-interne se continue par une légère saillie.
Voici les dimensions du tarso-métatarsien de Pferocles validus : longueur totale 38 millimètres, largeur de l'extrémité proximale 7 millimètres, largeur de l'extrémité distale 8 mm. 5, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 millimètres.
L'extrémité inférieure du tibia (figure 24) présente les principaux caractères distincüifs des Plerocles de notre époque, bien qu’elle s'écarte de ce qu'on voit chez ces derniers, par plusieurs particularités anatomiques. La coulisse de l’extenseur des doigts est très étroite, de même que le pont osseux qui la surmonte. Les condyles de l'articulation tibio-tarsienne sont épais, saillants et séparés par une gorge peu profonde qui
FiG. 24. — Plerocles validus.— Tibia gauche (gr, nat.). Mouillac, Tarn-et-Garonne, (Muséum de Munich, n° 58.)
se termine en haut par une échancrure destinée à recevoir le tubercule intercondylien de l’os du pied. En arrière, la gorge rotulienne est assez large, elle se dirige obliquement en haut et en dehors. Largeur de l'extrémité distale du tibia 6 mm. 5, diamètre antéro-postérieur maximum des condyles, 7 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 mm. 4.
RappoRTS ET DIFFÉRENCES. — llerocles validus est bien plus grand que les diverses espèces actuelles de même genre, y compris Pterocles sepultus Milne Edwards, de l’Aquitanien de l'Allier, qui a la taille de Pterocles alchata. Le tarso-métatarsien de Pferocles validus est plus allongé que celui de ces dermers, mais les crêtes du talon sont plus courtes. Par contre, la crête postéro-médiane se continue, en obliquant légèrement,
1 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. II, p. 294, pl. CXLI, fig. 1 4 9.
Jusqu'à la surface articulaire du pouce, au lieu de s'effacer vers le milieu du corps de l'os, comme dans la plupart des Gangas vivants.
Les trochlées digitales, vues en dessous, ont une disposition fort voisine de celle qui existe chez les pigeons, notamment chez Columba palumbus, Linné'. Les poulies des doigts latéraux sont situées moins en arrière, par rapport à la poulie médiane, que dans Pferocles sepullus ou dans les espèces actuelles.
En ce qui concerne le fragment de tibia du Ganga des phosphorites, 1l est très facile à distinguer non seulement par sa large gorge intercondylienne, mais surtout par l’échancrure profonde qui la surmonte. Cette échancrure ne se voit pas chez les Gangas de notre époque.
Pterocles larvatus Milne Edwards [Figure 25 et pl. V]
Pterocles larvatus Milne Edvards, — Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux (2e Congrès ornith. Budapest, p. 71, 1891).
Cette seconde espèce était connue d’après un seul coracoïdien dont les dimensions (longueur totale 27 millimètres) sont, selon Milne Edwards, un peu moindres que celles du même os chez Pterocles setarius, alors que Pterocles validus, précédemment décrit, est beaucoup plus grand que ce dernier.
J’attribue au P{erocles larvatus un humérus droit, en parfait état de conservation, qui porte l'étiquette Q D. 126, dans la collection du Muséum de Bâle.
Cet os du bras présente les mêmes caractères que celui de la plupart des Colombides. La tête humérale est large. mais beaucoup moins renflée en arrière que chez les Gangas vivants. Dans la fosse sous-trochantérienne assez profonde, on
{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol, Il, p. 292, pl. CLXI, fig. 19.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 93 voit un très petit orifice pneumatique, alors que chez les Pterocles de notre époque l’orifice occupe presque toute la largeur de la fosse. L'empreinte du moyen pectoral, moins longue mais beaucoup plus large que chez les Gallinacés, se trouve immédiatement au-dessous de la tête articulaire, derrière la crête pectorale. Celle-ci, très saillante, se recourbe légèrement en dedans.
Le corps de l'os est plus grêle que dans les espèces actuelles,
F1G. 25. — Plerocles larvalus. — [umérus droit (gr. nat.). Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QD. 126.)
bien plus notamment que chez Pferocles quadricinctus Temm., dont l’humérus a exactement la même longueur.
L'extrémité inférieure est moins élargie que chez les Pigeons. L'empreinte du brachial antérieur, quoique superficielle, est bien marquée. Sur le bord externe de l'os, au-dessus du condyle radial, il existe un petit tubercule sur lequel s'attache l’extenseur de la main. Ce tubercule se remarque également chez les divers Gangas, toutefois il est bien plus saillant dans l’espèce des phosphorites. Les coulisses inférieures du triceps sont peu profondes. Enfin les condyles ont le même développement relatif, la même structure que dans Pferocles quadricinctus.
Les dimensions de cet humérus sont les suivantes : longueur totale 42 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 12 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure 8 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 mm. 8.
On trouvera probablement, dans les collections de fossiles des phosphorites, d’autres traces du squelette de Pterocles larvatus dont l'os du pied devait avoir à peu près les mêmes dimensions que celui des Gangas de notre époque.
Comme l'a remarqué Milne Edwards, l'existence de plusieurs P{erocles dans les phosphorites du Quercy présente une grande importance, car elle fournit des indications précises sur les conditions de climat et de milieu dans lesquelles vivaient, à cette époque, les animaux de la région. Les Gangas habitent, en effet, les plaines arides, étendues et sablonneuses des régions chaudes. Il est donc probable que le sud-ouest de la France devait offrir à peu près ces conditions d'existence, aux Gangas des périodes éocènes et oligocènes.
Les Pterocles appartiennent presque en totalité à la faune africaine, et les rares représentants de ce groupe que l’on trouve encore aujourd'hui dans le sud de l’Europe ou dans l'Asie antérieure el centrale, proviennent du continent africain.
Le groupe se compose de quinze espèces dont cinq du genre Pteroclurus et dix du genre Pterocles. Selon Ogilvie-Grant!, ces quinze espèces sont ainsi réparties: l{erocles fascialus Scop. habite les Indes ; une seconde espèce, P{erocles personalus Gould, est particulière à Madagascar, les treize autres vivent en Afrique.
{ Ogilvie Grant, Catalogue of the Game Birds in the coll. of the Brit. Museum, vol. XXII, p. 6, London, 1893.
Sous-ordre des GALLINACÉS
Famille des PERDICIDES Genre PALÆOCRYPTONYX Depéret'
Ce genre a été créé pour désigner un Gallinacé dont les os des membres ont été recueillis presque en totalité par M. Donnezan, dans les limons pliocènes du Roussillon. Cet oiseau se rapproche beaucoup par la conformation de son humérus, des Roulouls où Cryptonyx de la région malaise. Il en diffère par son tarso-métatarsien plus court et surtout plus élargi transversalement, que dans les genres Cryptonyx, Ortyx, Coturnix, Palæortyx et Palæoperdir. M. Depéret a constaté que « ce caractère se montre aussi bien dans la diaphyse comprimée d'avant en arrière que dans l'extrémité supérieure, où les cavités glénoïdes sont beaucoup plus larges que longues, et dans l'extrémité inférieure où les trochlées des doigts latéraux sont très élalées en travers et fortement divergentes, surtout celle du doigt interne. L'ensemble de ces caractères indique une patte robuste et un oiseau bon marcheur ».
L’'humérus se distingue de celui de la plupart des Gallinacés par l'existence d’une large fosse tricipitale sous la tête articulaure. Cette particularité rapproche également le genre Palæocryptonyx du groupe des Cryptonyx, Ortyx, Odontophorus actuels ainsi que des Palæotyx fossiles. Mais la fosse tricipitale supérieure est beaucoup moins profonde chez Palæocryp- {onyx que dans les genres précédents. Par l'extrémité inférieure de l’humérus, Palæocryplonyr ressemble presque entièrement aux Cryptonyx et aux Oréyx. Pourtant l’empreinte brachiale est plus étroite que chez les Roulouls et moins profonde que chez les Colins.
