‹ Les opérations de banqueChapitre 157 sur 167 · PETIT DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

PETIT DICTIONNAIRE

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Acceptation. — Engagement écrit de celui sur leqnel une lettre de change est tirée de la payer à l'échéance. Cet engagement se formule ordinairement par le mot accepté inscrit sur le recto de la lettre et suivi de la date et de la signature de l'acceptant. — On appelle aussi la lettre de change acceptée une acceptation : on dit par exemple : « Je vous offre une acceptation de tel banquier ou négociant. » On trouve aussi dans les bilans des Banques, le mot acceptations ; ce sont de véritables crédits généralement à découvert qui consistent dans l'acceptation, par ces banques, de lettres de change tirées sur elles. Ces lettres sont escomptées dans un autre établissement de crédit, et il est entendu que le tireur fournira la somme à l'accepteur avant l'échéance.

Acquit. — Reconnaissance écrite du payement opéré : elle se formule ordinairement par les mot3 : pour acquit, suivis quelquefois de la date, et toujours de la signature de celui qui reçoit les fonds, au bas des factures et au dos des billets, mandats et lettres de change. Celui qui écrit cette reconnaissance denns son acquit. — On dit aussi payer, verser de* fonds, ou négocier des effets à V acquit d'un tiers, lorsque le versement ou la négociation ont eu lieu au compte de ce tiers.

Agent de change. — Officier public commissionné dans les «lies «è il existe une Bourse pour faire exclusivement, au compte d'autrui, \m négociations des effets publics, lettres de change et autres papiers eoiamerçables, et d'en constater le cours. Dans la pratique, les agents de change ont abandonné les négociations des lettres et des effets de cesamerce, qui sont faites par des courtiers libres.

Agio. — Différence entre la valeur nominale et la valeur réelle des monnaies. Lorsqu'il s'agit de comparer le prix courant de la monnaie d'un pays à celle d'un autre pays, celui de la livre sterling au franc, par exemple, l'agio prend habituellement le nom de prix du change. — Oa appelle aussi agio la différence entre le titre ou montant d'un effet de commerce et son produit à l'escompte. — Le mot agio sert enfin quelquefois à désigner un supplément d'intérêt qui se paye à chaque renouvellement d'un effet présenté à l'escompte, et qui s'ajoute aux droits de commission et de courtage.

Agiotags. — C'est la spéculation appliquée au cours des fonds publics, des actions industrielles, etc., te pari qui s'établit sur la différence des cours.

Allonge. — Morceau de papier collé au bout d'un effet de commerce devenu insuffisant pour inscrire les endossements.

Arbitrage. — Comparaison et combinaison de plusieurs opérations par lesquelles on choisit la voie la plus avantageuse pour tirer on remettre les lettres de change sur une place étrangère. Les arbitrages sont une branche du commerce de banque, et l'on dit : faire les arbitrages, comme on dit : faire l'escompte, les recouvrements, etc. On appelle aussi arbitrage l'opération qui consiste à échanger un titre contre un autre à la Bourse, acheter du 5 p. 0/0 et le payer par une vente de 3 p. 0/0, par exemple.

Assignation. — Acte par lequel un particulier donne une créance on un revenu en garantie ou en payement d'une somme prêtée. On donne assignation sur ses revenus, sur les arrérages d'une rente, sur un banquier, etc. Ce mot, fort usité autrefois, est à peu près hors d'usage.

Aval. — C'est le cautionnement d'un ou de plusieurs engagements commerciaux. Il peut être donné par un acte séparé, par un ou plusieurs billets ou lettres de change. La forme de cautionnement par aval peut être employée pour le tireur, pour l'accepteur ou pour l'endosseur d'une lettre de change. En cas d'exécution des engagements, le donneur d'aval est tenu aux mêmes obligations que celui dont il a cautionné la signature, etse trouve, en quelque sorte, substitué à son lieu et place. — L'aval se formule habituellement par les mots bon pour aval, inscrits à la suite de la signature cautionnée et suivis de celle du donneur d'aval. — On donne dans la pratique de Paris, le nom d'aval à la facture que remet au banquier acheteur le banquier vendeur d'une ou plusieurs lettres de change sur l'Étranger.

Avis. — Avertissement écrit, adressé au négociant, au banquier sur lequel une lettre de change est tirée, de la création do cette lettre de change, avec indication de la date de l'échéance. On appelle lettre d'avis ou simplement avis, la lettre qui contient cet avertissement.

Aviser quelqu'un, c'est lui adresser une lettre d'avis. Cette lettre n'est pas de rigueur, et beaucoup de lettres de change sont tirées avec ou sans autre avis ; mais il est plus régulier d'aviser celui avec lequel on est en compte de chaque disposition que l'on fait sur lui.

Balance. — On donne souvent ce nom à la différence qui existe entre la somme du crédit et la somme du débit ou solde d'un compte. On dit indifféremment : ce compte se solde ou se balance par 1.000 francs au crédit, ou au débit, ou : la balance de ce compte est de 1.000 francs. — On appelle aussi balance ou bilan le compte résumé que fait un com-

erçant à des époques déterminées, et qui présente en quelques lignes

résultat général de toutes ses affaires et la situation de sa fortune.

Banque. — Maison de commerce où l'on vend et achète des valeurs de commerce, titres de rente d'Etat et hypothécaires, actions, monnaies, matières d'or et d'argent, etc. En France, on ne donne ordinairement le nom de banque qu'aux établissements par actions, publics ou particuliers.

Banquier. — Est un négociant qui se livre principalement à une ou plusieurs des opérations que nous avons décrites sous le nom d'opérations de banque.

Billet. — Promesse de payer une somme indiquée, à une époque fixe et à une personne déterminée. Le billet commercial est ordinairement à ordre et susceptible d'endossement. Ce titre est soumis, quant aux effets de l'endossement, à l'échéance, au payement et au protêt, aux mêmes règles que la lettre de change. — Le billet commercial est quelquefois souscrit au porteur.

Billht de banque. — Promesse émise par une banque de payer à vue et au porteur une somme déterminée. Ce billet, considéré comme monnaie, circule librement par la volonté des porteurs, qui peuvent à tout instant l'échanger contre espèces. Lorsqu'on a décrété que le billet de banque aurait cours forcé, il est devenu papier-monnaie, et les payements faits en billets de banque ont été libératoires indépendamment de la volonté des créanciers.

Borderxau. — Note explicative et détaillée, article par article. Le bordereau de caisse, par exemple, est une note où sont indiqués, un à un, les payements et recouvrements à faire dans la journée. Le bordereau d'escompte est un catalogue méthodique et détaillé des billets, lettres de change ou valeurs présentées à l'escompte. On dit souvent: « Escompter un bordereau, négocier un bordereau », au lieu de : escompter, négocier les valeurs énumérées sur le bordereau.

