‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 102 sur 180 · ACTE Ier · texte numérisé non relu

ACTE Ier

JOLICŒUR.

Je ne puis me rassasier de vous voir, belle Jacqueline, et plus je vous regarde, plus je trouve que vous avez tout ce qu’il faut pour vous taire admirer. Voyez, est-il possible, après ce charmant visage, de voir rien de mieux que ces mains là.

JACQUELINE

Comment, mes mains !... Elles sont noires comme je ne sais quoi !

JOLICŒUR.

Ah ! que dites-vous? .. elles sont les plus blanches du monde.

JACQUELINE

Monsieur, c'est trop d’honneur que vous me faites, et si j’avions su ça tantôt, je n'aurions pas manqué de les laver avec du son. .

JOLICŒUR.

Hé! dites-moi un peu, belle Jacqueline, vous n'étes pas mariée, sans doute ?

JACQUELINE

Non, monsieur; mais je dois bientôt l'ètre avec Colas, le fils de not’ voisin Guillaume, qu’est not’cousin.

JOLICŒUR.

Quoi, une personne comme vous serait la femme d'un villageois! Non! non ! vous n’étes pas née pour demeurer dans une campagne. Vous méritez sans doute une meilleure fortune, et je suis venu tout exprès vous voir pour empêcher ce mariage; car enfin, belle Jacqueline, je vous aime de tout mon cœur. Il m’a suffi pour cela de vous voir une seule fois, car celui qui peut vous apprécier doit vous aimer autant en un quart d'heure qu'un autre ferait en six mois.

JACQUELINE

Ben vrai, monsieur?... Ce que vous me dites m'fait aise, et je ne sais quément vous répondre. Mais voyez-vous, j’pis pas croire qu'un beau monsieur comme vous, voudrait d'une paysanne comme moi.

UNE NOCE AU VILLAGE

- ACTE Ier.

JOLICŒUR.

Vous vous trompez, et quand vous me connaîtrez mieux, vous me rendrez justice assurément. Oui, je suis décidé à vous demander en mariage. Voulez-vous y consentir ?

JACQUELINE

Pourvu qu'ma mère l'veuille, j’veux ben,

JOLICŒUR.

Je me charge de le lui demander et je suis persuadé qu’elle y consentira. Cette pensée me met dès à présent dans un ravissement inexprimable ai chante).

Je suis heureux en tout, mademoiselle.

Vous êtes plus belle Que la rose nouvelle Et je vous promets De vous aimer, de vous être fidèle.

Comme une tourterelle Qui ne bat de l’aile Que pour vos attraits.

A votre tour, il faudra,

Là,

Que votre petit mari,

Oui,

De vous soit toujours chéri.

Je suis heureux en tout, mademoiselle.

Etc.

Allons, c'est ainsi convenu. Une affaire pressante m’oblige de m’absentèr pour huit jours. Aussitôt cette affaire terminée, je viendrai demander votre main à madame votre mère qui, je pense, ne pourra me refuser. Au revoir donc.

JACQUELINE

Au revoir, M. Jolicœur.

IÇ2

UNE NOCE AU VILLAGE

Page 1