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QUEBEC DUSSAULT & PROULX, Imprimeurs

nent A Les Oiseaux Insectivores

L faut reconnaître que la Providence nous a fait naître dans un pays richement, et très richement doté de la nature: climat des plus salubres, espace sans

% fin, productions naturelles aussi riches que variées, ressources de tout genre mises à notre dispo-

sition, etc. Mais nous ne pouvons nier, d’un autre côté, que nous usons et mésusons de ces dons précieux avec une imprévoyance, un manque de mesure, bien propres à faire suspecter notre sagesse et à accuser notre intelligence.

Il viendra un temps qui n’est pas éloi-

tue

gné — il paraît même déjà arrivé pour certaines-localités — où nous serons forcés de reconnaître notre faute, de condamner la prodigalité avec laquelle nous aurons dissipé des richesse incalculables, et de chercher, avec bien des peines et un succès incertain, des remèdes à un état de choses où notre imprévoyance seule nous aura conduits.

Nos forêts si vastes, si riches, si densément boisées, disparaissent à vue d'œil sous la hache aveugle de notre imprévoyant cultivateur. On le croirait parfois pris d’une espèce de furie pour faire disparaître toute trace de végétation forestière.

Le feu est souvent appelé à prêter son con- Cours au fer pour une plus prompte destruction ; et on balaye si net, que déjà, dans un grand nombre de paroisses, on voit des espaces immenses, où l'œil ne peut rencontrer un seul arbre au milieu des champs, pour offrir son ombre rafraîchis- Sante aux animaux des pâturages, ou autour des habitations, pour égayer, diversifier le Paysage et purifier l'air que l’on respire.

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C'est à tel point, qu’en plusieurs endroits, des terres qui par leur étendue pouvai:nt, tout en offrant des champs suffisants pour la culture, conserver du bois à perpétuité pour les besoins de la ferme, n’ont plus aujourd’hui de quoi faire une perche, un piquet, un manche d'outil, pas même une hart! Déjà l’on est obligé d’aller chercher le combustible pour nos rudes hivers, à des cinq, six et sept lieues! Et qu’en sera-t-il dans vingt ans, trente ans, quarante ans?...

Mais laissons de côté pour le moment ce sujet que je traiterai spécialement plus tard, et poursuivons le même aveuglement du cultivateur relativement aux oiseaux insectivores, que la loi protège et dont on ne paraît pas assez priser l'importance.

On met à la destruction des oiseaux un acharnement plus stupide encore qu'on ne fait à celle des forêts. Je dis stupide, et je ne crois pas que le terme soit trop fort. En effet, ne faut-il pas manquer d'intelligence, d'humanité, pour maltraiter et mettre à mort des êtres jouissant de la vie,

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sensibles à la douleur comme nous, et qui semblent rechercher notre société, non pas pour s’ériger en ennemis, mais plutôt pour nous aider à supporter plus allègrement les peines de la vie, pour nous donner des leçons dans les devoirs de la maternité, les soins dûs au jeune âge, l'éducation de la famille ! Est-il rien de plus égayant, de plus propre à chasser la mélancolie, de plus invitant au travail, que le babil des hirondelles, le chant des pinsons, des fauvettes, etc., qui dès la première aurore font retentir les échos de leurs notes, et avant même qu’un rayon de soleil ait pénétré dans votre fenêtre, apportent déjà la becquée à leur jeune couvée!

L’hirondelle, qui partant du rivage ou de la mare voisine, le bec plein du mortier qui doit entrer dans sa nouvelle construction, au lieu d’aller en droite ligne, paraît s’égayer à multiplier ses gyrations, tout en répétant ses notes amoureuses, avant de parvenir à la corniche de votre demeure, ne semble-t-elle pas dire au laboureur, péniblement courbé sur le soc de sa

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charrne, qu’il faut ainsi en prendre gaiment son parti, que l'attachement, l’amour des êtres qui sont là, à la demeure, le dédommageront des sueurs qu’il répand ainsi pour eux ?

