SCÈNE IV
M. DÉSEMPLÂTRES,
PIERROT (il arrive du côté opposé au lit en fredonnant).
M. DESEMPLATRES.
Ah ! maudit chanteur, te tairas-tu ?
LE MALADE IMAGINAIRE
PIERROT ( d’une voix forte).
Nous v'ià, not'maît', prêt à vous servir.
M. DÉSEMPLATRES.
Parle bas, maraud ! Tu viens de m’ébranler tout le cerveau et tu ne songes pas qu'il ne faut pas parler si haut dans la chambre d'un malade.
PIERROT
Je voulais vous dire, not'maître.
M. DÉSEMPLATRES.
Parle bas, te dis-je !
PIERROT ( parlant bas).
Not'maît' ?
M. DÉSEMPLATRES.
Qu’est-ce que tu dis?. . parle plus haut, je suis sourd.
PIERROT (haut).
J'dis, not' malt', que j'sommes ravi de vous trouver dans votre lit, couché tout à votre aise et de voir que vous vous portez mieux.
M. DÉSEMPLATRES.
Comment, que je me porte mieux!... cela est faux! je me porte toujours mal.
PIERROT
J'ai ouï-dire, not' malt’, que vous étiez mieux; et, ma foi, je n’avais pas de peine à le croire, car je vous trouve bon visage.
M. DÉSEMPLATRES.
Que veux-tu dire avec ton bon visage?... je l'ai fort mauvais... et ce sont des impertinents qui t'ont dit que j'étais mieux; je ne me suis jamais si mal porté.
PIERROT
Not' malt', pourtant, marche, dort, boit et mange comme les autres.
LE MALADE IMAGINAIRE
M. DÉSEMPLATRES.
Cela est vrai. . mais cela n’empêche pas que je sois fort malade.
PIERROT
Fort malade, not’ malt’:... C'est possible .. Là, mettez la main sur la conscience et dites vrai... J parie que vot maladie est dans vot imagination et qu’vous ne souffrez pas plus que moi, dans ce moment-ci.
M. DÉSEMPLATRES.
Comment, coquin! je ne suis pas malade!... je ne suis pas malade, impudent!... Tu mériterais d'être écorché tout vit, pendard que tu es!
PIERROT
Mon Dieu ! tout doux, not’ malt'. Vous allez d abord aux invectives. Hé, oui, vous êtes malade... fort malade? n’ayons point de querelle là-dessus ; vous êtes on ne peut plus malade... Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? \ ous êtes plus malade que vous ne le pensez... je le veux bien et v là qui est dit.
M. DÉSEMPLATRES.
Tu vas aller chez M. Purgon, mon médecin.
PIERROT (il se retourne pour sortir).
J’y vas not’ malt'.
M. DÉSEMPLATRES (sur son séant).
Écoute-moi maraud.
PIERROT, (revenant).
J’écoute de toutes mes oreilles. Sont-elles pas assez longues pour vous entendre !
M. DÉSEMPLATRES.
Si tu ne fais pas bien ce que je vais te dire... je me charge de t'appliquer cent coups de bâton sur les épaules.
PIERROT
Oh! doucement, s'il vous plaît; songez donc, not’ maît, qu vous êtes malade.