1 Depéret, Animaux pliocènes du Roussillon, p. 13r (Mémoires de la Soc. géologique de France, t. II, Paris, 1892).
Palæocryptonyx Depereti nov.sp.
[Figure 26 et pl. V]
Les Roulouls tertiaires sont représentés parmi les fossiles des phosphorites, par un humérus gauche recueilli à Escamps. Cet os, qui fait partie, sous le n° 127, de la collection du Muséum de Munich offre tous les caractères génériques signalés plus haut: La tête humérale renflée surmonte une fosse tricipitale large, mais très superficielle ; elle est séparée par une
F1G. 26. — Palæocryplonyx Depereli, — Humérus gauche (gr. nat.). Escamps. (Muséum de Munich, n° 127.)
mince cloison osseuse de la fosse sous-trochantérienne dans laquelle s'ouvre un large orifice pneumatique. La crête pectorale est courte et peu saillante. L'empreinte d'insertion du moyen pectoral se voit sur la face externe de los, au-dessous du trochanter correspondant. L'ensemble de la diaphyse présente une double courbure comme chez la plupart des Gallinacés, l’une à concavité interne occupe les deux tiers supérieurs, l’autre à concavité externe occupe le tiers inférieur. L'extrémité inférieure de l'humérus est large, elle porte une empreinte brachiale longue, peu profonde et disposée oblique-
ment. La tubérosité sus-épicondylienne, sur laquelle s'attache le muscle extenseur de la main, est assez saillante. Les dimensions de cet os sont les suivantes : Longueur totale 39 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 10 millimètres, larseur de l'extrémité inférieure 7 mm. 5, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 millimètres.
RappoRTS ET DIFFÉRENCES. —- Bien que Palæocryplonyx Depereli ait environ, d’après les mesures qui précèdent, la même taille que Palæocrypt. Donnezant Depéret! du Pliocène du Roussillon, les humérus de ces deux espèces se distinguent facilement l’un de l’autre. Dans l'espèce des phosphorites, l'os du bras est beaucoup plus grêle et plus recourbé que dans l’espèce Pliocène, la tète humérale moins élargie et la gouttière où se loge la portion supérieure du triceps encore plus superficielle que chez Palæocrypt. Donnezant. Par contre, la surface bicipitale paraît bien mieux délimitée chez Palæocrypt. Deperett.
En résumé, le Palæocryplonyx des phosphorites présente des rapports assez grands avec les Roulouls de la région Indo- Malaise, mais 1l n'est pas aussi rapproché de ces derniers que le Palæocryptonyx du Roussillon. Par la gracihité et la forte courbure de l'os du bras, il se distingue à la fois de celuiei et de la plupart des représentants des genres Cryplonyx, Ortyx et Palæortyx.
Genre PALÆORTYX Milne Edwards*
Ce genre comprend plusieurs Gallinacés tertiaires voisins des Perdrix. L'espèce type Palæortyx Hoffmanni Gervais”, du gyps de Montmartre, a le rostre plus long et moins re-
Deptéret, Aimaux pliocènes du Roussillon, p. 131, pl. II, fig. 8 et 8 A. Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. If, p. 217, 1871. Gervais, Zool, et Pal. françaises, vol. 1, p. 229. 1852 (Tringa Hoffmanni).
Univ. DE LYoN. — GAILLARD. 7
courbé que les espèces actuelles du même groupe. Les proporons relatives du membre postérieur sont à peu près les mémes que dans le genre Perdix, mais le fémur est relativement plus court.
Le larso-métatarsien ne porte pas d’éperon, sa surface postérieure ne présente pas le bord interne proéminent qui se remarque chez les Perdix, la diaphyse est aplatie d'avant en arrière. Le talon est percé d’un seul canal tubulaire, alors que dans le genre Orfyx, il existe deux canaux plus ou moins distincts.
L'humérus de Palæortyx Hoffmanni est grèle comme dans le genre Coturnix. Chez la plupart des Palæortyx la tête humérale est creusée d'une fosse tricipitale plus profonde que chez les Orlyx, Perdix et Francolinus. En outre, chez certaines espèces, telles que Palæortyx ÉEdwardsi Depéret‘, du Miocène de la Grive Saint-Alban, on voit, à la place de la fosse sous-trochantérienne un large orifice pneumatique qui ne s'observe pas chez les Palæortyx des phosphorites.
Palæortyx ocyptera Milne Edwards
[Figure 27 et pl. V]
Palæortyx ocyptera Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate de chaux. (2e Congrès ornith. Budapest, p. 71, 1891).
Parmi les fossiles que j'ai reçus en communication, cette espèce est représentée, dans la série du Muséum de Munich, par un humérus (n° 126) provenant de Mouillac.
Ce fossile, en très bon état de conservation, ressemble assez à l'os du bras du Colin de Californie. Pour l’en distinguer, il faut avoir égard à des particularités anatomiques peu apparentes, mais importantes néanmoins, car elles sont liées, comme l'ont montré Marey et Milne Edwards, à la disposition de l'appareil musculaire.
{ Depéret, Arch, du Muséum de Lyon, vol, IV, p. 285, 1887.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 99 L'humerus de Palæortyx ocyplera reproduit figure 27, est plus grêle que celui d'Ortyx californica. À l'extrémité supérieure, le sillon ligamentaire qui sépare la tête humérale de la surface bicipitale se termine du côté interne par une fossette profonde, très peu marquée chez les Orfyr. La crête pectorale plus allongée se recourbe fortement en dedans; à l'intérieur de la fosse sous-trochantérienne, arrondie et profonde, 1l
n'existe pas de trace du large orifice pneumatique qu'on voit
Fig, 27. — Palæorlyx ocyplera, — Humérus droit (gr. nat.) Mouillac. (Muséum de Munich, n° 126.)
chez les Perdrix, les Francolins, les Colins et les Cailles. De plus, la fosse dans laquelle se loge le faisceau supérieur du triceps est bien plus profonde que chez Ortyx Californica, où elle ne se continue pas, comme chez Palæortyx ocyptera, par une dépression dirigée obliquement de haut en bas et de dehors en dedans.
Par l'extrémité inférieure de son humérus, le petit Palæortyx des phosphorites diffère peu des Colins actuels. Les condyles de ces derniers sont cependant plus volumineux et Pépre trochlée plus saillante. Longueur totale de l’humérus de Pa: læortyxæ ocyptera 32 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 8 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure
er
millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 2NIN 10
Milne Edwards a rapporté à cette espèce un coracoïdien recueilli dans les carrières de Caylus. Cet os est notablement plus petit (longueur totale 25 millimètres) que celui du Colin de Californie, mais le savant professeur du Muséum, rappelle, d'après ce qu'il a constaté chez Palæortyx brevipes de l'Aquilanien de l'Allier que, dans ce dernier genre, le coracoïdien est relativement plus court que chez les Colins de notre époque.
RapporTs ET DIFFÉRENCES. — L’os du bras de Palæortyx ocyptera est plus trapu que celui de Palæortyx Hoffmanni Gervais, du gypse de Paris, Il est, au contraire, beaucoup plus grêle et plus petit que l’humérus de Palæortyx Blanchardi Milne Edwards', du même gisement. Palæortyx brevipes®, la plus petite espèce de Saint-Grérand-le-Puy, se rapproche davantage de Palæortyx ocyptera, toutefois l'humérus de cette dernière se distingue encore par ses extrémités proximale et distale moins volumineuses relativement et par la dis-
position différente de sa fosse tricipitale supérieure,
Palæortyx Cayluxensis Lydekker [Figures 28, 29 et pl. VI]
Palæortyx Cayluxensis Lydekker, Catalogue of the fossil Birds in the Brit. Mus.p. 138 (1891). — Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts de phosphate de chaux {2° Congrès ornith. Budapest., p. 72, 1891).
Cette espèce a été signalée d’abord par Lydekker, d’après deux eubitus recueillis dans les phosphorites de Caylus. À la même époque, Milne Edwards décrivait, dans le compte rendu
{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. II p.223, pl. CXXVI, fig.r, J, 416019.