Bourse. — Marché public où doivent être négociés exclusivement, aux termes de la loi, les effets publics, lettres de change, etc.

Broche. — Effets de commerce de petite valeur. On donne ordinairement ce nom à tous ceux dont le montant est inférieur à oOO francs, et quelquefois à tous ceux au-dessous de 1.000 francs. Les effets audessus de 1.000 francs s'appellent des quatre chiffres.

Brouillard. — On appelle, dans le commerce, brouillard ou main courante le livre sur lequel on inscrit toutes les affaires d'une maison aussitôt et à mesure qu'elles s'effectuent.

Cambiste. — Celui qui spécule ou qui écrit sur le cours des changes.

Carnet. — Livre sur lequel les agents de change doivent constater, à l'instant et à mesure qu'ils les effectuent, les négociations dont ils sont chargés.

Cédant. — Celui qui, soit comme tireur, soit comme endosseur, négocie, et, par conséquent, cède un effet de commerce.

Certain. — Lorsque l'on compare ensemble les monnaies de deux pays, on prend nécessairement l'une des deux comme unité ou terme de comparaison. C'est cette unité que l'on appelle « le certain ». En matière de change, l'usage a fixé les monnaies qui, en!re deux places, sont prises comme unités et forment le certain. Lorsqu'on dit, par exemple, que le change entre Paris et Londres est à 25,37, c'est la livre sterling qui est l'unité, et qui vaut 25 fr. 37. On dit, en ce cas, que Londres « donne le certain », c'est-à-dire le terme de comparaison, qui est toujours sous-entendu dans le cours des changes. Par contre, Paris donne l'incertain, c'est-à-dire le terme comparé, et dont l'expression varie.

Certificat. — Lorsque des marchandises sont remises dans les magasins de dépôt, l'administration de ces magasins en délivre un reçu qui

perte indifféremment îe nom de certificat ou de récépissé, et qui se négoce au besoin. On fait habituellement des avances sur cette espèce da valeur.

Change. — Le change des monnaies est J'échange d'une monnaie contre une autre. — Le prix du change est la différence qui existe en plus ou en moins entre la valeur d'un effet de commerce au lieu où il se négocie, et sa valeur au lieu où il est payable. On dit que le change est favorable lorsque la différence est en moins, et contraire lorsqu'elle est en plus.

Chèque. — C'est un écrit au moyen duquel une personne ayant des fonds en provision déposés chez un banquier, peut en effectuer le retrait total ou partiel à. son profitou au profit d'un tiers. A Londres, on appelle chèque barré (erossed chèque), un chèque payable seulement àdesban-

GosmrssioN. — En banque, ce mot désigne ordinairement le prix d'une opération faite pour le compte d'un tiers, d'un arbitrage ou d'une négociation, par exemple.

Cosyis. — État détaillé des affaires qu'un négociant a faites aTec on autre.

Cgkpts courant. — On donne spécialement ce nom sus comptes de banque dont les remises en espèces ou titres fiduciaires forment la matière ordinaire, et qui donnent lieu le plus souvent à des calculs d'intérêt. — On arrête un compte lorsque tous les calculs sont rapportés et arrêtés à use époque déterminée : on solde un compte lorsqu'on balance Ses sommes inscrites au crédit et au débit, au figuré, lorsqu'on en règle ou lorsqu'on en paye la différence ; on ferme un compte lorsqu'on cesse d'avoir avec le client des relations d'affaires.

Compte de retour. — C'est celui qui doit accompagner le retrait d'une lettre de change protestée; il contient l'état des sommes dont le resabeursement doit être fait par le tireur ou les endosseurs.

Connaissement. — C'est, si l'on peut ainsi dire, la lettre de voiture da capitaine de navire. La forment les effets du connaissement sont déterminés par les articles 281 et suivants du Code de commerce. Le connaissement, comme représentation des marchandises chargées sur un navire, sert assez souvent de gagea certains prêts, particulièrement sur les places qui font le commerce des Antilles,

Courtage. — Droit perçu à la suite d'une opération faite au nom, et pour le compte d'un tiers et, par exemple, à la suite d'une vente oa d'un achat d'effets publics par un agent de change.

Couverture. — Remise fournie à un banquier pour balancer un compte courant, dont le solde constate de sa part un découvert ou une avance sans gage ni garantie. — On dit dans le même sens : couvrir un banquier, au lieu de fournir une remise. — A la Bourse, on dit de môme couvrir un agent de change, ou que l'agent de change exige une couverture. — On dit dans un autre sens vendre à découvert, ce qui signifie vendre un titre dont on n'est pas propriétaire, et qu'on ne peut livrer, par conséquent, qu'en l'acheta &i dans l'intervalle de la vente au jour de la liquidation.

Crédit. — Se dit de la confiance par l'effet de laquelle on prête des capitaux à quelqu'un sous quelque forme que ce soit. On dit d'un négociant qu'il & ou n'a pas de crédit, lorsque sa position ou son caractère inspirent ou n'inspirent pas cette confiance. Ouvrir un crédit à quelqu'un, c'e3t s'obliger à prêter sur demande à la personne désignée une somme à des conditions déterminées. — En comptabilité, le crédit est synonyme d'avoir; il désigne la partie d'un compte où sont inscrites les valeurs fournies par la personne dont le nom est inscrit en tête du compte.

Découvert. — Être à découvert, c'est avoir avancé en compte courast sans être garanti par une remise. V. Couverture. — Vendre à découvert & la Bourse, c'est vendre un titre dont on n'est pas propriétaire, que l'on ne peut livrer, au besoin, qu'après l'avoir acheté.

Délégation. — Acte par lequel un débiteur donne à son créancier un autre débiteur qui se charge de le payer. C'est par délégation que sont transférées les créances régies par la loi civile.

Déport. — C'est, en langage de Bourse, un prêt de titre consenti d'une liquidation à l'autre, moyennant indemnité, à un vendeur à découvert. Le déport est l'inverse du report.

Disposition. — Se dit de tout ordre de payer, quelle qu'en soit la forme, adressé à un banquier par celui qni a un compte ouvert chez lui : « J'accueillerai vos dispositions, je ferai honneur à vos dispositions » signifie : « Je payerai sur vos ordres. »

Dont un, dont 50 c, etc. — Se dit, dans un marché à prime, pour exprimer le montant de la prime payée.

Échéance. — Instant précis où un effet de commerce doit être payé. Un papier à longue échéance est celui dont !a réalisation en espèces est éloignée. On appelle aussi échéance l'époque à laquelle une somme en compte courant devient productive d'intérêt, ou entre en valeur.

Effets de commerce. — Nom générique des lettres de change, mandats et billets à ordre transmissibles par endossement.

Effets publics. — Nom générique des titres fiduciaires émanés du Gouvernement, tels que rentes, bons du Trésor, etc. On a donné ce nom, par extension, aux titres d'emprunt de la ville de Paris, puis aux actions des Sociétés anonymes autorisées par le Gouvernement.

