PRIX
DATES
moyenne
DATES
de l'once d'or
par 100 liv. sterl.
à 22 carats
1812, Terrier 2H
— août 23
1815, février 28
pajr
1821, tèrter 27v;.,.
Pendant cette période de vingt-trois ans, on a pu dire et l'on a dit avec raison que la Banque battait monnaie et que ses opérations avaient pour effet d'élever ou d'abaisser arbitrairement le prix des marchandises et d'altérer les contrats. Les économistes, les journaux lui demandaient compte de l'usage qu'elle faisait d'un pouvoir exorbitant, et exigeaient qu'elle apportât dans ses émissions un certain art, de manière à ne pas troubler le marché. Les amis de la Banque disaient, et ont cru peutêtre, qu'elle avait cet art, tandis qu'en fait elle obéissait tout simplement aux demandes combinées du Gouvernement et du commerce. Hâtons-nous de dire qu'elle n'était pas libre de faire autrement, et qu'il lui était impossible de ne pas suivre le mouvement des affaires.
Lorsque la Banque reprit ses paiements en espèces, elle rentra dans l'état normal : elle n'eut plus le pouvoir de battre monnaie et d'exercer sur les cours une influence arbitraire. Mais l'opinion ne perd pas facilement une habitude contractée pendant vingt-trois ans : après une discussion si longue, il existe des propositions passées en force de dogme, des arguments tout faits et tout prêts qu'on ne peut remplacer sans peine ; on continua donc de rendre la Banque responsable de tout, et elle-même, soit par calcul ou autrement, accepta cette responsabilité de régulatrice souveraine des monnaies et des cours.
Autrefois, la Banque d'Angleterre avait pour maxime « qu'elle ne pouvait admettre trop de billets en escomptant de bon papier de commerce ». Un de ses directeurs le dit naïvement dans l'enquête de 1833. C'était simple et commercial ; avec les habitudes lentes et prudentes de la Banque, c'était la meilleure maxime pratique qu'elle pût adopter.
Mais cela ne suffit pas aux imaginations. On répugne, même aujourd'hui, à croire que la théorie des banques de circulation consiste en quelques règles très simples, et l'on se livre volontiers sur ce sujet aux conceptions de la fantaisie. En France, l'opinion publique est discrète sur ce point : elle ne dit rien et n'en pense guère davantage.
Il n'en es! pas de même eu Angleterre dès que le marché du crédit est troublé, ce qui arrive souvent, les esprits s'enflamment , on parle, on écrit à tort el à travers ; on crée des théories savantes et compliquées, creuses quelquefois, mais ingénieuses, qui feraient honneui à un romancier ; et, les intérêts, les passions politiques aidant, Dieu sait où Ton va.
Dans le conflit des opinions opposées, il s'est formé une école qui a prétendu régler la circulation monétaire, décréter quelle proportion d'or, quelle proportion de papier y entrerait et faire exécuter ses règlements par une seule banque, la Banque d'Angleterre
Cette école peut être personnifiée par deux hommes éminenfs à divers titres, et qui ont apporté dans la discussion des vues très différentes et mêmes opposées, Ricardo et Robert Peel. Cette école fit d'abord la guerre aux billets de petite coupure, et ces billets, qui avaient sauvé la Banque d'Angleterre d'une suspension en 1825, furent supprimés. En 1826, on commença à înquiétei les banques d'Ecosse au sujet des billets de petites coupures, et l'on autorisa la Banque d'Angleterre à jeter des succursales dans les comtés, ce qui fut le premier pas vers l'organisation d'un monopole
L'acte qui conférait à la Banque cette autorisation réglait les conditions de l'établissement de banques par actions dans les comtés. Jusqu'à ce jour, les amis de la Banque d'Angleterre avaient attribué toutes les crises aux opérations des banquiers provinciaux; à partir de ce jour, ils les imputèrent régulièrement aux excès des banques par actions.