Quant au soin de la famille, qu’on me permette de citer ici Buffon, ce grand peintre de la nature:

“Tout mariage, dit Buffon, suppose une nécessité d’arrangement pour soimême et pour ce qui doit en résulter ; les oiseaux qui sont forcés, pour déposer leurs œufs, de construire un nid que la femelle commence par nécessité, et auquel le mâle amoureux travaille par complaisance, s’occupant ensemble de cet ouvrage, prennent de l’attachement l’un pour l’autre. Les soins multipliés, les secours mutuels, les inquiétudes communes, fortifient ce sentiment, qui augmente encore et qui devient plus durable par une seconde nécessité, celle de ne pas laisser refroidir les œufs, ni perdre le fruit de leurs amours pour lequel ils ont pris déjà tant de soins; la femelle ne pouvant les quitter, le mâle va

chercher et lui apporte sa subsistance :

quelquefois même il la remplace, où se réunit avec elle Pour augmenter la chaleur du nid et Partager les ennuis de sa situation; l'attachement qui vient de succéder à l'amour subsiste dans toute sa force pendant le temps de l’incubation, et il paraît s’accroître encore et s'épanouir davantage à la naissance des petits; c’est une autre jouissance, mais en même temps ce sont de nouveaux liens ; leur éducation est un nouvel ouvrage auquel le père et la mère doivent travailler de concert. Les oiseaux nous représentent donc tout ce qui se passe dans un ménage honnête : de l’amour suivi d’un attachement sans partage, et qui ne se répand ensuite que sur la famille. Tout cela tient, comme l’on voit, à la nécessité de s'occuper ensemble de soins indispensables et de travaux communs ; et ne voit-on PaS aussi que cette nécessité de travail ne se trouvant chez nous que dans la seconde classe, les hommes de la première pouvant s’en dispenser, l'indifférence et l’infidélité n’ont pu.man-

quer de gagner les conditions élevées ?

“Nos oiseaux domestiques, dit encore Buffon, gâtés par l'abondance dans laquelle ils vivent, par toutes les commodités que l’homme leur fournit, se trouvent soustraits à la nécessité du trvail en commun : ils ont goûté au luxe et à l’opulence, et n’ont pas tardé à en montrer les premiers effets, libertinage et paresse.”

Et ce sont ces êtres chirmants, ces gais compagnons de travail, ces chanteurs infatigables, que l’homme des champs s’acharne à poursuivre. Non seulement il les tue dès qu’ils se trouvent à sa portée, mais il semble vouloir en exterminer la race, frappant la famille dans sa source en enlevant les œufs, en détruisant leurs nids ? En voyant les enfants tendre avec tant de soi-is leurs cages et trébuchets, et ces longs chapelets d'œufs qu’on étale sur les murailles des demeures de nos cultivateurs, ne serait-on pas porté à croire que les gens de la campagne considèrent tous les oiseaux comme autant d’ennemis, et que ces œufs ainsi enfilés sont là, étalés

comme autant de trophées de leurs victoires ?

Et presque toujours ces trophées ne sont pas le produit d'oiseaux nuisibles ou indifférents, mais bien de ceux que la loi protège et que le cultivateur a le plus grand intérêt à conserver. Car la plupart sont des insectivores, de l’ordre des passereaux.

Ces oiseaux se nourrissent d'insectes, fréquentent habituellement vos jardins, vos vergers et vos champs, parce que les nombreux insectes qui ravagent vos cultures leur offrent là, en tout temps, mais surtout lors de l’éducation de leur petits, une nourriture abondante et facile. Aussi voyez ces tritris qui viennent placer leur nid dans votre verger, parce que L:s nombreuses chenilles qui ravagent vos pommiers et pruniers seront toujours à leur disposition, tant pour leur propre nourriture que pour celle de leur nouvelle famille; des fauvettes viennent cacher leur berceau dans vos gadelliers, de là elles goberont au passage les mouches sans nombre qui passeront au-dessus d'elles,