Encaissement. — Recouvrement sur place et mise en caisse de la somme représentée par un effet de commerce.

Endos. — Donner son endos ou endosser un effet de commerce sont synonymes.

Endossement. — Transmission de la propriété d'un effet de commerce par un ordre signé au dos de l'effet.

Escompte. —Opération de banque qui consiste à payer par anticipation le montant d'un effet non encore échu, sous déduction d'une somme convenue pour intérêt, change ou frais de recouvrement. — Dans les jeux de Bourse, l'escompte est l'exercice de la faculté laissée à l'acquéreur de rentes par marché ferme de se les faire livrer cinq jours après avoir prévenu le vendeur.

Espèces. — Monnaies d'or ou d'argent.

Exécution, exécuter. — Lorsque les agents de change cessent d'avoir confiance dans la solvabilité d'un spéculateur de Bourse, et qu'ils ramènent à exécution tous les engagements pris par lui, on dit que ce spéculateur est exécuté. — On dit en ce sens : « On a fait de nombreuses exécutions à la liquidation d'hier : on comptait au nombre des exécutés MM. X, Y, Z. »

Incertain. — Dans la comparaison de deux monnaies, celle qui n'est pas prise pour unité de comparaison est l'incertain. Lorsqu'on dit qu'une livre sterling vaut 25 fr. 21, plus ou moins, la livre sterling est ie certain et la monnaie française l'incertain. — On dit par suite : Paris donne l'incertain à Londres, et Londres le certain à Paria.

Intérêt. — Prix de l'usage d'un capital emprunté.

Jouas de grâce. — Jours ajoutés par l'usage à l'échéance des lettres de change sur certaines places de commerce.

Le Londres, le Hambourg, le Vienne, etc., désigne, dans la langue du change, le papier payable à Londres, à Hambourg, à Vienne, etc. On dit : « le Londres est cher ou à bon marché, rare ou abondant, à tant. »

Lettre de change. — Ordre écrit de payer, donné d'un lieu à un autre. Cet ordre implique, de la part de celui qui le donne, l'engagement de payer lui-même la somme énoncée sur la lettre de change, si, au jour indiqué, celui auquel l'ordre est donné ne paye pas. La lettre de change se transmet par endossement.

Lettre de crédit. — Lettre par laquelle un banquier invite ses correspondants à fournir au porteur les sommes dont celui-ci pourra avoir besoin jusqu'à concurrence d'un chiffre déterminé, et à se rembourser des avances ainsi faites sur Vauteur de la lettre. Il y a des lettres de crédit dites circulaires adressées à un certain nombre de correspondants et détaillées en bons, que le bénéficiaire peut, à son gré, présenter dans une ville ou dans une autre.

Lettre de gage. — Nom que portent, en Allemagne, les obligations des Sociétés de crédit foncier.

Lettre de voiture. — Lettre remise au voiturier ou au commissionnaire de roulage par l'expéditeur d'une marchandise. Cette lettre, adressée au destinataire, porte indication du nombre et du poids des colis et du prix du transport qu'il est tenu de payer. Les effets du contrat dont la lettre de voiture est l'expression sont définis par le Code de commerce, article 101. Quelquefois la lettre de voiture, considérée comme titre fiduciaire, fournit la matière d'un prêt.

Main courante. — V. Brouillard.

Mandat. — Lettre de change non susceptible d'acceptation.

Marché ferme. — A la Bourse, c'est le marché dont la conclusion est

xée à une époque déterminée, avec engagement réciproque et inva-

able de la part du vendeur et de la part de l'acheteur.

Marché libre ou a prime. — Celui dans lequel l'un des contractants se

éserve la faculté de se dégager, au prix de l'abandon d'une somme déterminée, au'on appelle prime.

Monnaie. — Médaille d'or, d'argent ou de cuivre, d'un poids et d'un titre déterminés, et certifiés par le soin de l'État dans lequel elle a été frappée, et qui sert à la comparaison des valeurs dans les échanges. — On appelle monnaie de papier les billets au porteur qui, dans l'usage, remplacent les monnaies effectives d'or et d'argent.

Nantissement. — Remise d'une marchandise en gage d'un prêt. Les formes et les effets du nantissement sont réglés par le Code civil, articles 2073 et suivants.

Négociation. — On appelle négociation le trafic des lettres et billets de change contre des effets de même nature, ou contre des espèces. Une négociation de papier contre papier s'appelle « un parcontre ».

Numéraire. — Monnaie, quelle que soit sa forme ou sa matière, espèces ou papier.

Pair. — En matière de rentes, d'actions, etc., le pair est le prix nominal d'émission. La rente 3 p. 0/0 est au pair lorsque 3 de rente se vendent 100 fr. Une action de 500 fr. est au pair lorsque son prix courant est de 500 fr. — En matière de change, on distingue le pair intrinsèque et le pair proportionnel. Le pair intrinsèque est le rapport qui existe entre la quantité de fin que contiennent les deux monnaies que l'on compare. Ainsi le pair intrinsèque de la livre sterling comparée au franc est 25 fr. 22. Le pair proportionnel est le rapport d'égalité qui résulte de l'évaluation du change de deux places par l'intermédiaire d'une ou de plusieurs autres.

Papier de commerce ou papier. — V. Effets de commerce.

Papier-monnaie. — Noms des titres auxquels une loi donne cours forcé de monnaie, c'est-à-dire la propriété d'être reçus en payement de toutes créances, même contre la volonté des créanciers.

Perte. — Différence en moins entre le pair d'un titre et son prix courant. Une action de 500 fr. qui se vend 400 fr., se négocie à 100 fr. de perte. — La différence en plus s'appelle prime.

Preneur. — Celui au profit duquel sont faits ou endossés une lettre de change, un mandat ou un billet à ordre. — On appelle aussi preneur celui qui achète un titre à la Bourse. « Êtes-vous preneur du Nord, de Lyon ? etc., » est une locution dont on se sert à tout instant.

Présentation. — Production d'une lettre de change ou d'un billet à ordre au tiré ou au souscripteur, pour l'acceptation de la lettre ou pour le payement de la lettre ou du billet à l'échéance.

Prime. — Somme avancée à titre d'arrhes dans un marché d'effets publics ou d'actions à terme, et que l'acheteur abandonne à son cédant, si, au terme fixé, il juge convenable de renoncer à son marché. — On donne aussi le nom de prime à la différence en plus qui existe entre le pair d'un titre et son cours. Ainsi, l'on dit que des actions de 500 fr., qui se vendent 800 fr., jouissent d'une prime de 300 fr. — On appelle aussi prime l'agio ou différence qui existe entre la valeur nominale et la valeur réelle des monnaies de divers métaux.

Protêt. — Acte par lequel il est constaté, par ministère d'huissier, qu'une lettre de change, un mandat ou un billet présentés à l'échéance

n'ont point été payés, ou qu'une lettre de change présentée à l'acceptation n'a point été acceptée.

