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Les oisseaux insectivores

Idence nous a fait naître dans un pays richement, et très richement doté de la nature : climat des plus salubres, espace sans 4^ fin, productions naturelles aussi riches que variées, ressources de tout genre mises à notre disposition, etc. Mais nous ne pouvons nier, d'un autre côté, que nous usons et mésusons de ces dons précieux avec une imprévoyance, un manque de mesure, bien propres à faire suspecter notre sagesse et à accuser notre intelligence.

Il viendra un temps qui n'est pas éloi-

gué — il paraît même déjà arrivé pour certaines localités — où nous serons forcés de reconnaître notre faute, de condamner la prodigalité avec laquelle nous aurons dissipé des richesse incalculables, et de chercher, avec bien des peines et un succès incertain, des remèdes à un état de choses où notre imprévoyance seule nous aura conduits.

Nos forêts si vastes, si riches, si densément boisées, disparaissent à vue d'œil sous la hache aveugle de notre imprévoyant cultivateur. On le croirait parfois pris d'une espèce de furie pour faire disparaître toute trace de végétation forestière. Le feu est souvent appelé à prêter son concours au fer pour une plus prompte destruction ; et on balaye si net, que déjà, dans un grand nombre de paroisses, on voit des espaces immenses, où l'œil ne peut rencontrer un seul arbre au milieu des champs, pour offrir son ombre rafraîchissante aux animaux des pâturages, ou autour des habitations, pour égayer, diversifier le paysage et purifier l'air que l'on respire.

C'est à tel point, qu'en plusieurs endroits, des terres qui par leur étendue pouvaient, tout en offrant des champs suffisants pour la culture, conserver du bois à perpétuité pour les besoins de la ferme, n'ont plus aujourd'hui de quoi faire une perche, un piquet, un manche d'outil, pas même une hart ! Déjà l'on est obligé d'aller chercher le combustible pour nos rudes hivers, à des cinq, six et sept lieues ! Et qu'en sera-t-il dans vingt ans, trente ans, quarante ans ? . . .

Mais laissons de côté pour le moment ce sujet que je traiterai spécialement plus tard, et poursuivons le même aveuglement du cultivateur relativement aux oiseaux insectivores, que la loi protège et dont on ne paraît pas assez priser l'importance.

On met à la destruction des oiseaux un acharnement plus stupide encore qu'on ne fait à celle des forêts. Je dis stupide, et je ne crois pas que le terme soit trop fort. En effet, ne faut-il pas manquer d'intelligence, d'humanité, pour maltraiter et mettre à mort des êtres jouissant de la vie,

sensibles à la douleur comme nous, et qui semblent rechercher notre société, non pas pour s'ériger en ennemis, mais plutôt pour nous aider à supporter plus allègrement les peines de la vie, pour nous donner des leçons dans les devoirs de la maternité, les soins dûs au jeune âge, l'éducation de la famille ! Est-il rien de plus égayant, de plus propre à chasser la mélancolie, de plus invitant au travail, que le babil des hirondelles, le chant des pinsons, des fauvettes, etc., qui dès la première aurore font retentir les échos de leurs notes, et avant même qu'un rayon de soleil ait pénétré dans votre fenêtre, apportent déjà la becquée à leur jeune couvée !

L'hirondelle, qui partant du rivage ou de la mare voisine, le bec plein du mortier qui doit entrer dans sa nouvelle construction, au lieu d'aller en droite ligne, paraît s'égayer à multiplier ses gyrations, tout en répétant ses notes amoureuses, avant de parvenir à la corniche de votre demeure, ne semble-t-elle pas dire au laboureur, péniblement courbé sur le soc de sa

charrue, qu'il faut ainsi en prendre gaînient son parti, que l'attachement, l'amour des êtres qui sont là, à la demeure, le dédommageront des sueurs qu'il répand ainsi pour eux ?

Quant au soin de la famille, qu'on me permette de citer ici Buffon, ce grand peintre de la nature :

(< Tout mariage, dit Buffon, suppose une nécessité d'arrangement pour soimême et pour ce qui doit en résulter ; les oiseaux qui sont forcés, pour déposer leurs œufs, de construire un nid que la femelle commence par nécessité, et auquel le mâle amoureux travaille par complaisance, s'occupant ensemble de cet ouvrage, prennent de l'attachement l'un pour l'autre. Les soins multipliés, les secours mutuels, les inquiétudes communes, fortifient ce sentiment, qui augmente encore et qui devient plus durable par une seconde nécessité, celle de ne pas laisser refroidir les œufs, ni perdre le fruit de leurs amours pour lequel ils ont pris déjà tant de soins ; la femelle ne pouvant les quitter, le mâle va

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