elles n'auront qu’à allonger le cou pour mettre dans le bec de leurs petits les nombreuses larves de némates qui dévorent les feuilles des arbrisseaux où elles sont placées ; et ainsi pour des centaines d’autres. Ajoutons pour le tritri, qu’il gardera encore votre basse-cour contre les déprédations des corneilles, car Margot ramasse bien avec satisfaction les pois et autres grains que vous venez de semer, elle ouvre même assez lestement en automne les épis de blé-d’inde pour en enlever les grains, mais elle aime aussi à se régaler parfois des succulents poussins d’une récente couvée. Cependant si votre verger recèle seulement un nid de tritris, votre basse-cour est à l’abri des ravages de la maraudeuse, car ceux-ci lui feront continuellement la chasse, et, du moment qu'elle se montrera, la forceront par des poursuites incessantes à s'éloigner promptement.

N dit que le calife Omar, (*) un jour qu’il était à table, vit tomber sur son assiette une sauterelle sur l'aile de laquelle il put lire : “ Nous sommes quatre-vingt-dix-neuf, et si nous étions cent, nous ferions

entôt disparaître toute végétation de la ere 0)

C'est là, sans doute, une de ces hyperboles si communes aux orientaux ; cependant, nous sommes forcés de reconnaître, lorsque nous étudions la vie et les mœurs des insectes, que, vu leur prodigieuse fécondité, ils seraient bientôt les maîtres du monde, s’ils pouvaient tout à coup se soustraire aux causes nombreuses qui restreignent leur développement. Voyez donc, par exemple, les pucerons, dont un seul couple suffit pou: donner naissance, dans une seule saison, à 27,000,000 d'individus!

(1) Titre que prirent, après la mort de Mohammed, les membres de a famille qui régnèrent sur les Musulmans,

Omar fut le second calife, qui reçu le titre d'émir.al. moumeim, ce qui veut dire chef des croyants.

Mettez donc cent couples, mille couples de ces petits êtres dans une même localité, .… vous voilà de suite avec une progéniture presque incalculable! Aussi les pucerons, bien qu’ils soient de très petite taille, et pourvus, au lieu de bouche, d’une trompe aussi déliée qu’un cheveu pour sucer les sucs des nouvelles pousses des plantes, font souvent périr de grands arbres, par leur multitude.

La Providence a disposé toute chose en ce monde dans une harmonie parfaite ; les instincts pernicieux de certains êtres sont modérés par les propensions opposées de certains autres; tel genre d’animaux deviendraient bientôt exclusivemert maîtres de toute une contrée, s’il ne s’en trouvait à côté d’autres plus puissants qui en font leurs proies ; telle espèce plus faible disparaîtrait bientôt de la terre, si elle n'avait, dans sa manière de vivre, certaines ressources pour se soustraire à ses ennemis, etc., etc. ; et ainsi se conserve l'harmonie du nombre entre les différents êtres, et l’équilibre entre des forces op-

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posées et de puissance fort inégale!

Oui! Mais cette harmonie du nombre et des forces opposées entre les différents êtres se trouve souvent dérangée par l’homme lui-même, bien qu’il ait à en souffrir le premier et plus que tous les autres.

Pour satisfaire à ses besoins et souvent aussi à son luxe et à sa mollesse, il offre dans ses cultures les occasions les plus favorables au développement des insectes nuisibles. Chaque espèce d'insectes n'a, à peu près, qu’un certain nombre de plantes qui peuvent lui convenir pour sa nour riture ; et ces plantes, entremêlées à beaucoup d’autres, ne se présentant, dans l’état naturel, qu'à des distances assez éloignées, l’insecte dans ses recherches, se trouve exposé à une foule de rencontres qui peuvent lui devenir fatales. Mais voilà que l’homme dans ses cultures, isole les plantes les unes des autres, et les multiplieoutre mesure dans des champs considérables : et de suite, les insectes qui affectionnent ces plantes, de s’y multiplier en quantité in-

nombrable, trouvant là une nourriture abondante, à l’abri d’une foule d’ennemis qu’ils étaient exposés à rencontrer dans leur recherche dans des lieux dispersés.