Provision. — Valeur fournie au tiré par le tireur avant l'échéance de la lettre de change tirée sur lui.

Rechange. — Lettre de change tirée sur l'endosseur ouïe tireur d'une lettre de change qui n'a pas été payée à l'échéance.

Recouvrement. — Réception du montant d'un effet de commerce des mains de celui qui le doit. — Remettre des valeurs en recouvrement en à l'encaissement, c'est charger le banquier de les présenter à l'échéance, d'en toucher le montant ou de les faire protester, si besoin est, en temps utile.

Reuiss. — On donne ce nom à la lettre de change, lorsqu'elle est transmise par endossement, et par extension, à la transmission par endossement d'un ou de plusieurs effets de commerce, quelle que soit leur forme.

Renouvellement. — Substitution d'un engagement à échoir à un engagement échu.

Report. — Renvoi d'un marché échu à une époque ultérieure. — On appelle aussi report la somme au prix de laquelle un marché est renvoyé d'un terme à un autre. — Enfin, à la Bourse, on appelle report la différence du comptant au cours a terme.

Rescription. — Ordre de payer à un tiers une somme déterminée »ans change de place, par exemple, d'un négociant à son banquier. La rescription a pris, depuis quelques années, le nom anglais de chèque*

Rgroua. — Lorsqu'un effet de commerce, non payé à l'échéance, est présenté à celui qui l'a remis, on dit qu'il est retourné, et l'effet lai* même prend le nom de retour.

Rcugss (nombres). — Lorsqu'on règle un compte d'intérêt, on ôerB à l'encre rouge les nombres destinés à servir au calcul de l'intérêt des sommes dont l'échéance est postérieure à celle fixée pour l'arrêté de compte. Lorsque les nombres écrits à l'encre noire sont portés au débit, ceux à l'encre rouge sont portés au crédit du compte, et réciproquement.

Solde. — Différence entre la somme du crédit et la somme da débit d'un compte. Selon que cette différence est en faveur du crédit on d« débit, on dit que le solde est créditeur ou débiteur.

Spéculation. — Opération de commerce faite en vue d'un «hangeiWBÉ prévu dans le prix courant de la marchandise qui en fait l'objet. EU® se distingue des opérations ordinaires en ce que celles-ci seat faites ea vue des prix existants et pour la satisfaction des besoins actuels on habituels. On spécule sur toutes marchandises, notamment, en banque, sur les changes, sur les inscriptions de rente et sur les valeurs industrielles.

Tirage en l'air. — Création de lettres de change scr ane perstSft qui ne doit rien à l'auteur du tirage ou sur une personne supposés

Tiré. — Celui auquel une lettre de chaage est adressée.

Tirer. — Faire une lettre de change. Tirer sur quelqu'un, s'é§8 tei adresser une lettre de change, un ordre de payer.

Tireur. — Celui qui fait ou tire une lettre de change.

Titre. — Rapport du fin à l'alliage des monnaies. En France, le titre est de 900, sauf en ce qui concerne les monnaies divisionnaires d'argent ca qui signifie que les monnaies se composent de 9/10 de fin et de 1/1 C d'alliage.

Tolïsancs. — Différence entre le titre réel et le titre légal, entre le poids réel et le poids légal ou droit des monnaies. La tolérance est fixée jp&rlaloi : si la différence excédait le chiffre fixé, leâ pièces de monnaie fieraient rebutées à l'essai.

Traits. — C'est le nom que l'on donne à la lettre de change, relativedent à celui qui en est l'auteur. Faire traite et tirer sont synonymes.

Un parconths. — Négociation de lettres ca billets de change contre d'antres lettres ou billets de change.

Usancx. — C'était originairement le terme ordinaire auquel les lettres de change étaient tirées d'une place sur une autre ou d'un pays sur l'autre. — Les u-ances étaient très variables. Ainsi, une lettre de France tirée sur Londres fi une usance était payable à trente jours ; si elle venait d'Espagne, à deux mois ; et de Venise, Gênes et Livourne, à trois mois.

Usure. — Prélèvement d'un intérêt qui excède le taux fixé par la loi ; en France il n'y a plus usure qu'en matière civile ; le taux légal en ce cas est de S p. 0/0. L'habitude d'usure est un délit puni par la loi.

Valeur. — C'est le mot par lequel on cause un effet de commerce, c'est-à-dire par lequel on indique une opération qui l'a fait créer. Oa cause l'effet valeur en marchandises, en compte, en moi-même, en reeoavrement, etc. On emploie aussi ce mot pour désigner l'échéance d'sa© somme en compte courant, et l'on dit : valeur au i*r ou i3 de tel mois.

Valeurs. — On donne ce nom, en banque, aux lettres et billets à ordre indifféremment. Remettre des valeurs, c'est transmettre la pro» priété d'effets de commerce, quelle que soit leur forme. — Par extension, on a donné le nom générique de valeurs aux titres qui se négocient à la Bourse.

Valeurs de complaisance ou de circulation. — Ce sont des effets qui n'ont pour cause aucune opération commerciale préalable entre deux négociants et qui se soldent les uns par les autres. La création d'effets semblables est un expédient auquel ont parfois recours les négociants gênés dans leurs affaires ou qui veulent excéder la force de leur capital»

Warrants. — Certificats* ; emmagasinage délivrés par les diverses Compagnies de docks qui existent en Angleterre et magasins généraux en France, aux négociants qui leur déposent des marchandises. Ces certificats sont un titre sur lequel les banquiers consentent souvent à faire des avances. — Le warrant agricole est un certificat, délivré par le greffier de la Justice de paix et constatant l'affectation d'un produit agricole déterminé & la garantie d'une dette, sans qu'il y ait dépôt du produit dans un magasin général. L'usage du warrant agricole est sensiblement le même que celui du warrant commercial.

La loi du 22 avril 1806 régit encore aujourd'hui en France les banques de circulation. Il est donc intéressant de connaître quelle était, sur les banques en général et sur la Banque de France, en particulier, l'opinion du principal auteur de cette loi, l'empereur Napoléon. Voici en quels termes instructifs il s'exprimait dans les deux séances du Conseil d'État dans lesquelles fut discuté le projet de loi :

Séance du 27 mars 1806

« Je consens à ce que le chef de la Banque soit appelé gouverneur, Si cela peut lui faire plaisir, car les titres ne coûtent rien.

« Je consens également à ce que son traitement soit aussi élevé qu'on voudra, puisque c'est la Banque qui doit payer; on peut le fixer, si l'on veut, à 60.000 fr. Quant à la proposition d'exiger que le gouverneur soit hors des affaires, je pense que, quelque parti qu'on prenne, on empêchera difficilement les chefs de la Banque d'abuser de la connaissance qu'ils auront des opérations du Gouvernement et du mouvement des fonds.

