‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 143 sur 180 · JANOT, RAGOT · texte numérisé non relu

JANOT, RAGOT

RAGOT

Ah ! te v’ià donc, à la fin ! eh ben, ce vin ! où ce qu’il est ?

JANOT

Je n’ai pas encore été cheus le cabaret, monsieur.

RAGOT

Comment ! depuis le temps que t’es parti, pour aller chercher une bouteille! et j’en aurais déjà bu quatre, moi !

JANOT

Maître, faut le temps à tout. J’ai voulu d’abord tout de suite me débarrasser du pâtissier, où que je croyais que vous aviez pus faim que soif pour le moment.

RAGOT

Eh ben ! où ce qu'est le souper ?

JANOT

Il est encore là, monsieur, c’est à cause du commissaire, qui n’a pas voulu me le donner.

RAGOT

Comment ! le commissaire n’a pas voulu ?...

JANOT

Non, c’est. une histoire... pas du commissaire... c’est du clerc... de deux sous.

Le clerc... deux sous.

RAGOT

JANOT

Oui, qui fallait au pâtissier, pour son gigot.. Les avez-vous en monnaie ?

RAGOT

Comment! est-ce que je ne t’ai pas donné douze sous pour le vin et le gigot ?

JANOT

Si fait, un écu pour le changer, de dix francs, là tantôt.

RAGOT ( en colère).

Eli! qu'est-ce que t’en as fait?

JANOT

Comment ! monsieur, vous n'entendez-donc pas ? je vous dis que c’est le commissaire, là, pour une plainte, avec son clerc, que Dodinet, m’a dit, d’une histoire, dessus ma veste, par une fenêtre, où ce que vous voyez, ben, tenez... (il lui porte de même, son bras sous le nez).

RAGOT (le repoussant).

Ah ! le vilain cochon ! veux-tu te retirer.

JANOT

Eh ben ! monsieur, v'ià vos six francs.

RAGOT

Ah ! chien de coquin ! v là la monnaie que tu me rapportes; va-t-en ben vite me chercher mon argent, ou je te vas arranger moi.

LES BATTUS PAIENT lYmENDE.

JANOT

Mais, monsieur, c'est-ti de ma faute donc ? est-ce qu’on s’attend à ça ?

RAGOT

Ce gueux-là n’en fait jamais d’autre... quiens, va-t-en, crois-moi. Retire-toi de là, où je vas te nettoyer, moi.

JANOT

Eh ben ! monsieur, laissez-moi rentrer pour me changer, du moins.

RAGOT

Rentrer! ah drôle! regarde ben ma porte, pour n’y pus remettre le pied.

JANOT

Comment ! monsieur ! vous me renvoyez ?

RAGOT

Oui, coquin; je te chasse et va-t-en, bonsoir (il lui ferme la porte au nez.)

Mais, monsieur, laissez-moi prendre mon habit du moins.

RAGOT

Je vas te le jetter, ton habit.

Page 1