Les altises qui s’attaquent particulièrement aux plantes de la famille des crucifères : choux, navets, cresson, raves, etc.; les anthomies qui dévorent les oignons ; les vers gris qui rongent toutes les jeunes plantes des jardins : choux, melons, tabac, etc. ; les galéruques (petit barbeau barré jaune et noir) qui ravagent les citrouilles, melons, concombres, etc., et une foule d’autres en sont autant d'exemples.

Comment donc combattre ces êtres minuscules qui se présentent par milliers et myriades pour détruire nos moissons, qui nous imposent leur tribut d’une manière si tyrannique que souvent il ne nous reste presque plus rien? La chose n’est pas facile; leur petitesse les soustrait à nos pièges et embuscades, et leur multitude avec leur prodigieuse fécondité les fait bientôt survivre aux poisons les plus énergiques que nous semons autour d'eux.

Nous n’avons vu que trop souvent l’insuccès de nos efforts dans la guerre que nous leur avons déclarée

Mais ces enneinis de l’homme, ont eux-mêmes leur propres ennemis, qui savent bien mieux que nous les armes qu’il faut employer contre eux, qui connaissent les retraites où il faut aller les chercher, qui sont au fait des ruses et des détours qu’ils mettent en œuvre pour se soustraire aux attaques ; or, voilà les auxiliaires qui nous conviennent, voilà les combattants qu’il nous faut enrôler de préférence dans la guerre d’extermination que nous voulons poursuivre.

Parmi ces auxiliaires, dont nous ne connaissons qu’un bien petit nombre, la plupart ne sauraient obéir à notre commandement ; mais les plus puissants, les plus capables de servir nos vues, nous offrent leur concours à une condition des plus faciles; ces{ que nous ne les molestions point, que nous les laissions tranquillement continuer leurs poursuites. Et ceuxci sont: LES OISEAUX INSECTIVORES.

Pourrions-nous refuser des conditions si faciles et si avantageuses ?

“Dieu, dit un naturaliste français, a créé les oiseaux pour protéger les moissons, les légumes, les arbres, les fruits, contre les ravages des insectes. Chaque oiseau mort, ce sont des millions d'insectes sauvés, et les millions d'insectes amènent la famine.” En effet, si on ouvre l'estomac d’une hir adelle, d’un moucherolle, d’un engoulevent (mangeur de maringouins ), c'est par centaines qu’on pourra y compter les barbeaux, chenilles, mouches, etc., dont l'oiseau s'était repu.

L'oiseau a contre l’insecte des ressources autrement efficaces que toutes celles que nous pouvons employer; plus que l’insecte encore, l'oiseau est l'habitant de l’air: comme lui il a des ailes, mais plus amples, plus puissantes, lui assurant un vol plus rapide. Il a de plus des ongles pour aller retirer l'être de la nuit de ses retraites souterraines, et un bec allongé, effilé, rigide pour pénétrer dans les anfractuosités des écorces, les bois en décomposition, et jus-

que dans les troncs desséchés des arbres, pour retirer l’insecte de ses cachettes même les moins apparentes. Ajoutez à tous ces avantages une agilité sans pareille et une vue des plus perçantes, et vous avez dans l'oiseau le destructeur par excellence du plus puissant ravageur de nos moissons.

Car nous sonrmes forcés de reconnaître notre impuissance contre la plupart de ces déprédateurs si petits mais si puissants.

Qu'on me permette de citer ici, à ce propos, Michelet, le chantre de l'oiseau par excellence :

“ D'en haut, d'en bas, à droite, à gauche, ces peuples rongeurs échelonnés par légions qui se succèdent et se relayent chacune à son mois, à son jour, immense, irrésistible conscription de la nature, marchera à la conquête des œuvres de l’homme. La division du travail est parfaite.

Chacun a son poste d'avance et ne se trompe pas. Chacun tout droit ira à son arbre, à sa plante. Et tel sera leur nombre épouvantable, qu’il n’y aura pas une feuille qui n’ait sa légion.

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