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DE L'APTITUDE DES CAPITAUX

entrer cet intérêt dans ses frais généraux lorsqu'il a calculé sou prix de revient ; ou, s'il a négligé ce calcul et suivi san§ réflexion le prix courant, ses concurrents, a»i ont établi le prix courant, y ont songé pour lui dur, si les vendeurs de fonte, propriétaires de hauts-fourneaux, avaient négligé ce compte d'intérêts, il arriverait nécessairement que ceux d'entre eux qui opèrent sur leurs propres capitaux n'en retireraient aucun revenu, et que ceux qui opèrent gur des capitaux empruntés n'en pourraient payer l'intérêt. Dans les deux cas, la fabrication s'arrêterait, ou les prix se relèveraient, de manière à reproduire l'intérêt d'abord négligé,

Pierre est marchand de denrées coloniales; il veut emprunter 20.000 kilogrammes de sucre ; il s'adresse au marchand en gros, ou à l'armateur, qui les lui prête. Ici, comme dans le marché conclu par le maître de forges, l'intérêt est inexprimé et se confond avec le prix principal de la marchandise, mais il n'en existe pas moins ; et la preuve c'est que, si le cours est établi à terme, et si Pierre, au lieu d'emprunter veut payer comptant, il obtient une réduction de prix à titre d'escompte. Il n'est pas rare de voir dans cet escompte le boni, ou réduction pour prix de l'intérêt, s'élever, suivant la marchandise vendue, jusqu'à 6 p. 0/0, pour six et même trois mois, c'est-à-dire à 12 et à 24 p. 0/0 par an.

Dans nos sociétés laborieuses, les ventes à terme sont l'origine du plus grand nombre des prêts de capitaux, et, ians ces ventes, le prix du crédit n'a rien d'uniforme. Oa ne doit pas s'en étonner, puisque chaque marchandise a son marché particulier, pour le crédit comme pour l'échange, et des conditions d'offre et de demande spéciales, indépendantes de celles qui affectent les autres marchandises. Ainsi, en reprenant les exemples que nous venons de poser, la demande de Paul, maître de forges, sur le marché où l'on vend et emprunte les fontes de fer, n'a aucune influence directe sur le marché où Pierre porte une demande d'emprunt de 20.000 kilogrammes de sucre.

On sait assez, du reste, que chaque espèce de marchan-

dises se vend habituellement à tel ou tel terme, sous tel ou tel escompte, selon les risques à courir, selon les capitaux dont disposent ou les besoins qu'éprouvent les vendeurs ou les acheteurs, etc. , etc. , suivant des coutumes dont il serait facile de raisonner l'établissement et dont chacun peut apprécier la raison d'être. Nous n'entrerons point dans les détails d'un examen intéressant sans doute, mais qui nous mènerait loin en dehors de notre sujet. Rappelons seulement, en passant, que les conditions de ces crédits se règlent par les lois de l'offre et de la demande, c'est-à-dire sur la balance des besoins et des moyens de ceux qui les discutent. Un maître de forges vend une partie de fer à un marchand : l'escompte est offert ou demandé ; le taux de cet escompte se réglera sur le besoin du maître de forges et sur l'aisance du marchand, quelquefois aussi sur le risque de perte auquel le vendeur se croit exposé, parce que l'escompte l'affranchit du risque.

Tous ces marchés de crédit, si nombreux, si séparés les uns des autres, quoiqu'ils se touchent, n'ont rien de commun, si ce n'est que tous les capitaux empruntés sous la forme d'achat à terme ont une aptitude spéciale qui en soumet l'offre et la demande à des conditions particulières. Les capitaux empruntés en numéraire peuvent, au contraire, prendre indifféremment tous les emplois, parce que la monnaie est la marchandise contre laquelle viennent successivement s'échanger toutes les autres. Cependant, comme on n'emprunte guère de l'argent pour le garder en caisse, les sommes empruntées en monnaie prennent bientôt une autre forme, qui leur donne une aptitude spéciale. Si Pierre, ayant emprunté de l'argent, va payer au comptant les 20.000 kilogrammes de sucre dont il a besoin, le capital emprunté n'aura pas moins acquis une aptitude spéciale que si Pierre avait acheté la marchandise à terme.

Ainsi donc, et généralement parlant, tout emprunt, quelle que soit sa forme, a pour matière un capital qui possède actuellement ou ne tarde pas à prendre une aptitude spéciale. Au contraire, tout payement et tout remboursement stipulés en monnaie présupposent la conversion d'un capital

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