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“Que feras-tu, pauvre homme ? Comment te multiplieras-tu ? As-tu des aîles pour les suivre? As-tu même des yeux pour les voir? Tu peux en tuer à ton plaisir ; leur sécurité est complète ; tue, écrase à millions ; ils vivent par milliards. Où tu triomphes par le fer et le feu en détruisant la plante même, tu entends à côté le bruissement de la grande armée des atômes, qui ne songe guère à ta victoire et ronge invisiblement.
“La vie inerte et sans défense, la végétale surtout privé de locomotion, y succomberait sans l’appui de l’infatigabie ennemi du parasite, âpre chasseur, vainqueur aîlé des monstres, l’OISEAU.”
De petits moucherons jaunes apparaissent pendant une soirée de l'été, ils voltigent par millions sur les blés, s’abattent sur les épis en fleur, et y déposent par milliers leurs œufs imperceptibles. De chaque œuf sort un petit ver presque invisible, qui après avoir sucé la sève du blé, sort de l’épi et s’enfonce en terre pour en sortir au printemps suivant à l’état d’in-
secte parfait. Quand la cécydomie, car tel est le nom de ce moucheron, s’abat sur les blés, le tiers, le quart, la moitié, et souvent encore une plus forte proportion de la récolte est perdue.
L'homme est impuissant contre cet ennemi; il est également impuissant contre les chenilles, les charançons, les pucerons qui détruisent les grains, les pommes, les prunes, les fleurs des jardins, les fruits des vergers ; contre les némates qui détruisent les groseilles; les anthomyes qui détruisent l'oignon ; les piérides qui détruisent les choux; les vers gris qui détruisent tout. L'oiseau seul peut arrêter la production indéfinie d’ennemis si redoutables.
Celui qui protège l'oiseau, travaille donc à écarter la famine. Par contre celui qui tue un petit oiseau, contribue à rendre le pain plus cher.
On a si bien compris en Europe les services que les oiseaux insectivores rendent à l’agriculture, que dans tous les états, leur protection est sauvegardée par
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des pénalités sévères contre les infracteurs des règlements à cet égard. Dans bien des endroits même, on place des nids artificiels dans les vergers, sur les arbres qui avoisinent les demeures ou dispersés dans les champs et le long des routes, pour inviter les oiseaux à venir y placer leur nichée. Ici, en Canada, nous avons bien le texte de la loi pour la protection des oiseaux insectivores, mais c’est À peu près lettre morte.
Les enfants trouvent-ils dans l’herbe des pâturages ou sur les branches des tail.
lis des nids de pinsons, de fauvettes, de moucherolles, de suite ils en enlèvent les œufs, détruisent le nid. Le charmant chardonneret, avec ses aîles d’ébène sur sa livrée jaune-citron, qui a choisi un gadellier ou un rosier du jardin, tout près de la fenêtre, pour y élever sa couvée, ne peut même trouver grâce à leurs yeux. Voyez quelle peine infinie se donnent ces dénicheurs pour parvenir au trou que ce pivart a creusé dans ce chicot, ou pour escalader
ce sapin dans lequel ils ont aperçu un nid de grives !
Et les parents de ces gamins souffrent sans mot dire ces déprédations! Que disje? souvent même ils y prêtent leurs concours! Et les instituteurs, et les magistrats, et les curés, tous ceux en un mot qui par leur position et leur autorité pourraient apporter un remède à de tels abus, semblent voir le tout comme si la chose ne les regardait pas, comme si les prescriptions d’une loi sage s’il en fût étaient simplement facultatives, comme si leurs lumières et leur éducation ne leur permettaient pas de voir, de juger la chose autrement que ne le font ces gamins, plus étourdis que mal ïutentionnés, et dans la plupart des cas plus ignorants que coupables !
Ajoutons que presque tous les oiseaux insectivores sont de ceux qui ne peuvent nou‘ être utiles que sous ce seul rapport.
La plupart sont des chanteurs dont les notes plaisent à tout le monde, mais très peu peuvent paraître sur nos tables. Et ce-
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pendant on les tue, sans raison, pour s'amuser, pour s'exercer !
Mais tous les oiseaux ne sont pas insectivores, et quels sont ceux que l’on doit à ce titre protéger ?
OMMENT distinguer, dans le grand nombre d'oiseaux qui nous visitent chaque année, ceux que nous devons protéger ?
Tenons-nous en au texte de la loi, nous ne pouvons nous tromper. Que dit la loi ?