« Ainsi, dans la dernière crise de la Banque, après que le conseil des régents eut décidé d'acheter des piastres, plusieurs régents sortirent, firent acheter des piastres pour leur compte, et les revendirent deux heures après à la Banque avec un gros bénéfice.

« Je distingue dans la Banque trois pouvoirs :

« Celui des deux cents actionnaires qui composent le comité ;

« Celui du conseil, composé des régents et autres ;

« Celui du gouverneur et de ses deux suppléants ;

« Il faut que la loi d'organisation se compose de titres correspondant à ces trois pouvoirs.

« Je ne conçois clairement, dans les opérations de la Banque, que l'escompte, et j'attribue la dernière crise de cet établissement, la plus forte qu'on ait éprouvée depuis Law, à ce que l'escompte a été mal fait,

12e ÉDITION 46

Un même banquier a eu la faculté de se faire escompter jusqu'à 7 on t millions, tandis qu'aucune maison ne devrait avoir un crédit pins fort que 900.000 fr. ou 1 million. On devrait surtout s'interdire d'escompter les billets de circulation; la crise a été fort heureusement attribuée à de prétendues demandes que le Gouvernement aurait faites à la Banque pour les dépenses de l'armée : cette idée a fait prendre patience ; mais le fait est que le Gouvernement n'avait pas pris un sou à la Banque. La Banque n'appartient pas seulement aux actionnaires, elle appartient aussi à l'État, puisqu'il lui donne le privilège de battre monnaie. L'assemblée des plus forts actionnaires n'est qu'un corps électoral semblable aux collèges électoraux composés des plus imposés. Rien ne serait plus funeste que de les considérer comme propriétaires exclusifs de la Banque, car leurs intérêts sont souvent en opposition avec ceux de l'établissement; l'action dont ils sont porteurs a pour effet de les intéresser à cet établissement, comme un titre de propriété foncière intéresse les membres du collège électoral au bien de l'État; mais. «11* ne leur donne pas toujours l'intelligence de leurs intérêts; il arriva même souvent que l'intérêt de l'actionnaire n'est pas celui de l'action.

« Je veux que la Banque soit assez dans la main du Gouvernement •t n'y soit pas trop. Je ne demande pas qu'elle lui prête de l'argent, mais qu'elle lui procure des facilités pour réaliser, à bon marché, ses revenus, aux époques et dans les lieux convenables. Je ne demande en cela rien d'onéreux à la Banque, puisque les obligations du Trésor sont le meilleur papier qu'elle puisse avoir. Les placements sur un Gouvernement quelconque sont toujours meilleurs que les placements sur quelque banquier que ce soit; une grande révolution capable d'entraîner la banqueroute de l'État est un événement qui ne se répète qu'après deux ou trois siècles, et cette banqueroute entraîne toujours celle des particuliers. Mais ceux-ci font banqueroute bien plus fréquemment; je connais deux frères qui ont placé chacun 300.000 fr. avant la Révolution, l'un chez un banquier, l'autre sur l'Hôtel de Ville de Paris. Le premier a tout perdu, tandis que le second a conservé 5.000 fr. de rente, et n'a pas cessé de recevoir toujours quelque chose en bons, en mandats, etc. Les banquiers les plus accrédités finissent par faire banqueroute : témoin M. Récamier, qui donnera tout au plus 10 p. 0/0 à ses créanciers; il a le bonheur avec cela de recevoir des visites de condoléance.

« Quant à moi, depuis mon avènement au Gouvernement, je n'ai occasionné aucune banqueroute; j'en ai, au contraire, supporté beaucoup. Un fournisseur me doit aujourd'hui 30 millions, tel autre 20, tel autre 10. On ne peut traiter de banqueroute le non-payement des traites de Saint-Domingue, car une partie de ces traites porte reçu comptant, et un procès-verbal du payeur atteste que rien n'a été payé Une autre partie a été souscrite pour des marchandises qu'on a évaluées trois ou quatre fois leur valeur; il en a été tiré dans un seul jour pour " 60 millions. Un des porteurs de ces traites, appelé au serment, a confessé qu'il n'a rien payé. Le Gouvernement, d'ailleurs, comme lias particuliers, est passible seulement des traites qu'il a acceptées; en n'en citerait pas une de celles-là que le Trésor n'ait acquittée. Je «suis convaincu que ce sont les banquiers eux-mêmes qui ont causé la *.rise de la Banque : les uns ne cherchent qu'à s'enrichir aux dépens 4» "*ou~

vernement; les autres sont entraînés par de faux systèmes, témoin l'écrit de M. Dupent de Nemours : Je ne me suis pas donné la peine de lire son opuscule, tant je suis persuadé qu'on ne doit pas faire la moindre attention à ces faux systèmes. »

Séance du 2 avril 1806

« Il n'y a pas en ce moment de banque en France ; il n'y en aura pas de quelques années, parce que la France manque d'hommes qui sachent ce que c'est qu'une banque. C'est une race d'hommes à créer. Je ne ▼ois pas pourquoi les régents répugnent à recevoir un traitement, leur travail est un travail comme un autre ; il vaut mieux, au reste, ne pas déterminer le taux des traitements dans la loi, et en laisser la fixation à l'empereur, qui les réglera tous les ans, et les fera payer sur les fonds de réserve. Quant à la nomination du gouverneur, je ne veux point présenter des candidats au comité des actionnaires. Ce serait restreindre la liberté de mon choix et me mettre dans une position avilissante visà-vis de ce comité. Si je consens à me mettre, en certains cas, dans cette position vis-à-vis du Sénat, c'est parce qu'il représente la nation, qui est la source de toute force et de tout pouvoir. Je pourrais, tout an plus, consentir à ce que le comité désignât un gouverneur et soumit ce choix à mon approbation ; cela se fait ainsi pour les places d'académicien ; mais je dois être le maître dans tout ce dont je me mêle, et surtout dans ce qui regarde la Banque, qui est bien plus à l'empereur qu'aux actionnaires, puisqu'elle bat monnaie.

« La banque a failli tomber dans les mains d'un envoyé de M. Pitt, M. Talon ; il a fallu détourner par la force un danger qui provenait du peu d'influence de l'autorité publique dans les élections de la Banque.

« Il faut mettre dans l'administration de cet établissement une classe d'hommes étrangère à la Banque. Il y a des cas où 60.000 fr. seront trop peu pour le gouverneur : c'est par l'argent qu'il faut tenir les hommes à argent.

« La part du Gouvernement dans le projet de loi est ce qu'elle doit être : il n'a point l'initiative de l'escompte ; mais il a un droit de censure et d'opposition; il faut dire qu'il ne pourra créer de nouvelle matière d'escompte.

« En stipulant que le portefeuille du gouverneur et celui des sousgouverneurs seront exclus de l'escompte, on peut se dispenser de leur demander le serment de renoncer aux affaires *. »

N9 2. — (Renvoi de la page 408.)