2 Id., ibid., vol: Il, p:1235;-pl. CXXX, fig. r2 à 16,
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 101 du deuxième Congrès ornithologique de Budapest, un fragment d'humérus sous le même nom.
En comparant attentivement les descriplions des deux savants paléontologistes, il semble que les ossements catalogués par Lydekker sous le nom de Palæortyx Caylurensis, correspondent plutôt à Palæortyx ocyplera de Milne Edwards, qu'à Palæortyx. Caylurensis du même auteur. Puisque le « Catalogue » de Lydekker a été publié quelques mois avant le compte rendu des travaux du Congrès de Budapest, le nom de Palæortyx ocyptera devrait ètre donné comme synonyme de Palæortyx Cayluxensis Lydekker ; Palæortyx Cayluxensis Milne Edwards, recevrait un autre nom.
Il nous a paru préférable pourtant, d'adopter les diagnoses de Milne Edwards, afin de ne pas surcharger la nomenclature et aussi, parce que ces diagnoses portent sur deux humérus bien distincts spécifiquement, alors qu'on n'est pas absolument certain que les cubitus décrits par Lydekker appartiennent à la première espèce et non à la seconde.
J'attribue au Palæortyx Cayluxensis Milne Edwards, un humérus (n° 5) du Muséum de Berlin et un larso-métatarsien (n° 241) provenant de Mouillac, de la collection du Muséum de Munich.
L'os du bras reproduit figure »8 se différencie très nettement par diverses particularités anatomiques ainsi que par ses plus fortes dimensions, de celui de Paliæortyx ocyptera. L'extrémité supérieure est plus large, la tête articulaire plus ren- ‘flée. L'impression du muscle abaisseur de l'aile occupe, sur la face antérieure, une surface bien plus étendue. La fosse supérieure du triceps brachial, dirigée moins obliquement, se continue insensiblement avec le corps de l'os sans être limitée extérieurement par un bourrelet. L'extrémité distale de l’os du bras est plus épaissie d’avant en arrière par suite de la saillie plus grande de l’épicondyle et de l'épitrochlée.
Les dimensions de cetos sont les suivantes : Longueur totale 36 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 9 mil
limètres, largeur de l'extrémité inférieure 7 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 3 millimètres.
On peut attribuer également à Palæortyx Cayluxensis un humérus de même forme que le précédent, qui est conservé au Musée de Montauban et dont voici les dimensions : lonœueur totale 4o millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 10 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure
F1G. 28, — Palæorlyr Cayluxensis. Humérus gauche. (gr.nat.). (Muséum de Berlin, n° 5.)
7 millimètres 5, diamètre minimum de la diaphyse 3 mm. 5.
Le larso-métatarsien, dessiné figure 29, que je rattache à Palæortyx Cayluxensis offre de grands rapports avec l'os du pied des Colins de notre époque. Les proportions générales sontles mêmes chez ces diverses formes, seules les facettes tib1olarsiennes ont des dimensions différentes. Dans l'espèce fossile, la facette articulaire interne est plus allongée d'avant en arrière que chez les Ortyx. Chez ceux-ci, au contraire, la crête interne du talon est bien plus sullante proportionnellement; le talon, moins élargi, est traversé ordinairement par deux canaux tubulaires au lieu d’un seul. Le corps de l'os du pied se distingue surtout par une dépression bien marquée
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 103 qui occupe, chez Palæorlyx Cayluxensis, une partie de la face antérieure. Dans cette dépression se voient les deux légères tubérosités du muscle tibial antérieur ; l'une est située dans l’axe du tarso-métatarsien, au-dessous des pertuis supérieurs, la seconde se trouve au même niveau que la première, mais près de la face interne.
En ce qui concerne l'extrémité distale du tarso-métatarsien, je trouve que chez Palæortyx Cayluxensis la surface articu-
Fi. 29. — Palæorlyxz Cayluxensis. -- Tarso-métatarsien gauche (gr, nat.). 9 1 L 5 5 Mouillac (Muséum de Munich, n° 24r.)
laure du pouce est plus grande que chez les Ortyx, et la trochlée du doigt externe plus rejetée en arrière. Voici les mesures de cet os: longueur totale 30 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 5 mm. 6, largeur de l'extrémité inférieure 6 millimètres, diamètre transverse minimum de la diaphyse 2 mm. 8.
RAPPORTS ET DIFFÉRENCES. — Palæorltyx Caylurensis est environ de la taille de Palæort. Hoffmanni, mais l'os du bras de l'oiseau des phosphorites est plus trapu, moins recourbé, que dans l'espèce du gypse des environs de Paris, L'espèce de Caylus se différencie de cette dernière comme de celles rencontrées dans les dépôts aquitaniens de Saint-Gérand-le-Puy, par plusieurs particularités anatomiques importantes. La tête
humérale de Palæortyx Cayluxensis est plus haute, et la surface bicipitale n'est pas limitée inférieurement par un sillon, ainsi que cela a lieu chez Palæortyx Gallica et Pal. brevipes.
Dans ces dernières, la tête de l'humérus est reliée au trochanter interne par une forte crête qui limite la coulisse articulaire et la sépare de la fosse tricipitale supérieure. Chez Pal. Cayluxensis cette crête est très atténuée et la coulisse articulaire beaucoup plus large. L’extrémité distale de l'os du bras est relativement plus dilatée latéralement que chez P. Gallica et P. brevipes.
L’os du pied de Palæort. Cayluxensis à re proportions intermédiaires entre le métatarsien de Palæortyx brevipes et celui de Pal. Gallica. Les trochlées digitales ont le même développement relatif dans ces diverses espèces, mais, dans l'espèce des phosphates du Quercy, l'articulation ibio-tarsienne est plus élargie, surtout du côté postérieur.
Genre PARAORTY A nov. vgen:
Les Gallinacés de ce genre appartiennent également à la famille des Perdicides et se rapprochent des Ortyx, Palæortyx et Perdix. Toutefois, la tête humérale moins volumineuse, plus comprimée dans le sens antéro-postérieur, prouve que les représentants de ce genre étaient mieux doués, sous le rapport du vol, que ceux des genres cités plus haut.
L'humérus des Paraorlyx n'a pas de foramen pneumatique. Néanmoins, l'extrémité supérieure est entièrement excavée par les deux fosses sous-trochantérienne et tricipitale qui se prolongent jusqu'à la paroï de la surface articulaire, et ne sont séparées l’une de l’autre que par une mince cloison osseuse. La crête pectorale est, en outre, beaucoup moins recourbée en dedans que chez les Palæortyx, Ortyx et Perdix, et l'extrémité inférieure de lhumérus est plus dilatée transversalement,.
Le tarso-métatarsien offre des particularités intermédiaires
entre celles qu'on observe chez les Perdrix proprement dites et
chez les Palæortyx. Le corps de l'os du pied des Paraortyx est
plus épais d'avant en arrière que celui des Palæortyx, mais
la crête postéro-interne est moins saillante que dans le genre Perdix.
Paraortyx Lorteti, nov. sp.
[Figure 30 et pl. VI]
Cette espèce est représentée dans la collection du Muséum
Fic, 30. — Paraortyæ Lorteti. — Humérus gauche (gr. nat.). Escamps. (Muséum de Munich, n° 65.)
de Munich, par un humérus (n° 65) en parfait état de conservalion.
En dehors des caractères différentiels indiqués dans la diagnose du genre Paraortyx, on doit signaler la longue empreinte du moyen pectoral qui se prolonge, en arrière de los et près du bord externe, jusqu’au niveau de l'extrémité inférieure de la crête pectorale. La rainure articulaire, qui est regardée par Alix et par Sabatier! comme le seul indice d'un col anato-
! Fürbringer, Untersuchungen zur Morphologie und Systematik der Vogel, te partie, p.202, Amsterdam, 1888.
mique, est ici plus large et plus profonde que chez la plupart des Gallinacés. Cette rainure isole complètement le trochanter interne de la tête humérale, tandis que dans les genres Ortyx, Palæortyx et Perdix, ces deux parties sont réunies par une crêle osseuse séparant le col huméral de la fosse supérieure du triceps.