Enfin, en 1844, sir Robert Peel obtint du Parlement un bill qui fit triompher en partie les principes de l'école métallique, et qui est encore en vigueur aujourd'hui : « Il est expédient, dit le bill, de régler les émissions des billets à vue et au porteur ». En conséquence, il divise la Banque en deux départements, savoir : celui des émissions, et celui des opérations de banque. Ce sont, dans l'esprit de la loi, deux établissements distincts et indé-
pendants l'un de l'autre en quelque sorte. Le département des émissions a reçu l'encaisse métallique de la Banque et 14 millions sterling de valeurs, sur lesquels 11.015.000 l. en effets publics ; il peut émettre des billets jusqu'à concurrence de 14 millions de valeur, augmentés du montant de l'encaisse., sans variation en plus ou en moins ; le public peut y acheter des billets au change fixe de 3 L 17 s. 9 d. par once d'or, au titre de g ou 22 carats, et de l'or eu lingots au prix de 3 l. 17 s. 10 1/2 d. par once, au même titre. — Le département des opérations de banque reçoit les billets du département des émissions de la même façon que le public, c'est-à-dire contre de l'or, et il agit, d'ailleurs, comme une banque particulière.
Le but des auteurs de l'acte de 1844 est facile à voir ; ils ont voulu fixer d'une manière immuable la somme de la monnaie de papier en circulation ; ils ont voulu que les variations exigées dans la quantité de monnaie courante par les besoins du commerce eussent lieu sur la monnaie métallique exclusivement. C'était, pensaientils, le meilleur moyen de prévenir les désordres causés par les émissions exagérées de monnaie de papier. Mais l'expérience est venue bien vite démentir cette théorie. A la fin de 1847, une crise causée par l'agiotage sur les chemins de fer et par des spéculations sur le grain amena, selon l'usage, un accroissement dans les demandes d'escompte à la Banque d'Angleterre : le département des opérations de banque escompta bravement, tant qu'il eut des billets ; mais, une fois arrivé au fond de sa caisse, force fut de refuser l'escompte. Aussitôt la consternation se répandit dans le commerce de Londres, et une panique était imminente, lorsque le gouvernement comprit qu'il était temps de faire fléchir les théories devant la nécessité des faits : il suspendit, le 25 octobre, l'acte de 1844, et donna moyen à la Banque de satisfaire aux légitimes demandes d'escompte qui lui étaient adressées. Au bout d'un mois, toutes choses avaient repris leur cours.
Cette expérience décisive, répétée deux fois, en 1857 et en 1866, n'a pas converti l'école métallique : cette école n'a pas voulu comprendre combien il était téméraire de substituer un système monétaire rigide et uniforme à un système contractible et extensible, qui possède en lui-même un principe de compensation ; elle a défendu l'acte de 1844 dans l'enquête mémorable faite en 1848, par ordre de la Chambre des lords. Il est évident cependant qu'en s'obstinant à rester dans les termes de cet acte, le département des opérations de banque aurait été forcé de suspendre absolument les escomptes et d'inspirer au public des doutes sur la solvabilité de la Banque elle-même. De là à une panique de porteurs de billets, il n'y a pas loin, et il est probable que, si le gouvernement n'avait pas autorisé la Banque à déroger aux prescriptions de l'acte de 1844, le remboursement même des billets aurait fini par être arrêté. Tel eût été le résultat presque infaillible de l'application des vrais principes de l'école métallique.
Mais ces principes, dont témoigne l'acte de 184-4, n'y sont pas tous exprimés. Pour les appliquer entièrement il faut étendre sur les trois royaumes le monopole delà Banque d'Angleterre comme banque de circulation, établir une sorte d'atelier de billets-monnaie avec droit de seigneuriage. Toutefois, comme il existe en Angleterre des intérêts puissants qui souffriraient d'une telle mesure, l'acte de 1844 a ménagé les transitions, et ses auteurs en ont habilement combiné les dispositions de la manière suivante :
A dater du jour de la promulgation de cet acte, aucune nouvelle banque de circulation ne peut être établie dans îe Royaume-Uni : le maximum de circulation de chacune des banques existantes ne peut dépasser la moyenne de sa circulation en avril 1844. — Toute banque appartenant à moins de six associés, dans laquelle on voudrait introduire des associés nouveaux, perdrait le droit d'émettre des billets. — Si deux banques de circulation se réunissent, elles n'ont le droit d'émettre qu'autant de
billets qu'en pouvait émettre l'une des deux. — Tonte succursale des banques particulières doit prendre une licence séparée.