A la première lecture, il semble que le plan de banque publié par Ricardo diffère beaucoup du régime établi en Angleterre parles bills de sir Robert Peel. En effet, Ricardo proposait une banque d'État, et Ton a conservé la banque

* Opinions de Napoléon, etc., par le baron Pblkt (de la Lozère).

d'Angleterre ; Iticardo ne voulait qu'une banque de circulation dans le Royaume-Uni, et il en reste encore un certain nombre dans la Grande-Bretagne. Mais ces deux points ne sont qu'un accessoire dans le plan du célèbre économiste. Ce qui constitue l'originalité de son projet, c'est la limitation exacte de la circulation fiduciaire, la prohibition d'émettre les billets au porteur autrement que contre dépôt de matières d'or, au-delà d'une certaine somme : c'est aussi le trait caractéristique et distinctif du régime établi par sir Robert Peel.

Projet d'établissement oVune banque nationale par Ricardo

« Je proposerais d'organiser l'établissement d'une banque nationale sur un plan analogue à celui qui va suivre :

« 1° Il sera procédé à la nomination de cinq commissaires entre les mains desquels reposera exclusivement le pouvoir d'émettre toute la monnaie de papier du pays.

« 2° A l'expiration de la charte de la Banque d'Angleterre, en 1833, les commissaires émettront pour 15 millions de monnaie de papier représentant le capital de la Banque prêté à l'État, et destinés à acquitter cette dette. L'intérêt annuel de 3 p 0/0 cessera, et sera annulé à partir de cette époque.

« 3° Les commissaires répartiront en même temps 10 millions de papier de la manière suivante : ils consacreront telle partie de cette somme qu'ils jugeront convenable à acheter des lingots d'or, soit à la Banque, soit à des particuliers. Puis, dans un iélai de six mois à partir du jour mentionné ci-dessus, ils rachèteront cette partie de la dette du Gouvernement envers la Banque qui consiste en bons de l'Échiquier : ces bons, ainsi rachetés, demeureront à la disposition des commissairei.

« 4° Dans le plus court délai possible après l'expiration de sa charte, la Banque sera tenue de retirer tous ses billets en circulation, et de les acquitter au moyen des nouveaux billets émis par le Gouvernement. Elle ne les payera pas en or, mais elle devra constamment avoir en réserve une masse de nouveaux billets égale au montant de ses propres engagements restés dans la circulation.

« 5° Les billets de la Banque d'Angleterre continueront à avoir cours six mois après l'expiration de la charte; à partir de cette époque, ils ne seront plus reçus par le Gouvernement en payement des contributions.

« 6° Dans les six mois qui suivront l'expiration de la charte de la Banque, les billets des banques provinciales cesseront d'avoir cours, et les divers établissements qui les auront émis seront astreints, comme 1& Banque d'Angleterre, à l'obligation de les payer en billets du Gouvernement. Ils auront, d'ailleurs, le privilège d'acquitter leur papier en monnaie d'or, s'ils le préfèrent.

« 7° Pour accroître la sécurité des porteurs de billets du Gouvernement résidant en province, ii sera établi, dans les différentes villes,

des agents spécialement destinés à renfler, sur demande, l'authenticité des billets, et a la certifier en y apposant leurs signatures. Revêtus de cette sanction, le3 billets ne seront plus convertibles que dans le district où ils ont été ainsi garantis.

« 8° Les billets émis au sein d'un district ou portant la signature d'en agent du district ne seront pas remboursables en d'autres lieux; mais en déposant une certaine quantité de billets an bureau du district où ils ont été primitivement émis ou revêtus ultérieurement du visa, conformément à l'article ci-dessus, on pourra obtenir sur toute autre province une traite payable avec les billets mêmes de cette province.

« 9° Les billets émis en province ne seront pas remboursables en numéraire dans le lieu de l'émission. Mais on pourra échanger ce papier contre une traite sur Londres, qui sera payable indifféremment en espèces ou en billets de Londres, au gré de la personne qui présentera la traite.

« 10° Toute personne qui déposera des espèces ou des billets de Londres au bureau de la capitale, pourra obtenir, en échange, une traite payable dans les billets de telle province qui sera désignée lors de la remise de la traite. De plus, tout dépôt d'espèces, fait à cette même agence, donne droit à une somme équivalente de billets de Londres.

« 11° Les commissaires, à Londres, seront obligés d'acheter, à un prix qui ne descendra jamais au-dessous de 31 sh. 17 d. Fonce, toutes les quantités d'or au titre (916 2/3 millièmes), qui leur seraient offertes et qui excéderaient 100 onces en poids.

« 12° Dès le jour de la création de la Banque nationale, les commissaires seront tenus de rembourser leurs billets et leurs traites, sur demande, en espèces d'or.

« 13° Dans la première période de l'établissement de la Banque nationale, on pourra émettre des billets d'une livre, destinés aux personnes qui, préférant ces billets inférieurs au numéraire, désiraient les obtenir en échange de billets d'une coupure supérieure. Cette mesure ne sera en vigueur, relativement à la capitale, que pendant une année ; mais, pour tous les districts provinciaux, elle sera permanente.

« 14° Il demeure bien entendu que, dans les districts provinciaux, les agents ne seront jamais contraints à donner des billets en échange d'espèces, ou réciproquement des espèces contre des billets.

« 13° Pour tous les services publics, les commissaires teront les fonctions d'un banquier général, de la même manière que la Banque d'Angleterre aujourd'hui ; mais il leur sera interdit d'étendre ces fonctions à des Compagnies ou à des individus, quels qu'ils soient. »

N* 3. — Stock-Exchange ou Bourse de Londres

Il n'y a point à la Bourse de Londres, à proprement parler, d'agents de change privilégiés auxquels soit réservé le monopole des transferts de rentes. Mais les ▼entes et achats ordinaires sont faits par une association qui ressemble assez bien à une société secrète, dans un

local où le public n'est pas admis, dans Capel-Court, près de la Banque d'Angleterre. Le nombre des membres de l'association s'est élevé jusqu'à 800; il est aujourd'hui de 600 environ, sous l'inspection d'un syndicat composé de trente personnes.

Au nombre des membres de l'association se trouvent non seulement les agents de change ou courtiers proprement dits, mais aussi ce que nous appelons à Paris banquiers de placement et de spéculation1. Les premiers portent le nom de stock-brokers; les seconds, celui de stock-jobbers. Ceux-ci sont des marchands de titres dont la profession consiste à en acheter ou à en vendre pour leur propre compte sous une commission variable.

