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suisse, et même la Hollande, se trouvent au-dessous du pair; la livre sterling ou Londres se maintient très près du pair. Cette situation dure pour le dollar jusqu'en janvier 1915. Elle s'explique par ce fait que les Etats- Unis étaient débiteurs en Europe notamment à Londres au commencement de la guerre. Le franc suisse ne gagne le pair que vers la fin du premier semestre de 1915. Cette tenue des changes dans les premiers mois de la guerre s'explique, pour la France, par ce fait bien connu, que notre pays était créancier de l'étranger pour les capitaux français qui y étaient placés. Leur évaluation a fait l'objet de recherches statistiques. Notons que le capital ainsi placé était évalué à 35 ou 40 milliards de francs. C'est grâce à ces revenus venant de l'extérieur que la France comblait alors, et au delà, la balance déficitaire de son commerce extérieur.
A partir des premiers mois de 1915, sans être encore très accentuée, la prime des monnaies étrangères, c'està-dire la perte du franc par rapport à celles-ci, se fait sentir. Elle s'élève jusqu'en décembre 1915 pour se maintenir sans trop de fluctuations jusqu'en 1917, en ce qui concerne le dollar (New- York) et Londres (liv. sterl.), qui sont ici les deux monnaies les plus intéressantes. En juin 1917, époque de l'entrée des Etats-Unis dans la guerre, on voit se produire une légère amélioration du franc dont la perte, du reste, n'avait pas dépassé comme maximum jusque-là, 15 0/0 en moyenne, en ce qui regarde le dollar, et 12 1/2 0/0 par rapport à la livre sterling. L'un et l'autre, de juin 1917 à septembre 1918, se tiennent parallèlement à un niveau moyen de 12 1/2 0/0 pour le dollar et de 10 0/0 pour la livre sterling. Il y a amélioration pour le franc, à partir de septembre 1918, et le parallélisme continue de la livre sterling et du dollar, avec une prime : pour la première de 3 0/0 et pour le second de 5 0/0. Cette situation se maintient jusqu'en mars 1919. A ce moment la prime de la livre et du dollar s'élèvent, surtout celle du dollar.
Dans la période d'avril 1917 jusqu'en mars 1919 les
causes de la stabilité relative des changes à un niveau de perte un peu moins élevé qu'auparavant sont dues aux dépenses effectuées en France parles armées américaines pourvues d'un important matériel, dépenses élevées en raison de l'effort rapide déployé. Ces causes ne font que s'ajouter à celles que nous énumérons plus bas, et dont l'une d'elles, les crédits ouverts en Amérique, a encore été facilitée par l'entrée en guerre, à nos côtés, des Etats- Unis.
Dans la période qui part de mars 1919 et se poursuit depuis cette date, toutes les devises s'élèvent par rapport au franc et avec des amplitudes inconnues jusque-là et des variations parfois brusques comme le montre le tableau 1. La prime du dollar atteint en décembre 1920, 225 0/0 de prime et la livre, en avril de la même année 154 0/0. 11 y a là un contraste entre la tenue des changes .pendant la guerre (jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918) et pendant les trois premiers mois de 1919. Indiquons les causes qui ont créé ces situations.
Pendant la guerre, dès que les ressources premières sur l'étranger furent épuisées, c'est-à-dire dès le mois de mars 1915, on fut obligé d'aviser. On eut recours à deux moyens : les crédits à l'étranger, puis des mesures intérieures ayant pour buts : d'interdire, et les sorties d'or, et les importations des produits qui n'étaient pas strictement utiles pour les besoins premiers du pays ou pour la guerre ; enfin, de réglementer le marché des changes. Avec les créances de nos exportations, peu élevées comme on l'a vu, s'ajoutant aux crédits ouverts à l'étranger, nous avons pu maintenir le change du franc avec une prime relativement peu élevée jusqu'en avril 1917.
L'intervention relative aux changes a été tout d'abord purement officieuse. Le ministre des finances d'alors fit, par l'intermédiaire de la Banque de France, appel aux Banques en juillet 1915. Cette intervention eut pour résultats de refuser le change aux exportateurs de capitaux, de n'en accorder qu'après justification de besoins commerciaux, d'éviter d'en procurer aux banquiers étrangers,
enfin de provoquer les ventes de litres étrangers, les emprunts sur titres en vue de se créer des créances à l'extérieur. La Banque de France coopéra largement à ce programme et y aida vis-à-vis des banques. C'est à elle que furent remis, en vue de leur négociation, les valeurs mobilières étrangères possédées par des Français.
La surveillance du marché est devenue, vers le milieu de 1917, une organisation entre les pays de l'Entente (Angleterre, France, Italie, Etats-Unis). A ce moment fut instituée une commission permanente des changes au Ministère des Finances, laquelle, en mars 1918, prépara un projet tendant à réglementer, pendant la guerre et six mois après, l'exportation des capitaux et l'importation de valeurs mobilières. Il devint la loi du 3avril 1919.
Quant aux crédits ouverts à l'étranger au profit de la France, ils s'élevaient, au 31 décembre 1918, à 29.275 millions de francs (le franc étant considéré ici comme étant au pair de la livre, du dollar, et des autres unités monétaires des pays créanciers). Dans ces crédits, sont compris ceux consentis par les gouvernements et les particuliers. Citons quelques chiffres. Le gouvernement anglais nous a avancé : 11.832 millions de francs; celui des Etats- Unis : 11.464 millions. Les prêts particuliers à nous consentis en ces deux pays, après avoir été un peu plus élevés antérieurement étaient, fin 1918, de 2.776 millions de francs pour les Etats-Unis, et de 2.016 millions pour l'Angleterre.