Au contraire, la Banque d'Angleterre peut augmenter ou réduire le chiffre de ses succursales sans que le chiffre légal. de ses émissions soit changé ; et, si une banque particulière vient à liquider, la Banque d'Angleterre peut obtenir un ordre en conseil qui l'autorise à ajouter à ses émissions les deux tiers de ce que ta feue banque avait le droit d'émettre.
Les intentions qui ont dicté des dispositions semblables sont assez claires : elles ont d'ailleurs été formulées dans la discussion. Peu de temps avant la loi, quarante-trois banquiers, qui émettaient des billets, avaient traité avec la Banque d'Angleterre pour cesser d'en émettre, et l'article 23 de la loi ratifie le marché.
Depuis les actes de 1844 et 1845, un grand nombre de banques privées ont. perdu le droit d'émission, ou y ont renoncé, ou ont liquidé.
Ainsi que nous le verrons plus loin, lorsque nous nous occuperons des banques provinciales, les banques d'émission qui vivent encore en Angleterre sont au nombre d'environ MO. Leur circulation autorisée ne dépasse guère 4 millions 3/4 de livres sterling
La circulation autorisée de la Banque d Angleterre qui, primitivement, était de 14 millions de livres, a été augmentée successivement et portée, en 1904, à 18.450.000 liv sterl. En dehors de ce chiffre la Banque d'Angleterre a le droit d'émettre des billets, mais à condition qu'ils soient représentés par des équivalents en or ou en argent dans les caves de la Banque. Cette portion de l'émission subit d'assez fortes variations en raison de ce que la Banque est obligée d'acheter fous les lingots d'or qui lui sont présentés. Il y a donc là un élément dont il est assez difficile de prévoir la part d'influence. Cette seconde proportion de l'émission, en temps normal, est d'environ, en ces dernières années, de 9 à 15 millions de liv.. sterl. Au 20 décembre 1893, le bilan de la Banque accusait une cir-
culation de 25.311.000 liv. stcrl. avec une encaisse de 25 millions liv. sterl. Au 19 décembre 1894, la circulation était de 25.325.000 liv. sterl. avec une encaisse de plus de 33 millions de livres. Au 19 juin 1895 la circulation était presque exactement la même qu'au 19 décembre 1894; mais l'encaisse, augmentant de 5 millions de livres sur celle de décembre, dépassait 38 millions de livres. L'encaisse, d'ailleurs, est toujours plus faible en fin d'année. Le portefeuille dont le chiffre est donné en bloc dans le bilan avec les avances varie de 18 millions à 21 millions de livres. C'est peu si l'on considère le milieu dans lequel opère la Banque d'Angleterre, et si l'on observe que les avances sont comprises dans ce chiffre.
Mais surtout depuis 1890, c'est-à-dire depuis la crise provoquée par la chute de la maison Baring, la Banque d'Angleterre s'est appliquée à augmenter son encaisse qui s'est accrue, si l'on compare les fins d'années de 1890 et de 1894, de près de 2/5, passant de 585 à 812 millions liv. sterl.. sauf le monopole absolu que n'a point encore complètement la Banque d'Angleterre ; c'est l'application pure du plan de Ricardo1.
Cette précaution, quelque peu illusoire en temps de crise sérieuse, sur une place aussi importante que Londres, devient une gêne en temps normal ou tout au moins ne présente aucune utilité, puisque le chiffre de l'émission se trouve au-dessous de l'encaisse. Il est vrai qu'on supplée à cette disette de circulation en Angleterre par l'usage du chèque, les virements de compte et les compensations du Clearing-House qui ont passé en une vingtaine d'années de 40 à plus de 200 milliards de francs par an.