« La constitution du Stock-Exchange, dit M. Francis *, est simple. Il est gouverné par un comité de vingt-huit membres avec un président et un vice-président élus annuellement. Ce comité a le droit absolu de chasser, de suspendre ou de réprimander : ses décisions sont sans appel, et, comme dit le règlement, « doivent être exécutées ». L'expulsion ne peut être prononcée que par une assemblée où assistent douze membres au moins et à la majorité des deux tiers des voix. Nul n'est reçu membre du Stock- Exchange s'il est escompteur, marchand de papier, commis dans toute autre maison que dans celle d'un membre de la Société, ou dans les affaires, soit en son nom particulier, soit au nom de sa femme. Quiconque demande à être reçu membre de la Société doit être recommandé par trois personnes appartenant à la Société depuis deux ans, et qui doivent le cautionner, pour deux ans, pour 300 livres chacune. Les membres de la Société ne doivent point contracter d'association entre eux. »

Les marchés à terme et les spéculations ont, comme en

4 À Londres, le nom de banquier suppose toujours et principalement l«s fonctions de caissier, celles du banquier de commerce de première classe. L'escompteur proprement dit s'appelle bill-broker; celui qui spécule sur les lettres de change du dehors et sur les arbitrages est un négociant, merchant ; le banquier qui fait la commission de placement et de spéculation est ttock-jobber.

1 Chronicle and characters of the Stoçk-Exchangc.

France, leurs règles, leurs usages et aussi leur langue. Celui qui achète des fonds sans avoir de quoi les payer et pour spéculer à la hausse sur la différence, s'appelle un taureau, a £w//(il lève la tête). Le spéculateur à la baisse est un ours, a bear (il baisse la tête). Celui qui, faute de remplir ses engagements, est exécuté, est un canard estropié, a lame duck (il fait le plongeon). Le rapport s'appelle continuation, et le déport bakardation. La loi ne reconnaît pas les ordres donnés verbalement aux stock-brokers, et la jurisprudence a constaté sur cette matière de singuliers abus.

Les valeurs qui forment la matière de la plupart des transactions du Stock-Exchange sont les titres, autrefois si nombreux et si divers, de la dette publique anglaise. Aujourd'hui les Consolidés ne sont plus que des valeurs de placement dont la cote varie peu. La spéculation ne s'en occupe donc pas.

On a fait aussi beaucoup d'affaires au Stock-Exchange sur les titres, actions ou obligations des chemins de fer, qui y sont très nombreux. Les actions industrielles de toutes sortes, les emprunts étrangers, les grandes affaires industrielles faites à l'extérieur, et auxquelles quelque maison puissante est intéressée, fournissent aussi la matière de négociations nombreuses et importantes.

Londres étant la place du monde où les capitaux sont le plus abondants et le moins chers, les négociants de toutes les places sur lesquelles l'intérêt est élevé, telles que celles d'Asie et d'Amérique, viennent à Londres chercher du crédit. Il en résulte que Londres et l'Europe, en général, ne tirent que par exception sur ces places, qui remettent du papier à plus ou moins longue échéance. Par suite, il n'existe point, à proprement parler, de change de Londres sur ces places ; mais on cote celui des places d'Amérique et d'Asie sur l'Angleterre.

N* 4. — Bourse de Neio-York

La première Bourse Nord-Américaine fut fondée à Philadelphie dès le commencement du siècle ; celle de New- York date de 1817.

La Bourse de New- York compte aujourd'hui 1.100 membres environ et fait des centaines de milliards d'affaires.

Organisation. — • Les agents de change forment une association privée ; ils n'ont aucun caractère officiel. Il n'y a pas trace du plus petit monopole. L'association est régie par des statuts. La Bourse est gouvernée par un conseil de 42 membres. Les conditions pour être admis à la Bourse sont très simples et se réduisent à deux : avoir vingt et un ans et être citoyen de l'Union. L'association, étant chez elle à la Bourse, a naturellement droit de police et peut prononcer des peines disciplinaires.

Les intermédiaires ordinaires sont les brokers, mais 0 existe aussi des cuibstone-brokers (coulissiers), opérant hors de la Bourse. Gomme les agents de change n'ont pas de monopole, cette seconde Bourse fonctionne régulièrement. Les agents de change américains ne sont, au demeurant, que de simples négociants sans plus de droit ni d'obligations que d'autres. Suivantun usage adopté, ils réclament du client une couverture appelée margin. La loi ne les oblige pas au secret, mais ils le gardent d'ordinaire au point qu'ils n'actionnent jamais les clients d'un confrère ; ils se portent respectivement garants des opérations conclues.

Les opérations se font verbalement. Toute opération sans spécification de chiffre est censée porter sur cent actions. ■ — Toute offre acceptée rend le marché obligatoire. — Toute contestation est jugée par les membres du comité qui préside le marché à tour de rôle ; appel de la décision est portée devant le conseil de la Bourse. — Le courtage est, d'après un taux uniforme, de 1/8 p. 0/0. Les agents n'ont pas le droit de dépasser ce chiffre, mais ils sont libres de le réduire. — Les agents exécutent les ordres de leur client, aux risques et périls de celui-ci. L'agent s'est jamais responsable des valeurs qu'il achète.

N° 5. — Les Changes étrangers pendant la guerre et les années suivantes de 1914 à 1921.

La guerre qui éclata en Europe au commencement du mois d'août 1914 et qui, peu à peu s étendit directement ou indirectement au monde entier, a apporté, dans les opérations et le mouvement des changes étrangers, la même perturbation que celle qu'exerce un long et violent orage sur les phénomènes météorologiques. En temps calme, en temps de paix, les éléments qui constituent les changes jouent, suivant une importance prévue dans certaines limites, le rôle que détermine pour chacun deux, la loi de l'offre et de la demande. La somme algébrique des valeurs ainsi déterminée de chacun de ces éléments donne au moment considéré les prix des changes de tel ou tel pays sur tels ou tels autres.

On sait que les éléments constitutifs des changes comprennent tous les mouvements de marchandises, de valeurs mobilières de matières d'or et d'argent, de crédits, et certains autres éléments comme les frets, particulièrement pour l'Angleterre. Ils forment en somme l'ensemble des créances réciproques entre deux pays, considérés. Ces éléments, suivant leurs variations, font l'un de ces pays ou débiteur ou créancier de l'autre. Le mouvement des échanges du reste n'est pas limité aux rapports deux à deux des pays considérés. Comme chacun de ces pays est aussi en relations d'affaires avec tous les autres, il s'établit une intercommunication entre eux tous par le moyen des arbitrages, opérations dont on trouvera l'exposé, les raisons qui les font naître et les conditions qu'ellee comportent dans le chapitre VIII, Livre II qui est consacré aux arbitrages.

Ceci dit pour la compréhension de ce qui va suivre, nous allons entrer dans la description et l'explication des phénomènes de perturbation apportés dans le mouvement des changes étrangers par la guerre et cela aussi brièvement et aussi clairement que possible. Cette

perturbation s'est continuée avec aggravation depuis ce terrible conflit. La crise des changes dure toujours et durera encore de longues années, jusqu'à ce que les éléments qui la constituent aient repris leur marche normale.

