‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 174 sur 180 · ROSE DE TAN F. BOURG · texte numérisé non relu

ROSE DE TAN F. BOURG

tort, mais enfin l'on dit et l'on croit que vous êtes tout à fait dépourvue de bon sens, parce que vous dites et faites, étant en colère, des choses que la raison ne peut approuver.

HEDVIGE.

Je vous promets bien, ma chère demoiselle, que cela ne m'arrivera plus.

ROSE

Travaillez à vous corriger, et ne vous découragez pas si vous ne réussissez pas d’abord : on n’abat pas, vous le savez, un vieil arbre du premier coup de cognée. Mais ce n’est pas tout ce que j’avais à vous dire; écoutez-moi encore un instant : il ne suffit pas de dompter votre humeur, il faut aussi être indulgente. Lorsque vous aurez une nouvelle servante qui vous montrera de la bonne volonté, n’exigez pas dès le premier jour qu’elle sache tout avec autant de précision et d’habileté que vous-même. Donnez-vous la peine de la former telle que vous la désirez. Ayez la patience de lui montrer sa besogne plusieurs fois. Reprenez-la avec douceur, et peu à peu elle s’instruira dans son service; elle s’y habituera; elle se fera à vos manières et à vos vues. Enfin vous en serez chérie et respectée. — Je ne vous aurais pas dit tout cela si je vous estimais moins, ma chère Hedvige; l'intérêt que je vous porte m’a dicté ces conseils. Retenez-les, suivez-les; et vous m’en remercierez un jour.

HEDVIGE.

Je vous en remercie dès aujourd’hui, mademoiselle, et je vous assure que je vais faire tous mes efforts pour profiter de vos sages remontrances.

ROSE

Quel sujet vous amenait vers moi ?

HEDVIGE.

On m'a dit que vous deviez nous quitter pour retourner àTanebourg; je venais pour vous faire mes adieux et vous dire mon chagrin de vous voir ainsi vous éloigner de nous.

ROSE DE TANEBOURG. — 7e TABLEAU.

ROSE

Je vous remercie de cette attention, ma chère Hedvige. Nous irons effectivement à Tanebourg; mais ne vous chagrinez pas de mon départ : Je dois me marier dans ce château et y demeurer toujours avec vous... ainsi, sans cesser d’ètre votre amie, je deviendrai votre maîtresse : cela vous plaît-il?

HEDVIGE.

Ah ! que vous me faites plaisir de me dire cela. C’est sans doute avec M. Édouard qu’est bien le meilleur homme du monde. Je vous en félicite, ma chère demoiselle, de tout mon cœur.

ROSE

Retournez maintenant à vos occupations; car je vois venir madame la baronne avec laquelle j’ai à m'entretenir.

( Hedvige se retourne et sort par la gauche. La baronne entre par la gauche )

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