Il est à remarquer que la circulation totale du Royaume-Uni (Angleterre, Ecosse et Irlande), où se font de si grandes affaires, s'élevait en moyenne, avant la guerre de 1914-1918, à environ 46 millions de livres, soit 1 milliard 150 millions de francs en chiffres ronds.
1 Voh' en appendice le plan de Ricardo.
La Banque d'Angleterre compte, dans ce total, pour 62 p. 0/0 ; l'Ecosse pour 18 p. 0/0 ; l'Irlande pour 20 p. 0/0.
A la veille de la guerre de 1914-1918, la circulation de la Banque de France atteignait 6 milliards en chiffres ronds.
C'est la très remarquable organisation des banques non pourvues du droit d'émission, particulièrement en Angleterre, qui sert réellement de mécanisme et de mécanisme perfectionné à l'activité industrielle, commerciale et financière de la Grande-Bretagne.
La circulation monétaire subit naturellement de très grandes variations sur la place de Londres ; là, le commerce demande tantôt plus, tantôt moins de monnaie, tantôt des billets, tantôt des espèces, selon des caprices fort raisonnables sans doute, mais souvent difficiles à prévoir. Cette mobilité du marché de Londres a plusieurs causes ; Londres est la place la plus importante de change, elle est donc la première à ressentir les fluctuations qui en résultent. Quelques causes que l'on attribue aux variations du taux de l'escompte, elles n'en sont pas moins très nombreuses. On en acompte 176, de 1871 à 1890 inclus. Depuis Ricardo, les directeurs de la Banque d'Angleterre ont prétendu qu'ils réglaient leurs émissions sur le cours des changes ; mais, outre que leurs bilans publics démentaient leurs paroles, ils constataient bientôt eux-mêmes que les exportations d'or ne suivaient pas les cours des changes, et qu'elles avaient lieu souvent au moment même où les changes étaient favorables. C'est ce qu'on a remarqué notamment lors de l'exportation d'un million sterling, en 1829, à l'occasion de la guerre entre la Russie et la Turquie, et lors de l'exportation soudaine de 7 millions sterling, en 1831, pour la guerre de Pologne. Bien plus, l'enquête de 1833 mentionne des demandes extraordinaires de remboursement adressées à la Banque, au moment même où le commerce importait de l'or.
Les changes sont d'ailleurs agités sur la place de.
Londres, non seulement par les causes ordinaires, mais aussi par des causes spéciales moins importantes sur les autres marches. Parmi ces causes, il suffit d'indiquer les placements à l'Etranger, placements fréquents, et qui ont absorbe quelquefois des sommes considérables.
La conséquence naturelle et commerciale de cet état de choses, c'est que la Banque d'Angleterre est peut-être, de toutes les banques de circulation, celle qui devrait garder en caisse la plus forte réserve métallique. Si elle veut aller plus loin et régler, comme on dit, la circulation, elle poursuit une chimère.
En effet, la circulation se règle d'elle-même. Quelque puissante que soit une banque, elle n'a jamais d'action que sur ses propres escomptes , c'est par là, si toutefois elle peut les limiter à discrétion, qu'elle règle son encaisse en augmentant ou en diminuant ses émissions. Pour régler la circulation, il faudrait avoir au moins le monopole de l'escompte en même temps que celui des émissions ; il faudrait pouvoir arrêter le commerce par des refus de crédit, lorsqu'il tend à la spéculation. Mais justement alors le commerce n'a pas besoin de la Banque d'Angleterre, il obtient du crédit à meilleur marché chez les banquiers proprement dits et chez les escompteurs. On vient à la Banque lorsque les sources ordinaires du crédit commencent à s'épuiser : faut-il qu'elle choisisse ce moment pour refuser l'escompte? Lorsque le mouvement de retraite est commencé, doit-elle charger à fond et précipiter la déroute, comme en 1825? Malgré tout le respect dû aux noms des chefs de l'école métallique, aucun homme d'affaires n'admettra une pareille conclusion.