La caractéristique de cette perturbation est la suivante : pendant presque toute la durée de la guerre, les nations belligérantes d'Europe, et en premier lieu les nations de l'Entente, foicéesde recourir aux importations — ne pouvant suffire aux besoins de la guerre et à l'alimentation de leurs populations à la suite de la mobilisation de presque tous les hommes valides, — ont dû acheter à l'étranger des quantités de plus en plus considérables de produits, à mesure que se prolongeait ce sanglant conflit. Les prix de ces produits en raison de leur rareté et par suite des risques des transports, se sont accrus dans le temps. En Angleterre, en France, en Italie les importation sont de beaucoup dépassé les exportations surtout en France, dont l'ennemi occupait les régions les plus productives du Nord et de l'Est. Nous donnons dans le tablau suivant, pour la France (commerce spécial)., les chiffres des importations et des exportations pendant les années qui vont de 1913 à 1918 — l'année 1913 figurant ici à titre de comparaison.

France. Commerce extérieur non compris l'or, l'argent et les monnaies (commerce spcial) en millions de francs.

Impcit.

Export.

Jmport.

Export

Année 1913

Année 1916

Aonée 1914

ADnée 1917 . .

AD'iée 1915

Année 1918 . .

Un coup d'œil suffit-pour voir l'accroissement énorme qu'ont subi, à partir de 1915, nos achats à l'étranger et celui de la dette qu'ils nous obligeaient à régler. Les chiffres des années 1917 et 1918 ne nous donnent pas même des valeurs exactes : ils peuvent être considérés comme trop faibles, car ceux de 1917, sont calculés d'après les valeurs de 1916, et ceux de 1918, d'après les valeurs de 1917. Or les prix n'ont cessé de monter pendant ces deux années.

Onauraitpu espérer, qu'après l'armistice du 11 novembre 1918, qui, en fait, mit fin aux hostilités, une détente se produirait, ou tout au moins que l'état de guerre cessant, une amélioration des relations commerciales internationales se ferait sentir. Cette amélioration s'exerça au point de vue des relations matérielles : les transports se faisant plus faciles en ce qui regarde la sécurité. Mais les besoins longtemps comprimés des nations belligérantes, surtout en France, provoquèrent un accroissement d'importations fort élevé. Il y eut bien, dans ces importations, des matières premières nécessaires à 1 industrie et qu'il fallait prendre à l'étranger pour reconstituer un grand nombre d'entreprises, parmi lesquelles se trouvaient nos industries d'exportalion ; toutefois, pendant les années 1919 et 1950, les importations dépassèrent dans de fortes proportions encore les exportations, comme le montre le tableau suivant. L'année 1921 présente au contraire une diminution très forte de la différence de la balance commerciale.

1 Nous donnons, dans le tab'et u qui suit, le mouvement par trimestre du commerce extérieur de la France pendant les années 1919, 1920. 1921. Il permettra de mieux suivre, sur les tableaux des variations des changes que nous publions plus loin, l'influence de nos importations sur ces variations, en tenant compte que l'élément commerce extérieur, quoique le plus important, n'est pas Je seul qui agisse ici.

Commerce extérieur de la France (en millions de francs)

Importal'oi.r. Exportations

1er trimestre . . .

Total. .

/mporiaiwns Exportations

1er trimestre . . .

Total. .

1er trimestre . . .

Total . .

La différence en faveur des importations est, on le voit de près de 24 milliards en 1919. Dans le total des importations, les matières premières comptaient pour 14.753 millions de francs, et dans les exportations les produits fabriqués figuraient pour 8.145 millions. En 1920, la différence en faveur des importations est de 23.010 millions, chiffre bien près de celui de 1919. Les exportations ont beaucoup augmenté : celles des objets fabriqués s'élèvent à 18.168 millions mais il a fallu importer plus de 25 milliards de matières premières.

En 1921 la différence en faveur des importations n'est plus que de 1.975 millions, soit 2 milliards en chiffres ronds ; mais, en cette dernière année, une crise a éclaté dans tous les pays du monde et a commencé de se faire sentir vers la fin du premier trimestre au Japon et aux Etats-Unis. Les causes en ont été générales. La cause originelle est l'intensité exagérée de la production, plus étendue que les besoins à satisfaire; avec une demande d'ailleurs restreinte par les hauts prix de tous les produits.

La cherté des prix a ici son importance. Elle tient bien à la rareté des produits, au coût élevé de la main-d'œuvre, raréfiée, en certains pays, par les pertes de guerre, mais elle a eu aussi pour cause les émissions exagérées des instituts d'émission auxquels ont eu recours les gouvernements. Par suite d'une politique financière imprévoyante, la circulation de la Banque de France, à laquelle

l'Etat s'est adressé pour en tirer des ressources, s'est élevée, en 1919, de 30.249 millions (bilan du 20 décembre 1918) à 37.378 millions (bilan du 18 décembre 1919). Pendant ce temps, l'Etat avait accru sa dette envers la Banque de France de près de 8 milliards 1/2, contribuant ainsi à la hausse des prix par cette inflation de la circulation fiduciaire.

Les différences de la balance commerciale, aggravées par la hausse des prix, ont bien été l'une des causes profondes de la perturbation des changes. Elles ne sont pas les seules. Il en est d'autres. Nous allons les indiquer dans les explications que nous donnons ci-dessous des deux tableaux que nous publions pour aider à la compréhension du mouvement général des changes. Le premier donne la perte et la prime pour cent par rapport au pair des changes à Paris : sur Londres (liv. sterling), sur New-York (dollar), sur la Hollande (florin), sur la Suisse (franc suisse). Le second nous montre, sur une place neutre, Genève, les variations du franc français, de la livre sterling, du dollar et du florin.

Voyons maintenant les variations que nous offrent ces chiffres.

Le tableau 1 donne les moyennes trimestrielles de la perte ou de la prime pour cent des différentes unités monétaires qui y figurent : la pe^te correspond à une valeur du franc plus élevée que le pair ; la prime, au contraire, indique que le franc perd par rapport aux monnaies auxquelles il est comparé. La perte est indiquée par le signe — (moins) ; la prime par le signe -J- (plus). Les monnaies sont : la livre sterling pour Londres ; le dollar pour New-York; le florin pour la Hollande; le franc suisse, pour la Suisse. Le pair de ces monnaies est, par rapport au franc : liv. sterling 25 fr. 22 ; dollar 5 fr. 18; florin 2 fr. 10 ; franc suisse 1 franc.

Ceci posé, examinons le tableau 1. Nous constatons, qu'au début de la guerre, le change des monnaies considérées est avantageux pour le franc : les chiffres représentant le dollar, ou New- York, ainsi que le franc

TRAITE DES OPERATIONS DE BANQUE Tableau I

Prime

pour cent par rapport au pair

Paris sur :

Londres

New York

Hollande

Suisse

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