Au-dessous de la fosse tricipitale supérieure, on remarque deux sillons assez profonds qui continuent en quelque sorte cette fosse jusqu'au milieu de la longueur de l’os. Du côté antérieur, les surfaces d'insertion du grand pectoral et du deltoïde sont très larges.
La diaphyse, légèrement aplatie d'avant en arrière, présente une courbure très accentuée dans les deux tiers supérieurs de sa longueur. L’extrémité distale est remarquable par le grand développement de son diamètre transverse. La tubérosité susépicondylienne sur laquelle s'insère le muscle extenseur de la main, est très sallante. Enfin, l'empreinte brachiale est longue, oblique et assez profonde dans sa moitié inférieure.
Longueur de l’os du bras de Paraortyx Lorteti 42 milhimètres, largeur de l'extrémité supérieure 11 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure 8 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 3 mm. 5.
À en juger par les mesures qui précèdent, Paraortyx Lorteli avait la même taille que Palæortyx Gallica Milne Edwards!, des dépôts aquitaniens de Langy (Allier). Les particularités anatomiques signalées plus haut différencient très nettement l'espèce des phosphorites de tous les Perdicides actuels aussi bien que des divers fossiles de la même famille, rencontrés soit dans les dépôts miocènes, soit dans l’Aquitanien de Saint-Gérand-le-Puy.
! Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. Il, p. 230, pl. CXXIX, fig. 25 à 29.
Paraortyx Brancoi nov. sp.
[Figures 31, 32 et pl. VI]
Cette seconde espèce est connue d’après l'humérus et le tarso-métatarsien.
L'os du bras, qui fait parte des collections de l'Institut
FiG. 31, — Paraorlyx Brancoi. — Humérus gauche (gr. nat). Phosphorites du Quercy. (Muséum de Berlin.)
paléontologique de Berlin, ressemble par ses caractères prinerpaux à celui de l’espèce précédente. Cependant, la tête humérale de Paraortyx Brancot est plus haute, la crête pectorale se recourbe davantage en dedans, la surface d'insertion du grand pectoral est plus allongée que chez Paraorlyx Lorteti. En outre, l'empreinte du moyen pectoral est notablement moins étendue vers le bas. Ces diverses particularités indiquent des affinités plus grandes avec les Palæortyx.
Vu de profil, lhumérus est plus recourbé que celui de Paraortyx Lorteti. Son extrémité distale est forte et la gout-
108 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY tière inférieure du triceps brachial assez profonde, par suite de la grande saillie de l’épitrochlée. Sur la face antérieure, l’empreinte du musele brachial, le fléchisseur de l’avant-bras est longue et bien marquée. Les dimensions de cet os sont les suivantes : longueur totale 51 millimètres, largeur de l’extrémité supérieure 13 millimètres, largeur de l'extrémité inférieure Q mm. 5, diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 millimètres.
Le larso-métatarsien que j'attribue à Paraortyx Brancoi est
F1G. 32. — Paraorlyx Brancoi. — Tarso-métatarsien gauche (gr. nat.). Mouillac, Tarn-et-Garonne. (Muséum de Munich, n° r19.)
conservé sous le n° 119, dans la série du Muséum de Munich. Cet os du pied offre toutes les particularités anatomiques des Gallinacés, notamment celles des Perdrix et des Colins. Sa diaphyse, peu comprimée d'avant en arrière, se rétrécit vers le tiers inférieur de sa longueur. La face postérieure est pourvue d'une crête interne modérément saillante. Cette crête est plus développée chez les Perdrix, les Roulouls et les Faisans; par contre elle fait complètement défaut chez les Colins et les Palæorlyæ. La face antérieure de l'os est légèrement concave dans sa moitié supérieure (fig. 32); les empreintes du muscle fléchisseur du métatarsien sont bien distinctes : l’interne est
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 109 grande; l’externe, étroite et petite, est située dans l'axe de l'os, un peu plus bas que l’interne.
Les facettes de l'articulation tibio-tarsienne ont à peu près la même disposition que chez les Palæortyx, pourtant la facette interne de Paraortyx Brancoi occupe en arrière une surface bien plus grande que dans les genres voisins Palæortyx, Ortyx et Perdix.
En ce qui concerne l’extrémité inférieure de cet os, on ne peut donner que des indications incomplètes. La trochlée du doigt externe est comprimée latéralement et se prolonge en arrière par un bord saillant et mince. La facette d'insertion du pouce est longue et nettement délimitée. Il est impossible de parler des trochlées médiane et interne, ou du talon qui sont brisés sur l’exemplaire unique que j'ai examiné. Les dimensions de ce métatarsien sont Îles suivantes : longueur totale, de la tubérosité intercondylienne à l'extrémité de la trochlée digitale externe 45 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 8 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 4 millimètres.
Ces mensurations, de même que celles de l'humérus, indiquent un oiseau de la taille de Perdix cinerea.
Sous-ordre des RALLIFORMES
Famille des RALLIDES
Genre RALLUS Brisson!
L'humérus est petit, grêle et faiblement arqué. La tête articulaire est haute et limitée en bas, sur la face antérieure, par une gouttière large mais peu profonde, où s'insère le ligament coraco-huméral. La surface bicipitale est large ; la crête pecto-
1 Ornithologie, vol. V, p. 151, 1760.
rale, peu saillante, est tronquée en avant. En arrière, le trochanter interne est assez volumineux ; dans la fosse sous- trochantérienne peu profonde, il n'existe pas de foramen pneumatique. L'échancrure articulaire est profonde et le tro: chanter externe assez renflé.
L’extrémité distale de l’humérus n'a qu'une faible largeur ; l'empreinte d'insertion du muscle brachial antérieur ou huméro-cubital, a la forme d’un oval allongé, elle est bien délimitée et située près du bord interne. La saillie sus-épicondylienne sur laquelle se fixe le tendon de l'extenseur de la main, et qui constitue chez les Totanides et Larides une apophyse assez longue, est très réduite chez les Rallides. La fosse olécranienne n’a qu’une faible profondeur, mais les gouttières inférieures du triceps brachial sont bien marqués.
Rallus (?) arenarius Milne Edwards [Figure 33]
Rallus arenarius M. Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphates de chaux (2° Congrès ornith. Budapest, p. 74, 1891).
Cette espèce a été signalée par Milne Edwards d’après un os du bras incomplet recueilli dans les phosphatières de Caylus.
Parmi les fossiles que j'ai reçus en communication, Rallus arenarius était également représenté par un humérus (n° 125) provenant d'Éscamps (Lot), de la collection du Muséum de Munich. Cet os correspond parfaitement à celui quia été décrit par Milne Edwards et qui fait partie de la collection du Muséum de Paris, où j'ai pu l’examiner. La tête humérale de ce dernier est un peu détériorée sur la face postérieure; en outre, l'extrémité distale est brisée au-dessus de l’apophyse sus-épicondylienne. Sa longueur, mesurée de l'extrémité supérieure au tubercule sus-épicondylien, atteint 25 millimètres.
L'humérus du Muséum de Munich autorise, mieux que le précédent, une détermination générique. D'après sa structure générale, 1l semble appartenir au groupe des Râles comme l'a
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 111 reconnu Milne Edwards, mais certaines particularités dont l'illustre naturaliste n'a pu tenir compte, par suite du mauvais état de l’os qu'il avait à sa disposition, le rapprochent des Totanides, notamment du genre Tringa.