Le bill de 1844 est fondé sur plusieurs erreurs de fait : il suppose que les banques peuvent augmenter leur circulation à volonté, ce qui n'est pas vrai ; que le commerce a besoin d'une quantité de monnaie toujours égale, ce qui n'est pas exact ; enfin, qu'une circulation métallique est plus sûre et moins variable qu'une circulation du papier convertible en espèces, ce qui n'est pas exact non plus.
Ainsi ce bill est allé à rencontre des lois naturelles qui régissent le mouvement réel du commerce, et, dès qu'il a subi le contrôle de l'expérience, on a pu reconnaître combien le régime qui en résultait était insuffisant et dangereux. L'étiquete faite en 1848 et celle de 1862 ne laissent aucun doute sur ce point. Voici en quels termes s'exprimait le rapport de la Commission d'enquête de 1848 :
« Ceux qui ont cru que l'acte de 1844 empêcherait le retour périodique et successif de surexcitations, puis de crises commerciales, ont dû éprouver, en voyant ce qui s'est passé en 1846 et 1847, un rude désappointement. Ceux qui croyaient que cet acte préviendrait les spéculations imprudentes n'ont pas dû éprouver un désappointement moindre, puisque, au témoignagedu gouverneur de la Banque, jamais la spéculation ne fut aussi excessive qu'en 1846 et au commencement de 1847. Ceux qui croyaient que l'acte garantirait le marché des fluctuations violentes de la valeur de l'argent ont dû s'étonner en voyant la différence entre le maximum et le minimum du taux de l'escompte, qui, dans les années calamiteuses de 1837 et 1831), avait été de 2 1/4 à 2 3/4 p. 0/0, s'élever en 1847 à 6 3/4 p. 0/0. Ceux qui pensaient que désuimais on ne verrait plus de faillites aussi nombreuses et aussi importantes ont dû trouver une réponse concluante, quand le gouverneur de la Banque a raconté comment, à Londres seulement, trente-trois grandes maisons avaient manqué pour une somme de 8. 129. 000/ Si Ténor mi lé des spéculations sur chemins de fer est un mal auquel un bon système de banques doit porter remède, le système n'est pas celui de l'acte de 1844, sous l'empire duquel, en deux ans et demi, la somme énorme de 76 B90 000 l a été dépensée en chemins de ïqy. Enfin, si l'on a cru que l'acte de 1844 assurerait, au commerce, du crédit a des conditions modérées, on a dû changerd'opimonen présence des témoignages de l'enquête, desquels il résulte qu'en 1847 le commerce a payé souvent, outre l'intérêt de 9 à 10 p .0/0, une commission qui portait le prix du crédit à 10, à 20,
à 30 p. 0/0, selon le temps que l'effet escompté avait à courir. »
Nous n'aurions pas autant insisté sur les défauts de l'acte de 1844, s'il n'était fondé sur des erreurs répandues en France, et qui ont contribué, en 1848, à faire décréter le monopole des banques de circulation. Désormais, les intérêts que ces erreurs protègent sont devenus tellement puissants qu'on ne doit pas espérer une modification prochaine de l'opinion. L'expérience seule peut renverser 1 autorité de l'école métallique ; mais le devoir de l'écrivain, même isolé, est de protester au nom des principes et d'interrompre en quelque sorte la prescription que l'on voudrait faire prévaloir contre la vérité.