A partir de mars 1919, s'ouvre la période de la poussée générale en hausse des primes qui correspondent aux pertes de plus en plus élevées du franc. Il suffit de se reporter (p. 731) au tableau du commerce extérieur de la France et à celui de la progression des importations en 1919 par rapport à celles de 1918 données par le tableau page 730. Elles sont de près de 35 milliards de francs en 1919 alors qu'elles atteignaient à peine 20 milliards en 1918, la différence est de près de 24 milliards de francs en 1919, elle était de 16 milliards en 1918; cette différence se maintient encore en 1920 avec des chiffres plus
élevés d'importation et d'exportation. Elle tombe seulement à 2 milliards en 1921 par suite de la crise générale.
Là est la cause fondamentale de la hausse des devises étrangères. Ses variations sont dues aux variations des éléments qui permettent depuis ce temps, de couvrir les différences de la balance commerciale et qui comprennent de nouveaux crédits ouverts à l'étranger. Ces crédits totaux au 31 décembre 1921 , se montaient à 35.535 millions de francs (vis-à-vis des Etats-Unis gouvernement et particuliers ; 18.520 millions, vis-à-vis de l'Angleterre de môme à 16.007 millions) ; le reste de la somme provenant de divers pays dont le Japon, etc. Les crédits à l'étranger se sont donc accrus pendant cette période de près de 6 milliards de francs par rapport à notre dette fin décembre 1918.
Notons ici brièvement à propos des ouvertures de crédit à l'étranger l'une des opérations qui souleva une discussion en ce qui regardait, quant aux paiements en or à l'étranger, le rôle de la Banque de France. Deux opinions se manifestèrent : l'une radicale, conforme aux principes absolus de la liberté de la circulation monétaire, était de ne mettre aucune entrave aux demandes d'or et de payer ainsi nos dettes à l'étranger, surtout aux Etats-Unis, d'où nous tirions le plus de produits. L'autre opinion, qui tenait compte d'une situation exceptionnelle où la loi de l'offre et de la demande était profondément troublée dans ses conditions scientifiques d'équilibre, consistait à obtenir l'ouverture de crédit chez nos créanciers eux-mêmes en vue d'ajourner le règlement de nos dettes à des temps plus favorables pour nous. Ces ouvertures de crédit d'ailleurs, pouvaient être appuyées en dehors des titres de valeurs mobilières relevant des pays créanciers, par du métal or. Mais, en celte dernière circonstance, la sortie d'or ne représentait en garantie qu'une partie du crédit ouvert. On économisait ainsi sur l'encaisse de la Banque de France. C'est à cette dernière méthode que l'on s'arrêta et avec raison. Du reste, il importait aussi de maintenir une encaisse or à la Banque
pour d'autres raisons. Un établissement d émission ne saurait être démuni du métal précieux qui constitue un poste spécial de son bilan, au point de vue réserve de secours, et au point de vue psychologique.
La Banque de France sortit donc de l'or de ses caisses pour les besoins du change et la somme totale sortie ainsi s'élevait, fin mai 1919. à 2 600 millions, en chiffres ronds. À côté on avait ouvert une campagne en faveur des dépôts d'or par les particuliers à la Banque de France. Elle eut un grand succès et fit rentrer, dans les caisses de la Banque, une somme à peu de choses près égale à celle que l'on avait dû envoyer à l'étranger Sur cette dernière somme, du reste, près de deux milliards figurent au bilan de la Banque et doivent lui revenir lorsque les remboursements des emprunts seront effectués.
On remarquera le parallélisme des variations des différentes devises ; elles prouvent la solidarité des marchés que relie l'arbitrage. Les variations ont des causes secondaires en dehors de celles des payements à effectuer pour payer les importations — cesontles causes financières : capitaux de spéculation étrangers affectés au marché des changes sur la place de Pans, puis des causes politiques portant sur les rapports des peuples de l'Entente, sur les réparations dues par l'Allemagne ; et enfin les incidents variés de la crise générale qui a commencé de sévir sur le monde entier un peu avant la fin du premier semestre de 1920.
Pour compléter les enseignements à retirer de 1 histoire des changes, nous plaçons ici le tableau 2 qui donne les variations des devises sur une place neutre : Genève. Là, l'indépendance relative de certaines devises quant à leurs variations se manifeste pour le franc et la livre vis-à-vis des autres devises. Les deux dernières devises quoique fort éloignées quant à leur écartement du pair présentent des variations semblables dans leur ensemble *.
1 Pour étudier les questions relatives aux changes, de façon complète, voir l'excellent ouvrage de M. Jules Décamps : Les Changes étranoers 1922, Félix Alcan. éditeur.
Tabibau II
Genève su»*
1914 III trim.
I9Î5 I Irim.
1915 I Irim.
1917 I trim.
1918 I Irim.
1919 I Irim.
1920 I Irim.
1921 I trim.
l'riujti ou perto pour cen'. sur le pair
Fiaoce 0/0
Londres 0/0
New- York
Hollande
N° 6. — La Banque de France depuis la guerre (1919-1921).
Nous complétons ici l'exposé fait dans le corps de ce volume — de la page 287 à la page 294 — sur la Banque de France pendant la guerre de 1914-1918. La présente addition a pour ob|et de donner, dans ses grandes lignes, le rôle joué par la Banque depuis le moment où, à la suite de l'armistice du 11 novembre 1918, les hostilités ont cessé.
On voit par le tableau ci-dessous qui fait suite au tableau publié page 291, les montants journaliers des principaux comptes de la Banque pendant les auuées 1919, 1920, 1921.
Banque de Fiance