SCÈNE V
ROSE, BURKAR.
(Burkar entre par la droite.)
Oui va là
BURKAR.
ROSE
Ah ! qui que vous soyez, ayez pitié de moi !... Je me suis égarée dans cette forêt. Indiquez-moi, je vous prie, la chaumière du charbonnier Burkar.
BURKAR.
Burkar, le charbonnier ?... Mais c'est moi. Et vous, ma belle demoiselle, qui êtes-vous et qu’attendez-vous à cette heure du charbonnier Burkar ?
ROSE
Je suis Rose de Tanebourg.
BURKAR.
Rose de Tanebourg!... La vertueuse fille de notre bon seigneur!... Quoi, c’est vous? Pardonnez-moi si la nuit m’a empêché de vous reconnaître; mais aussi en quel lieu, en quel état je vous retrouve. Comment, une jeune demoiselle délicate comme vous ose-t-elle s'aventurer dans cette forêt sauvage ?
ROSE
Hélas!... je venais vous implorer. Ne savez-vous pas notre affreux malheur ?
BURKAR
Qu'est-il donc arrivé ?
ROSE
Cunéric de Fichtemberg a surpris notre château; mon pauvre père est en ce moment chargé de fers !
ROSE DE TANEBOURG.
— Ier TABLEAU.
BURKAR.
Quoi, l'infàme Cunéric!... Que les mille et mille!... Au nom du ciel expliquez-moi cela, je vous prie; un événement si malheureux me paraît inconcevable.
ROSE
Surpris pendant la nuit, Cunéric, suivi d'une troupe effrénée a pu arriver jusqu’à nous. Alors, les yeux étincelants de colère, il s’est précipité sur mon père désarmé, en lui créant : « Apprête-toi au châtiment que te « réserve ma haine !... Ton domaine est à moi ; je le livre au pillage et un « cachot sera désormais ta demeure. » Se tournant ensuite vers ses soldats : a Enchaînez-le et qu’il soit gardé, jusqu’au moment du départ. » — ■ Fondant en larmes, je me jetai aux pieds du barbare, le conjurant d’avoir pitié de mon père. Mais je fus repoussée avec brutalité et mon père fut chargé de fers. A genoux près de lui, je pleurais, hélas! et je priais : « Calme-toi, mon enfant, me dit-il alors, et prends courage. «. Puisqu’il faut nous séparer, laisse-moi te donner promptement mes « conseils : tâche de te retirer chez le charbonnier Burkar, un de mes « plus fidèles serviteurs; lui et sa femme auront soin de toi, leur chaumière « est dans la forêt voisine. » — A peine a-t-il fini de parler que l’ordre de partir est donné. Je les supplie encore de m’emmener prisonnière avec mon père; mais ils l’arrachent de mes faibles bras, et ces hommes farouches l’entraînent malgré mes prières et mes cris. En voulant les suivre, je me suis égarée dans cette forêt.
BURKAR.
Rassurez-vous, noble demoiselle, Dieu n’abandonnera pas votre respectable père; et moi je traverserai feu et flamme pour vous et pour lui. — Pour le moment, il vous faut du repos : notre chaumière n'étant pas éloignée d’ici, je vais vous y conduire. — Vous y resterez jusqu'à ce que Dieu vienne à notre aide. Allons, ne pleurez pas. Venez et je songerai au moyen de vous servir.
( Burkar se retourne et ils sortent tous deux par la droite.)