Cependant les choses restent dans l'état où elles sont depuis 1844. La crise produite, vers la fin de 1890, par la chute de la maison Baring a, pendant quelques mois, appelé l'attention sur le manque d'élasticité d'émission de la Banque d'Angleterre. Les uns ont prôné le système allemand ; d 'autres ont demandé la création de petites coupures ; d'autres, enfin, ont proposé de créer un fonds supplémentaire de garantie par des avances sur consolidés contre lesquels les billets auraient été émis. M. Goschen a combattu l'émission de petites coupures, en assurant qu'elles draineraient l'or en circulation pour le porter à la Banque d'Angleterre, d'où il pourrait fort bien passer à l'Étranger. Mais ces moyens ne sont que des moyens d'ordre secondaire ; dans ces projets, on n'osait pas attaquer le sacro-saint act de 1844. En fait, la Banque d'Angleterre est non seulement paralysée par Y act de 1844 directement en ce qui regarde l'émission, mais elle l'est encore indirectement par son client le plus important : l'État. Elle est le banquier fournisseur de capitaux dudit État dans les moments où les rentrées d'impôts ne se font pas, et, en général, toutes les fois que se présentent des dépenses extraordinaires ; et elle se consacre, nous ne disons pas entièrement, mais en grande partie à ces opérations. C'est ce qui explique la grande extension prise à côté par les maisons de banque de Londres. D'une façon
ou d'une autre, lorsque la partie d'un organisme qui pourvoit à un besoin nécessaire vient à être atrophié, il se produit à côté une sorte d'organe de remplacement, qui ne vaut certes pas toujours l'organe naturel, mais qui se développe dans les conditions où il lui est permis d'évoluer.
Sa marque particulière de Banque d'État apparaît bien pour la Banque d'Angleterre, dans le rôle que jouent ses succursales, peu nombreuses d'ailleurs. Si on laisse de côté les deux succursales qu'elle possède à Londres, la Banqued'Angleterre n'a installé que 9 succursales en province. Leur rôle commercial est en soi peu important. Elles sont surtout des banques d'émission et, en second lieu, des sortes d'agences du Trésor ; c'est surtout par ces maisons que l'État anglais centralise les recettes de ses impôts, effectue ses paiements, etc. Au siège social, à Londres, on lésait, est du reste installé un service de la Dette Nationale, comparable à celui de la dette inscrite au Ministère des Finances, en Frrnce.
Pour compléter ces observations sur les défectuosités qui résultent pour la Banque d'Angleterredu bill de 1844, il convientde faire remarquerque, pendant la crisede 1907 — crise qui a eu son point de départ aux États-Unis et a eu sa répercussion sur les principaux marchés d'Europe, -notamment à Londres — la Banque d'Angleterre a été forcée d'élever le taux de l'escompte à 7 p. 0/0, malgré l'intervention de la Banque de France qui, alors, a négocié du papier de commerce anglais, et est venu ainsi, d'une façon normale, par un moyen de banque légitime et d ailleurs profitable, au secours du marché de Londres,
Rappelons que la Banque d'Angleterre est autorisée à émettre sans couverture métallique des billets pour une somme totale de 18 450.000 livres sterling se décomposant ainsi :
Livres sterling
Dette flxe envers l'Etat M 015.000
Fonds publics anglais acquis en 1844. ..... 2 985 000
Émissions des anciennes banques qu'elle a été autorisée à effectuer avec couverture de fonds d'État anglais 4 450.000
Au-dessus de ce chiffre la Banque ne peut émettre un seul billet sans qu'il ait son équivalent en or dans ses caisses. En réalité le tiers environ de ces émissions n'est qu'un monnayage, de la dette du Gouvernement anglais qui comprend, comme on le voit, par les chiffres cidessus, et la dette primitive, directement due à la Banque d'Angleterre, et les fonds d'État anglais.
La Banque d'Angleterre pendant la guerre de 1914-1918. — L'erreur fondamentale consacrée par l'Act de 1844 a été une fois de plus mise en évidence lorsqu'à éclaté la guerre de 1914-1918. L'expérience cette fois a été tellement accentuée dans ses effets immédiats que les hommes d'affaires éclairés du Royaume-Uni, ont demandé une révision de l'Act de 1844. Lorsque la guerre a éclaté, en effet, le marché de Londres, dont la sensibilité est si grande pour les causes que nous avons données plus haut a été profondément touché. A ce moment la Banque d'Angleterre ligotée par le cercle de fer de sa constitution n'a pu étendre son émission pour venir au secours des banques et des entreprises commerciales et industrielles. L'Angleterre n'avait point à craindre cependant l'invasion de son territoire et sa puissante (lotte lui donnait, à ce moment, la maîtrise de toutes les mers.