Comme le montre la figure 33, l'extrémité supérieure est relativement plus élargie que dans le genre Aallus ; le sillon du ligament coraco-huméral se continue sur toute la largeur de la tête humérale qui est fortement renflée. En arrière, la
F1G. 33. — Rallus (?) arenarius. — Humérus droit (gr. nat. A, 2/r.). Escamps. D / (Muséum de Munich, n° 125.)
dépression dans laquelle s'insère la partie supérieure du triceps brachial est large mais peu profonde. Cette dépression, qui est séparée de la fosse sous-trochantérienne par une légère crête, n'existe pas dans le genre Rallus. Inférieurement on remarque une apophyse sus-épicondylienne pointue et saillante; l'empreinte du brachial antérieur est longue et ovale. Les condyles sont arrondis; 1l n’y a pas de fosse olécranienne et les coulisses du triceps sont larges et évasées.
Cet humérus qui représente une espèce de très petite taille, a les dimensions suivantes : longueur totale 27 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 5 mm. 5; largeur de l’extrémité inférieure 4 mm.: diamètre transverse minimum de la diphayse 1: mm. 8.
RAPPORTS ET DIFFÉRENCES. — Comme l'indiquent les chiffres précédents, Rallus (?) arenarius est notablement plus petit que la Marouette, fiallus porzanus, de la faune actuelle. Il est
même plus petit que Rallus porzanoïdes de l'Aquitanien de Saint-Gérand-le-Puy, avec lequel il ne peut être confondu grâce aux caractères différentiels qui ont été signalés plus haut.
S1 nous le comparons aux petites espèces de Totanides terüares desquelles il paraît plus rapproché, nous constatons encore que sa taille est sensiblement plus modeste que celle de Tringa gracilis', la plus petite forme reconnue par Milne Edwards dans les terrains tertiaires de Langy (Allier). En outre l'os du bras de Tringa gracilis se distingue très facilement de celui de l'espèce des phosphorites. Chez ce dernier, la diaphyse, très recourbée, s'élargit progressivement depuis le milieu de sa longueur jusqu'aux extrémités, au lieu que, chez Tringa gracils, elle est presque droite et de même largeur, de l’apophyse sus-épicondylienne jusqu'à l'extrémité inférieure de la crête pectorale. L’empreinte du muscle brachial, de forme elliptique, est située près du bord interne dans /?allus (?) arenarius, au lieu que chez Tringa gracilis on voit une large dépression occupant presque toute la largeur de l’extrémuté distale, audessus des condyles. Enfin l'apophyse sus -épicondylienne de Rallus (?) arenarius est moins saillante et la crête pectorale moins allongée inférieurement.
Afin de ne pas surcharger la nomenclature, nous laissons provisoirement cette espèce aux caractères incertains, sous la dénomination que lui a donnée Milne Edwards, en attendant que la découverte d'autres parties du squelette, vienne indiquer d’une manière plus précise, sa position systématique.
Rallus dasypus Milne Edwards
Rallus dasypus M. Edw. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2e Congrès ornith. Budapest, p. 73, 1891).
Une seconde espèce de Râle, bien plus grande que la précédente, a été signalée d’après un fémur trouvé dans les phos-
{ Milne Edwards, Oiseaux fossiles, vol. I, p. 411, pl. LVIIL, fig. 2 et pl. LXIV, fig. 1 à 24.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 413 phorites de Saint-Antonin et conservé au Muséum de Paris. Ce fémur est, en effet, plus long et plus gros que celui de la Marouette ; 1l ressemble à celui de Rallus pectoralis Temminck. Ses proportions prouvent que les pattes de Æallus dasypus étaient plus robustes que celles du Râle de genèts et du Râle d’eau.
L’os est fortement incurvé. Son col est épais et le trochanter un peu moins large que dans le Râle d’eau. À l'extrémité inférieure, assez élargie, la gouttière rotulienne est superficielle et évasée.
Longueur du fémur 41 millimètres, largeur de l'extrémité supérieure 6 mullimètres, largeur de l'extrémité inférieure 7 millimètres, largeur du corps de l'os 3 millimètres.
Une portion inférieure d’humérus, de la collection du Muséum de Paris, indique un oiseau plus grand que celui auquel se rapporte le fémur précédent.»L'extrémité distale de cet os du bras mesure 8 millimètres de largeur, le diamètre transverse minimum de la diaphyse est de 4 millimètres. Milne Edwards à constaté que l'os ressemble beaucoup à celui de l'Ocydrome. Pourtant la diaphyse est plus large, l'empreinte du muscle brachial antérieur plus superficielle.
Les particularités de cet humérus correspondent à celles d’un Rallidé, mais elles ne permettent pas de dire à quel genre il doit être rattaché.
Famille des ORTHOCNÉMIDES
(Position incertaine) Genre ORTHOCNEMUS Milne Edwards!
Le tarso-métalarsien est suivant l’espèce, plus ou moins long et robuste. Les facettes de l'articulation tibiale sont disposées comme dans le genre Chauna ; l’interne est située un peu
!{ Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrés ornith. Budapest, p. 74. 1891).
Univ. DE LYoN. — GAILLARD. 8
plus haut que l’externe, mais celle-ci se prolonge beaucoup plus en arrière. Le tubercule intercondylien est étroit et haut. Le talon, très simple, n’est traversé par aucune gouttière tubulaire; 1l se compose d’une crête interne assez saillante et d’une crête externe plus épaisse mais très courte, entre lesquelles se trouvent deux coulisses entièrement ouvertes en arrière.
Le corps de l'os, aplati en avant vers le nulieu de sa longueur, se creuse en gouttière de plus en plus profonde à mesure qu'on se rapproche de l'articulation proximale. L'extrémité inférieure est élargie latéralement. Les trochlées digitales ont environ le même développement relatif que dans les genres Hæmatopus et Chauna, mais les poulies latérales ne sont pas disposées obliquement comme chez ces derniers, elles sont placées parallèlement à la poulie médiane. L'externe, courte, arrondie en avant, est creusée en dehors d’une dépression profonde pour l'insertion du ligament digital. La poulie médiane est beaucoup plus grande, elle dépasse les autres en avant et en dessous; enfin la poulie interne, la plus petite et la plus courte, est située un peu en arrière des deux précédentes.
Orthocnemus minor Milne Edwards
[Figure 34 et pl. VIII]
Orthocnemus minor Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes {2e Congrès ornith. Budapest, p. 77, 1891).
Cette espèce dont l'existence a été reconnue d’après une portion inférieure de métatarsien, est représentée, dans la collection du Muséum de Bâle, par un os du pied complet (QH 199), en parfait état de conservation.
L'extrémité supérieure de ce tarso-métatarsien est relativement large. Les facettes de l'articulation tibiale sont assez profondes, notamment l'interne dont le bord se relève de manière à retenir latéralement le condyle correspondant du tibia. La
facelte externe est moins profonde, mais elle a une étendue
beaucoup plus grande en arrière. Le talon est formé, comme il a été dit dans l'exposé des caractères du genre, d’une crête externe très courte et d’une crête interne séparées par deux coulisses tendineuses dont l’une, en contact avec la crête externe, est très superficielle (figure 34).
Le corps de l’os est aplati sur sa face antérieure; il ne se
F1G, 34. — Orthocnemus nunor. — Tarso-métatarsien gauche (gr. nat.) Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QH, 155.)
creuse que dans la partie voisine de l'articulation tibio-tarsienne. Les perluis supérieurs sont situés immédiatement en dessus des deux empreintes du tibial antérieur. Sur la face postérieure on remarque, du côté interne, la grande dépression où se loge le fléchisseur propre du pouce; du côté opposé, la dépression de l’abducteur du doigt externe est beaucoup plus petite, elle est limitée en dehors par une arête peu saillante. A l'extrémité distale, la surface articulaire du pouce est peu
marquée; le pertuis inférieur, assez grand, est situé à une faible distance de l’échancrure interdigitale externe.
En ce qui concerne l'articulation inférieure, on remarque l'écartement ainsi que la faible courbure des trochlées digitales : La poulie du doigt interne n'est située que très légère ment en arrière de la poulie médiane. L’externe est un peu plus longue que celle du côté opposé, elle est plus épaisse également et arrondie en avant. Enfin, la poulie médiane dépasse les deux précédentes en longueur et en épaisseur, elle est creusée d’une gorge profonde sur toute sa surface articulaire.
