ACTE Ier
WILLIAM
Il ne peut manquer de l’apprendre; car tes effets sont embarqués; et, tu comprends, mon cher, qu’on ne peut retarder le navire pour les envoyer à terre. Ils resteront donc à bord jusqu’à la fin de la campagne et tu seras obligé d’en informer ton père afin qu'il ait à te donner ce qui te sera nécessaire pour les remplacer.
ROBINSON
Que me dis-tu là ? Ah ! mon ami, tu ne sais pas toute la peine que j'en ai. J’aimerais mieux partir que de me mettre dans la nécessité de découvrir à mon père le projet que j’avais formé de m'embarquer à son insu. Mais, dis moi, n’y a t-il pas quelque moyen de faire revenir mes effets à terre ?
WILLIAM
Je n’en vois point; au surplus, je suis pressé d'aller à bord; je n’ai donc point le temps de me creuser la tête pour si peu de chose. Puisque tu ne veux pas me suivre, je te souhaite le bonjour...
ROBINSON
Tu pars, William? Ah! je t'en conjure, donne-moi quelque conseil sur le parti que je dois prendre. Dis-moi, que ferais-tu en ma place?
WILLIAM
Mon cher, si je t’étais moins sincèrement attaché, je te laisserais te débarbouiller dans le chaos où tu t’es jeté par tes continuelles irrésolutions.
Je ne me laisserais pas toucher par quelques mots de tendresse, et je partirais malgré mes parents, en me faisant ce raisonnement bien simple : plus mon départ leur fera de chagrin, plus mon retour leur causera de joie.
ROBINSON
Ah ! mon cher William, que tu soulages mon cœur.
WILLIAM
Mais, je ne veux pas te contrarier; reste a terre, c'est, comme tu le dis, le parti le plus sage.
ROBINSON
Non, mon ami, c'en est fait : je pars, je t'accompagne.
ROBINSON CRUSOÉ. - ACTE Ier.
IOI
WILLIAM
Reste, te dis-je; car tu pourrais ensuite, s’il t’arrivait quelque malheur, m’en faire des reproches...
ROBINSON
Non, non, sois en bien persuadé, je t'en donne ma parole !
Alors, partons !
WILLIAM
ROBINSON
Je vais prendre ma capote et mon bonnet; je suis à toi, à l’instant
(il rentre dans la maison ).