Alors l'Etat s'est substitué à l'organisme impuissant dont c"eût été le rôle de faire, en ces heures difficiles, le crédit par rémission destinée à l'escompte des effets de commerce. L'Etat a émis des currency-notes.
Voici la circulation fiduciaire totale eu Angleterre, billets de la Banque d'Angleterre et currency-notes compris (en millions de francs) sauf pour 1914, dont le chiffre représente seulement la circulation de la Banque leseurrency-notes n'ayant été émis que à partir de fin août 1914.
Fin juin 1914 718
Fin juin 1917 5.027
Fin juin 1919 cette circulation est quinze fois plus forte que fin juin 1914. La circulation de la Banque d'Angleterre a augmenté lentement mais progressivement depuis
la guerre, en même temps que sou encaisse or. Fin juin 1917 elle comptait pour 975 millions de francs sur un total de 5.027 millions, fin juin 1918 pour 1.310 millions sur 7.675 millions, en 1919 pour 1.925 millions sur 10.854 millions.
§ 2. — Banques provinciales
A côté de la Banque d'Angleterre, il existe, comme nous l'avons déjà dit, des banques particulières de deux sortes dans les comtés, et d'autres banques à Londres. Dans les comtés, on distingue des banques particulières, qui ne peuvent avoir plus de six associés, des banques à capitaux unis, Joint stoock banks. Les unes et les autres pouvaient émettre, avant 1844, des billets-monnaie, à la condition de prendre une licence de 30 1., payable annuellement, comme chez nous la patente. De ces banques, dans les deux catégories, les unes émettaient des billetsmonnaie, les autres se bornaient aux opérations ordinaires de nos banquiers. Au 30 octobre 1875, on comptait, en Angleterre et dans le pays de Galles., 113 banques particulières de circulation et 54 banques à capitaux unis. On en comptait 6 du même genre en Irlande, 11 en Ecosse, et, en totalisant les nombres pour les trois royaumes, OL trouvait 184 banques de circulation,
Actuellement ces banques ne sont plus qu'au nombre de 68 : 8 en Ecosse, 6 en Irlande et 54 en Angleterre et dans le pays de Galles.
Pendant les cinq années qui avaient précédé l'acte de 1844, la circulation des banques provinciales d'Angleterre tendait à se réduire à de justes limites sous l'empire des mêmes causes qui ont réduit celles des banques d'Ecosse. En 1839, cette circulation s'élevait à 11.715.527/. ; en 1843, elle n'était plus que de 7.667.916 /. Les banques dont le capital était trop faible disparaissaient, et les échanges de billets de banque à banque, devenus plus fréquents, éliminaient de la circulation le papier parasite. L'acte de 1844 devait précipiter le mouvement ; aussi, au
30 décembre 1848, !a circulation des banques particulières s'élevait à 3.492.340 l., et celle des banques par actions à 2.529.498/., en tout 6.021.838 /. En 1893, leur circulation autorisée ne dépassait; pas 4 millions 3/4 livr. sterl. On peut supposer toutefois que, lors même que cet acte n'aurait pas existé, la circulation des banques de comté n'aurait guère moins diminué. Ces banques échangent leurs billets-monnaie par correspondance ou par l'intermédiaire de leurs agents sur la place de Londres ; les différences se règlent en papiergà vue sur Londres.