L'os du pied que j'attribue à Orfhocnemus minor a les dimensions suivantes: longueur totale 68 millimètres ; largeur de l'extrémité proximale 11 mm. 5; épaisseur de la mème extrémité 9 mm. à; largeur de l'extrémité distale 11 mm. 5; diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 mm. 5.
Les mensurations qui précèdent sont un peu supérieures à celles indiquées par Milne Edwards, mais la différence est due, croyons-nous, à des variations sexuelles, elle n'autorise pas une distinclion spécifique.
Un fragment de tibia marqué n° 120, de la collection du Muséum de Munich, appartient sans doute à Orfhocnemus minor. Le condyle interne est un peu plus saillant et comprimé que le condyle externe; l'échancrure qui les sépare est profonde surtout en haut. Au-dessus de la fossette où se loge le tubercule intercondylhien de l'os du pied, on voit une petite tubérosité représentant la sallie osseuse qui existe chez les Cigognes et les Tantales. La coulisse de l’extenseur commun des doigts est très rapprochée du bord interne. Enfin, la poulie articulaire, légèrement anguleuse en dessous, rappelle sous ce rapport le tibia de Grus Melitensis Lydekker‘, du terrain pleistocène de Malte. Largeur de l'articulation inférieure 10 millimètres, épaisseur Q millimètres 5, diamètre transverse du corps de l'os 5 millimètres, épaisseur 4 mm. 5.
1 Catal. of the fossil Birds, p. 162, fig. 35, London, 1891.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 117 Orthocnemus minor devait avoir à peu près la taille de l’outarde canepetière Ofis {e{rax Linné. La structure de l'extrémité supérieure de son tarso-métatarsien ressemble beaucoup à ce qui existe chez Chauna chavaria Linné, de la faune actuelle de l'Amérique centrale, Mais l'articulation inférieure prouve que les mouvements des doigts devaient être beaucoup plus faciles, dans l'espèce des phosphorites que chez les Palamédéides de notre époque.
L'os du pied d'Orthocnemus minor présente aussi certaines ressemblances, par la forme de son articulation supérieure ainsi que par la simplicité de son talon, avec celui de Proherodius Owent Lydekker! qui a été découvert dans l'argile de Londres (Eocène inférieur). Pourtant les pattes de ce dernier sont bien plus robustes et d’une espèce beaucoup plus grande.
Orthocnemus Gallicus Milne Edwards
Orthocnemus Gallicus Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2e Congrès ornith. Budapest, P. 74, 1891).
J'ai pu examiner les restes de cette espèce au Muséum de Paris, où elle est représentée par un fragment de tibia et deux os du pied.
Les tarso-métatarsiens ne sont pas en très bon état de conservation ; les crêtes du talon sont brisées, de sorte qu'on ne peut donner utilement le dessin de la surface articulaire supérieure.
Les principaux caractères anatomiques signalés à propos d'Orthocnemus minor se retrouvent chez Orthocnemus Gallicus. Toutefois, l'extrémité supérieure ainsi que le corps de l'es, sont plus épais dans cette dernière espèce. La gouttière antérieure de la diaphyse se prolonge beaucoup plus bas et la face latérale externe est plus large comparativement à la face interne.
1 Catal, of the fossil Birds, p. 6o et 363, fig. 75, London, 1891.
L’articulation inférieure présente les mêmes particularités qui ont été signalées pour Orfhocnemus minor. Seule la poule du doigt interne est un peu plus longue chez Orfhocnemus Gallicus ; la surface articulaire du métatarsien postérieur est aussi plus grande et mieux marquée.
Longueur totale de l'os du pied, du sommet de la (ubérosité intercondylienne à l'extrémité de la poulie du doigt médian 107 millimètres, largeur de l'extrémité proximale 13 mullimètres; largeur de l’extrémité distale 14 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 5 mm. 5.
Milne Edwards a constaté que le fragment de tibia d’Orthocnemus Gallicus se rapproche par la disposition de son extrémilé distale, de celui des Cigognes, sans présenter toutefois l'ensemble des caractères de ce groupe d’Echassiers. On ne voit pas, comme sur le tibia d'Orfhocnemus minor, la saillie osseuse qui surmonte chez les Ciconides, la fosse où se loge le tubercule intercondylhien de l’os du pied. Le corps de l'os est arrondi en arrière; son épaisseur est presque égale à sa largeur. Epaisseur de l'extrémité inférieure du übia 13 millimètres ; largeur de l'extrémité inférieure 11 millimètres; diamètre transverse du corps de l’os 6 millimètres; épaisseur du corps de l'os 5 millimètres.
Ces dimensions se rapportent à un oiseau ayant presque la taille de la grande Outarde, Ofis {arda Linné, dont la longueur du tarso-métatarsien varie, comme on sait, de 125 millimètres chez la femelle à 170 millimètres chez le mâle.
Chez Orthocnemus Gallicus, l'articulation inférieure du tibia est plus développée d'avant en arrière que chez Orthocnemus minor. Cette différence prouve que l'articulation proximale de l’os du pied devait être aussi plus épaisse proportionnellement chez Orthocnemus (Gallicus, ce qui indique pour cette dernière espèce, une plus grande affinité avec les Echassiers. Peut-être appartient-elle à un genre différent.
Selon Milne Edwards, le métatarsien d’'Orthocnemus Gallicus offre quelque ressemblance avec celui de Gypsornis Cu-
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 119 vieri! du gypse des environs de Paris. « Les proportions générales sont à peu près les mêmes, mais la disposition du talon, où l’on remarque une gouttière tubulaire, rapproche les Gypsornis des Rallides et les éloigne des Orthocnémides. »
Orthocnemus major Milne Edwards (Figure 35 et pl. VII]
Orthocnemus major Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrès ornith. Budapest, p. 76, 1891).
Cette espèce a été décrite d'après plusieurs fragments d'os du pied conservés au Muséum de Paris. Elle est également représentée, dans la collection du Muséum de Munich, par une portion supérieure de tarso-métatarsien droit provenant d'Escamps (Lot). Ce fossile marqué n° 121, est reproduit figure 39.
Orthocnemus major a environ la taille d'Orthocnemus Gallicus, mais son os canon diffère de celui de cette dermière espèce par plusieurs caractères importants. Chez Orthocnemus major l'articulation tarsienne est beaucoup moins développée dans le sens antéro-postérieur, le talon est plus élargi, sa crête externe est moins saillante. En avant, le corps de l'os est creusé d’une gouttière plus profonde ; de même en arrière, Sur le côté interne du talon, se voit une grande et large dépression pour le muscle fléchisseur propre du doigt postérieur, ce qui permet de conclure que le pouce était doué d'une plus grande puissance que celui d'Orthocnemus Gallicus. Par contre, l'épaisseur de la diaphyse est plus faible d'avant en arrière. Largeur de l'articulation supérieure 13 mm. 5, épaisseur de l'articulation supérieure 11 millimètres, diamètre transverse minimum du corps de l'os 5 mm. 5.
L'extrémité inférieure de l'os du pied qui est attribuée à Orthocnemus major et fait partie des collections du Muséum
1 Les Oiseaux fossiles de la France, vol. I, p. 140, pl. CH, fig. à à 5.
de Paris, mesure 14 millimètres de largeur. Elle offre le même ensemble de caractères qui a été signalé chez Orthocnemus Gallicus. Les poulies des doigts sont aussi disposées de la même manière, mais le pertuis inférieur est un peu plus grand, ce qui est dû aux dimensions du conduit tubulaire où sont
FiG, 35. — Orthocnemus major. — Tarso-métatarsien droit (gr. nat.) Escamps. (Muséum de Munich, n° 121.)
logés les vaisseaux qui passent de la face antérieure de l'os sur la face postérieure ; à une faible distance au-dessous, se trouve la coulisse de l’adducteur du doigt externe qui se termine dans l'échancrure interdigitale correspondante. Chez Orthocnemus Gallicus, ces canaux vasculaire et tendineux ont en avant un orifice commun.