“Il est défendu en tout temps de chasser où tuer, et, entre le premier jour de mars et le premier jour de septembre de de chaque année, de prendre au moyen de filets, trébuchets, pièges, collets, cages ou autrement, tous les oiseaux connus sous la
dénomination d'oiseaux percheurs, tels que les hirondelles, le tritri, les fauvettes, les moucherolles, les pics, les engoulevents, les pinsons, (rossignols, oiseaux rouges, oiseaux bleus, etc.) les mésanges, les chardonnerets, les grives (merles, flûtes des bois, etc.), les roitelets, les goglus, les maïinates, les gros-bec, l’oiseau-mouche, les coucous, etc.— ou d'enlever les nids ou les œufs — sauf et excepté les aigles, les faucons, les éperviers et les autres oiseaux de la famille des falconides, les hiboux, le pigeon-voyageur, (tourte) le martin-pécheur, le corbeau, la corneille, les jaseurs (récollets), les pies-grièches, les jeais, la pie, le moineau, les étourneaux; et quiconque trouve quelques filets, trébuchets, pièges, collets, cages, etc., ainsi placés ou tendus, peut s’en emparer ou les détruire ;”? et ce sous une pénalité de une piastre à deux piastres, avec les dépens, ou l’emprisonnement à défaut de paiement immédiat.
Ainsi, il n’y a guère lieu à se tromper, puisque tous les oiseaux sont protégés par la loi entre le premier mars et le pre-
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mier septembre, à l'exception des rapaces, (aigles, éperviers, hiboux, chouettes, autours, etc.,) des tourtes, des corbeaux et corneilles, jaseur (récollets), et des martinspêcheurs, etc.
Disons d’abord que tous les oiseaux sont insectivores, c’est-à-dire se nourrissent avec plaisir des insectes qui viennent à leur portée ; qu’il en est cependant parmi eux pour qui les insectes constituent la nourriture habituelle, qui nese prêteraient que difficilement à un autre régime, et ce sont seux-ci que la loi protège, tels sont :
les hirondelles, moucherolles, fauvettes, tritris, engoulevents, pics, sic. Quant au aux autres, carnassiers et granivores, bien qu’ils saisissent avidement les insectes qu’ils peuvent atteindre par hasard, comme leur nourriture habituelle consiste en graines ou en d’autres petits animaux plus faibles qu'eux, la loi ne les couvre pas de sa protection, considérant que les services qu’ils peuvent rendre accidentellement ne compensent pas les dommages qu’ils causent sous d’autres rapports.
Puisque j'en suis sur e sujet, je ferai encore connaître deux autres amis du cultivateur, qui lui rendent des services incalculables, et que cependant il poursuit d’ordinaire sans relâche. Ce sont le crapaud et la chauve-souris. Si la laideur était un vice et qu’on ne dût juger du mérite que par les apparences, j'avoue que ces deux petites bêtes auraient peu de titres à notre protection; mais chez les bêtes comme chez les hommes, les formes extérieures doivent céder le pas aux qualités qui distinguent les individus, et dans maintes occasions nous pouvons constater que les aptitudes les plus heureuses, les caractères les mieux doués sont c: “hés sous des apparences extérieures fort veu recommandables, comme si la nature voulant faire oublier son écart, se hâtait d'établir une compensation de ce que nous jugeons être un défaut.
D'un autre côté, qu'est-ce que la beauté et la laideur ? Ce sont là des termes dont l’acception propre n’a rien de positif, et qui n’ont de valeur que comparative-
ment à l'estime que nous attachons à certains objets, Et puisque le noir est préféré au blanc en certains quartiers, qui sait si, même en dehors du monde des batraciens et des chéiroptères, les gales des Crapauds avec les membranes alaires des chauves-souris ne sont pas des ornements fort estimés de ceux qui en sont dépourvues? Nos modes du jour parmi nos belles, peuvent nous fournir des exemples d’excentricités encore plus surprenantes. Mais quoiqu'il en puisse être, le crapaud et la chauve-souris, quelque laids que nous puissions les trouver, n’en sont pas moins des êtres éi.emment utiles, pour la quantité prodigieuse d'insectes qu’ils consomment chaque jour, et à cetitre le cultivateur leur doit une protection toute spéciale. Ce sont d’ailleurs des êtres tcat-à-fait inoftensifs sous tous les rapports.
Espérons que ces quelques réflexions suffiront pour ouvrir les yeux des intéressés et les engager à protéger leurs véritables amis, LES OISEAUX INSECTIVORES,
aussi, puisqu'il vient d’en être question, LES CRAPAUDS ET LES CHAUVES- SOURIS.