Les billets de ces banques n'ont d'ailleurs qu'un cours lacultatif. Ils ne jouissent pas du privilège accordé à ceux de la Banque d'Angleterre : le cours forcé. Leur papier ne dépasse guère le milieu où elles opèrent. Près d'une trentaine ont cependant leurs billets payables à Londres. La concurrence les a obligées à donner des intérêts aux Comptes de dépôts et aux Comptes courants. Elles rendent certainement des services locaux appréciables.
| 3. — Banques il Irlande
L'Irlande a sa banque privilégiée, établie en 1783, au capital de 600.000 /,, à l'instar de la Banque d'Angleterre, et lavonsée comme celle-ci par les lois de 1844 et 1845. Leur histoire est presque en tous points semblable. Le Gouvernementanglais emprunta à la Banque dlrlandeles 600.000 livres du capital originairement souscrit et lui donna le droit d'émettre des billets ayant cours forcé dans toute l'Irlande, en interdisant la création de banques ayant plus de six associés. Depuis, le capital' a été porté à 3 millions de livres, sur lesquelles plus des 5/6 ont été avancés à l'Etat. La Banque est, de plus, chargée du service de la dette ; elle est aussi dirigée par un gouverneur, un sous-gouverneur, etc. Elle vient, comme importance d'émission, immédiatement après la Banque d'Angleterre, avec une émission autorisée de 3.738.428 livres.
A côté il existe en Irlande un certain nombre de banques par actions qui ont aussi le droit d'énussiou. El.le.s
sont beaucoup moins importantes que la Banque d'Irlande qui, elle, a près de 60 succursales dans le pays. Ces banques furent autorisées à étendre le nombre de leurs associés et à se constituer en banques par actions. Elles furent, du reste, soumises aux mêmes règles que les banques d'Ecosse quant à la circulation, c'est-a-dire qu'en dehors de l'émission autorisée elles peuvent augmenter leur émission en augmentant d'une somme égale leur encaisse métallique.
Ces banques, qui ressemblent beaucoup aux banques d'Ecosse, quant à leur constitution, font des affaires de même nature, et même, quoique sur une moins large échelle, des crédits à découvert sous caution.
Voici le nom de ces banques avec le montant autorisé de leur émission ; nous y joignons la Banque d'Irlande :
Banque d'Irlande 3.738.428 livres
— Provinciale 927.667 —
— de Belfast 281. 611 —
— du Nord 243. 440 —
— d'Ulster 311.079 —
— Nationale 852.269 —
Total du montant autorisé de l'émission . . 6.354.494 —
La Banque d'Irlande, qui est la plus importante de ces banques par son chiffre d'émission, n'atteint cependant pas la limite autorisée. Il en est de même de la Provincial Bank qui vient ensuite. Les autres, au contraire, ont de beaucoup dépassé cette limite. La circulation de la Banque d'Irlande se tient aux environs de 3.500.000 livres. Si on considère la situation de cette banque, on voit qu'en 1908 son encaisse était de près de 1.600.000 livres ; en 1913, elle fléchit à 952.000 livres, pour remonter, en juin 1914, à 1.744.000 livres.
Quant aux dépôts, ils sont beaucoup moins importants que ceux des banques d'Ecosse ; ils ont oscillé, en 1894, autour de 41 millions de livr. sterl.
Comme les banques d'Ecosse, celles d'Irlande servent l'agriculture et lui fournissent des billets de petites cou-
pures. Etablies, pour la plupart, depuis 1825 seulement, dans un pays dont les habitudes n'avaient rien de commercial, au milieu d'une population pauvre, illettrée, divisée par les passions politiques et religieuses, elles ont rendu des services considérables ; mais, comme elles n'ont pas encore pénétré jusqu'aux dernières couches de la société, elles sont obligées de conserver des encaisses que d'ailleurs, les lois de 1844 et 1845 ne leur permettront guère de réduire. — Les banques d'Irlande acceptent réciproquement leurs billets en payement, et les échangent chaque jour à Dublin, de la même manière que les banques d'Ecosse à Edimbourg.
Pendant la guerre de 1914-1918, comme les banques d'Ecosse, les banques d'Irlande ont été autorisées, par l'acte du 6 août 1914 à émettre des billets au delà de la limite fixée par la loi de 1845 et à comprendre les currency-notes dans leur encaisse,
Le tableau ci-après permettra de suivre le développement de l'activité des banques d'Irlande dans la période
de guerre 1914-
DATES
ENCAISSE
CIRCULATION
OÉPÔTS