Orthocnemus cursor Milne Edwards
Orthocnemus cursor Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate {2e Congrès ornith. Budapest, p.76; 1805).
Une quatrième espèce d’Orfhocnemus se rencontre dans les
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 121 gites de phosphorites du Quercy. Elle a été décrite d’après une extrémité inférieure de tibia et l'os du pied, qui sont conservés l’un et l’autre dans les collections du Muséum de Paris.
Le tarso-métatarsien est plus grêle que celui d'Orthocnemus major ou d'Orthocnemus Gallicus et l'articulation tibio-tarsienne plus aplatie d'avant en arrière. Le tubercule intercondylien est plus haut, les fossettes glénoïdales sont plus profondes. Le talon, très élargi, est formé d'une crête externe épaisse et d'une crête interne legèrement déjetée en dehors, de sorte que la coulisse des fléchisseurs des doigts, au lieu d'être encaissée comme chez les espèces précédentes, est largement ouverte et superficielle.
En avant, le corps de l'os est creusé d’une gouttière profonde indiquant que les muscles adducteurs des doigts externe et interne, ainsi que l’extenseur propre du pouce étaient très développés. La surface articulaire du premier métatarsien est allongée, mais peu profonde.
L'articulation inférieure est moins large que celle d'Orfhocnemus major ; les poulies des doigts sont moins espacées, mais elles ont environ le même développement relatif. Longueur totale du tarso-métatarsien chez Orthocnemus cursor 47 millimètres ; largeur de l'extrémité supérieure 12 mm. 6; épaisseur ç mm. 5; diamètre transverse minimum de la diaphyse, 5 millimètres ; largeur de l’extrémité inférieure 11 mm. 5.
Milne Edwards a signalé en outre quelques larso-métatarsiens dont les dimensions sont un peu moindres que chez celui qui vient d’être décrit. Leurs caractères ont été trouvés:tellement semblables qu'il a paru impossible de les distinguer spécifiquement. Les différences sont done probablement sexuelles.
Genre ELAPHROCNEMUS Milne Edwards!
Le tarso-métatarsien a le même aspect général que dans le genre Ürthocnemus. Les facettes articulaires destinées à recevoir les condyles du tibia ont le même développement relatif. Le talon n’est perforé par aucune coulisse tubulaire ; 1l se compose de deux crêtes saillantes, séparées par une seule gouttière ouverte en arrière. La face antérieure du corps de l'os est aplatie vers le milieu de sa longueur et creusée en gouttière dans la partie supérieure.
L’articulation métatarso-phalangienne est plus étroite, les échancrures interdigitales sont moins larges, la poulie médiane plus petite que chez les représentants du genre Orfhocnemus ; enfin et surtout la trochlée du doigt interne est courte et rejetée plus en arrière.
Elaphrocnemus phasianus Milne Edwards [Figure 36 et pl. VIII]
Elaphrocnemus phasianus Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des
dépôts éocènes de phosphate (2e Congrès ornith. Budapesl, D-77, 091).
Cette espèce est représentée, dans la collection du Muséum de Bâle, par un tarso-métatarsien complet marqué QH 158.
:L'os du pied d'Elaphrocnemus phastanus ressemble, par ses proportions, à celui d’'Orfhocnemus minor, mais les caractères différentiels signalés dans les diagnoses génériques ne permettent pas de les confondre. À l'extrémité supérieure, les facettes glénoïdales sont assez profondes, leurs bords se relèvent de manière à retenir latéralement les condyles du tibia. Le talon est plus étroit que chez les Orthocnemus, la crête externe est plus saillante (figure 56).
{ Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts’ éocènes de phosphate (2° Congrès ornith., Budapest, p. 77, 1891).
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 123 Le corps de l'os ne diffère pas notablement de celui des espèces précédentes ; son diamètre antéro-postérieur est seulement un peu plus faible. En outre, les faces latérales sont à peu près de même largeur, tandis que chez les oiseaux du genre Orthocnemus la face externe est, comme chez les Ardéides, plus large que la face interne.
Les trochlées digitales sont disposées comme 1l a été indiqué
FiG. 36. — Elaphrocnemus phasianus. — Tarso-métatarsien droit (gr. nat.) Phosphorites du Quercy. (Muséum de Bâle, QH, 158.)
plus haut; elles sont placées suivant une ligne transversale bien plus arquée que chez les Orthocnémides qui précèdent. Enfin, le pouce devait être réduit, si l’on en Juge d'après la surface articulaire peu marquée de son métatarsien.
Longueur totale de l'os du pied d’Ælaphrocnemus phastanus 64 millimètres; largeur de l'extrémité supérieure 10 mm. 5 ; épaisseur g millimètres; diamètre transverse minimum de la diaphyse 4 millimètres; largeur de l'extrémité inférieure
10 millimètres. Comme l’a remarqué Milne Edwards, ces dimensions correspondent environ à celles du Faisan doré.
Par les articulations supérieure et inférieure de l'os canon, Elaphrocnemus phasianus se rapproche davantage des Rallides que les Orthocnemus. À ce point de vue, il rappelle un peu Aphanapteryx Bræœckei Schlegelt, dont les ossements ont été trouvés dans les marais de l’île Maurice et qui doit être regardé, d’après Milne Edwards, comme un oiseau adapté à une existence essentiellement terrestre.
Elaphrocnemus gracilis Milne Edwards
Elaphrocnemus gracilis Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2° Congrès ornith. Budapest, p. 78,1891).
Cet oiseau a été signalé d’après un tarso-métatarsien des collections paléontologiques du Muséum de Paris.
Elaphrocnemus gracilis diffère des espèces du même groupe avant tout par la forme allongée de ses pattes, qui devait lui donner l'aspect des Râles à hautes jambes, tels que les Courlans ou les Jacanas. L'extrémité supérieure de l'os du pied est étroite ; les cavités glénoïdales de l'articulation tarsienne sont disposées comme chez Elaphrocnemus phasianus. Les crètes du talon étant brisées, il est impossible d'en indiquer les caractères.
La gouttière antérieure du corps de l’os, peu profonde, ne se prolonge pas au delà du tiers de la hauteur. L’empreinte du tibial antérieur est située immédiatement au-dessous des pertuis supérieurs. Sur la face postérieure du métatarsien, les lignes intermusculaires sont peu saillantes et assez semblables à ce qui existe chez les Rallides. Le canal tendineux de l’adducteur du doigt externe est petit et la surface articulaire du pouce très peu marquée. Enfin, les poulies digitales sont disposées suivant une courbe assez prononcée, ainsi que chez
1 Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. II, p. 615, pl. CX, fig. 5 à 10,
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 125 Elaphrocnemus phastanus, mais elles sont moins volumineuses.
Longueur totale de l’os du pied d’Elaphrocnemus gracilis 5o millimètres ; largeur de l'extrémité supérieure 6 nullimètres; diamètre transverse minimum du corps de l'os 3 millimètres ; largeur de l'extrémité inférieure 5 millimètres.
Ces mensurations soulignent très nettement les particularités d'Elaphrocnemus gracilis. À longueur égale, le tarsométatarsien de cette espèce est, en effet, beaucoup plus grêle que celui de tous les Orthocnémides signalés dans les gisements de phosphates.
Elaphrocnemus crex Milne Edwards
Flaphrocnemus crex Milne Edwards. Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate {2° Congrès ornith. Budapest, p2270; 1001)!
Cet oiseau n'était pas rare dans les poches de phosphorites du Quercy. Plusieurs os du pied font partie des collections du Muséum de Paris; 1l est en outre représenté au Muséum de Bâle par un métatarsien, dépourvu de l'articulation tibiale, marqué Q H r49 et une extrémité inférieure du même rayon osseux étiquetée Q IT 92.
