JANOT, RAGOT
RAGOT
Ah ! te v’ià donc, à la fin ! eh ben, ce vin ! où ce qu’il est ?
JANOT
Je n’ai pas encore été cheus le cabaret, monsieur.
RAGOT
Comment ! depuis le temps que t’es parti, pour aller chercher une bouteille! et j’en aurais déjà bu quatre, moi !
JANOT
Maître, faut le temps à tout. J’ai voulu d’abord tout de suite me débarrasser du pâtissier, où que je croyais que vous aviez pus faim que soif pour le moment.
RAGOT
Eh ben ! où ce qu'est le souper ?
JANOT
Il est encore là, monsieur, c’est à cause du commissaire, qui n’a pas voulu me le donner.
RAGOT
Comment ! le commissaire n’a pas voulu ?...
JANOT
Non, c’est. une histoire... pas du commissaire... c’est du clerc... de deux sous.
Le clerc... deux sous.
RAGOT
JANOT
Oui, qui fallait au pâtissier, pour son gigot.. Les avez-vous en monnaie ?
RAGOT
Comment! est-ce que je ne t’ai pas donné douze sous pour le vin et le gigot ?
JANOT
Si fait, un écu pour le changer, de dix francs, là tantôt.
RAGOT ( en colère).
Eli! qu'est-ce que t’en as fait?
JANOT
Comment ! monsieur, vous n'entendez-donc pas ? je vous dis que c’est le commissaire, là, pour une plainte, avec son clerc, que Dodinet, m’a dit, d’une histoire, dessus ma veste, par une fenêtre, où ce que vous voyez, ben, tenez... (il lui porte de même, son bras sous le nez).
RAGOT (le repoussant).
Ah ! le vilain cochon ! veux-tu te retirer.
JANOT
Eh ben ! monsieur, v'ià vos six francs.
RAGOT
Ah ! chien de coquin ! v là la monnaie que tu me rapportes; va-t-en ben vite me chercher mon argent, ou je te vas arranger moi.
LES BATTUS PAIENT lYmENDE.
JANOT
Mais, monsieur, c'est-ti de ma faute donc ? est-ce qu’on s’attend à ça ?
RAGOT
Ce gueux-là n’en fait jamais d’autre... quiens, va-t-en, crois-moi. Retire-toi de là, où je vas te nettoyer, moi.
JANOT
Eh ben ! monsieur, laissez-moi rentrer pour me changer, du moins.
RAGOT
Rentrer! ah drôle! regarde ben ma porte, pour n’y pus remettre le pied.
JANOT
Comment ! monsieur ! vous me renvoyez ?
RAGOT
Oui, coquin; je te chasse et va-t-en, bonsoir (il lui ferme la porte au nez.)
Mais, monsieur, laissez-moi prendre mon habit du moins.
RAGOT
Je vas te le jetter, ton habit.