ACTE Ier
JACQUES
Oui, Monsieur, je vous le dirais bien; mais je crains que vous n'en soyez fâché et que vous ne vous mettiez en colère.
HARPAGON
Point du tout ; au contraire, c’est me faire plaisir et je suis bien aise d’apprendre comme on parle de moi.
JACQUES
Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous. L’un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, où vous faites doubler les quatre temps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez toute la maison; l'autre, que vous avez une querelle toute prête à faire à vos valets, dans le temps des étrennes, ou de leur sortir d’avec vous, pour trouver une raison de ne leur donner rien. Enfin, voulez-vous que je vous dise, on ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces; vous êtes la fable et la risée de tout le monde et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-Mathieu.
HARPAGON
Tu es un sot! un maraud! un coquin et un impudent! Je ferai de toi ce que je viens de faire de Laflèche et tu sortiras de cette maison, dès que je n'aurai plus besoin de toi (il sort).
VICTOR
Ah! te voilà, Jacques; dis-moi donc oi'i est Laflèch Je cours partout pour le trouver, sans pouvoir le rencontrer.
JACQUES
Eh! bien, ne l’avais-je pas deviné?... Je savais bien qu’il se fâcherait de lui dire la vérité.