L’os canon d'£laphrocnemus crex est grand, fort, peu élargi aux extrémités. L'articulation ibio-tarsienne ressemble à celle d'Elaphrocnemus phasianus : le talon, peu saullant, est creusé en arrière d’une seule gouttière peu profonde. La dépression antérieure de la diaphyse est profonde et allongée. Les faces latérales ont la même largeur, elles sont plus convexes que chez les Orthocnemus et se rapprochent l’une de l’autre en arrière, de telle sorte que la face postérieure de la diaphyse se trouve très réduite.
Milne Edwards a montré que l'insertion du muscle tibial antérieure est petite, très rapprochée des condyles et semblable à celle des Râles terrestres, mais qu'on ne remarque sur le bord antéro-interne de l'os, aucune trace du pont osseux sus-
126 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY tendineux qui bride l’extenseur des doigts chez la plupart des représentants de la famille des Rallides.
L'articulation inférieure ressemble à celle d'Elaphrocnemus phasianus et rappelle également un peu celle d'Aphanapteryæx, le Râle de l’île Maurice. Les échancrures interdigitales sont étroites et les poulies des doigts sont disposées comme nous l'avons indiqué dans la diagnose du genre.
Longueur du tarso-métatarsien d'ÆElaphrocnemus crex 85 millimètres ; largeur de l'extrémité supérieure 11 mm. 5 ; diamètre transverse minimum de la diaphyse 6 millimètres; largeur de l'extrémité inférieure 12 mm. 5.
Plusieurs exemplaires du même os sont conservés au Muséum de Paris. Ils présentent les mêmes caractères que l'échantillon décrit plus haut, mais leurs dimensions sont plus faibles : la longueur totale atteint seulement 78 millimètres ; la largeur de leurs articulations supérieure et inférieure est respectivement de :1 et 12 millimètres. Ces divers fossiles proviennent sans doute d'individus de la même espèce mais de sexes différents.
Un certain nombre de fémurs provenant des carrières de Boussac, près de Caylus, font également partie de la collection du Muséum de Paris. Ils paraissent appartenir aux représentants des genres Ælaphrocnemus el Orthocnemus précédemments décrits. Toutefois, comme l’a fait remarquer Milne Edwards, 1l est impossible pour le moment de les rattacher avec certitude à telle ou telle espèce, « la longueur de l'os de la cuisse n'élant pas proportionnelle à celle du tarso-métatarsien ou du tibia ».
D'après leurs dimensions, ils peuvent être rapportés provisoirement aux trois espèces suivantes: les fémurs longs de 53 millimètres et dont la diaphyse mesure 4 millimètres de diamètre à £laphrocnemus phasianus ; ceux de 65 millimètres de longueur avec 5 mm. 5 de diamètre à Orfhocnemus cursor ; les fémurs de 50 millimètres de longueur et de 6 mm. 5 de diamètre appartiendraient à Orthocnemus Gallicus.
Les extrémités proximale et distale de ces rayons osseux sont larges, la diaphyse en est grêle et courte cependant. Le col du fémur est long, la tête petite ; la surface qui sépare celle-ci du trochanter est déprimée ; ce dernier forme une légère saillie sur le corps de l'os. À l'extrémité inférieure, la fosse poplitée. est bien indiquée, la gorge rotulienne est dirigée obliquement par rapport à l'axe de l'os.
En résumé, ces os présentent un ensemble de caractères « que, suivant l'illustre naturaliste du Muséum, l’on ne retrouve que chez les Echassiers à atles courtes el dont l’organisaton est modifiée en vue d’une existence terrestre ; aussi, quelques-unes des particularités de conformation qu'on y remarque se retrouvent-elles chez les Gallinacés. Parmu les espèces vivantes que J'ai pu étudier c’est le Rhinochelus jubatus, dont los de la cuisse ressemble le plus à ceux des carrières de Caylus, mais l’Agami présente aussi une tendance à la réalisation des mêmes caractères ».
Je rappellera que l'étude de l'os canon des Elaphrocnemus et surtout des Orthocnemus conduit aux mêmes conclusions. La disposition des poulies digitales prouve que les représentants de ces genres étaient des oiseaux essentiellement coureurs. Leurs ailes devaient donc être peu allongées, l'humérus court et robuste, ainsi que chez les Gallinacés ou certains Echassiers adaptés à vivre presque exclusivement sur le sol.
1 Milne Edwards, Sur les oiseaux fossiles des dépôts éocènes de phosphate (2e Congrès ornith. Budapest, p. 80, 1891).
Sous-ordre des CHARADRIFORMES":.
Famille des SCOLOPACIDES.
Genre TOTANUS Cuvier?.
L'humérus des Totanides offre des caractères anatomiques voisins de ceux qui existent chez les Larides. Pourtant, l'os du bras des petits Echassiers de rivage est moins allongé comparativement à sa grosseur. La surface bicipitale, plus élargie transversalement, est limitée, à sa partie inférieure, par un sillon qui ne se voit pas chez les Larides. Sur la face antérieure de l'extrémité distale, le muscle fléchisseur de l’avant-bras s'insère dans une dépression moins profonde ; enfin l'empreinte du pronateur de la main qui, chez les Longipennes, se trouve à l’angle antéro-interne de l'extrémité inférieure, est placée, dans le genre Totanus, sur la face interne de l'os, latéralement, à une faible distance au-dessus de la tubérosité sus-épitrochléenne.
Totanus Edwardsi nov, sp.
[Figure 37]
Celte espèce n'est encore connue que par la moitié inférieure d'un os du bras provenant de Mouillac (Tarn-et-Garonne), et conservée dans la collection du Muséum de Munich sous le numéro 12/4.
L'humérus des Chevaliers est assez bien caractérisé pour permettre d’une manière certaine, la détermination des représentants de ce groupe. L'os du bras de Totanus Ediwardsi est moins élargi, à son extrémité distale, que celui des Courlis, 1l est pourvu d’une apophyse sus-épicondylienne
! Oiseaux des marais comprenant les Charadrides et Scolopacides. ? Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, vol. I, pl. II, 1880.
DESCRIPTION SYSTÉMATIQUE DES ESPÈCES 129 crochue, au sommet de laquelle s'attache le muscle extenseur de la main. Cette apophyse a la mème forme, le même développement que dans les espèces actuelles du genre Totanus, toutefois, elle n’est pas aussi divergente que chez celles-c1. L’empreinte d'insertion du brachial antérieur est large mais peu profonde. Les condyles sont fortement renflés et les coulisses du triceps larges et évasées. L'extrémité inférieure de cet humérus à 6 millimètres de largeur ; le diamètre transverse minimum de la diaphyse atteint > mm. 8.
Fi. 37. — Tolanus Ediwardsi. — Humérus droit (gr. nat.). Mouillac. (Muséum de Munich, n° 124.)
RAPPORTS ET DIFFÉRENCES. — À en juger par l'os du bras, la taille de Totanus Édiwardsi était un peu moindre que celle de Totanus calidris, de la faune actuelle. Sous ce rapport, le Chevalier des phosphorites était intermédiaire entre T'ofanus Lartelianus Milne Edwardst et Tringa gracilis Milne Edwards? des terrains tertiaures de l'Allier.
Totanus Édivardsi se distingue encore de ces dernières espèces par diverses particularités anatomiques. L'extrémité distale est plus étroite relativement dans l'espèce des phosphorites et la dépression où s'attache le brachial antérieur ne se prolonge pas autant au-dessus des condyles que chez Tofanus calidris, Totanus Lartetianus où Tringa gracilis. De plus,
! Milne Edwards, Oiseaux fossiles de la France, vol. I, p.402, pl. LXILI, fig. 17et 18. 2 Ibid., vol. I, p. 411, pl. LXIV, fig. 17 à 19.
{ Univ. DE LyYoN. — GAILLARD ÿ]
130 LES OISEAUX DES PHOSPHORITES DU QUERCY l'empreinte du pronateur de la main est mieux marquée chez Totanus Edivardsi.
Cette espèce devait être peu commune dans la région immédiate des phosphorites. Le fragment d'os trouvé à Mouillac est le seul reste que nous en connaissions.